Une conférence d'une journée entière sous le thème « La collaboration pour une réinsertion réussie et sans risque » a eu lieu le 29 novembre 2007 à la citadelle de l'Armée du salut à Saanich. Ce forum était organisé par trois comités consultatifs du SCC (bureau de libération conditionnelle de Nanaimo, bureau de libération conditionnelle de Victoria, et Établissement William Head). La conférence a renforcé l'engagement des organisations participantes de faciliter la réussite de la réinsertion réussie et sans risque en constituant une plateforme tangible en vue de la création et de l'entretien de partenariats appropriés. Le principal message est que tout un chacun peut et doit participer à l'effort visant à améliorer la réinsertion des délinquants et, de ce fait, renforcer la sécurité du public.
Pour commencer, plus de soixante-dix personnes - employés et bénévoles du SCC, policiers de différentes collectivités et membres du grand public - ont pénétré peu à peu dans le sanctuaire de la citadelle de l'Armée du Salut. Les participants ont été chaleureusement accueillis par le révérend Harold Munn de l'église St. John the Divine qui a brièvement expliqué que l'objectif principal du SCC se retrouve dans son titre; le Service correctionnel du Canada est une organisation dont la raison d'être est de « corriger » plutôt que « punir » le comportement déviant. Ensuite, l'assemblée a été bénie par une prière traditionnelle, et accueillie par une manifestation d'amitié prononcée par le chef Andy et par Mme Thomas de la Nation Esquimalt qui nous ont aimablement souhaité la bienvenue dans leur territoire traditionnel. Ensuite, le chef Thomas a pris la parole pour s'exprimer sur la nécessité de nous changer nous-mêmes si nous souhaitons changer les autres. Il a insisté sur le rôle important de l'acceptation sociale dans la réinsertion réussie des délinquants et affirmé que c'est par la spiritualité que nous trouverons tous cette qualité.
Après la prière, Anne Kelly, sous-commissaire régionale de la région du Pacifique, a parlé des défis auxquels le SCC se trouve confronté. Mme Kelly a souligné le fait que le SCC ne travaille pas en vase clos et que c'est par des ententes avec des partenaires traditionnels, des partenaires de collectivités non traditionnelles et des bénévoles que le SCC sera en mesure de surmonter ces difficultés. Mme Kelly fait remarquer que le SCC essaie maintenant de servir une population de délinquants plus complexe et toujours en évolution. Les délinquants de maintenant ont des antécédents plus violents et ont déjà comparu devant les tribunaux; le crime organisé est prévalent; les délinquants autochtones sont surreprésentés; et les problèmes de toxicomanie et de santé mentale sont largement répandus. Quoiqu'il en soit, on nous a assuré que le SCC intervenait à l'aide d'un certain nombre d'initiatives pertinentes et spécialisées afin de gérer au mieux cette population, et de ce fait, améliorer les chances d'une réinsertion réussie.
Ensuite, venait une présentation d'un groupe d'experts. Le premier présentateur a été le maire de la ville de Lake Cowichan et ancien président de l'Association of Vancouver Island and Costal Communities, M. Jack Peake. L'allocution de M. Peake portait sur les raisons pour lesquelles les dirigeants municipaux et les collectivités devraient participer aux questions de réinsertion. Il a insisté sur le fait que la plupart des obstacles qui nuisent à la réinsertion des délinquants sont attribuables au manque de bonnes communications préalables. C'est cette approche proactive qui, croit-il, peut éliminer la mentalité voulant que les actions se fassent « n'importe où mais pas chez moi » et faciliter le processus pour les libérés conditionnels revenant dans la collectivité. Il insiste sur le fait que, en tant que membres de la collectivité, il nous incombe de donner à ces individus la chance de prendre conscience de leurs difficultés et de devenir une partie du processus.
