Lynn Stewart

Lynn Stewart

C'est l'ensemble de ses compétences, de ses intérêts et de ses expériences qui ont mené Lynn Stewart, passée de la psychologie clinique aux premières lignes des services correctionnels, où elle travaille auprès de délinquants en établissement et dans la collectivité, à son poste actuel de gestionnaire principale de recherche, Recherche sur les interventions et les délinquantes au Service correctionnel du Canada (SCC).

« C'est le moyen parfait de mettre à contribution l'ensemble de mes intérêts et de mes compétences, ainsi que mes valeurs, explique-t-elle. Le travail au sein des services correctionnels correspond parfaitement à mes intérêts : chercher ce qui module la pensée des gens et leurs gestes à l'égard de questions éthiques et de dilemmes moraux. Je suis une personne curieuse de nature, et je veux comprendre pourquoi les gens agissent comme ils le font. Plus précisément, il est intéressant de spéculer sur ce qui peut pousser quelqu'un à agir de façon si peu conforme aux normes : pourquoi les délinquants sous responsabilité fédérale font-ils des choses auxquelles la plupart des membres de la société ne songeraient même pas? »

La recherche que Lynn mène actuellement porte sur les délinquantes et les interventions correctionnelles, y compris les programmes correctionnels, les services de santé mentale et les programmes sociaux. L'un de ses projets en cours est une étude approfondie portant sur les délinquantes qui participent à des programmes correctionnels. Elle a pour but d'évaluer si les compétences et les attitudes de ces dernières sont renforcées par la participation à des programmes, et si cette participation à une incidence sur la façon dont elles s'en sortent à la libération.

« Les délinquantes au SCC constituent une population unique sous plusieurs aspects, parce qu'elles représentent un faible pourcentage de la population carcérale totale, indique-t-elle. La recherche sur les délinquantes profite non seulement au SCC, mais aussi à l'ensemble des intervenants sur la scène internationale. Le SCC a probablement effectué plus de recherches dans ce domaine que beaucoup d’autres organismes.»

La plus grande partie du travail de Lynn porte aussi sur un autre domaine : les délinquants autochtones. Selon les chercheurs, les délinquants autochtones réagissent aussi bien que les autres délinquants aux interventions et aux programmes généraux du SCC, mais des approches sexospécifiques ou adaptées à leur culture pourraient leur être encore plus bénéfiques.

« Dans le cadre d'un autre projet en cours, une population de délinquants est évaluée pour déterminer si le fait d'avoir participé à des activités, comme des séances avec des Aînés, des programmes pédagogiques ou des programmes en emploi vient amplifier les effets positifs associés à leur participation à des programmes correctionnels », maintient Lynn.

Une étude à grande échelle sur la prévalence des troubles de santé mentale chez les délinquants est également en cours. Compte tenu du nombre de délinquants qui, croit on, sont admis au sein des services correctionnels alors qu’ils sont aux prises avec des problèmes graves de santé mentale, l'étude de cette question est essentielle, ajoute Lynn.

Nous serons en mesure d'établir si, réellement, le pourcentage de délinquants atteints de troubles mentaux est élevé et dans quelle mesure ces délinquants et ces délinquantes en sont affectés. Plusieurs personnes atteintes d'un trouble mental fonctionnent très bien, et notre recherche permettra d'établir si cela est aussi vrai pour les délinquants atteints de troubles mentaux.

Toutes les recherches sont particulièrement importantes, maintient Lynn, car la plupart des délinquants placés sous la garde du SCC retourneront un jour dans la collectivité.

Bon nombre d'entre eux ont vécu des vies tragiques et connu des histoires tristes, et, malheureusement, ils ont créé des histoires tristes et fait des victimes, ajoute-t elle. Notre travail est, sur le plan humain, de faciliter pour eux l'atteinte de meilleurs résultats à la libération. Cela aide les délinquants, et certainement leur famille, mais cela aide aussi le public en général d'apprendre que ces délinquants retournent dans la collectivité en tant que citoyens respectueux des lois, en raison du travail que nous faisons, et avec un plus grand bagage de formation, d'attitudes et de compétences, qui les rendront plus productifs.»

Avant de se lancer dans le domaine de la recherche correctionnelle, Lynn a terminé sa thèse de doctorat en développement moral, où elle a évalué comment des enfants de moins de 16 ans considèrent et gèrent les dilemmes moraux, à l'Université York de Toronto (Ontario). En 1987, elle a commencé sa carrière au SCC sur les premières lignes, en tant que psychologue clinique, à l'Établissement de Warkworth, et, plus tard, en tant que psychologue de district communautaire, où elle a travaillé auprès de délinquants libérés et aidé leur agent de libération conditionnelle.

