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Les agents correctionnels sont-ils favorables à la réadaptation?

Les chercheurs des États-Unis et du Canada se sont intéressés de très près aux attitudes des agents correctionnels à l'égard des détenus et plus particulièrement aux caractéristiques personnelles et environnementales qui en sont à l'origine. On estime qu'en reliant certains facteurs à des attitudes indésirables, il deviendrait possible d'élaborer des méthodes plus efficaces pour la sélection du personnel.

Des études récentes sur les agents correctionnels de deux États américains ont démontré que la plupart des agents croyaient à la réadaptation des détenus, même si plusieurs adoptaient des attitudes plutôt répressives à leur endroit. Ces études ont également révélé que les attitudes des agents correctionnels étaient sensiblement les mêmes que celles du public en général. En dépit des efforts déployés, il s'est avéré très difficile d'établir avec certitude des liens entre certaines caractéristiques personnelles et certaines attitudes des agents correctionnels.

Le criminologue Francis Cullen et ses collègues de l'Université de Cincinnati ont examiné les attitudes de 155 agents du système correctionnel du sud des États-Unis à l'égard de la détention et de la réadaptation des détenus. ils ont découvert que les agents qui étaient convaincus de l'importance de la détention pouvaient l'être également concernant la réadaptation des détenus. Environ 78 % des gardiens ont déclaré que « les prisons étaient beaucoup trop tolérantes à l'égard des détenus et 75 % d'entre eux étaient d'accord pour dire que « leur principale préoccupation était d'empêcher les détenus de causer des problèmes ». Soixante-dix pour cent des gardiens étaient cependant d'avis que « la réadaptation d'un criminel est tout aussi importante que le fait de lui faire expier son crime tandis que 22 % de ces mêmes agents correctionnels estimaient que la réadaptation était « tout à fait inutile ».

John T. Whitehead de la East Tennessee State University et Charles Lindquist de l'Université de l'Alabama à Birmingham ont mené une étude semblable auprès de 258 gardiens à l'emploi de l'Alabama Department of Corrections. Leurs conclusions étaient semblables aux résultats obtenus par M. Cullen et ses collègues.

MM. Whitehead et Lindquist ont découvert que 75 % des agents correctionnels croyaient que « les détenus n'ont aucun respect pour un agent indulgent et que 74 % d'entre eux affirmaient « qu'il était préférable de se tenir loin des détenus ». Par contre, seulement il % des gardiens de l'Alabama estimaient que la réadaptation était « une perte de temps et d'argent et seulement 22 % étaient convaincus que « le counselling est le travail des conseillers et non pas des agents ».

Dans l'étude dirigée par M. Cullen et ses collègues, les chercheurs ont également examiné une foule de facteurs susceptibles d'expliquer les attitudes des agents correctionnels le niveau de sécurité de l'établissement, le travail par équipes, les conflits de rôles, les diverses conceptions d'un travail dangereux, le stress au travail, le degré d'encadrement et d'encouragement, les années d'expérience, l'âge, le sexe, la race, la formation et l'âge au moment de l'entrée dans la profession.

D'après les résultats obtenus, les gardiens qui travaillent dans les équipes de nuit et ceux qui vivent des « conflits de rôles dans leur milieu de travail (par exemple, le manque de clarté dans les règles et procédures) sont plutôt en faveur de la simple détention. Les agents de race noire et ceux qui étaient plus âgés au moment de leur entrée dans la profession semblent accorder plus d'importance à la réadaptation.

Dans leur enquête auprès des agents correctionnels de l'Alabama, MM. Whitehead et Lindquist se sont interrogés sur les effets des mêmes variables étudiées par Cullen et ses collègues. ils n'ont pu établir les conséquences du « travail par équipes ou des « conflits de rôles mais ils ont découvert que les agents plus âgés au moment de leur entrée dans le secteur correctionnel étaient plus favorables à des rapprochements entre gardiens et détenus. Fait intéressant : les agents de race noire étaient plus enclins que les agents de race blanche à maintenir une certaine distance envers les détenus tandis que les agents de race noire étaient beaucoup moins portés à punir les détenus.

Dans l'ensemble, les résultats de ces deux enquêtes étaient fort semblables. Les deux groupes de chercheurs ont cependant reconnu qu'il y avait beaucoup moins de liens qu'ils ne le croyaient au départ entre les traits de personnalité des agents correctionnels et leurs attitudes à l'égard des détenus. il est même permis de croire que les caractéristiques personnelles et celles du milieu de travail n'ont pas vraiment d'incidence sur les attitudes des agents à l'égard des détenus. MM. Whitehead et Lindquist ont fait remarquer que d'autres traits de personnalité non encore étudiés pouvaient peut-être expliquer les attitudes des agents correctionnels.

Les attitudes décrites dans ces deux études diffèrent de celles que l'on prête habituellement aux gardiens à l'égard de la réadaptation. La majorité des agents correctionnels interrogés dans les deux États américains étaient convaincus que la réadaptation des délinquants était non seulement possible mais qu'elle devait être intégrée au rôle du gardien de prison. Dans une prochaine recherche au sein du Service correctionnel, il serait intéressant de se demander dans quelle mesure les agents correctionnels canadiens partagent ces opinions.



Cullen, F.T., Lutze, F.E., Link, B.G., Link et Wolfe, N.T. (1989). The correctional orientation of prison guards: Do officers support rehabilitation? Federal Probation, 53, 33-42.

Whitehead, J. T. et Linquist, C. A. (1989). Determinants of correctional officers' professional orientation. Justice Quarterly, 6, 70-87.