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La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale: Étude fondée sur l'examen des dossiers

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Corrélats de la violence familiale

Nous examinons dans cette section un certain nombre de variables pouvant être en corrélation avec la violence familiale. Nous avons retenu des caractéristiques susceptibles de distinguer les détenus ayant commis des actes de violence familiale des autres détenus. Comme l'ont signalé Tolman et Bennett (1990), la détermination des caractéristiques qui distinguent les auteurs d'actes de violence familiale permet de mieux prévoir et gérer ce comportement répréhensible. En outre, il est possible que la détermination de ces caractéristiques fasse ressortir des facteurs qui favorisent l'apparition ou le maintien d'un comportement violent.

Il doit être clair que nous n'avons nullement cherché à établir un lien de cause à effet entre les caractéristiques des détenus et la violence familiale. La méthode employée pour notre étude (examen des dossiers) ne permet pas de tirer des conclusions définitives quant aux causes de la violence familiale au sein de la population carcérale masculine. Par exemple, si l'on fait exception des cas où les détenus ont eux-mêmes été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance, il serait impossible de déterminer la séquence temporelle relative aux incidents de violence familiale pour un grand nombre des caractéristiques examinées (par exemple : toxicomanie, instabilité en matière d'emploi, etc.). Néanmoins, la détermination des caractéristiques qui sont en corrélation avec la violence familiale permet de recueillir des renseignements utiles pour l'identification des délinquants susceptibles de commettre des actes de violence familiale. En outre, l'établissement d'une corrélation entre ces caractéristiques et la violence familiale constitue une première étape importante dans le processus de recherche visant à déterminer les causes de la violence familiale.

Détenus victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance

Tant dans les rapports de recherche que dans les ouvrages plus théoriques (voir, par exemple, Appleford, 1989 ainsi que Tolman et Bennett, 1990), on estime que le fait d'avoir été témoin ou victime de violence familiale pendant son enfance constitue l'un des plus importants marqueurs de risque quant à la perpétration ultérieure d'actes de violence familiale. Compte tenu de l'importance de cette variable, nous présentons des renseignements détaillés sur les détenus de notre échantillon qui ont été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance. Nous montrons ensuite qu'il existe une corrélation entre la violence familiale constatée ou subie pendant l'enfance et les actes de violence commis par la suite.

Le tableau 10 présente les taux pondérés de victimisation durant l'enfance des détenus à l'égard des principaux types de violence mentionnés dans les dossiers pour cet échantillon. D'après les renseignements figurant aux dossiers, un peu plus de la moitié (50,2%) des détenus ont été victimes ou témoins de violence physique, sexuelle ou psychologique ou encore de négligence dans leur famille. Plus du tiers (39,6%) des détenus de l'échantillon avaient fait l'objet d'actes de violence physique ou sexuelle commis par un membre de leur famille, en général le père. Par ailleurs, le quart (24,6%) des détenus de notre échantillon avaient été témoins de violence envers leurs frères et soeurs ou leurs parents.

Tout porte à croire que la méthode que nous avons employée, à savoir l'examen des dossiers, a entraîné une sous-évaluation du nombre de détenus ayant été victimes ou témoins de violence familiale. Il est difficile d'estimer l'ampleur de la sous-évaluation. Cependant, comme la majorité des dossiers renfermaient des renseignements sur les antécédents familiaux, on a pu coder le niveau de contact entre les futurs détenus enfants et leurs parents. Ainsi 1,9% seulement des dossiers ne contenaient aucune information sur les contacts avec la mère durant la première enfance (jusqu'à l'âge de 5 ans) et 2,4%, aucune information sur les contacts avec le père. Par ailleurs, de 3,3 à 4,3% des dossiers ne renfermaient aucun renseignement quant aux contacts avec les parents entre 6 et 16 ans. Dans l'ensemble, nous estimons que le niveau de sous-déclaration de la victimisation attribuable à l'absence de renseignements au sujet des contacts avec les parents est faible. Il est toutefois possible que d'autres facteurs influant sur la mise à jour des dossiers aient eu une incidence négative sur la présentation de données fiables à cet égard.

