Le défi du changement
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Introduction Je suis heureux, bien qu'un peu étonné, de me retrouver devant vous aujourd'hui. Je ne suis certes pas ici en tant que spécialiste des questions correctionnelles. Je présume donc que M. Ingstrup m'a invité pour que je vous parle de ce que j'observe à travers la réforme de la fonction de la gestion au Canada, et dans le monde entier, et que j'explique en quoi cela est lié au programme de renouveau organisationnel du Service correctionnel. Au Canada, il nous arrive de nous préoccuper à ce point de nos problèmes locaux, régionaux et nationaux que nous en oublions le reste du monde. Pourtant, Marshall McLuhan parlait de celui-ci comme d'un « village global ». En fait, le monde se rapetisse au fur et a mesure que les habitants de la planète se mettent à partager les mêmes espoirs et les mêmes attentes. Des étudiants, des touristes et des gens d'affaires se rendent dans tous les coins et recoins du globe; ils transmettent ainsi leurs connaissances et leurs idées, et s'enrichissent de celles de leurs hôtes. Après une forte propagation du matérialisme, les gens s'efforcent de plus en plus aujourd'hui de prendre leur destinée en main. La « renaissance des peuples » dont nous sommes témoins par le truchement de la télévision -pensons à Solidarité en Pologne, à la Glasnost en Russie, et aux étudiants de Chine et de Corée - peut sembler assez loin de nous mais, en réalité, elle ne l'est pas. Des gens de partout dans le monde, y compris des démocraties et des pays industrialisés comme le Canada, s'interrogent sur la nature et le rôle des gouvernements, ainsi que sur leurs droits et leurs responsabilités en tant que citoyens. Au Canada, on remet de plus en plus en question les autorités et les gouvernements à tous les niveaux. La population est plus exigeante envers ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui occupent des postes de confiance. Elle n'accepte pas qu'ils abusent de leurs pouvoirs, agissent à l'encontre de ses intérêts ou utilisent son argent à mauvais escient. Elle attend de ses gouvernements:
Face à ces protestations, nous, du gouvernement, avons essentiellement deux choix:
Au Canada, nous avons la chance d'avoir déjà un solide régime démocratique, un bon gouvernement et une fonction publique compétente. Tout est en place, donc, pour que la réforme soit principalement mise en branle au sein même du gouvernement, par ses gestionnaires qualifiés. Ne nous faisons pas d'illusions toutefois! Le changement n'est pas nécessairement souhaité, même par ceux qui en profiteront. Nous ne devrions pas nous étonner, par exemple, que des fonctionnaires, déjà démoralisés par le rythme et l'étendue des transformations, voient d'un assez mauvais oeil un nouveau changement - même si on le qualifie de réforme. Laissez-moi néanmoins vous donner quelques informations encourageantes. Il y a plusieurs années, les principaux sous-ministres fédéraux se sont réunis pour discuter de l'état de la fonction publique, celle-ci ayant manifestement dû fournir le maximum d'efforts par suite de changements et de restrictions budgétaires. Malheureusement, les informations dont nous disposions n'étaient essentiellement qu'une série d'anecdotes et d'idées préconçues. Aussi avons-nous décidé de sonder l'opinion de nos gestionnaires. Nous avons fait un suivi deux ans plus tard, en plus de mener une enquête complète auprès de tous les employés d'un même ministère. Ces sondages nous ont appris beaucoup de choses, dont certaines très étonnantes. Ils nous ont confirmé que le moral des employés laisse à désirer, mais, fait encourageant, ils nous ont aussi montré que la situation varie sensiblement d'un organisme à l'autre, et que le moral est très bon à certains endroits. Nous avons également été en mesure d'établir d'importantes corrélations Premièrement, - le moral est le meilleur là où il y a un bon leadership, ainsi qu'une certaine stabilité et continuité. Deuxièmement, - une vision claire de la mission et des objectifs de l'organisme, et des communications bilatérales efficaces, sont des signes d'un bon leadership. Troisièmement, - une direction ferme du personnel témoigne aussi d'un bon leadership -on soumet les employés à des exigences rigoureuses sur le plan du rendement, mais tout se passe toujours dans un climat de respect mutuel. Assez curieusement, nous n'avons pas trouvé certaines des corrélations auxquelles nous nous attendions. De gros organismes se sont classés parmi les meilleurs et certains des plus petits ont été parmi les pires. Certains des organismes qui avaient subi les réductions les plus importantes demeuraient relativement heureux et productifs; en outre, ils satisfaisaient généralement aux objectifs au chapitre des langues officielles et de l'équité en matière d'emploi. Dans tous les cas, les éléments-clés étaient le leadership et la qualité de la gestion. Nous avons tenté de dégager les caractéristiques d'un organisme prospère à la lumière de ces données, de notre expérience et de celle d'autres secteurs de compétence, et de la recherche universitaire. De toute évidence, on assiste actuellement à une révolution de la gestion dans beaucoup d'administrations publiques et dans de nombreuses entreprises du secteur privé, au Canada comme à l'étranger (p. ex. Alcan, IBM Canada). Ce nouveau style de gestion a été bien décrit récemment par Peter Drucker (Harvard Business Review, septembre-octobre 1988), qui disait ceci: « le rôle fondamental de la gestion demeure le même : amener les gens à unir leurs efforts en leur donnant des valeurs et des buts communs, une organisation adéquate, et la formation continue dont ils ont besoin pour fournir un bon rendement et s'adapter au changement ». Il affirmait aussi ce qui suit
