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Délinquants sexuels autochtones : Allier la guérison spirituelle au traitement cognitivo-comportemental

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I. CULTURE, DéONTOLOGIE ET RÈGLES DE COMPORTEMENT DES AUTOCHTONES

Le présent document se fonde sur les théories du Dr Clare Brant quant aux comportements et au mode de vie des Autochtones (1990, 1993). Psychiatre et Mohawk, le Dr Brant a traité des délinquants autochtones. Au Canada, sa connaissance de la culture autochtone est largement reconnue des professionnels de la santé.

Les Autochtones sont l'un des groupes ethniques les plus importants du Canada. Leur culture survit encore, malgré l'influence profonde exercée par la colonisation. Le professeur Larocque, de la faculté des études autochtones de l'université du Manitoba, définit la colonisation comme l'usurpation du territoire des Autochtones et la subjugation de leurs peuples depuis l'arrivée des Européens. ''(Traduction) Pour les Autochtones, la colonisation a provoqué une perte de leurs terres, de leurs ressources et de leur autonomie, ainsi qu'un bouleversement profond de leurs coutumes et de leurs valeurs''. Auparavant, les Autochtones vivaient selon leurs propres règles de comportement. Ils respectaient ces règles afin de pouvoir survivre. La survie des groupes et des particuliers dépendait de l'harmonie des relations entre les gens et de la collaboration des sociétés autochtones des forêts et des plaines (Brant, 1993). Dans les relations interpersonnelles, l'harmonie était atteinte et conservée grâce à la suppression des conflits. C'est pourquoi les Autochtones tendent à diminuer les conflits en ne les affrontant pas directement.

Clare Brant a défini huit principes qui favorisent l'harmonie dans la collectivité. Les conflits sont supprimés dans une famille étendue, un clan, une bande ou une tribu grâce à l'application de la non-ingérence et de la non-compétitivité, à la répression des émotions (y compris de la colère), au partage, à la conception du temps, à l'attitude à l'égard de la gratitude et de l'approbation, au protocole autochtone et au principe de l'enseignement par l'exemple (Brant, 1990). Les quatre premiers principes sont les plus favorables à l'harmonie et les quatre autres ont une influence moins grande. Avec le temps, ces principes ont été enchâssés dans la culture autochtone. Ils sont devenus des normes sociales qui continuent d'influer encore de nos jours sur la vie des Autochtones (Brant, 1990).

Le principe de la non-ingérence est une norme de comportement des tribus amérindiennes. Il favorise les relations interpersonnelles positives en décourageant toute contrainte tant physique que psychologique ou verbale. Par respect pour l'autonomie de chacun, les Autochtones jugent indésirable toute contrainte ou toute tentative de persuasion. La non-ingérence est le principe de comportement le plus largement accepté chez les peuples autochtones. Il s'applique également aux relations entre les adultes et les enfants et peut être mépris pour du laxisme par le reste de la société (Brant, 1990).

La non-compétitivité élimine les conflits en prévenant la rivalité entre les groupes et en évitant qu'un membre moins compétent du groupe ne soit mis dans l'embarras dans des situations interpersonnelles. Ce principe s'applique également à la vie professionnelle. Les employeurs non autochtones confondent souvent cette non-compétitivité avec un manque d'initiative et d'ambition (Brant, 1990).

La répression des émotions résulte de l'application conjointe des principes de non-ingérence et de non-compétitivité. Elle favorise la maîtrise de soi en décourageant l'expression d'émotions fortes et violentes. Par contre, les émotions comme la joie et l'enthousiasme se trouvent refoulées de la même façon que la colère ou les impulsions de destruction.