Tableau 10 Violence dont ont été victimes ou témoins les détenus pendant leur enfance (N=935)

Type de violence
%
n
Violence sexuelle (victime)
12,0
112
Violence physique (victime)
34,6
324
Violence psychologique (victime)
8,7
81
Négligence (victime)
6,8
64
Toute violence (témoin)
24,6
230
Violence sexuelle ou physique (victime)
39,6
370
Toute violence dont a été victime ou témoin un détenu
50,2
469

Les tableaux 11 à 15 renferment des renseignements plus détaillés quant à l'âge auquel les détenus ont été victimes de violence, aux caractéristiques des auteurs de ces actes de violence et au type de violence dont les détenus ont été témoins pendant leur enfance. Les données présentées dans les tableaux 11 à 13 se rapportent au sous-échantillon de 436 détenus dont les dossiers comportaient des mentions donnant à penser qu'ils avaient été victimes ou témoins de violence familiale durant leur enfance. Comme l'indique le tableau 11, la majorité des détenus qui ont été victimes d'actes de violence n'ont été pour la première fois avant l'âge de 5 ans. D'après les données disponibles, le taux de violence familiale semble relativement constant entre la naissance et 16 ans parmi les détenus qui en ont été victimes. Dans la plupart des cas (75,5%), le père était l'auteur de ces actes de violence; cependant, comme l'indique le tableau 12, il n'est pas rare que la mère en ait été l'auteur (42,4%). Pour ces données, le terme «parents» englobe les parents naturels, les parents adoptifs, les parents de famille d'accueil et les tuteurs. Une proportion appréciable (5,6%) des détenus du sous-échantillon ont été victimes d'actes de violence commis par une personne occupant un poste d'autorité au sein d'un établissement. En ce qui concerne les types d'actes dont ont été victimes les détenus de la part de leurs parents, les pères ont commis des actes de violence physique plus souvent que les mères. Par contre, la négligence est plus souvent associée à la mère qu'au père. Le tableau 13 donne plus de précisions sur les types de violence attribuables au père et à la mère.

Tableau 11 Détenus victimes ou témoins d'actes de
violence pendant leur enfance, selon le groupe d'âge (n=432)

Groupe d'âge
Tout acte
de violence
Premier acte
de violence
%
n
%
n
0-5 ans
74,7
323
74,7
323
6-11 ans
83,4
360
17,3
75
12-16 ans
72,4
313
5,8
25

Tableau 12 Auteurs des actes de violence dont les détenus ont été
victimes ou témoins pendant leur enfance (N=432)

Auteurs des actes de violence
%
n
Pére
75,7
327
Mére
42,4
183
Autre membre de la famille
20,2
87
Autorité au sein d'un établissement
5,6
24

Tableau 13Types d'actes de violence commis
contre les détenus par leurs parents

 
%
n
Pére (n=327)
Violence physique
68,20
223
Violence sexuelle
12,23
40
Violence psychologique
17,74
58
Négligence
12,84
42
Mére (N=183)
Violence physique
41,5
76
Violence sexuelle
9,2
17
Violence psychologique
12,5
23
Négligence
30,6
56

Même si les dossiers n'étaient pas tous complets, il a été possible de recueillir des données sur la nature de la violence dont avaient été témoins les détenus pendant leur enfance. Nous avons examiné les renseignements se rapportant aux 230 détenus qui avaient, d'après leurs dossiers, été témoins de violence. Le tableau 14 montre que dans la majorité des cas le père était l'auteur des actes de violence dont ont été témoins les détenus pendant leur enfance. Quant au tableau 15, il indique que la mère ou une autre adulte étaient victimes de la majorité des actes de violence. Toutefois, il convient de noter qu'une forte proportion (63,5%) de ces détenus ont aussi été témoins d'actes de violence commis contre d'autres enfants. D'après les données disponibles, qui sont présentées au tableau 16, la violence physique constituait la forme de violence dont les détenus ont été le plus souvent témoins.