Ces vues concordent très bien avec nos propres conclusions, qui sont consignées dans une petite publication de 14 pages du centre de gestion qui s'intitule « Un modèle de gestion ». Je suis certain que vous en avez tous un exemplaire, et je vous encourage à le lire et à vous en servir. J'aimerais néanmoins vous en citer quelques extraits qui, à mon avis, sont particulièrement applicables au Service correctionnel du Canada: Les employés doivent connaître leur domaine de travail et être informés des objectifs qu'ils doivent atteindre. Les gestionnaires se doivent d'inspirer la confiance à leurs subalternes, de leur dispenser des directives et de leur fournir un appui. Au gouvernement, cela implique des communications bilatérales entre le personnel et la haute direction. Communications - direction et exemple
Ayant travaillé, ces dix dernières années, au Conseil du Trésor, au Bureau du Conseil privé puis au Centre canadien de gestion, j'étais bien placé pour suivre l'évolution de la gestion au service correctionnel. Je sais que vous avez un travail très difficile à accomplir, et que ce ne sont pas des slogans ni des modes qui viendront l'alléger. Je suis toutefois convaincu que l'approche que vous adoptez, qui s'appuie sur un énoncé de mission et des valeurs clairement définis, peut contribuer à vous rendre la tâche plus facile. Certains d'entre vous se demanderont sans doute - comment pouvons-nous réviser la gestion dans un organisme aussi vaste que le Service correctionnel du Canada? Cela se fait assez bien dans une section, une direction ou une région, mais comment le faire à l'échelle d'un organisme? En fait, nos examens et nos enquêtes ont indiqué que certains des organismes fédéraux où l'on trouve les meilleurs rendements et les employés les plus heureux sont de très grande taille. Dans chaque cas, la clé du succès était le leadership et le travail en équipe, c'est-à-dire que chaque membre de l'équipe - chaque section, direction générale ou direction régionale - adhérait à la vision de l'organisme et aidait à la mettre en oeuvre. Cela suppose, bien entendu, un partage des connaissances et de l'autorité. Ce n'est certes pas facile, mais je pense que vous êtes sur la bonne voie. Votre énoncé de mission débute ainsi « le présent document portant sur la mission est destiné à fournir à tous ceux et celles qui travaillent au sein du service une ligne de conduite précise à suivre...» Sauf votre respect, je crois que l'énoncé de mission est plus que cela. Il représente aussi un engagement de la part du commissaire et du ministre - au nom du gouvernement - à l'égard de l'énoncé de mission, des valeurs et des principes directeurs. Le fait que les dirigeants politiques appuient ces énoncés de façon aussi claire devrait vous permettre d'envisager l'avenir avec plus de confiance. Cela vous encouragera également d'apprendre que 19 ministères et organismes fédéraux (y compris le Centre canadien de gestion) se sont donnés une mission et des valeurs semblables. Bien entendu, des riques importants sont liés à la nouvelle conception de la gestion, ainsi qu'au fait de s'engager à respecter une mission, des valeurs et des principes. Vous devez faire en sorte que ces idées se concrétisent en les mettant en application chaque jour, et en vous assurant que le travail de chaque gestionnaire (et, espère-t-on, chaque membre du personnel) soit représentatif des valeurs prônées. Souvenez-vous - les actes ont plus de poids que les mots. Permettez-moi de vous parler un peu des mesures actuellement prises au niveau central pour appuyer vos efforts.
À ceux dont le courage est peut-être quelque peu affaibli par l'incessante nécessité - pour nous-mêmes et nos établissements - de satisfaire à des exigences incroyables sur le plan du changement et de la souplesse, j'aimerais citer les propos qu'une jeune femme remarquable, le juge Rosie Abella, tenait récemment lors d'une collation de grades à l'Université d'Ottawa [traduction] « Chacun de vous a, à sa façon, une importante contribution à apporter, et ceux d'entre nous qui avons déjà parcouru un bout de chemin vous ferons volontiers de la place pour que vos rêves deviennent réalité. Un esprit optimiste est un esprit invincible. Ne craignez ni l'échec, ni le succès, ni la controverse, ni l'originalité, ni le changement. Soyez ouverts aux différences, chez les gens et dans les idées. Que ce soit dans le domaine littéraire, culturel, politique ou scientifique, soyez toujours convaincus que tout est possible. Rayez le mot impossible de votre esprit et mettez l'accent sur la ténacité, la compassion et la confiance. Rappelez-vous que c'est le temps qui dira si vous avez eu tort ou raison.» Ces propos, qui s'adressaient à de jeunes diplômés universitaires, valent également pour tous les fonctionnaires, qui doivent affronter un avenir incertain avec, pour seules armes, leurs connaissances, leurs compétences et leur expérience. |