Les médias ont-ils une influence sur les politiques du secteur correctionnel? Les programmes de mise en liberté et la campagne présidentielle de 1988
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Les systèmes correctionnels font souvent l'objet de pressions; on leur demande de modifier leurs
pratiques en matière de liberté conditionnelle à la suite de reportages
négatifs des médias sur les politiques correctionnelles ou d'incidents sensationnels
impliquant des délinquants mis en liberté. Aux États-Unis, les programmes de mise
en liberté et de travaux communautaires ont eu extrêmement mauvaise presse durant la
campagne présidentielle de 1988. Certains observateurs ont même prétendu que la
position de Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts, sur les programmes de mise en liberté
et l'attention qu'ont accordée les médias au cas du libéré conditionnel
Willie Horton au cours de la campagne ont constitué des facteurs déterminants dans la
victoire du président George Bush. Le National Centre on Institutions and Alternatives (NCIA) a récemment publié les résultats de son étude sur l'incidence de la campagne présidentielle sur les programmes de mise en liberté et de travaux communautaires comme le rapportent les systèmes correctionnels des États-Unis. Le NCIA, une société d'experts-conseils en justice pénale située à Washington, D.C., a mené une enquête dans les 50 États afin d'essayer de déterminer si les pourcentages de mises en liberté et de travail à l'extérieur avaient diminué au cours de la campagne, soit entre septembre et novembre 1988. Le groupe de recherche a comparé le nombre de mises en liberté et d'autorisations de travaux communautaires accordées au cours de la campagne avec les statistiques de cette même période en 1987. Si l'on en juge d'après les résultats de l'étude du NCIA, l'influence des médias sur les politiques correctionnelles est un phénomène complexe. Selon cette étude, il est possible que la campagne présidentielle de 1988 ait eu des effets sur le nombre de mises en liberté et d'autorisations de travaux communautaires, mais cette influence n'est pas la même dans tous les États des États-Unis. À l'échelle nationale, le NCIA a constaté que le nombre de mises en liberté et d'autorisations de travaux communautaires avait diminué entre septembre et novembre 1988 par rapport à cette même période de l'année précédente. Les chercheurs ont estimé qu'au cours de cette période de trois mois en 1987, le nombre de mises en liberté accordées par les 40 systèmes d'États s'élevait, selon les statistiques disponibles, à 21 765. Pour ces mêmes 40 États, le nombre de mises en liberté s'élevait à 20 340 au cours de la campagne présidentielle de 1988, une baisse de 7%. Les autorisations de travaux communautaires ont également baissé de 9% et sont passées de 27 944 entre septembre et novembre 1987 à 25 553 durant cette même période en 1988. Ces statistiques nationales donnent un certain poids à l'hypothèse voulant que la campagne présidentielle ait joué un rôle dans la diminution du nombre de mises en liberté, mais l'étude révèle également que les mises en liberté ont augmenté dans certains États. En fait, au cours de la campagne de 1988, le nombre de mises en liberté a diminué dans 14 États, il a augmenté dans 18 et est demeuré stable dans huit autres États. En Utah, par exemple, le nombre de mises en liberté est passé de 423 en 1987 à 859 au cours de la campagne, une augmentation impressionnante de 103% Dans le vaste État de Californie, qui a accordé 3 200 mises en liberté au cours de cette période de 1987, le nombre de mises en liberté est resté le même en 1988. Autre constatation intéressante certains États ont vu diminuer leur nombre de mises en liberté mais ont connu simultanément une augmentation du nombre d'autorisations de travaux communautaires. Si l'on examine de plus près les statistiques pour chacun des États fournies par le NCIA, on s'aperçoit que la diminution du nombre de mises en liberté est attribuable, en grande partie, à un petit nombre d'États. Sur les 14 États qui ont déclaré une diminution du nombre de mises en liberté au cours des périodes que nous comparons, quatre États ont signalé des baisses importantes. Les États du Kansas, du Mississippi, du Nouveau-Mexique et de New York étaient responsables à eux seuls de 82% de la diminution totale du nombre de mises en liberté. Une conclusion se dégage de l'enquête du NCIA: les fluctuations du nombre de mises en liberté provoquées par la campagne présidentielle étaient à tout le moins des changements temporaires. Les chercheurs ont découvert que certains États avaient adopté des politiques de mises en liberté plus sévères mais que, dans certains cas, ces politiques n'avaient pas d'effets significatifs sur le nombre global de mises en liberté. C'est ainsi que l'État du Missouri a provisoirement suspendu ses mises en liberté à l'extérieur des limites de l'État et que le Wisconsin a décidé de refuser la mise en liberté aux détenus condamnés à des peines d'emprisonnement à perpétuité. Selon le NCIA, l'une des interprétations possibles est que ces changements de politiques ont été mis en oeuvre en toute hâte afin d'éviter que d'autres interventions législatives viennent sérieusement restreindre la mise en application des programmes de mises en liberté donnant déjà de bons résultats. L'étude du NCIA ne contient aucune statistique sur les variations du nombre de mises en liberté et d'autorisations de travaux communautaires accordées au cours de l'année qui a suivi la campagne présidentielle. Les auteurs ont cependant fait remarquer que depuis juin 1989, aucune loi n'a été promulguée aux États-Unis visant à restreindre le nombre de mises en liberté. Il semble que les commentaires négatifs de la presse au cours de la campagne de 1988 n'aient pas eu d'incidence durable sur les programmes de mises en liberté et de travail à l'extérieur. National Centre on Institutions and Alternatives (1989). Survey of State Work Release and Furlough Programs. NCIA, 635 Slaters Lane, Suite G-100, Alexandria, Virginia 22314. |