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Revue de la littérature sur les techniques de traitement en toxicomanie

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Spiritualité

La spiritualité n'est pas considérée comme une méthode de traitement en soi, mais plutôt comme une orientation générale que l'on peut donner à un traitement de la toxicomanie ou de l'alcoolisme. Ainsi, Strachan (1982) mentionne que la spiritualité est un choix de vie essentiel au rétablissement total des alcooliques ou des toxicomanes. Whitfield (1985) a également fait remarquer que le rétablissement physique, mental et spirituel était une façon pour tous les humains de se sortir de souffrances inutiles.

Il semble y avoir toute une gamme de définitions de la spiritualité à titre d'orientation du traitement de la toxicomanie. Dollard (1983) a dit que la spiritualité avait trait à notre capacité à nous relier, par nos attitudes et nos actes, aux autres, à nous-mêmes et à Dieu comme nous Le comprenons. Mikulas (1987) affirme que le terme spirituel renvoie à des pratiques, des prises de conscience, des états d'âme et des cadres de référence largement influencés par des forces qui englobent la personne et ses expériences personnelles, interpersonnelles et suprapersonnelles ou transcendantes et les dépassent. Brown et Peterson (1991) ont défini l'évolution spirituelle comme un progrès dans le développement, l'expérience, l'intégration ou l'acquisition de comportements, de connaissances, de valeurs, d'attitudes, de pratiques ou de croyances qui transcendent l'ego et provoquent un changement personnel suffisant pour guérir d'un état de mésadaptation antérieur. Les définitions varient, mais elles disent toutes que la spiritualité transcende tous les aspects du traitement et assure un lien qui permet aux participants d'intégrer les divers éléments du traitement et d'adopter un mode de vie favorable à l'abstinence.

Bon nombre de spécialistes n'hésitent pas à distinguer la spiritualité de la religion : ils décrivent la première comme un mode de vie au jour le jour et la deuxième comme l'obéissance à une croyance, à une doctrine ou à une forme de théologie (Brown et Peterson, 1991; Brown et coll., 1988). On a dit que certains (p. ex. Chiauzzi et Liljegren, 1993; Peele, 1989) remettaient en question l'utilité d'une approche spirituelle du traitement essentiellement à cause de cette distinction ou de l'absence de cette distinction. Brown, Peterson et Cunningham (1988) ont mentionné que la confusion entourant la distinction entre spiritualité et religion avait fait en sorte la spiritualité avait été fuie, présentée d'une manière qui rebutait une grande partie des toxicomanes ou exposée d'une manière inadéquate sur le plan du contenu ou de la méthode.

Cherchant à mieux définir la spiritualité, Brown et Peterson (1991) ont élaboré le Brown-Peterson Recovery Progress Inventory (B-PRPI), un instrument de mesure de la spiritualité et des pratiques spirituelles qui se retrouvent souvent dans les programmes en douze étapes. Les résultats ont montré qu'un certain nombre de pratiques spirituelles se retrouvaient dans trois échantillons distincts de participants à des programmes en douze étapes. Plus des deux tiers des membres de l'échantillon normatif ont indiqué qu'ils avaient franchi la quatrième et la cinquième étape, qu'ils avaient fait amende honorable, qu'ils avaient prié, qu'ils avaient raconté leur histoire, qu'ils avaient écouté attentivement, qu'ils avaient eu des habitudes de sommeil régulières et qu'ils avaient évité les gens, les lieux et les choses qui risquaient de nuire à leur rétablissement. Ils étaient à peu près aussi nombreux à mentionner qu'ils avaient des comportements plus cognitifs, c'est-à-dire qu'ils se reconnaissaient impuissants devant l'alcool ou la drogue, qu'ils croyaient en une Puissance supérieure et qu'ils avaient confiance en Elle, qu'ils réfléchissaient, qu'ils acceptaient la vie comme elle est, qu'ils avaient des relations plus vraies avec les autres et qu'ils étaient libérés des obsessions mentales à l'égard de l'objet de leur dépendance. Les répondants ont indiqué que, selon eux, toutes ces étapes faisaient partie de la spiritualité, ce qui a amené les auteurs à conclure que cette approche englobait beaucoup de choses dans les programmes en douze étapes.