Vers le milieu de sa carrière, Lynn a déménagé à l'administration centrale du SCC, où elle a mis à profit les fondements de son expérience opérationnelle pour orienter la recherche sur les interventions correctionnelles, en cherchant à déterminer si les programmes pour délinquants sont un succès et si oui, pourquoi.

« Le SCC a la bonne réputation d'être un organisme qui se fonde sur des éléments probants, et les chercheurs du SCC sont grandement respectés sur la scène internationale. C'est formidable de travailler avec des gens si passionnés par leur travail, indique-t-elle. Je crois qu'en général, le SCC est orienté par des décisions fondées sur des éléments probants, et c'est pour cette raison que nous avons une meilleure idée de ce que nous devrions faire pour promouvoir la sécurité publique et la mise sur pied d’un système correctionnel humain. J'ai travaillé avec des agents de programmes et des agents de libération conditionelle, qui se demandent, non sans raison : pourquoi devrions-nous faire cela? Qu'est-ce qui prouve que ce sera efficace? Si vous pouvez leur fournir cette réponse, il y aura probablement plus de chances qu'ils vous appuient et supportent vos initiatives. »

En plus de mener de front sa carrière de presque 30 ans, Lynn a consacré son temps et ses talents à d'autres initiatives, ici et à l'étranger. Depuis 10 ans, elle travaille à titre de contractuelle pour le comité international d'accréditation de l'Angleterre, responsable des programmes correctionnels.

« [J'ai décidé de le faire car] ils ont adopté certains de nos programmes et, en grande partie, notre approche, explique-t-elle. Je crois qu'ils appliquent aussi une approche véritablement fondée sur des éléments probants. Ils doivent montrer que, dans les faits, les programmes réduisent la récidive et prouver quelles économies de coûts ils entraînent. Ils souhaitent faire ce qui est efficace et mettre les ressources où cela est le plus avantageux. »

Lynn siège aussi au comité du coroner en chef, chargé d'examiner tous les cas d'homicide lié à la violence familiale en Ontario. Le rôle du comité est d'évaluer les cas en détail, de trouver les secteurs systémiques où des changements auraient pu permettre de prévenir l'incident et de formuler des recommandations à l'intention d'organismes, de services correctionnels et de services de police. L'une des initiatives dont le comité a fait la promotion est la mise sur pied d'une trousse de sensibilisation à la violence familiale, visant à renforcer la compréhension de ce que nous pouvons, en tant que voisins, amis ou membres de la famille, faire si une personne que nous connaissons devient une victime.

« Parfois, dans certains cas, rien n'aurait pu être fait. C'était inattendu et personne n'aurait pu l'éviter. Dans d'autres cas, on constate avec tristesse que, en cours de route, si les bonnes connaissances et les bons services avaient été accessibles, une tragédie aurait pu être évitée, maintient Lynn. C'est impossible de lire [un cas d'homicide lié à la violence familiale], sans en être affecté. Cela vous rend anxieux quant à la sécurité de votre propre famille. Mais, il reste un côté de moi qui considère chaque histoire tragique comme quelque chose de très, très intéressant, qui cherche à comprendre comment les gens en arrivent à cette issue, comment ils s'en sortent et comment cela aurait pu être évité. »

Comme dans son travail au sein du comité du coroner, Lynn explique que l'un des principaux objectifs de la Direction de la recherche du SCC est d'améliorer les résultats, en changeant la vie des délinquants, en augmentant leurs chances de réussir leur libération et en engendrant davantage d'effets positifs sur les personnes qui les entourent.

C'est un objectif qui lui tient à cœur, et celui-ci a été bien servi par son travail au SCC et ailleurs.

« Je perçois ma vie dans le domaine de la recherche comme une trajectoire, explique t elle. Les choses que j'ai accomplies en établissement, en Angleterre ainsi que dans les domaines de la libération conditionnelle et des programmes de réinsertion sociale font que je suis aujourd'hui où je crois pouvoir être la plus productive et la mieux placée pour acquérir des connaissances sur le plan de la recherche. Je n'avais pas prévu ce cheminement, mais je suis tellement heureuse d'être où je suis maintenant. »

Pour des renseignements sur l'emploi au SCC, veuillez consulter notre rubrique Carrières au Service correctionnel du Canada ou visiter le site Web du Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE), pour des détails sur les possibilités d’emploi accessibles aux étudiants.