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Disours d'ouverture : SCC Commissaire adjoint, Gestion des ressources humaines, Simon Coakeley

Bonjour

J'aimerais remercier d'abord le conseiller Michael Thompson pour ses paroles de bienvenue. Ses propos ont une telle puissance qu'ils nous donnent une foule de raisons d'être optimistes et fiers de la Ville de Toronto. L'adoption par votre Conseil municipal du Plan d'action pour l'élimination de la discrimination raciale est vraiment un exemple qui devrait inspirer l'ensemble des Canadiennes et des Canadiens et de leurs institutions publiques.

J'accueille à mon tour chacune et chacun des participants à cette conférence, la première de cette importance à être organisée depuis qu'a été publiée la Directive du commissaire no 767 sur les programmes destinés aux délinquants des minorités ethnoculturelles, en 1994. J'ai appris que la conférence accueille des délégués de plus de 25 pays. Cela lui donne une envergure plus internationale que nationale et nous offre un exemple patent du caractère diversifié de la société canadienne.

J'aimerais profiter de l'occasion pour remercier publiquement Patrimoine canadien de sa contribution financière et de son soutien au cours des récentes décennies. Je tiens également à saluer la présence ici de nos partenaires et de nos collègues d'organisations fédérales, provinciales et communautaires.

Il me fait plaisir d'être parmi vous aujourd'hui pour parler d'un sujet qui nous touche tous et toutes de très près et qui me tient vraiment à coeur.

Il s'agit de la promotion d'un milieu de travail positif, où les différences sont non seulement reconnues, mais respectées.

Vous savez ce qui serait vraiment merveilleux? Ce serait d'être non seulement au fait de nos différences - qu'elles soient d'ordre ethnoculturel, physique, spirituel, religieux, affectif ou intellectuel -, mais de prendre également le temps de comprendre ces différences, d'apprendre à les respecter et, mieux, à les apprécier réellement et à en tirer des leçons. Voilà qui serait une réussite fantastique et qui rendrait encore plus stimulants nos milieux de travail!

Cependant, il faudra un engagement de chacun d'entre nous pour atteindre cet objectif d'apprentissage et d'enrichissement. En effet, il faudra que certains d'entre nous acquièrent plus d'ouverture d'esprit et mettent de côté certains préjugés et idées reçues.

Il faudra peut-être reconnaître et accepter que d'autres personnes aient d'autres idées que les nôtres. Il sera peut-être nécessaire de porter moins de jugements et de prendre le temps d'écouter plus attentivement, non seulement les paroles mais les messages qui les sous-tendent. Nous devrons sans doute faire place à des désaccords, sans rancune et sans représailles. Cela nous amènera peut-être à faire l'apprentissage de certains outils et de certaines techniques, pour traiter nos différences de manière plus constructive.

Pensez-vous que nous en sommes capables? Moi, oui!

La diversité ethnique, raciale et religieuse du Canada connaît une hausse rapide. Le recensement de 2001 a dénombré plus de 200 origines ethniques représentées au Canada. Environ 13,5 pour 100 de la population appartient à une minorité visible et l'on s'attend à ce que cette proportion atteigne 20 pour 100 en 2016. L'immigration assure maintenant plus de 50 pour 100 de la croissance démographique canadienne, avec des arrivants venus surtout d'Asie, du Moyen Orient, des Antilles et d'Afrique. On prévoit qu'après 2025, la croissance démographique canadienne sera entièrement basée sur l'immigration. Cette situation se reflète dans nos établissements correctionnels. Toutefois, des études et des enquêtes établissent l'existence d'obstacles, y compris des barrières systémiques, qui continuent à priver certains Canadiens et Canadiennes d'un plein accès à des services et programmes essentiels en raison de leurs caractéristiques ethnoculturelles ou raciales. Vu la diversité croissante des populations de délinquants, il devient essentiel pour le SCC d'examiner l'ensemble de ses politiques, de ses programmes et de ses services. On s'assurera ainsi de leur accessibilité à l'ensemble des délinquants, sans égard à leurs origines ethniques, religieuses ou raciales. On garantira également leur capacité de réponse à l'évolution des besoins criminogènes et culturels de cette population multiculturelle de délinquants.

