Aider le délinquant - Module

Aider le délinquant

Le mandat du Service correctionnel du Canada (SCC) vise la réinsertion sécuritaire des délinquants dans la collectivité. Les changements d’attitudes et de comportements du délinquant sont, bien sûr, à la base du succès de ce mandat, mais le chemin vers la réinsertion doit aussi tenir compte des besoins particuliers de la famille du délinquant et de la collectivité. Le SCC a donc développé différentes approches pour soutenir ceux et celles qui sont touchés tant par le crime lui-même que par le processus de réinsertion.

Objectifs d'apprentissage

Intégré à leur cours de droit ou de sociologie, le présent module permettra aux participants de :

Droit

  • acquérir les connaissances nécessaires pour mieux comprendre les causes d’injustices;
  • appliquer un raisonnement critique et éthique à diverses problématiques de justice sociale;
  • comprendre ce que signifie « agir de manière socialement juste »;
  • différencier les méthodes traditionnelles de résolution de conflits des méthodes de rechange et comprendre la progression en ce qui concerne les options de résolution de conflits.

Sociologie

  • évaluer ses opinions ou ses jugements de manière à acquérir une plus large appréciation d’un sujet ou d’une problématique;
  • comprendre les fonctions de la famille et de la société, leurs dynamiques et leur diversité;
  • Identifier des habiletés de communication efficaces qui permettent d’établir de saines relations au sein de la famille et de la société en générale.

Temps requis (en salle de classe)

Deux heures (ou plus, en fonction du temps accordé aux activités de discussion proposées).

1.  La justice réparatrice

La justice réparatrice est une approche qui considère le crime comme un tort causé aux personnes et aux relations interpersonnelles. Elle aborde donc le mal qui touche la victime, le délinquant et la collectivité. Les programmes basés sur les principes et les valeurs de la justice réparatrice engagent volontairement la victime de l’acte criminel, le délinquant et les membres de la collectivité dans un dialogue honnête, sain et respectueux. L’objectif du processus est déterminé par les besoins exprimés par les participants eux-mêmes. Il peut s’agir de soulever des questions non-résolues, de donner une voix aux participants, de discuter des torts causés et de prévenir la récidive. Dans ce processus, le délinquant doit donc reconnaître le mal qu’il a fait, accepter la responsabilité de ses actes et participer activement au redressement de la situation. Les processus réparateurs prennent plusieurs formes, mais elles doivent toutes respecter les valeurs et les principes de la justice réparatrice qui impliquent la recherche de la guérison et la participation volontaire. La justice réparatrice peut donc prendre la forme de :

  • médiation entre la victime et le délinquant;
  • conférences familiales;
  • cercles de détermination de la peine;
  • médiation entre victime et délinquant non-liés.

Le processus de justice réparatrice permet aux victimes de s’exprimer sur les torts qu’elles ont subis, de poser des questions directement au délinquant et de dire ce qu’il faut faire pour améliorer la situation. C’est une approche qui peut aider les victimes à guérir au plan émotif et à atténuer leurs peurs.

Toutefois, ces programmes peuvent prendre beaucoup de temps : les participants doivent être bien préparés et il faut s’assurer que le processus sera sain et ne causera pas plus de tort. La justice réparatrice n’est pas un processus facile et peut être très éprouvante sur le plan affectif pour tous les participants.

La plupart des délinquants qui ont pris part à un processus de justice réparatrice ont déclaré qu’il était beaucoup plus difficile de reconnaître leur crime, de faire face à leur victime et aux membres de la collectivité que de purger une peine d’emprisonnement. Les victimes, elles, disent être plus satisfaites des résultats qu’avec le système de justice traditionnel. Le Service correctionnel du Canada (SCC) appuie donc de nombreuses initiatives de justice réparatrice partout au Canada.