Le présentateur suivant était M. Brian Lang, directeur des Services correctionnels communautaires au SCC. M. Lang a traité de questions en rapport avec la surveillance communautaire et du rôle que la collectivité joue à cet égard. Lui aussi a mentionné à quel point il est important que le grand public soit réceptif, ajoutant que cela peut améliorer grandement les chances de réinsertion d'un délinquant. Il a parlé de la honte que ces individus ressentent et du fait que celle-ci peut entraver leur capacité de surmonter les préjugés défavorables. M. Lang a conclu en communiquant à l'auditoire une recommandation d'application aisée et susceptible de faciliter les choses. Il a affirmé que des gestes humains comme de tendre la main à l'autre ou de demander aux voisins et aux membres de la famille de donner un coup de main peut déjà modifier les circonstances dans lesquelles le délinquant réintègre la société.
Le dernier présentateur était M. Michael Goodliffe, un ancien délinquant qui a mené à bien sa période de liberté conditionnelle; il avait été condamné pour possession et agression reliée à la drogue découlant de sa lutte contre la dépendance à la méthamphétamine. M. Goodliffe a fait preuve de courage et d'honnêteté en informant l'auditoire des craintes qu'affronte le délinquant au moment de sa mise en liberté et de ce qui peut être fait pour alléger ces craintes. Il a mentionné que le fait d'être libéré de prison est source de désorientation, de peur et d'anxiété grave. Le libéré conditionnel doit, entre autres, trouver un logement et du travail, rencontrer les autorités, suivre un programme et s'ajuster à un nouveau mode de vie. Il se sent submergé. M. Goodliffe a reconnu que, pour faire face à ces éléments stressants, nombre d'entre eux se tournent vers la drogue et l'automédication. Cependant, il est d'avis qu'avec un soutien adéquat et si on lui offre de bonnes possibilités, un délinquant peut se réinsérer dans la société. Lui-même est un bon exemple de cette lueur d'espoir puisqu'il termine des études universitaires avec double spécialisation en anglais et en sociologie. De plus, il se dévoue à aider les autres dans leur transition et travaille au sein d'organisations qui s'efforcent de mieux répondre aux besoins des délinquants.
M. Goodliffe a présenté à l'auditoire six propositions visant à améliorer, pour les libérés conditionnels, les chances de se réinsérer dans la société sans danger pour le public : 1) établir des objectifs; 2) surmonter les préjugés et le sentiment de culpabilité; 3) se familiariser avec le processus de réhabilitation; 4) suivre un programme de counseling et entretenir des relations ouvertes et honnêtes; 5) établir des liens avec les autorités comme les agents de libération conditionnelle et la police; 6) clarifier les choses et obtenir les accès nécessaires pour réaliser leurs objectifs. Il est évident que seuls, les libérés conditionnels ne peuvent accomplir toutes ces tâches.
Après une courte pause, les participants ont pu poser leurs questions. Ces questions ont soulevé un certain nombre de sujets controversés : devrait-on abolir la libération d'office? Peut-on réparer ce que l'on a déclaré « irréparable »? Peut-on contrôler le comportement en restant dans le cadre de la loi? L'intervention précoce peut-elle empêcher un criminel d'évoluer dans le mauvais sens? Les membres du groupe d'experts ont répondu en apportant des réponses éclairés; d'autres sujets de préoccupation ont été exprimés. La discussion a été très instructive et a témoigné du profond intérêt de l'auditoire.
