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Revue de la littérature sur les techniques de traitement en toxicomanie

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Références pour éducation sur les drogues et l'acool

On donne aux participants de l'éducation sur les drogues et l'alcool car on suppose qu'ils manquent d'information sur la portée et les effets négatifs de leurs actes (Marlatt et Gordon, 1980; Miller et Hester, 1986). Certaines données montrent, sans toutefois l'affirmer, que les consommateurs de drogues et d'alcool connaissent moins les conséquences néfastes de la toxicomanie que les autres (p. ex. Senn, 1983). On suppose qu'une meilleure connaissance des problèmes les amènera à modifier leurs attitudes en la matière.

L'éducation sur les drogues et l'alcool fait partie de la plupart des interventions en matière de toxicomanie, peu importe qu'elles s'adressent ou non à des délinquants (Montagne et Scott, 1993; Peters, May II et Kearns, 1992). Elle peut être donnée à titre de programme de prévention unique à des gens qui commencent à peine à connaître des problèmes de toxicomanie ou qui risquent fort d'en connaître. Elle peut aussi être intégrée à des programmes de traitement multimodaux destinés à des gens aux prises avec de graves problèmes.

Selon des recensions récentes, les données montrant que les programmes d'éducation sur les drogues et l'alcool modifient grandement le comportement à l'égard de la toxicomanie sont peu nombreuses (Eliany et Rush, 1992; Foon, 1988; Miller et Hester, 1986; Montagne et Scott, 1993). Il n'est pas nécessairement étonnant de constater que l'éducation ne suffit pas à modifier le comportement en la matière quoiqu'il y ait peut-être lieu de s'en inquiéter (Tobler, 1986; Uecker et Boutilier, 1976). Lorsque l'on examine l'efficacité de l'éducation, il faut déterminer si cette dernière visait à modifier les connaissances, les attitudes ou le comportement réel (Montagne, 1982). On comprend toujours très mal ces trois domaines, et la recherche n'a pas encore permis de déterminer si les connaissances acquises dans un domaine influent sur les autres et dans quelle mesure elles le font (Leukefeld et Bukoski, 1991). Comme l'ont affirmé Montagne et Scott (1993) et d'autres auteurs (p. ex. Miller et Hester, 1986), l'efficacité des programmes devrait être mesurée en fonction de leurs objectifs. Si un programme d'éducation sur les drogues et l'alcool vise expressément à influencer les connaissances et les attitudes, il faudrait l'évaluer en fonction de ces critères et non en fonction de la consommation. S'il vise, par contre, à modifier la consommation, il faudrait l'évaluer en fonction de ce critère. C'est donc dire que l'efficacité de l'éducation dépendra du r 9‚sultat visé.

Reconnaissant que l'interprétation de l'efficacité est sujette à caution, on présente ci-après un examen des évaluations menées sur des programmes d'éducation dont certains comportaient un seul élément et d'autres, plusieurs. Senn (1983) a étudié l'influence d'un programme d'éducation sur la toxicomanie intégré à un programme d'aide postpénale. Un groupe d'ex-toxicomanes, dont la moitié avaient déjà été incarcérés, ont pris part à un cours donné à l'université. Les résultats ont montré qu'ils ont acquis beaucoup de connaissances en la matière, qu'ils ont modifié grandement leurs attitudes mais qu'ils n'ont pas réduit sensiblement leur consommation proprement dite. On a conclu que le cours devrait viser à modifier leurs connaissances et leurs attitudes mais non leur consommation.