Nous avons constaté depuis 1989 dans nos établissements une forte augmentation des détenus appartenant à une minorité ethnoculturelle. Par exemple, en 1989, le SCC détenait 340 Noirs. Quinze ans plus tard, en 2005, notre population de délinquants noirs compte plus de 1 400 personnes, soit une hausse de plus de 200 pour 100. Nous sommes également passés de 88 détenus asiatiques à plus de 700 personnes. Les détenus des minorités ethnoculturelles constituent près de 14 pour 100 de la population carcérale sous responsabilité fédérale et l'on s'attend à une poursuite de cette hausse. Les statistiques indiquent que les détenus noirs de la région de l'Atlantique sont surreprésentés en regard de leur proportion dans la collectivité. La Nouvelle-Écosse compte quelque 30 000 Noirs répartis dans une trentaine de collectivités, soit 2 pour 100 de la population provinciale. Or, la région de l'Atlantique compte 77 détenus noirs, soit 6 pour 100 de la population carcérale. La proportion de détenus noirs est également plus élevée en Ontario que la proportion des Noirs dans la province. Enfin, dans la région du Pacifique, les délinquants asiatiques forment près de 44 pour 100 des délinquants des minorités ethnoculturelles.

Les délinquants passibles d'expulsion ont besoin de plus de renseignements concernant les procédures d'immigration et de transfert international, ce qui nécessite beaucoup de temps et de ressources. Une proportion élevée des délinquants ontariens des minorités ethnoculturelles sont passibles d'expulsion et ne demeureront pas au Canada. Cela suscite de temps à autre certains conflits et troubles dans nos établissements.

Les bandes à caractère ethnique sont un autre nouvel enjeu de gestion de la population carcérale. Le problème est urgent à cause de ses incidences sur la réinsertion sociale de ces personnes. Les détenues noires sont surreprésentées dans nos établissements. En plus d'être Noires, ce sont des femmes et leurs besoins et facteurs criminogènes particuliers appellent une identification et un traitement appropriés.

Permettez-moi de vous dresser un tableau sommaire de la politique du SCC en ce qui concerne les délinquants appartenant à une minorité ethnoculturelle et les comités consultatifs.

Le 13 octobre 1994, le SCC a publié une nouvelle politique, la Directive du commissaire no 767 sur les programmes destinés aux délinquants des minorités ethnoculturelles. Cette politique vise à déterminer les besoins et les caractéristiques d'ordre culturel des délinquants des minorités ethnoculturelles pour fournir à ceux-ci des programmes et des services répondant à leurs intérêts. Dans le cas du placement des détenus, par exemple, toute ghettoïsation fondée sur l'origine ethnique ou culturelle est interdite. Le placement des détenus s'effectue dans chaque établissement en fonction du risque encouru et des besoins de la personne, plutôt qu'en fonction de sa race, de sa culture ou de sa religion. On souligne la contribution des différentes communautés ethnoculturelles à ce processus, comme en témoigne l'organisation de la présente conférence. Désireux d'améliorer l'infrastructure actuelle en appui aux projets de réinsertion dans ses établissements et dans la collectivité, le Service a mis sur pied différentes initiatives comme le Prix du multiculturalisme, des groupes multiculturels, des sessions de formation interculturelle et la participation des communautés ethnoculturelles à des groupes consultatifs nationaux et régionaux. Nous possédons un Comité consultatif national sur les minorités ethnoculturelles et deux comités consultatifs ethnoculturels régionaux, dans la région du Pacifique et au Québec. Ces comités proposent leur rétroaction dans l'élaboration des programmes correctionnels et la prestation de services. Ils sont composés de professionnels et de bénévoles de différentes collectivités et organisations à caractère ethnique. Certaines de ces personnes sont parmi nous aujourd'hui. Nous tentons présentement de mettre sur pied des comités semblables en Ontario et dans les régions des Prairies et de l'Atlantique, d'ici la fin de 2005.

Cette conférence nous offre une occasion de nous renseigner sur différents enjeux liés aux délinquants des minorités ethnoculturelles. Nous allons identifier des approches, des outils et des ressources qui nous aideront à améliorer les programmes correctionnels et les services offerts aux délinquants des minorités ethnoculturelles et à leurs collectivités. De plus, les régions où il n'existe pas encore de comité consultatif ethnoculturel apprendront la façon d'en créer un.