Tableau 14 Auteurs des actes de violence dont les détenus
ont été témoins pendant leur enfance (N=222)

Auteurs des actes de violence
%
n
Pére
84,1
187
Mére
15,6
35
Autre membre de la famille
11,4
25

Tableau 15 Victimes des actes de violence dont les détenus ontété témoins pendant leur enfance (N=222)

Victimes<
%
n
Pére (ou adulte du sexe masculin)
6,3
14
Mére (ou adulte du sexe féminin)
67,5
150
Enfant
63,5
141

Tableau 16 Types d'actes de violence dont les détenus
ont été témoins pendant leur enfance (N=222)

Types d'actes de violence
%
n
Violence physique
88,9
198
Violence sexuelle
11,8
26
Violence psychologique
18,3
41
Négligence ou exploitation financiére
7,6
17

La proportion de détenus ayant été victimes ou témoins de violence pendant leur enfance varie sensiblement d'une région à l'autre (voir le graphique 5) et les écarts constatés ne coïncident pas exactement avec ceux qui ont été observés entre les régions quant au taux de violence familiale. C'est dans la région de l'Ontario que la proportion de dossiers faisant mention d'actes de violence subis ou constatés par les détenus pendant leur enfance est la plus faible, et au Québec qu'elle est la plus élevée. On observe aussi un écart statistiquement significatif entre les taux de victimisation des détenus autochtones et non autochtones. Le graphique 6 montre que les détenus autochtones ont de manière générale été davantage victimes de violence familiale pendant leur enfance (64,9%).

Graphique 5
Proportion de détenus qui ont été victimes ou témoins de violence pendant leur enfance, selon la région

Graphique 6
Proportion de détenus autochtones et non autochtones qui ont été victimes ou témoins de violence pendant leur enfance

Comme il fallait s'y attendre, on a observé une corrélation significative entre la victimisation pendant l'enfance et les actes de violence familiale commis par la suite. Le graphique 7 présente le taux de violence familiale, y compris la violence physique ou sexuelle envers un membre de la familiale, selon que les détenus ont été ou non victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance ***. Même si les détenus identifiés d'après leurs dossiers comme ayant été victimes de violence pendant leur enfance n'ont pas tous été identifiés aussi comme des auteurs d'actes de violence familiale, ils étaient presque deux fois (1,8 fois) plus nombreux que les autres à commettre des actes de violence familiale. Quelque 42,4% des dossiers faisant état de la victimisation des détenus pendant leur enfance témoignaient aussi d'actes de violence familiale commis par eux. Dans le cas des détenus dont les dossiers ne faisaient pas état de victimisation pendant l'enfance, cette proportion s'établissait à 23,9%.

*** La violence psychologique a été exclue des analyses correctionnelles présentées dans leprésent rapport, en raison de la faible fréquence de ce type de violence.

Graphique 7
Détenus auteurs de violence familiale selon qu'ils ont été ou non victimes ou témoins de violence pendant leur enfance

Le tableau 17 présente des renseignements plus détaillés concernant la corrélation entre la victimisation pendant l'enfance et les actes de violence familiale commis par les détenus. On trouvera à l'annexe C des données statistiques plus précises, par unité de base, ainsi que les mesures d'association. Nous présentons les taux relatifs à toute la violence familiale, à la violence envers la compagne et à la violence envers les enfants pour les détenus appartenant aux quatre catégories suivantes de victimisation durant l'enfance : témoin de violence; toute forme de victimisation sauf le fait d'être témoin de violence; toute forme de victimisation, y compris le fait d'être témoin de violence; toute forme de victimisation et le fait d'être témoin de violence. On a observé une corrélation significative entre tous les types de victimisation durant l'enfance et les trois variables relatives aux actes de violence commis par les détenus, à une exception près : le fait d'avoir été témoin de violence n'est pas relié aux actes de violence commis contre les enfants. Ces données corroborent les résultats antérieurs concernant le lien entre la victimisation et les actes de violence familiale chez les détenus de l'échantillon (Dutton et Hart, 1992) et elles sont compatibles avec les résultats des travaux de recherche de nature plus générale concernant la violence envers les femmes (Tolman et Bennett, 1990).