Le partage dérive des besoins fondamentaux de la survie dans la nature. Lorsque ce principe est né chez les Autochtones, la survie du groupe était plus importante que la prospérité individuelle. Par conséquent, chacun ne devait récolter de la nature que ce dont il avait besoin et il fallait le partager librement avec tous (Brant, 1990). Ce principe favorisait la survie du groupe en évitant la famine et servait également à éliminer les conflits en diminuant l'expression de l'avidité, de l'envie, de l'arrogance et de l'orgueil dans la tribu. Il supprime peut-être aussi l'ambition personnelle puisque le travail ne saurait profiter à celui qui le fait. Le principe du partage a pour corollaire l'égalité et la démocratie. Le partage, en théorie et en pratique, favorise l'homogénéité économique et sociale, en plus de conférer une valeur égale à tous les membres du groupe (Brant, 1990). Ce principe va à l'encontre de l'accent que met le reste de la société sur la réussite, la puissance et la richesse personnelles. Par conséquent, la société autochtone fait l'objet de pressions afin qu'elle adopte l'optique des ''Blancs'' et abandonne ce principe du partage au profit de la prospérité et de la réussite individuelles. Le Dr Brant affirme que la société autochtone a refusé de se soumettre à ces pressions.

Pour démystifier et comprendre le comportement des Autochtones, il faut se fonder sur les quatre principes de répression des conflits qui viennent d'être énoncés. Pour raffiner encore cette compréhension, Clare Brant décrit quatre autres éléments traditionnels qui conditionnent le comportement. Il a observé ces éléments dans le cadre de son travail clinique. Il s'agit de la conception du temps, de l'attitude par rapport à la gratitude et à l'approbation, du protocole autochtone et de l'enseignement par l'exemple.

Les Autochtones ont une conception intuitive, personnelle et flexible du temps. Brant suppose que cette conception est peut-être née à une époque où les activités des Autochtones étaient régies par les saisons, c'est-à-dire par le soleil, les migrations des oiseaux et des animaux et la nourriture disponible aux différents moments de l'année. Les Autochtones sont moins préoccupés par les horaires. Ils sont moins enclins à se dire incommodés si une manifestation sociale ou une réunion commencent des heures après l'heure prévue. Ils ont développé le principe du ''moment opportun'', qui arrive lorsque tous les facteurs du milieu convergent vers la réussite de l'entreprise (Brant, 1990).

Les Autochtones manifestent rarement leur approbation au moyen de compliments ou de récompenses. Comme il est entendu que chacun doit s'acquitter de ses tâches, on ne s'attend pas à être félicité ou remercié d'un travail bien fait. Les non-Autochtones qui travaillent parmi les Autochtones sont parfois déconcertés par cette attitude à l'égard de la gratitude ou de l'approbation (Brant, 1990). En outre, les Autochtones visent toujours une compétence allant jusqu'à l'excellence, et c'est pourquoi ils hésitent parfois à aborder quelque chose de nouveau.

Le protocole autochtone porte sur la bienséance, le cérémonial et le ''savoir faire''. Aux non-Autochtones, la société autochtone peut sembler assez relâchée, sans structure et relativement dénuée de règles de comportement social ou d'étiquette. La société autochtone est au contraire rigoureusement structurée et ses règles de comportement social sont nombreuses et exigeantes (Brant, 1990). Certaines sont particulières à des villages, des clans, des tribus ou des bandes. En raison du principe de non-ingérence, il est impossible d'enseigner à un étranger les règles et les protocoles locaux. Les règles ne sauraient être énoncées de façon explicite, car cela irait à l'encontre du droit de chacun d'agir comme bon lui semble (Brant, 1990).

C'est pour cette raison que les Autochtones pratiquent l'enseignement par l'exemple. Les principes didactiques des non-Autochtones se fondent surtout sur des théories et des méthodes visant à « modeler ». Dans le « modelage », l'élève est récompensé lorsqu'il arrive à reproduire de façon relativement convenable le comportement qu'on lui a enseigné. Les Autochtones conçoivent l'enseignement tout autrement et n'utilisent à peu près comme méthode que l'exemple. Ils montrent comment faire, ils ne le disent pas. Cela peut être considéré comme une forme de répression des conflits, puisque l'enseignant ne prétend pas en savoir davantage que l'élève; c'est en donnant l'exemple que l'enseignant transmet des renseignements utiles et pratiques, libre à l'élève d'en faire ce qu'il veut (Brant, 1990). Ce type d'enseignement accroît, semble-t-il, l'attachement aux membres les plus âgés du groupe, ainsi que la cohésion et la continuité au sein de celui-ci.