Au SCC, nous côtoyons tous les jours des personnes qui ont parfois été et qui demeurent souvent moins privilégiées; certaines d'entre elles vivent avec la maladie. Nous travaillons auprès de gens issus de diverses cultures, religions et contrées. Combien sommes-nous à nous être réellement intéressés à ces différences, à prendre le temps de poser des questions et de nous renseigner sur leurs conditions et sur les nôtres?

Lors d'une conférence organisée en 1998, Madame Antonine Maillet, auteure prolifique et Canadienne de grande réputation, disait que c'est seulement par pur hasard que nous sommes qui nous sommes et où nous sommes - si votre mère avait rencontré quelqu'un d'autre que votre père, où seriez-vous? Pensez-y!

Évidemment, la diversité et la richesse que nous rencontrons tous les jours ne sont pas particulières au Service correctionnel du Canada; ce sont des éléments fondamentaux de notre société qui font du Canada le pays où le plus de gens rêvent de s'établir.

Le gouvernement du Canada reconnaît et est fier, à juste titre, de la richesse de la diversité de sa population. Voilà pourquoi nous tentons continuellement d'être représentatif de cette société afin de répondre aux besoins de tous les Canadiens et Canadiennes ainsi que de toutes les personnes qui vivent dans notre pays.

Cette représentativité n'est qu'une première étape vers un milieu de travail réellement inclusif et respectueux. La présente conférence offre au SCC une occasion exceptionnelle de promouvoir une différence constructive dans nos milieux de travail. Nos politiques, nos programmes et nos services devraient être et seront adaptés à chaque sexe; ils respecteront et refléteront la diversité ethnoculturelle de nos délinquants et de leurs milieux d'origine. Le SCC adoptera des mesures destinées à mieux répondre aux risques et aux besoins de plus en plus diversifiés de la population de délinquants sous responsabilité fédérale. Nous atteindrons cet objectif de concert avec des partenaires nationaux et internationaux et en recrutant, en formant et en maintenant en poste une main-d'œuvre plus diversifiée au plan ethnique. Votre contribution au succès de la mission du SCC est essentielle. Nous avons besoin de vous, de vos suggestions, de vos expériences, de vos idées et de votre expertise, non seulement en tant que bénévoles mais à titre de partenaires et de collègues.

Au cours des deux prochains jours, vous apprendrez et échangerez certains instruments et certaines techniques à ramener par la suite dans vos collectivités et lieux de travail respectifs, afin de créer des milieux de travail plus encourageants et inclusifs.

J'ai hâte de lire les recommandations et les plans d'action qui émaneront de la présente conférence. Surtout, je m'intéresserai de près à la mise en œuvre de ces recommandations et à leurs incidences concrètes.

Avant de conclure, je tiens à remercier notre comité organisateur. Ses membres ont fait de l'excellent travail. En moins de six mois, ils et elles ont réussi à produire un manuel publié dans les deux langues officielles, un site Web et la présente conférence. Ces personnes méritent notre sincère reconnaissance et admiration.

En terminant, j'aimerais - à l'instar de David Letterman - vous laisser dix indices de résolutions à prendre dans l'esprit d'une attitude positive, qu'il s'agisse de la vôtre et peut-être, avec un peu d'aide, de celles des gens qui vous entourent :

  1. Je vais prendre des engagements et les tenir.
  2. Je vais trouver les personnes capables de m'aider à faire partie de la solution.
  3. Je vais chercher une issue constructive à toute situation.
  4. Je vais évaluer la situation ou le problème, plutôt que la personne.
  5. Je vais cesser d'" essayer " et commencer à " le faire maintenant "!
  6. Je vais accepter qu'il est " normal " de se tromper et de faire des erreurs et je vais tirer des leçons de chaque expérience.
  7. Je vais créer mes propres occasions et devenir l'auteur de ma propre chance.
  8. Je n'aurai pas peur de perdre avant de gagner.
  9. Je vais être qui je suis et devenir la personne que j'étais destinée à être.
  10. Je vais accepter que tout est possible.

Je vous souhaite une excellente conférence!