La spiritualité englobe une foule de pratiques et de modes de vie, mais il n'en reste pas moins que la plupart des programmes de traitement de la toxicomanie inspirés d'une approche spirituelle adoptent les étapes précises proposées dans le programme initial des Alcooliques anonymes (AA). On trouvera ailleurs la description détaillée des douze étapes, mais mentionnons pour l'essentiel que la première définit l'orientation spirituelle du programme en demandant aux participants de se reconnaître impuissants à l'égard de leur dépendance et de faire appel à une Puissance supérieure pour les aider à se rétablir. La Puissance supérieure ne correspond ni à Dieu ni à aucun autre symbole religieux mais plutôt à ce que le participant considère comme la source d'appui qui peut l'aider à vaincre son problème. Le cofondateur des AA, Bill W., a dit que la spiritualité en douze étapes exigeait un minimum de foi et faisait place à un nombre quasi illimité de croyances et de pratiques spirituelles.

Brown, Peterson et Cunningham (1988) ont proposé que l'on adopte une approche cognitivo-comportementale à trois dimensions à l'égard du programme spirituel en douze étapes mais l'efficacité de cette approche auprès de divers groupes de toxicomanes n'a pas encore été examinée. Emrick (1987) a examiné la relation entre, d'une part, les témoignages donnés dans les réunions des AA, la présence aux réunions, le parrainage, les étapes quatre et cinq et les étapes six à douze et, d'autre part, les résultats obtenus par les participants à l'issue du traitement. Les conclusions ont montré que les directives comportementales du programme des AA avaient un effet bénéfique et entraînaient des taux de rétablissement supérieurs. Ces conclusions ont cependant une limite : elles ne comportent pas de données portant expressément sur les pratiques spirituelles des participants.

Il y a quelques données empiriques sur l'efficacité de la spiritualité dans les programmes de traitement de la toxicomanie. Il faut cependant noter que les études scientifiques sur le lien entre la spiritualité et la modification positive du comportement ne sont pas légion. Il n'en reste pas moins que des millions d'adhérents aux programmes en douze étapes ont fait des témoignages éloquents sur le rôle essentiel de la spiritualité dans le processus de rétablissement. Quel que soit l'état actuel des données sur les résultats du traitement, la spiritualité continuera d'être au coeur de la plupart, si ce n'est de la totalité, des méthodes traditionnelles car les données empiriques ou les témoignages individuels ne manquent pas de souligner le lien étroit qu'elle entretient avec le rétablissement.

Références pour spiritualité:

Brown, H., Peterson, J., & Cunningham, O. (1988), “Rationale and Theoretical Basis for a Behavioural/Cognitive Approach to Spirituality”, Alcoholism Treatment Quarterly, 5(1/2), 47-59.

Brown, H., & Peterson, J. (1991), “Assessing Spirituality in Addictions Treatment and Follow-Up: Development of the Brown-Peterson Recovery Progress Inventory (B-PRPI)”, Alcoholism Treatment Quarterly, 8(2), 21-45.

Chiauzzi, E., & Liljegren, S. (1993), “Taboo Topics in Addictions Treatment: An Empirical Review of Clinical Folklore”, Journal of Substance Abuse Treatment, 10, 303-316.

Dollard, J. (1983), Toward Spirituality: The Inner Journey, Center City, Minn.: Hazelden.

Emrick, C.D. (1987), “Alcoholic Anonymous: Affiliation, processes, and effectiveness as treatment”, Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 11 (5), 416-423.

Strachean, J.G. (1982), Alcoholism: Treatable Illness. Center City, Minn.: Hazelden Foundation.

Whitfield, C.L. (1985), Alcoholism, other drug problems, & spirituality: A transpersonal approach. Baltimore, MD: The Resource Group.