C'est une banalité de dire que toute organisation doit être à l'écoute
d'un environnement en constante évolution. Or, l'excellence ne peut être atteinte que si
l'organisation anticipe les mutations de l'environnement. Plus l'organisation saura reconnaître
les tendances futures de l'environnement, plus elle sera en mesure de préciser et mettre en
oeuvre les stratégies requises pour assurer son succès. Ceci pourrait alors signifier
modifier sa structure, ses procédures, ses raisonnements et sa culture.
Bon nombre d'auteurs se sont penchés sur les moyens de gérer le changement et
spécifiquement, sur les moyens de contrôler la résistance au changement. Ce qui est
moins clair est la prévision et la description de ce que sera l'environnement dans lequel
l'organisation devra oeuvrer au cours des prochaines années.
Le futur, réalité incertaine par définition, a été et continue
à être le thème de plusieurs études et analyses en gestion. FORUM vous
présente dans ce numéro un sommaire des principales conclusions de quatre études
portant sur les tendances sociales auxquelles les gestionnaires devront faire face dans un avenir
rapproché. 1. Tendances et incertitudes Dans Le décor international des
années 90, étude du Centre de Prospective et d'Évaluation de la France (avril
1987), Rémy Barré et Michel Godet ont dégagé, pour les années
1990-2000, les tendances et incertitudes suivantes Une quasi-certitude :
-
des acteurs en crise face à des systèmes en mutation.
Onze tendances probables :
-
l'augmentation des déséquilibres démographiques;
-
de graves menaces à l'environnement physique;
-
un décor international déréglé;
-
une croissance lente, régulière mais inégalement répartie;
-
de nouveaux chocs pétroliers;
-
des changements techniques de procédés et de produits;
-
une augmentation des échanges et une interdépendance entre États;
-
une compétition et une spécialisation internationale importante;
-
le bouleversement de l'État « protecteur »;
-
un changement dans les aspirations des individus;
-
la crise de l'emploi devant les mutations.
Trois incertitudes majeures :
-
le rythme de distribution des nouvelles technologies;
-
les changements au niveau du travail et de l'emploi;
-
l'évolution des modes de vie et de l'organisation sociale.
2. Défis de la modernité M. Yves Cannac, président de la Commission d'Études
Générales de l'Organisation Scientifique, a identifié six défis majeurs
lancés à la société par la crise économique
-
défi de la rareté - faire plus avec moins;
-
défi de la concurrence - les monopoles des administrations publiques seront
brisées ou menacées;
-
défi de la technologie - la mise en place des technologies nouvelles
nécessitera une remise en question des structures et procédures actuelles;
-
défi de la complexité - l'automatisation libérera l'homme des
tâches répétitives pour lui permettre de se concentrer sur la partie la plus
complexe du travail;
-
défi de la clientèle - une clientèle de plus en plus exigeante;
-
défi du personnel - plus instruits et formés, ils aspireront à une
réalisation de soi/gratification à travers le travail.
3. Tendances sur le travail Yves Lasfargue, président de la mission prospective sur le travail en
2005, a identifié sept tendances qui agiront sur le travail:
-
l'abstraction - avec l'intégration de la bureautique en milieu de travail, les
individus ne « verront » plus l'objet sur lequel ils travailleront; plutôt, il
travailleront avec sa représentation sur écran;
-
la déstructuration du temps et du lieu de travail - un style de vie
intégré, c.-à-d. le travail effectué au bureau et à la maison;
-
le développement de la fonction évaluation » - plus les systèmes
sont sophistiqués, plus ils seront sujets à des pannes importantes qui exigeront un
traitement immédiat;
-
la rareté du travail - l'emploi aura tendance à devenir un privilège;
il faudra s'organiser pour assurer l'accès de tous au travail;
-
la flexibilité et la mobilité - un environnement incertain et une
technologie en voie de développe-ment rendront nécessaires la flexibilité et
la mobilité;
-
la réduction et l'individualisation du temps de travail - trois exigences :
la flexibilité des structures pour assurer une meilleure utilisation des
équipements; le partage du travail pour assurer l'accès de tous au travail; et le
dégagement d'un temps de loisir pour tous les travailleurs;
-
une équipe, un système - la généralisation de l'esprit
d'équipe sera obligatoire.
4. Clefs de la troisième vague Selon Alvin Toffler, auteur de « La troisième vague
», huit clefs nous permettront d'accéder à l'ère post industrielle:
-
la démassification des médias - les médias deviendront interactifs et
feront circuler une image personnalisée;
-
la déspécialisation - débrouillardise et discernement remplaceront les
réflexes routiniers;
-
la désynchronisation - les rythmes et horaires souples seront de mise;
-
la déstandardisation - la diversité des jugements, comportements,..., sera
plus acceptée;
-
la déconcentration - nous tenterons de disperser les populations et de
déconcentrer les éléments qui font partie intégrante de notre vie;
-
la démaximalisation - nous serons plus conscients de l'échelle
appropriée l'axiome « plus c'est grand, mieux c est » n'aura plus sa force;
-
la décentralisation - la décentralisation de la décision sera
privilégiée;
-
la « démarchification » et là « prosommation »
- un secteur économique fondé sur la production d'usage (« do it yourself
») ressurgira.
Conclusion Le défi que doit relever le Service correctionnel du Canada est d'abord de valider les
tendances identifiées par ces auteurs, puis de les traduire en termes des impacts possibles sur
ses priorités et stratégies.
Yves CANNA C & la CÉGOS, La bataille de la compétence -
Éditions Hommes et Techniques - 1985
Yves LASFARGUE, Technologies, technofolies? Comment réussir les changements technologiques - Les
Éditions d'Organisation - 1988
Alvin TOFFLER, La troisième vague - Denoel - 1980
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