Duguid (1987) a analysé l'incidence du programme d'éducation qu'offrait l'université Simon Fraser aux délinquants toxicomanes sous responsabilité fédérale. Il est intéressant de noter que le programme ne portait pas uniquement sur les drogues et l'alcool. Les participants avaient accès à la quasi-totalité des activités offertes sur le campus des collèges des arts libéraux. On a mené une étude sur 65 détenus qui avaient participé au programme et 65 détenus qui n'y avaient pas participé, et l'étude a révélé que 50 % de ces derniers ont été réincarcérés dans les trois ans qui ont suivi leur libération tandis que 16 % des membres du premier groupe étaient dans ce cas. On n'a pas analysé les connaissances sur la toxicomanie et la rechute, mais les résultats indiquent que le programme d'éducation a eu un effet manifeste sur le succès des détenus toxicomanes après leur mise en liberté.

Certaines études ont traité de l'incidence de l'éducation sur les personnes reconnues coupables de conduite avec facultés affaiblies. Vingilis et coll. (1981) ont affectE9‚ au hasard des conducteurs ayant commis de multiples infractions de ce type à un programme d'éducation ou à un groupe de contrôle. Les membres du groupe d'éducation ont accru de beaucoup leurs connaissances et leurs attitudes comparativement aux membres du groupe de contrôle. Après 3,5 ans, il n'y avait cependant pas de différence entre les deux groupes en ce qui concerne la sécurité routière.

Jamieson et Stone (1991) ont examiné le rendement des personnes reconnues coupables de conduite avec facultés affaiblies qui ont été mises en probation et dirigées par les tribunaux vers des programmes d'éducation. Feedlund (1989) avait établi que le taux de récidive des personnes qui n'avaient pas participé au programme était de 35 %, et Jamieson et Stone (1991) ont découvert que celui des 331 personnes qui avaient participé au programme n'était que de 10 % au cours d'une période de suivi de deux ans. Certaines données montraient en outre que l'on pouvait prévoir le succès du programme d'après l'attitude des contrevenants à l'égard du changement.

Mis à part les programmes d'éducation portant sur la conduite avec facultés affaiblies, on a eu tendance récemment à privilégier l'éducation par rapport à l'incarcération dans le cas des délinquants toxicomanes (Cochrane et coll., 1988; Greer et coll., 1990). Greer et coll. (1990) ont étudié l'incidence des cours d'éducation sur l'alcool donnés aux jeunes délinquants adressés par les tribunaux. Les groupes contrôles qui n'ont eu aucun cours ont été jumelés à trois groupes qui ont suivi les cours suivants : 1. un cours behavioriste axé sur l'acquisition des compétences, l'analyse de la consommation d'alcool et des infractions et la modification subséquente du comportement; 2. un cours axé sur la discussion non didactique et non directive de l'alcoolisme et des infractions qui en découlent; 3. un cours axé sur l'information relative à la consommation d'alcool. Les résultats ont montré que les participants qui avaient suivi les cours axés sur la discussion et l'information avaient réduit, quoique légèrement, leur consommation d'alcool tandis que ceux qui avaient suivi le cours behavioriste l'avaient réduite de beaucoup par rapport au groupe contrôle. Les entrevues de suivi ont permis de constater que seul le cours behavioriste avait permis de réduire sensiblement les taux de condamnation et d'infractions autodéclarées.

Bref, l'éducation sur les drogues et l'alcool semble modifier les attitudes et les connaissances relatives à la consommation. Les données actuelles montrent qu'elle ne suffit pas, en général, à réduire les niveaux de consommation proprement dits. Cette conclusion va de pair avec d'autres recensions (Eliany et Rush, 1992; Montagne et Scott, 1993) et souligne qu'il faut distinguer les niveaux de toxicomanie des personnes dirigées vers les programmes d'éducation. L'éducation seule ne devrait être donnée qu'aux personnes qui commencent tout juste à connaître des problèmes de toxicomanie ou qui risquent d'en connaître. Elle ne viserait pas à modifier leur schéma de consommation mais plutôt à fournir l'information nécessaire pour que les participants conservent un schéma à faible risque. On a soutenu, en revanche, que l'éducation pourrait être utile aux personnes souffrant d'un grave problème de toxicomanie si elle était intégrée à des programmes plus polyvalents (Montagne et Scott, 1993). Il n'y a toutefois pas assez d'études jusqu'ici pour évaluer la contribution de l'éducation à des programmes plus complets.

