La psychologie en prison

image : la gamme de prison
La gamme de prison

Jean Folsom, doctorat, ancienne présidente, Section de la justice pénale, Société canadienne de psychologie (SCP)

En 2006, plus d'un délinquant sur dix souffrait d'un problème psychiatrique diagnostiqué au moment de son admission dans le système carcéral fédéral. Cela représentait une augmentation de 71 % par rapport aux neuf années précédentes.

Durant cette même période, le nombre des délinquantes chez qui un trouble psychiatrique a été diagnostiqué a augmenté de 61 % et est passé à une délinquante sur cinq.

Les diagnostics typiques incluent les principaux troubles psychotiques, l'anxiété, la dépression, la personnalité antisociale, et l'alcoolisme et la toxicomanie. Ces taux sont nettement plus élevés que ceux que l'on trouve dans un échantillon comparable de citoyens dans la collectivité (par exemple, 0,5 % des hommes dans la collectivité sont diagnostiqués comme ayant une grave maladie mentale, contre 8 % des hommes dans les établissements fédéraux, et dans le cas de la dépression, les pourcentages respectifs sont de 7 % et de 22%).

Il est probable que la désinstitutionalisation et le sans abrisme ont contribué à ce phénomène. On ne devrait donc pas être surpris d'apprendre que le Service correctionnel du Canada est le premier employeur de psychologues au Canada.

Quel est le rôle des psychologues en prison?

Des psychologues sont employés dans le système carcéral fédéral depuis 1955. Même si, à première vue, le fait de travailler dans un environnement correctionnel peut sembler intimidant, il s'agit d'un travail très intéressant et enrichissant pour les psychologues. Ils ont la possibilité de mettre au point des programmes et des stratégies en réponse à des besoins criminogènes, de procéder à des évaluations spécialisées et d'offrir un traitement clinique.

Les psychologues mènent également des recherches pour évaluer l'efficacité des traitements et des programmes et explorent de nouveaux aspects, comme la psychologie du terrorisme, et contribuent ainsi à la base des connaissances en psychologie judiciaire, correctionnel et clinique. La psychologie correctionnelle figure parmi les domaines qui évoluent le plus rapidement en raison des vastes recherches menées au cours des quelques dernières décennies concernant la prévisibilité du comportement criminel et les traitements fondés sur l'expérience clinique.

Par exemple, tandis qu'à une certaine époque, on pensait qu'on ne pouvait traiter avec efficacité la délinquance sexuelle, les recherches ont montré qu'on peut réduire d'environ 40 % la récidive sexuelle grâce à la thérapie cognitivo-comportementale. On avait une perception négative semblable du traitement des personnes souffrant de troubles de la personnalité, mais il s'avère que la thérapie comportementale dialectique donne de bons résultats auprès des délinquantes qui ont un trouble de la personnalité limite.

Traditionnellement, la majorité des psychologues en milieu correctionnel s'attachaient à déterminer le risque de récidive ou de dispenser des traitements individuels ou en groupe en réponse au comportement criminel. Depuis quelques années, cependant, on met de plus en plus l'accent sur la santé mentale des délinquants incarcérés dans les pénitenciers fédéraux et il y a un besoin croissant pour les psychologues de fournir des soins élémentaires de santé mentale.

L'incarcération accrue de délinquants souffrant de maladies mentales dans le système correctionnel fédéral a donné lieu à l'adoption d'une Stratégie en matière de santé mentale et s'est traduite par une hausse de la demande de psychologues pouvant s'attaquer au problème. Ce qui caractérise la stratégie est son objectif de fournir un continuum de soins de santé mentale, depuis l'admission jusqu'à la libération dans la collectivité et jusqu'à la fin de la peine d'un délinquant.

La stratégie vise à identifier à l'admission les détenus qui ont des problèmes de santé mentale, et ces détenus subissent ensuite une évaluation approfondie, si cela est justifié. Tout comme les personnes qui souffrent de maladies mentales dans la collectivité sont généralement prises en charge par des services et des fournisseurs dans la société, la plupart des délinquants qui ont des problèmes de santé mentale sont placés dans des établissements correctionnels réguliers où ils peuvent obtenir des services psychologiques, ainsi que d'autres Services de santé mentale. Par contre, les délinquants qui ont des besoins de santé mentale aigus ou élevés reçoivent des services sur place dans des centres régionaux de traitement – des hôpitaux psychiatriques qui desservent les autres prisons dans la région.

Contrairement à la situation actuelle dans de nombreux hôpitaux communautaires où le rôle des psychologues diminue, les psychologues dans le système correctionnel jouent un important rôle de leadership et sont impliqués à chaque étape de la stratégie. Un grand nombre des coordonnateurs régionaux et nationaux s'occupant des différents éléments de la stratégie sont des psychologues. Un psychologue surveille les évaluations de santé mentale effectuées auprès des délinquants nouvellement admis.

Des psychologues se chargent également des évaluations approfondies que certains de ces délinquants doivent ensuite subir. Ainsi, il y a eu une évolution considérable du rôle du psychologue dans le système correctionnel, où la prestation des soins de santé mentale revêt une importance grandissante. On fait fréquemment appel à des psychologues lorsque les délinquants ont une crise. Les délinquants font face à un risque plus élevé de dépression et de suicide. Un grand pourcentage des délinquants dans les centres de traitement sont diagnostiqués comme souffrant de schizophrénie.

Pour ce qui est des approches de traitement, la thérapie cognitivo comportementale est la plus souvent utilisée en raison de la vaste littérature qui démontre son efficacité face au comportement criminel (voir, par exemple, les travaux de Don Andrews, Jim Bonta et Paul Gendreau). Il a été démontré qu'il s'agit d'un bon traitement fondé sur l'expérience clinique pour intervenir auprès des patients souffrant de dépression et de schizophrénie, et les psychologues dans le domaine correctionnel y ont donc fréquemment recours pour traiter des problèmes de santé mentale.

Or, comme c'est le cas dans la plupart des milieux d'intervention, les psychologues ont une variété de techniques à leur disposition et peuvent exercer leur jugement professionnel pour sélectionner l'approche thérapeutique la plus appropriée pour répondre aux besoins de santé mentale du délinquant individuel.

Le plus gros défi auquel fera face le système correctionnel au cours des quelques prochaines années est une augmentation du nombre de délinquants incarcérés qui résultera de certains changements législatifs proposés, tels que l'expansion de la liste des crimes devant donner lieu à des peines minimales et qui incluront les infractions liées à la drogue et l'obligation de purger la peine jusqu'à la date de la libération d'office. Alors que la population des délinquants pris en charge par le système augmentera, un nombre croissant de délinquants souffrant de problèmes de santé mentale y entreront et auront plus de difficulté à obtenir une mise en liberté anticipée. Cela imposera un fardeau additionnel au système correctionnel, au sein duquel les psychologues auront un rôle de plus en plus important à jouer.

Droit d'auteur 2010, Société Canadienne de Psychologie. Permission allouée pour l'usage de ce matériel.