Mais pour favoriser et renforcer la répression des conflits, il a d'abord fallu qu'évoluent un certain nombre de mécanismes du superego pour éviter les dérogations à ce principe sans toutefois provoquer d'angoisse intense. Brant a classé ces mécanismes de contrôle social en catégories: les menaces de croque-mitaine ou les taquineries, l'humiliation et le ridicule. Ces mécanismes servaient à contrôler les gens qui ne respectaient pas suffisamment les principes de la répression des conflits. Les taquineries, l'humiliation et le ridicule sont des moyens de conserver leur harmonie aux relations interpersonnelles. Ils permettent de faire assumer à l'enfant la responsabilité de l'écart entre le moi réel et le moi idéal. Toutefois, l'humiliation et les taquineries peuvent, tout comme la colère des parents, éroder l'estime personnelle de l'enfant et susciter chez lui un énorme sentiment d'humiliation lorsqu'il en fait l'expérience plus tard dans la vie. Il sera enclin à éviter le blâme, ce qui constitue une forme plus poussée de non-ingérence, à se montrer réticent aux nouvelles expériences et à refuser de présenter des excuses ou d'admettre de toute autre façon l'erreur ou la défaite (Brant, 1990).

On apprend aux jeunes Autochtones à refouler leur colère au moyen de la spiritualité autochtone. La famille ou la personne pouvait être menacée par de prétendus chamans ou sorciers. On disait qu'ils pouvaient jeter des sorts aux personnes qui insultaient ou blessaient leurs semblables. Puisque la colère les provoquait, on enseignait aux enfants, dès leur plus jeune âge, à ne pas agir avec colère. La colère, estimait-on, traduisait non seulement un manque de valeur et de sagesse, elle pouvait aussi être dangereuse.

Cette façon de refouler l'hostilité au sein du groupe favorise l'harmonie des relations interpersonnelles en projetant vers une force extérieure invisible et inconnue la frustration de l'enfant. Du même coup, les parents ne sont plus perçus comme la source de la frustration ou de la privation, ce qui permet de cultiver un bon comportement sans qu'il y ait de confrontation directe avec les parents ou les Aînés. Le résultat, de nos jours, est que la frustration est facilement projetée sur les enseignants, les employés des sociétés d'aide à l'enfance, les policiers, les juges des tribunaux de la famille et toute autre personne de l'extérieur qui impose des restrictions ou des exigences (Brant, 1990).

Trois facteurs du milieu sous-tendent ces principes:

  • la pauvreté: Les Autochtones vivent bien au-dessous du seuil de pauvreté. Cela a pour effet de limiter leurs possibilités de déplacement, leurs choix de carrière, leur créativité et leur accomplissement personnel.
  • l'impuissance: Les Autochtones représentent cinq pour-cent de l'électorat. Ils n'ont pas réussi à influencer les orientations et les politiques des gouvernements. Ce n'est que récemment qu'ils ont fait l'apprentissage d'autres moyens politiques comme le lobbying et la protestation pacifique.
  • l'anomie: Des lois restrictives sont principalement responsables de la perte des cérémonies qui favorisaient la cohésion des Autochtones, de leur santé mentale, d'une identité claire, de leur but, de leur orientation et de leur sentiment d'appartenance. Par exemple, la ''loi anti-potlatch'' a empêché les Autochtones de tenir des cérémonies au Canada pendant plus de soixante-dix ans. Elle n'a été abrogée qu'en 1957.

Carter et Parker (1991) ont élaboré une hypothèse selon laquelle, partout dans leur culture, les Autochtones se sentent victimes.