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La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale: Étude fondée sur l'examen des dossiers

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Introduction

L'étude décrite dans ce rapport avait pour objet de recueillir de l'information sur l'ampleur des actes de violence familiale commis par les délinquants sous responsabilité fédérale. Elle visait également à examiner la corrélation entre diverses caractéristiques et la violence familiale, en vue de favoriser l'identification des délinquants les plus susceptibles de commettre des actes de violence familiale. Cette étude, qui constituait un volet important des recherches menées dans le cadre de l'Initiative de lutte contre la violence familiale du Service correctionnel du Canada, était considérée comme un moyen de constituer un fonds de connaissances sur l'ampleur et la nature de ce problème au sein de la population carcérale. Ces connaissances devraient se révéler utiles aux planificateurs des programmes axés sur le traitement des auteurs de violence familiale.

Les délinquants sous responsabilité fédérale possèdent de nombreuses caractéristiques associées au profil des hommes violents envers leur famille. à la lumière d'une documentation empirique sur la question, Appleford (1989) a répertorié un certain nombre de caractéristiques des agresseurs, notamment des caractéristiques démographiques (p. ex., sexe masculin, moins de 30 ans, sans-emploi, faible niveau de scolarité et antécédents professionnels peu brillants), psychologiques (p. ex., tempérament colérique, agressivité, manque de maturité, rigidité sur le plan cognitif et troubles affectifs et caractériels), attitudinales (p. ex., extériorisation du blâme et idées arrêtées sur le rôle des hommes et des femmes) et comportementales (p. ex., toxicomanie et menaces de suicide et d'homicide). De plus, il est établi qu'un grand nombre des éléments du profil en question sont plus généralement des prédicteurs d'un comportement criminel (Andrews, 1989). En dehors de la correspondance évidente entre le profil des détenus et celui des auteurs d'actes de violence familiale, les antécédents de comportement violent des délinquants sous responsabilité fédérale porteraient à croire qu'il s'agit d'un groupe à risque élevé en matière de violence familiale. Tolman et Bennett (1990) ont constaté que les hommes appartenant à une sous-culture criminelle peuvent trouver dans ses normes un encouragement à agresser les membres de leur famille.

Cette étude constitue la première étude d'envergure nationale ayant pour objet d'évaluer la fréquence de la violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale. Selon une étude menée dans la région de l'Ontario par Motiuk et Brown (1993), 26,8% des délinquants mis en liberté ont été victimes de violence physique ou sexuelle pendant leur enfance; 13,6% ont commis des actes de violence conjugale et 7,9% ont été aux prises avec des problèmes par suite d'actes de violence qu'ils avaient commis contre un enfant. Ces estimations ont été établies d'après un échantillon de 604 délinquants sous responsabilité fédérale, dont les dossiers ont été examinés par des agents de gestion des cas dans la collectivité en vue de déterminer l'ampleur des risques et des besoins en matière de violence familiale. Cette étude a aussi permis de constater que le taux de suspension de la liberté sous condition est supérieur à la moyenne parmi les auteurs d'actes de violence conjugale.

Une autre étude, menée par Dutton et Hart (1992; voir aussi Dutton et Hart, 1993) a permis d'estimer la fréquence de la violence familiale parmi les délinquants sous responsabilité fédérale incarcérés dans la région du Pacifique. Ces chercheurs ont recueilli des données, incluant les mises en accusation et les comportements qui n'ont donné lieu à aucune mise en accusation, montrant que 29,6% des 597 détenus sous responsabilité fédérale formant l'échantillon avaient commis des actes de violence familiale (agression sexuelle, agression physique ou menaces). Dutton et Hart ont aussi présenté des données, tirées de l'examen des dossiers, qui indiquent que, pendant leur enfance, 41% des détenus avaient eux-mêmes été victimes ou témoins d'actes de violence familiale, notamment d'actes de violence physique ou sexuelle. Leur étude a aussi permis d'établir l'existence d'une corrélation positive entre la violence exercée envers les détenus pendant leur enfance et la violence qu'ils ont eux-mêmes fait subir par la suite aux membres de leur famille. Un diagnostic de trouble mental, en particulier de trouble de la personnalité, semble aussi un marqueur de violence familiale.

