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Le programme Community Adult Mentoring and Support

Par Bill Rankin, agent de communication, Secteur des communications et de l'engagement des citoyens

Imaginez-vous être un homme ou une femme en libération conditionnelle. Vous venez tout juste de sortir du pénitencier. Pendant votre séjour en prison, le monde a changé et, vu les circonstances, vous n'avez plus de famille sur qui compter, plus d'amis, aucune possibilité d'emploi, pas même d'endroit où vous réfugier. Combien de temps pourrez vous tenir le coup, avant de contrevenir aux conditions de votre libération conditionnelle ou de récidiver et de vous retrouver encore une fois derrière les barreaux ?

De gauche à droite : Honora Johannesen, coordonnatrice du CAMS; Dave Keating directeur du secteur de l'Île de Vancouver; Carole Peterson, adjointe administrative de la Church of St. John the Divine, partenaire communautaire du projet CAMS.

De gauche à droite : Honora Johannesen, coordonnatrice du CAMS; Dave Keating directeur du secteur de l'Île de Vancouver; Carole Peterson, adjointe administrative de la Church of St. John the Divine, partenaire communautaire du projet CAMS

C'est à ces hommes et à ces femmes que le Community Adult Mentoring and Support (CAMS) (programme de mentorat et d'aide dans la collectivité à l'intention des adultes) offre son aide. Ce programme, parrainé par le Service correctionnel du Canada (SCC), est offert au Bureau de libération conditionnelle de Victoria et a été créé il y a plus de quatre ans sous la direction de Bob Brown, ancien directeur du Bureau. Son objectif est de compléter le travail de surveillance des libérés conditionnels en jumelant des bénévoles formés et sélectionnés avec des libérés conditionnels qui ont besoin d'aide pour s'ajuster au monde à l'extérieur du milieu carcéral.

Selon Honora Johannesen, directrice du programme CAMS, le programme s'apparente, dans ses fondements, au programme des cercles de soutien, mais comprend des différences bien marquées. Ce programme s'adresse à tous les délinquants à besoins élevés dont le mandat n'a pas encore expiré alors que les cercles de soutien s'adressent exclusivement aux délinquants sexuels qui ont déjà fini de purger leur peine. Le programme des cercles de soutien découle d'une initiative communautaire et bénéficie de l'appui du SCC, alors que le programme CAMS est une initiative du SCC bénéficiant de l'appui des membres de la collectivité. Dans le cadre du programme des cercles de soutien, un groupe de bénévoles travaille avec un délinquant alors que dans le cadre du programme CAMS, un bénévole travaille de façon individuelle avec le délinquant.

Quelles que soient les différences, Mme Johannesen veut que tout le monde sache que le programme CAMS s'est avéré efficace, offrant aux délinquants le genre d'expérience positive dans la collectivité, qu'ils n'ont peut-être jamais eue auparavant.

Le début

Idéalement, le bénévole rencontre le détenu 90 jours avant sa mise en liberté. Ils disposent alors d'assez de temps pour se connaître et pour constater tout problème de compatibilité avant que les pressions liées à la recherche d'un emploi et d'un endroit où demeurer ne prennent préséance sur toutes les autres préoccupations. Une fois que le délinquant est sorti du pénitencier, il rencontre le bénévole du programme CAMS en moyenne deux fois par semaine pour discuter de problèmes et formuler des stratégies de vie.

Madame Johannesen explique qu'ils peuvent se rencontrer dans un café, un parc ou d'autres endroits publics. Ils parlent de choses que la plupart d'entre nous tenons pour acquis : comment prendre l'autobus, comment équilibrer un budget, comment utiliser un agenda afin de ne pas manquer de rendez-vous. Bon nombre de ces délinquants ont de graves problèmes de santé mentale, et ces gestes quotidiens représentent d'importants obstacles à surmonter pour eux. Le délinquant et le bénévole passent entre trois à quatre heures par semaine ensemble, et leur relation dure souvent un an ou plus - jusqu'à ce que le délinquant devienne autonome ou, dans certains cas, jusqu'à l'expiration du mandat.