2. Un maximum de soutien

Le délinquant qui commet une infraction criminelle cause du tort à sa victime et ses proches, mais son comportement affecte aussi sa propre famille et les membres de sa collectivité. Afin d’assurer une réhabilitation saine et sécuritaire, il est donc primordial de soutenir le délinquant, sa famille et les membres de sa collectivité de façon à rétablir un climat de confiance et des relations équilibrées.

Familles des délinquants

Le SCC a mis en ligne, sur son site Internet, le Portail de soutien aux familles des délinquants qui est une ressource importante d’information sur les services qui leur sont offerts. Cet outil permet de briser l’isolement et de renseigner les familles sur diverses initiatives qui peuvent les aider à cheminer et sur les groupes de soutien existants.

Afin de maintenir les liens familiaux, les visites familiales privées sont un outil essentiel. Ce programme permet de recevoir des visites familiales tous les deux mois, pour une période pouvant aller jusqu’à 72 heures. La fréquence et la durée des visites sont toutefois en fonction du nombre de détenus participants et des installations disponibles dans l’établissement.

Les visites se déroulent dans des unités réservées aux visites familiales, qui sont situées dans la réserve de l’établissement, à un endroit qui respecte, autant que possible, le droit à la vie privée. Les unités meublées comportent au moins deux chambres à coucher, un salon, une cuisine et une salle de bains.

Tous les délinquants y sont admissibles, sauf ceux qui risquent de se livrer à des actes de violence familiale; qui bénéficient déjà de permissions de sortir sans surveillance pour maintenir des liens ou des rapports avec la famille; ou ceux qui sont incarcérés dans une unité spéciale de détention, sont en attente de transfèrement ou d’une décision à cet égard.

Les membres de la famille admissible sont les conjoints, les conjoints de faits, les enfants, le père et la mère, les parents nourriciers, les frères et sœurs, les grands-parents et les personnes avec lesquelles, de l’avis du directeur de l’établissement, le détenu a un lien familial soutenu.

Transfèrements internationaux

L’incarcération d’un membre de la famille est déjà une épreuve; on peut imaginer les difficultés supplémentaires que cela implique si le délinquant a commis un crime dans un pays étranger. Le délinquant doit alors faire face, en plus de sa peine d’emprisonnement, au choc culturel, à l’isolement, à la barrière des langues, à l’incapacité de communiquer avec les amis et la famille; l’alimentation et les soins médicaux inadéquats sont aussi un problème courant.

Afin de permettre aux délinquants de purger leur peine près de leur famille et de leur groupe de soutien, le Canada a conclu des traités bilatéraux sur le transfèrement des délinquants avec de nombreux pays. Ces traités signifient que les délinquants canadiens condamnés à une peine d’emprisonnement dans un pays étranger peuvent, s’ils le veulent et obtiennent l’approbation du pays de condamnation et du Canada, purger leur peine ici. Ces traités vont bien sûr dans les deux sens, permettant à un délinquant étranger d’aller purger sa peine dans son pays d’origine.

Redonner à la collectivité

Enfin, de nombreux délinquants ont besoin de donner un sens à ce qu’ils vivent. Et ce sens, il le trouve souvent en redonnant à la collectivité qui les soutient. Dans l’ensemble du pays, des associations communautaires, des organismes de bienfaisance et des organismes à but non lucratif bénéficient du travail des détenus. Ceux-ci font pousser des légumes pour des soupes populaires ou remettent en état des bicyclettes pour des enfants défavorisés.

D’autres délinquants s’impliquent dans la communauté en allant rencontrer les jeunes, afin de leur parler de leur expérience et de les aider à faire les bons choix. Enfin, les délinquants qui se sont réinsérés avec succès dans la collectivité depuis plusieurs années aident d’autres délinquants qui viennent d’obtenir leur mise en liberté. Ils deviennent des mentors et servent de modèles à ceux qui recommencent à zéro et veulent s’intégrer à la collectivité.

C’est souvent là une façon de réparer les torts causés à la communauté et de prouver que la réinsertion sécuritaire et saine est possible.