Références pour éducation sur les drogues et l'acool:

Cochrane, S., Baldwin, S., Greer, C., & McCluskey, S. (1988), “Alcohol education courses and offenders: Update of U.K. services”, Alcohol and Alcoholism.

Davidson, P. R. (1983), “Short-term impact of the Alberta impaired drivers' program on the knowledge and attitudes of participants” Alberta: Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission.

Duguid, S., (1987), University Prison Education in British Columbia, British Columbia, Canada: Simon Fraser University.

Eliany, M., & Rush, B. (1992), L'efficacité des programmes de prévention et de réhabilitation de l'alcoolisme et d'autres toxicomanies: sommaires des évaluations, Ottawa: Santé et Bien-être Canada.

Foon, A. E. (1988), “The effectiveness of drinking-driving programs: A critical review”, The International Journal of the Addictions, 23(2), 151-174.

Fredlund, E. V. (1989), “The impact of DWI education in Texas”, Austin: Texas Commission on Alcohol and Drug Abuse.

Greer, C., Lawson, A., Baldwin, S., Cochrane, S. (1990), “Alcohol abuse and the young offender: Alcohol education as an alternative to custodial sentencing”, Journal of Offender Counseling, Services and Rehabilitation, 15(1), 131-145.

Huebert, K. (1990), “IMPACT: Measuring success”, Alberta: Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission.

Jamieson, J. D., & Stone, W.E. (1991), “Predicting DWI education success”, Federal Probation, March, 1991.

Jeune, R., Huebert, K., Slavik, W., Brown, C., & Mah, B. (1988), “IMPACT: Program development studies” Alberta: Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission.

Leukefeld, C. G., & Bukoski, W. J. (Eds.), (1991), “Drug abuse prevention intervention research: Methodological issues”, (NIDA Research Monograph 107). Washington, D.C.: Governmental Printing Office.

Montagne, M. (1982), “Evaluating educational programs: A comparative design”, Evaluation and Health Professions, 5, 477.

Miller, W. R., & Hester, R. K., (1986), “The effectiveness of alcoholism treatment: What research reveals”, dans W.R. Miller & N. Heather (éds.), Treating addictive behaviours: Processes of change, New York: Plenum Press.

Montagne, M., & Scott, D. M. (1993), “Prevention of substance abuse problems: Models, factors, and processes”, The International Journal of the Addictions, 28(12), 1177-1208.

Peters, R. H., May II, R. L., & Kearns, W. D. (1992), “Drug treatment in jails: Results of a nationwide survey”, Journal of Criminal Justice, 20, 283-295.

Senn, K. (1983), “Effects of short-term rehabilitation on alcohol consumption and drinking-related behaviours: An eight-month follow-up study of drunken drivers”, The International Journal of the Addictions, 15(6), 821-838.

Stalonas, P. M., Keane, T. M., and Foy, D.W. (1979), “Alcohol education for inpatient alcoholics: A comparison of live, videotape and written presentation modalities”, Addictive Behaviours, 4, 223-229.

Tobler, N. (1986), “Meta-analysis of 143 adolescent drug prevention programs: Quantitative outcome results of program participants compared to a control or comparison group”, Journal of Drug Issues, 16(4), 537-567.

Uecker, A. E., & boutilier, L. R. (1976), “Alcohol education for alcoholics: Relation to attitude changes and posttreatment abstinence”, Journal of Studies on Alcohol, 37, 965-975.

Vingilis, E., Chung, L., & Adlaf, E. M. (1981), “An evaluation of a prevention programme for drinking and driving called R.I.D.E.”, dans L. Goldberg (éd.), Alcohol, Drugs and Traffic Safety. Sweden: Almquist and Wiskell International.