Monsieur Don Williams, un travailleur communautaire de soutien travaillant normalement à la Société John Howard, collabore au projet depuis l'étape de la conception. Il a été jumelé à quatre délinquants depuis l'instauration du programme. « C'est un projet phénoménal, s'exclame-t-il. Je tire beaucoup de satisfaction de ma participation à ce programme. Ces délinquants vous portent un grand respect pour ce que vous faites pour eux. Et cela va plus loin - je sais que je collabore à rendre ma collectivité plus sûre pour tout le monde. »

Monsieur Williams et Mme Johannesen s'entendent pour dire que, pour rendre la collectivité plus sûre, il faut enseigner aux délinquants comment utiliser leurs loisirs à bon escient. « La plupart d'entre eux travaillent huit heures par jour et dorment huit heures, mais c'est pendant les huit dernières heures qu'ils peuvent s'attirer des ennuis, de dire M. Williams. Il est important de les aiguiller vers des activités constructives lorsqu'ils ont des heures creuses. »

Comme un serin dans une mine de charbon

Le bénévole développe tellement d'intuition à l'égard du délinquant auquel il est jumelé que parfois, il devient comme un serin dans une mine de charbon. Il peut détecter si le délinquant est sur le point de s'écarter du droit chemin. Parfois, le délinquant se confie au bénévole, et la situation se transforme en occasion de parler de la responsabilisation et des bons gestes à poser. La sécurité de la collectivité prime toujours, et si le bénévole se doute qu'il se passe quelque chose de grave, il n'a qu'à téléphoner à l'agent de libération conditionnelle, au psychologue ou à la directrice, Mme Johannesen.

Toutefois, les expériences négatives ont été, jusqu'à maintenant, très peu fréquentes dans le cadre du programme. Plus de 60 bénévoles ont suivi la formation de dix semaines et, depuis 2001, ils ont aidé 104 libérés conditionnels (il y a eu 42 jumelages en 2004 seulement). À ce jour, 22 des 84 jumelages qui ont pris fin se sont terminés en raison d'un manquement aux conditions, trois autres en raison du dépôt de nouvelles accusations et huit se sont terminés à la fin du mandat. Les jumelages prennent également fin lorsqu'un délinquant demande un transfert à une autre région ou encore d'un commun accord, lorsque le délinquant estime qu'il n'a plus besoin de l'aide d'un conseiller.

Recrutement et formation

Madame Johannesen tente continuellement de recruter de nouveaux bénévoles pour le programme CAMS - elle effectue des présentations dans les églises et les écoles, elle affiche des circulaires dans les collèges et les universités et, comme elle le dit elle-même, elle parle à qui veux bien l'entendre. Pour aiguiser les relations interpersonnelles des bénévoles et les aider à maintenir leur enthousiasme, elle organise des rencontres périodiques entre eux, une sorte de « journée pédagogique » , après la formation initiale de dix semaines, leur permettant d'échanger sur leurs expériences et de visiter les établissements situés à proximité - Kent, William Head et l'établissement de la vallée du Fraser pour les femmes. Elle estime qu'il est important que les bénévoles du programme CAMS visitent les endroits où les délinquants à qui ils sont jumelés ont purgé leur peine, qu'ils puissent s'imprégner de l'atmosphère qui y règne et mieux comprendre la façon de penser des délinquants.

Un programme prometteur

Madame Johannesen est emballée par le fait que le programme a le potentiel d'être mis en œuvre dans l'ensemble du pays. « Le gabarit est déjà fait, dit-elle, il n'est pas difficile de le transposer ailleurs. »

Les délinquants qui participent au programme n'obtiennent pas nécessairement le succès escompté dès la première fois, mais ils ne sont pas mis de côté pour autant. Leur dossier demeure actif au bureau du programme CAMS. Mme Johannesen explique que les délinquants qui sont mis en liberté sont confrontés à certains problèmes. Parfois, ils échouent et leur liberté est suspendue, mais leur bénévole leur dit « tu y retournes, tu purges ta peine et quand tu reviendras, je serai encore là pour t'aider » .