Tableau 17 Corrélation entre la violence dont les détenus ont été témoins ou victimes pendant leur enfance et leurs propres actes de violence familiale

Variables Toute violence familiale %
(n=935)
Violence envers la compagne %
(n=703)
Violence envers les enfants%
(n=553)
Témoin de violence
Oui 45,2*** 37,8*** 16,2
Non 45,2***28,4 37,8***24,3 16,211,4
Victime de violence
Oui 42,4*** 33,7*** 20,0***
Non 23,9 22,6 6,4
Témoin et victime de violence physique ou sexuelle
Oui 47,1*** 37,9** 20,2**
Non 29,2 25,3 10,7
Violence physique eté/ou sexuelle
Oui 42,5*** 33,8** 22,2***
Non 25,8 23,7 6,1

Bien que l' puisse établir une corrélation entre les trois catégories de victimisation pendant l'enfance et les actes de violence familiale commis par les détenus, c'est avec le fait d'avoir été témoin de violence durant l'enfance que la violence envers la compagne semble le plus étroitement reliée. Bien que nous devions nous limiter à signaler une tendance observée à cet égard, il est clair que le fait d'être témoin de violence a été au moins aussi important que le fait d'en être victime en ce qui touche la violence familiale exercée à l'âge adulte ****. Hotaling et Sugarman (1986) avaient déjà signalé que la corrélation est plus forte entre le fait d'avoir été témoin de violence, plutôt que d'en avoir été victime, et la violence conjugale.

**** Les lectures qui s'intéressent aux méthodes statistiques constateront que nous mentionnons les coefficients phi pour exprimer le degré d'association entre nos variables indépendantes et nos variables dépendantes dans les tableaux de corrélation présentés à l'annexe C.

Autres corrélats de la violence familiale

Nous avons examiné plusieurs autres variables considérées, à la lumière de notre examen de la documentation (voir, par exemple, Tolman et Bennett, 1990) comme pouvant être des prédicteurs ou des corrélats de la violence familiale. Parmi ces variables figuraient les données démographiques (âge, antécédents en matière de relations de couple, niveau de scolarité et stabilité en matière d'emploi), les problèmes de toxicomanie, les troubles mentaux et les indicateurs d'antécédents criminels. L'annexe C présente la répartition détaillée des taux de violence familiale en fonction de ces variables, y compris les chiffres relatifs à chaque unité de base et les mesures d'association.

Le tableau 18 montre la corrélation entre les données démographiques et les taux de violence physique et sexuelle envers les membres de la famille en général envers la compagne et envers les enfants. C'est la corrélation positive et significative entre l'âge et la violence familiale exercée qui constitue le résultat le plus révélateur.

Tableau 18 Corrélation entre les données démographiques et la violence familiale

Variables Toute violence familiale %
(n=935)
Violence envers la compagne %
(n=703)
Violence envers les enfants%
(n=553)
Âge
Moins de 30 ans 23,2*** 23,9 2,8
30 ans ou plus 41,7 30,7* 18,9
Diplôme d'études secondaires
Oui 26,6 20,7** 9,6
Non 34,9 30,8 3,9
Instabilité en matiére d'emploi
Oui 30,4* 26,7 11,5
Non 35,6 29,4 14,1
Nombre de marriages
Moins de 3 29,3*** 25,8* 11,1*
3 ou plus 48,7 35,3 18,0

