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Revue de la littérature sur les techniques de traitement en toxicomanie

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Acquisition de compétences sociales

L'acquisition de compétences sociales est un élément courant des programmes de traitement de la toxicomanie et vise à aider les alcooliques et les toxicomanes à mieux fonctionner sur le plan social. Miller (1992) a dit que cette formation visait à amener les participants à développer de meilleures compétences en communication et à améliorer ainsi leurs relations interpersonnelles. D'autres ont indiqué qu'un mauvais fonctionnement social découlait en général de lacunes sur le plan des compétences et que, en donnant aux participants la possibilité de s'améliorer à ce chapitre, on pouvait les aider à mieux s'adapter à la société (p. ex. Elder et coll., 1979; Freedman et coll., 1978).

On convient généralement que la formation sur les compétences sociales est une approche globale qui chapeaute diverses interventions. Miller et Hester (1986) ont examiné la documentation portant sur le traitement de l'alcoolisme et ont indiqué qu'une formation sur les compétences sociales doit idéalement comprendre un volet sur l'affirmation de soi, une formation pratique en groupe, des programmes ramifiés (s'il y a des documents écrits) et un volet consacré aux inhibitions cognitives. Corrigan (1991) a procédé à une métaanalyse de cette formation et a mentionné qu'elle ne se concentrait plus uniquement sur la communication verbale comme autrefois et qu'elle englobait désormais l'affirmation de soi et les techniques de résolution de problèmes. Les composantes de la formation, soit les instructions, l'imitation, la répétition, la rétroaction et les travaux pratiques, ont en outre été évaluées une à une et combinées de diverses façons afin de déterminer leur incidence relative sur les résultats.

Malgré des différences subtiles dans les définitions et les approches de formation, ces programmes visent à faire acquérir des compétences génériques qui permettent de faire face à une gamme relativement vaste de situations. On soutient toutefois qu'ils devraient mettre l'accent sur l'utilisation de ces compétences dans des situations directement liées à la toxicomanie (Botvin, 1990). Comme il est reconnu (p. ex. Eliany et Rush, 1992; Miller et Hester, 1986) que les toxicomanes ont souvent des lacunes sur le plan social, diverses études ont montré que cette formation est utile et a des résultats positifs.

Miller et Hester (1986) ont relevé dans leur recension un certain nombre d'études contrôlées portant sur l'opportunité d'ajouter la formation sur les compétences sociales aux programmes de traitement de l'alcoolisme. Les résultats des diverses études étaient clairement favorables à cette option. Dans une recension plus récente portant sur l'efficacité des programmes de traitement de la toxicomanie, Miller (1992) a trouvé d'autres études favorables à la formation sur les compétences sociales. Elles établissaient que la formation était supérieure au counselling de soutien, aux interventions brèves et aux contrôles et qu'elle donnait de bien meilleurs résultats lorsqu'elle était ajoutée à un traitement traditionnel.

Quelques autres études non mentionnées dans la recension de Miller ont indiqué que la formation sur les compétences sociales était utile aux toxicomanes. Eriksen, Bjornstad et Gotestam (1986) ont affecté au hasard 24 personnes ayant reçu un diagnostic d'alcoolisme selon le DSM-III à deux programmes de traitement traditionnel identiques. L'un des deux programmes offrait une formation sur les compétences sociales en plus du traitement ordinaire. Un suivi effectué après un an a montré que les participants qui avaient reçu cette formation supplémentaire buvaient beaucoup moins et avaient deux fois plus de jours de sobriété et de travail que ceux du groupe contrôle. Leur période d'abstinence à l'issue du programme était aussi six fois plus longue que celle des membres du groupe contrôle.

Corrigan (1991) a effectué une métaanalyse de 73 études traitant de la formation sur les compétences sociales dans quatre populations psychiatriques adultes, soit des personnes ayant un handicap de développement, des psychotiques, des non-psychotiques et des délinquants. Il est particulièrement intéressant de noter que la quasi-totalité des études (11 sur 15) menées sur l'échantillon des délinquants portaient sur des alcooliques et des toxicomanes. Les résultats ont montré que l'effet était moyen et que, dans toutes les études portant sur les délinquants, la formation sur les compétences sociales favorisait l'acquisition de compétences que les participants conservaient plusieurs mois après le traitement. Il est cependant intéressant de noter que les délinquants acquéraient un assez large éventail de compétences mais ne les conservaient pas autant que les autres populations. L'élargissement marqué de leur répertoire de compétences avait aussi moins d'effet sur leurs symptômes et leur adaptation sociale. Corrigan (1991) attribuait ce phénomène au fait que les délinquants suivent souvent un traitement de force.

Bref, on a observé que la formation sur les compétences sociales était un élément efficace des programmes de traitement de la toxicomanie. Certaines études ont indiqué qu'elle avait des effets positifs sur la consommation de drogue à l'issue du traitement et de périodes de suivi plus longues. La recherche actuelle montre que cette formation doit être offerte aux toxicomanes, seule ou dans le cadre d'un traitement plus global, afin de les aider à réduire leur consommation de drogue ou d'alcool.

Références pour l'acquisition de compétences sociales:

Botvin, G. J. (1990), “Substance abuse prevention: Theory, practice, and effectiveness”, dans M. Tonry & J.Q. Wilson (éds.), Drugs and crime. Chicago: The University of Chicago Press.

Corrigan, P. W. (1991), “Social skills training in adult psychiatric populations: A meta-analysis”,. Journal of Behaviour Therapy and Experimental Psychiatry, 22(3), 203-210.

Elder, J., Edelstein, B., & Narick, M. (1979), “Adolescent psychiatric patients: Modifying aggressive behaviour with social skills training”, Behaviour Modification, 3, 161-178.

Eliany, M., & Rush, B. (1992), L'efficacité des programmes de prévention et de réhabilitation de l'alcoolisme et d'autres toxicomanies: sommaires des évaluations, Ottawa: Santé et Bien-être Canada.

Eriksen, L., Bjornstad, S., & Gotestam, K. G. (1986), “Social skills training in groups for alcoholics: One-year treatment outcome for groups and individuals”, Addictive Behaviour, 11, 309-329.

Freedman, B., Donahue, C., Rosenthal, D., Schlundt, D., & McFall, R. (1978), “A social-behavioural analysis of skill deficits in delinquent and nondelinquent adolescent boys”, Journal of Consulting and Clinical Psychology, 46, 1448-1462.

Miller, W. R. (1992), “The effectiveness of treatment for substance abuse: Reasons for optimism”, Journal of Substance Abuse Treatment, 9, 93-102.

Miller, W. R., & Hester, R. K. (1986), “The effectiveness of alcoholism treatment: What research reveals”, dans W.R. Miller & N. Heather (éds.), Treating addictive behaviours: Processes of change, New York: Plenum Press.