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La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale: Étude fondée sur l'examen des dossiers

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Conclusions

Le gouvernement du Canada est conscient que le taux de violence familiale constitue pour le pays un grave problème social. D'après les résultats de cette étude, les détenus sous responsabilité fédérale forment un groupe à risque élevé en matière de violence familiale. Selon nos constatations, un tiers des délinquants admis dans un établissement fédéral ont commis des actes de violence familiale; un homme marié sur quatre a usé de violence contre sa conjointe, un homme marié sur cinq a été mis en accusation pour ce type d'infraction; et au moins un homme ayant des enfants sur dix a agressé ses enfants. Les données indiquent aussi qu'une forte proportion de détenus sous responsabilité fédérale ont été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance. Il en était fait mention dans les dossiers de la moitié des détenus de notre échantillon. La gravité du problème est plus évidente encore lorsqu'on considère que la méthode employée pour notre étude est susceptible d'entraîner une sous-évaluation de l'ampleur de la violence familiale dont les détenus sous responsabilité fédérale ont été victimes ou témoins et de la violence qu'ils ont eux-mêmes exercée.

Les résultats de notre enquête justifient largement qu'on mette l'accent sur la surveillance de la participation des détenus à la vie familiale pendant les périodes où ils font l'objet d'une surveillance dans la collectivité et pendant les visites familiales au cours de leur incarcération (par exemple, les visites familiales privées). étant donné que près de la moitié des détenus qui ont commis des actes de violence conjugale l'ont fait contre plus d'une personne, la possibilité que de nouveaux incidents de violence familiale se produisent après la mise en liberté constitue un grave problème pour le personnel affecté à la surveillance dans la collectivité. Une étude antérieure a aussi révélé que, toutes proportions gardées, les auteurs de violence conjugale manquent plus souvent aux conditions de la liberté sous condition que les détenus non identifiés comme tels (Motiuk et Brown, 1993). Conjugés à ceux de notre étude, ces résultats donnent à penser que les hommes qui ont des antécédents de violence familiale ont besoin de programmes visant à réduire leur risque de récidive en ce domaine. En ce qui touche la surveillance communautaire, les résultats obtenus font aussi ressortir la nécessité d'accroître le contrôle exercé à l'endroit des hommes qui ont des antécédents de violence familiale.

Nos constatations quant à la corrélation entre diverses variables et la violence familiale seront utiles, quant à elles, pour la planification des programmes à l'intention des détenus qui ont commis des actes de violence familiale. Elles confirment les résultats antérieurs concernant la corrélation entre, d'une part, le fait que les détenus aient été victimes ou témoins de violence familiale, leurs problèmes d'alcool et les diagnostics de troubles mentaux et, d'autre part, la violence familiale qu'ils ont eux-mêmes exercée. Dans bien des cas, il a été tenu compte de ces corrélations dans les programmes actuels qui combinent les principes d'intervention inspirés par le féminisme et par la théorie de l'apprentissage social. En ce qui concerne les détenus qui ont été victimes ou témoins de violence familiale pendant leur enfance, on doit tenir compte dans les programmes des détenus qui pourraient tenter d'invoquer cette expérience pour excuser leur comportement violent. De même, il convient de considérer la possibilité que les détenus rejettent sur leurs problèmes d'alcool la responsabilité des actes de violence familiale qu'ils ont commis. Les programmes doivent aider les détenus à se reconnaître responsables du rôle que peut jouer l'alcool dans leur recours à la violence envers des membres de leur famille. Enfin, l'association entre les diagnostics de troubles mentaux et la violence familiale porte à croire qu'un grand nombre des détenus qui participeront aux programmes éprouveront peut-être des problèmes particuliers limitant leur aptitude à en bénéficier. Les détenus atteints de troubles mentaux, en particulier de trouble de la personnalité limite et de psychopathie, peuvent présenter de graves lacunes en ce qui touche leur aptitude à s'adapter et à contribuer au fonctionnement harmonieux de la famille.

Les données relatives à la fréquence de la violence familiale font ressortir l'importance de l'Initiative de lutte contre la violence familiale mise en oeuvre par le Service correctionnel du Canada. Les résultats de notre étude confirment que les détenus sous responsabilité fédérale sont très susceptibles de commettre des actes de violence familiale et que notre stratégie générale en matière de programmes doit englober des interventions sur le plan du traitement et de la prévention. Le nombre de détenus ayant des antécédents de violence familiale est largement suffisant pour qu'on s'efforce d'offrir ces programmes à vaste échelle dans toutes les régions du SCC. Les données disponibles donnent à penser que les programmes de traitement doivent être axés sur la prévention des actes de violence envers la compagne, qui constituent la forme de violence familiale la plus fréquente. Cependant, nous avons aussi noté un sous-ensemble assez considérable de détenus sous responsabilité fédérale qui ont exercé une violence sexuelle ou physique contre leurs enfants.

L'étude décrite dans ce rapport fournit la «meilleure» estimation disponible de la fréquence de la violence familiale exercée par les membres d'un échantillon national de détenus sous responsabilité fédérale ou dont ils ont été victimes ou témoins pendant leur enfance. Nous reconnaissons que nos données représentent peut-être une sous-évaluation de l'ampleur de la violence familiale exercée par les détenus sous responsabilité fédérale. Cependant, à mesure que l'Initiative de lutte contre la violence familiale du Service correctionnel du Canada entrera dans les faits, nous serons probablement en mesure d'évaluer avec plus de précision l'ampleur de la violence familiale au sein de la population carcérale et d'identifier les détenus auprès desquels il y a lieu d'intervenir à cet égard. L'Initiative de lutte contre la violence familiale a permis de sensibiliser le personnel au problème de la violence familiale non seulement grâce à la mise en place de plusieurs programmes de prévention et de traitement à l'intention des détenus auteurs de ce genre de violence, mais aussi dans le cadre de séances de sensibilisation offertes au personnel dans l'ensemble du SCC. Nous espérons que de nouvelles études fondées sur l'examen des dossiers permettront de recueillir des renseignements plus complets concernant la violence familiale exercée par les détenus sous responsabilité fédérale et la violence dont ils ont eux-mêmes été victimes ou témoins.