Des preuves de violence familiale à l'égard des conjointes et des enfants sont plus susceptibles de figurer aux dossiers des hommes plus âgés (c.-à-d. les hommes de plus de 30 ans) qu'aux dossiers des hommes moins âgés. Le fait que les hommes moins âgés ont présenté un risque de commettre une infraction pendant une plus courte période que les hommes plus âgés serait l'explication la plus plausible qui pourrait être avancée pour interpréter les données de l'échantillon. De plus, il est possible qu'un bon nombre d'actes de violence commis par de jeunes hommes n'aient pas encore été relevés. L'incidence de l'âge pourrait également être une variable de la détermination de la peine et de l'admission des délinquants plus âgés qui ont été condamnés pour des crimes incestueux commis lorsqu'ils étaient plus jeunes. À la lumière de l'échantillon, il semblerait que le taux élevé de violence familiale chez les hommes plus âgés soit attribuable à la durée de la période à risque et à la détermination de la peine.

Les hommes de moins de 30 ans composaient environ 50 % de l'échantillon. Selon les estimations de Dutton (1988), c'est à 31 ans que les hommes sont le plus à risque d'infliger des mauvais traitements à leur compagne. C'est donc dire qu'au fur et à mesure que les hommes de moins de 30 ans de l'échantillon vieilliront, ils seront plus susceptibles de commettre des actes de violence familiale.

Une autre corrélation a été établie entre les données démographiques et la violence familiale. En effet, les hommes qui ne possèdent pas de diplôme d'études secondaires présentent un taux de perpétration d'actes de violence à l'égard de leur compagne considérablement plus élevé. Les hommes qui se sont mariés au moins trois fois étaient également plus susceptibles d'infliger des mauvais traitements à leur compagne et à leurs enfants que les hommes qui s'étaient mariés moins de trois fois.

Le tableau 19 montre la corrélation entre la toxicomanie, les troubles mentaux et la violence familiale. Selon les données précédentes sur le lien entre la toxicomanie et les comportements violents chez les délinquants sous responsabilité fédérale (Robinson, Porporino et Millson, 1991), il y avait une corrélation entre les problèmes d'alcool et la violence familiale, tandis qu'il n'y en avait aucune entre les problèmes de drogue et la violence familiale. En effet, les délinquants qui avaient un problème de drogue présentaient un taux de violence familiale plus faible que les délinquants qui n'avaient aucun problème de drogues. Il est à noter que les données actuelles permettent de déterminer que la présence de problèmes d'alcool était l'un des corrélats les plus importants de la violence familiale. Toutefois, cette corrélation n'était pas aussi profonde que celle observée pour la victimisation pendant l'enfance. Fait intéressant à signaler, il y avait une étroite corrélation entre les problèmes d'alcool et les mauvais traitements infligés à la compagne et non pas entre les problèmes d'alcool et les mauvais traitements infligés aux enfants.

Tableau 19 Corrélation entre la toxicomanie ou les troubles mentaux et la violence familiale

Variables Toute violence familiale %
(n=935)
Violence envers la compagne %
(n=703)
Violence envers les enfants%
(n=553)
Des problèmes à l'alcool
Oui 37,7*** 34,0*** 2,2***
Non 23,2 16,6 13,5
Des problèmes à des drogues
Oui 16,3*** 15,4** 5,8
Non 35,3 130,1 13,6
Diagnostic les maladies mentales
Oui 41,2*> 36,2*** 19,7***
Non 28,2 24,1 9,2
Santé mentale
Oui 46,8* 30,3 20,8
Non 31,8 27,8 12,3
Les troubles de l'humeur
Oui 5,2*** 6,8*** 22,1**
Non 30,3 26,5 11,1
Troubles de la personnalité
Oui 41,1*** 38,1*** 19,1**
Non 29,1 24,3 10,2