Ensuite, ce fut au tour de Save Keating, directeur sectoriel des Services communautaires du SCC, de l'île de Vancouver, de prendre la parole. M. Keating a offert un exposé en PowerPoint présentant : un aperçu général du SCC et de son fonctionnement, l'assurance de l'engagement du SCC à l'égard de la protection du public, un aperçu des services offerts par le SCC et un sommaire du processus correctionnel, les types de mises en liberté, et le fonctionnement du programme de surveillance communautaire. De plus, nous avons appris beaucoup de choses sur le rôle de l'Établissement William Head et des services correctionnels communautaires de l'île de Vancouver. En conclusion, M. Keating a fait ressortir l'importance de la participation de la collectivité aux initiatives de protection du public et à la réinsertion du délinquant. " Les délinquants viennent tous de la collectivité et ils y retournent presque tous. "
Après la présentation de toute cette information par des personnes spécialisées dans le domaine, les délégués et les représentants d'organismes ont eu l'après-midi pour se rencontrer, établir des réseaux et échanger leurs expériences et leurs connaissances sur le processus de réinsertion. Les participants se sont divisés en groupes pour traiter quatre questions :
Au sein des groupes, l'opinion de tous a été examinée et appréciée. Cette expérience a été une leçon précieuse, puisqu'elle a donné à tous les participants l'occasion d'entendre les préoccupations de personnes venant de tant d'horizons différents. Après une heure et demie de discussions, les groupes se sont rassemblés et ont présenté leurs recommandations sur l'élaboration d'un réseau productif. Ces recommandations seront résumées par les organisateurs de la conférence et distribuées à tous les participants.
Un certain nombre d'idées innovatrices et dynamiques ont été présentées. Cependant, les thèmes communs étaient axés sur la nécessité d'informer davantage le public, l'élaboration des mesures proactives pour réduire la criminalité, l'élimination des obstacles auxquels se heurtent les libérés conditionnels à leur sortie de prison, le maintien d'un dialogue ouvert avec les organismes de soutien, l'obtention de ressources, la participation des administrations locales, l'acceptation de la collectivité, et les histoires de succès en ce qui a trait à la réinsertion. Là encore, le principal message était que, puisque la plupart des délinquants retourneront éventuellement dans la collectivité, ces efforts profiteront d'autant plus aux délinquants et à la collectivité si la réinsertion est réussie. Les deux vont ensemble.
Il est vite devenu évident que pour mettre en œuvre un plan de collaboration en vue d'une bonne réinsertion sociale des délinquants, il faut que les efforts se poursuivent après la conférence. La conférence est un point de départ et c'est le suivi et le dévouement constants à l'égard de cette question qui en feront une priorité. C'est alors seulement qu'on verra les résultats.
Le révérend Munn a prononcé le mot de la fin; il a rendu hommage à la créativité et au dévouement de l'ensemble des participants. En ce qui concerne le sujet de la conférence, il nous a fait part de sa pensée profonde, à savoir que ce sont souvent les plus pauvres des pauvres qui éduquent l'ensemble des citoyens. Ils peuvent en apprendre beaucoup à la société! Pour terminer, le révérend Munn nous a demandé de nous enraciner dans l'espoir et de ne pas nous laisser envahir par le cynisme.
Cette conférence a confirmé le fait que, faute d'une participation active des membres de la société aux efforts de réinsertion des délinquants, nous verrons s'affaiblir la lueur d'espoir nécessaire à la réussite de celle-ci, et se renforcer le risque pour le public.
Mon message pour vous : l'année prochaine, amenez un ami afin d'accroître la participation et la prise de conscience à l'égard de la réinsertion sociale des délinquants.
Caitlin Quinn
Bénévole en loisirs - Armée du salut, Victoria
Représentante des Services correctionnels communautaires de l'île de Vancouver
Les comités consultatifs de citoyens (CCC) sont des comités autonomes qui défendent l'intérêt des citoyens pour contribuer à la qualité des services et programmes correctionnels fédéraux du Canada. Chaque CCC a pour mission de contribuer à la protection de la société au moyen d'interactions avec le personnel du Service correctionnel du Canada, le public et les délinquants, en formulant des conseils et des recommandations impartiaux au sujet des services correctionnels et en assurant la liaison avec la collectivité. Les vues, conclusions, constatations et opinions exprimées sont celles des membres des Comités consultatifs de citoyens et ne traduisent pas nécessairement les vues du Service correctionnel du Canada ou de ses employés.