Dans cette étude, l'accent a été mis sur la relation entre la violence familiale dont ont été victimes ou témoins les détenus pendant leur enfance et les actes de violence familiale qu'ils ont eux-mêmes commis une fois devenus adultes. L'attention accordée à la violence familiale pendant l'enfance s'inscrit dans le sillage de l'intérêt que suscite à l'heure actuelle le «cycle de la violence familiale» parmi les chercheurs (Widom, 1989). La documentation (Tolman et Bennett, 1990) établit clairement le lien entre l'expérience de la violence au sein de la famille d'origine et la violence faite aux femmes. L'accent mis sur la victimisation des délinquants pendant leur enfance est également conforme à la théorie de l'apprentissage social et aux modèles féministes qui orientent la stratégie des programmes s'adressant aux délinquants élaborée dans le cadre de l'Initiative de lutte contre la violence familiale du Service correctionnel du Canada (Service correctionnel du Canada, 1994).

Au cours de la planification de l'étude sur la violence familiale exercée chez les délinquants sous responsabilité fédérale, les limites inhérentes à la méthode d'examen des dossiers ont été reconnues dès le début. Le système de dossiers des délinquants employé à l'heure actuelle ne comporte aucun mécanisme structuré permettant de consigner de façon courante les antécédents de violence familiale. C'est pourquoi il était difficile d'évaluer la qualité de l'information offerte par ces dossiers concernant les actes de violence familiale. Par ailleurs, l'information recueillie par le passé grâce à l'examen des dossiers dans le cadre d'études portant sur les détenus (voir, par exemple, l'étude sur les délinquants sexuels par Motiuk et Porporino, 1993) donnait à penser que cette méthode constituait une stratégie raisonnable pour notre première tentative d'étude de ce phénomène. D'autres méthodes consistent à évaluer l'ampleur du problème de la violence familiale en demandant aux détenus ou aux membres de leur famille de fournir de l'information. Ces méthodes sont considérées comme coûteuses et difficiles d'application. En outre, elles présentent des problèmes de fiabilité et de validité particuliers (Saunders, 1991). Comme le fait remarquer Dutton (1988), il est difficile d'estimer la fréquence de la violence familiale étant donné que ce type de comportement se manifeste en privé. Bien que l'on ne connaisse pas exactement l'ampleur de la sous-évaluation en la matière dans les recherches, les chercheurs s'accordent pour dire qu'un nombre considérable de cas de victimisation ne sont jamais décelés (Smith, 1987). C'est pourquoi toutes les méthodes permettant d'estimer la fréquence de la violence familiale dans une population donnée risquent fort de comporter des limites. Compte tenu de cet état de choses, la méthode idéale consisterait peut-être à combiner des données de diverses sources, relatives aux mises en accusation, aux déclarations des victimes et à celles des auteurs d'actes de violence. Dans l'étude qu'ils ont menée sur les détenus sous responsabilité fédérale, Dutton and Hart (1992) ont constaté que l'estimation du nombre d'auteurs d'actes de violence conjugale est plus élevée lorsqu'on tient compte des déclarations des détenus et de loin partenaires.

Les résultats de l'étude de Dutton et Hart semblent indiquer qu'une très forte proportion des détenus sous responsabilité fédérale sont susceptibles d'user de violence envers les membres de leur famille. Cette étude a aussi donné un premier aperçu de la validité des données en établissant une corrélation entre divers éléments et la violence familiale, ce qui porte à croire que l'examen des dossiers peut constituer une précieuse source de données aux fins de l'étude de la violence familiale parmi cette population particulière. Bien qu'il n'existe aucune méthode permettant de déterminer l'exactitude des estimations fondées sur les données tirées de l'examen des dossiers qui ont servi pour les besoins de la présente étude, il est évident qu'on peut identifier grâce à l'examen des dossiers un grand nombre de détenus auteurs d'actes de violence familiale. étant donné que les renseignements relatifs aux antécédents de violence familiale ne sont pas systématiquement notés dans les dossiers, il est probable que les données recueillies à cet égard aux fins de cette étude conduisent à une sous-évaluation du nombre de détenus qui usent de violence envers des membres de leur famille. Malgré ses lacunes, l'examen des dossiers constituait la meilleure méthode de recherche possible pour commencer à mieux comprendre l'ampleur de la violence familiale au sein de notre population carcérale.