Selon l'échantillon, les actes de violence familiale étaient également attribuables à des troubles mentaux. Les rapports psychologiques contenus dans les dossiers ont permis d'évaluer cette dernière variable. Étant donné qu'il existait déjà un lien entre les troubles de la personnalité et la perpétration d'actes de violence familiale (Dutton et Hart, 1992), nous avons effectué des analyses plus précises en vue d'examiner la relation existant entre le type de diagnostic et les comportements de violence familiale. Les analyses comportaient les catégories suivantes : trouble psychotique, trouble anxieux, trouble de l'humeur et trouble de la personnalité. Malheureusement, les données que nous avons obtenues n'étaient pas suffisamment détaillées pour permettre la catégorisation des troubles de la personnalité limite *****. Il existait un lien entre la perpétration d'actes de violence familiale et chacune des variables de diagnostic de troubles mentaux, ce qui laisse entendre une légère différence en fonction du diagnostic. Nous vous mettons toutefois en garde : la classification des diagnostics n'était pas fondée sur un système de diagnostic, comme le DSM. Nous avons plutôt consigné toutes les références aux catégories des diagnostics en fonction des rapports psychologiques contenus dans les dossiers.

*****Selon la définition du DSM-III-R, le trouble de la personnalité limite présente les caractéristiques essentielles suivantes : « ... mode général d'instabilité des relations interpersonnelles, de l'image de soi et des affects , apparaissant au début de l'âge adulte et présent dans divers contextes » (American Psychiatric Association, 1987, 346).

Le tableau 20 montre la répartition des actes de violence familiale perpétrés selon les variables suivantes liées aux antécédents criminels : nombre de condamnations, manquement aux conditions de la mise en liberté, admissions préalables dans un pénitencier, durée de la peine, voies de fait contre des personnes non apparentées et types d'infractions graves à l'admission. Dans la plupart des cas, il n'y avait aucun lien entre les antécédents criminels et les mauvais traitements infligés à la compagne, à l'exception du nombre de condamnations précédentes. Les hommes ayant à leur actif plus de quinze condamnations étaient légèrement plus susceptibles d'avoir infligé des mauvais traitements à leur compagne que les hommes ayant moins de quinze condamnations. Cependant, il existait un lien entre les antécédents criminels et les mauvais traitements infligés à des enfants. Des preuves de mauvais traitements infligés à des enfants sont plus susceptibles de figurer aux dossiers des hommes ayant moins de condamnations que des hommes ayant de plus lourds antécédents criminels. Les hommes qui n'ont pas violé les conditions d'une mise en liberté précédente et qui n'ont pas perpétré de voies de fait contre des personnes non apparentées étaient aussi considérablement plus susceptibles d'infliger de mauvais traitements à leurs enfants. Ces données pourraient illustrer la tendance selon laquelle les auteurs d'actes incestueux ont eu moins de démêlés avec la justice que les autres types de délinquants.

Tableau 20 Corrélation entre les antécédents criminels et la violence familiale

Variables Toute violence familiale %
(n=935)
Violence envers la compagne %
(n=703)
Violence envers les enfants%
(n=553)
Nombre de condamnations antérieures (15 ou plus)
Oui 31,5 31,3* 6,1***
Non 33,4 24,6 18,6
Révocation au suspension de la liberté surveillée ou de la libération conditionnelle
Oui 29,3* 27,3 4,3***
Non 34,6 28,2 17,7
Admission préalable
Oui 31,5 27,4 13,0
Non 33,3 28,2 12,5
Peine totale
3 ans ou plus 32,7 28,3 12,2
Moins de 3 ans 32,4 27,3 13,4
Voies de fait contre des personnes non apparentées
Oui 31,0 29,5 6,7***
Non 35,6 24,8 23,8
Types d'infractions
Contre les biens 33,8 27,9 14,5
Liées à la drogue 31,5 27,7 12,5
Voies de fait 31,3 28,5 12,3
Sexuelle 32,6 25,7 9,5
Autres 36,1 29,2 14,8