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Les délinquants autochtones expriment leurs besoins de formation

Une analyse des besoins en matière d'emploi de délinquants récemment libérés des pénitenciers fédéraux a révélé que les autochtones et les nonautochtones n'avaient pas la même perception quant à l'importance de la formation. Les autochtones, en particulier, attachaient une très grande valeur à la formation sur la liste de leurs besoins.

L'échantillon étudié comprenait 167 délinquants, hommes et femmes, ayant obtenu leur semi-liberté, leur libération conditionnelle totale ou leur liberté surveillée d'établissements correctionnels fédéraux situés dans la région métropolitaine d'Edmonton. Tous les sujets ont participé de plein gré à l'étude et ont été interviewés individuellement à leur domicile: ils ont répondu à deux questionnaires, l'un portant sur leurs besoins en matière d'emploi et l'autre sur leur estime de soi.

Le rapport de l'étude, préparé par le chercheur James Battle de l'Université de l'Alberta, présente un ensemble de constatations sur la façon dont les délinquants perçoivent leurs besoins personnels, leurs besoins de formation ainsi que leurs besoins professionnels. Nous avons retenu les données concernant les perceptions des délinquants quant au rôle et à l'importance de la formation dans leur vie.

Soixante des 167 participants étaient des autochtones et 107 des non-autochtones. L'échantillon ne comprenait que six femmes, toutes des non-autochtones. Chez les autochtones, l'âge moyen des participants se situait à 30,81 ans, comparé à 32,36 ans chez les non-autochtones. Environ les trois quarts de chaque groupe bénéficiaient d'une semiliberté et environ 20 % d'une liberté surveillée.

Les non-autochtones semblaient plus instruits que les autochtones. En moyenne, les autochtones déclaraient avoir complété 8,9 années d'études et les non-autochtones, 10,5 années. De plus, les autochtones ont mentionné 1982 comme dernière année où ils ont fréquenté l'école, comparé à 1976 pour les non-autochtones. Résultats On a demandé aux participants d'indiquer leurs besoins les plus pressants après leur élargissement. Tant les autochtones que les non-autochtones ont placé en tête de liste le travail, l'argent et le soutien. Interrogés sur leurs besoins les plus pressants devant leur permettre d'obtenir un emploi après leur mise en liberté, 22,2 % des autochtones ont placé la formation en premier lieu et 18,3 % les études. Par contre, chez les non-autochtones, le transport (14,2 %) constituait le facteur le plus important pour l'obtention d'un emploi après leur mise en liberté, suivi de la formation (10,9 %) et des vêtements (10,9 %). Seulement 6,8 % des non-autochtones, par opposition à 18,3 % des autochtones, ont mentionné les études comme étant un besoin primordial pour obtenir un emploi.

On a également demandé aux participants d'indiquer quels étaient leurs principaux besoins durant leur incarcération. Là encore, une plus grande proportion d'autochtones a placé les études en premier lieu (16,4 % des autochtones par opposition à 5,7 % des non-autochtones). En fait, la formation était perçue comme le besoin le plus immédiat par le pour centage le plus élevé d'autochtones, qui attribuaient également au soutien et à la formation professionnelle une importance majeure (14,4 % et 11,6 % respectivement). Les non-autochtones, de leur côté, donnaient plutôt priorité au soutien (16,6 %), aux retrouvailles familiales (12,2 %), à la liberté (11,6 %) et à la formation professionnelle (10,8 %).

Interrogés sur les compétences pour lesquelles ils auraient besoin d'aide pour obtenir un emploi, les autochtones ont favorisé la formation professionnelle (19,6 %) et les études (13 %). Chez les non-autochtones, 20,5 % estimaient que la formation professionnelle constituait leur premier besoin et 9,9 % d'entre eux plaçaient l'apprentissage de méthodes de recherche d'emploi en tête de liste. Seulement 7,9 % des non-autochtones estimaient que le domaine pour lequel ils avaient le plus besoin d'aide était celui des études.

À la question portant sur leurs problèmes les plus graves, les autochtones ont mentionné prioritairement le chômage, l'abus d'alcool et le manque d'instruction. Les non-autochtones ont évoqué le chômage, l'inaptitude à la vie quotidienne et les difficultés de réinsertion sociale. Seulement 3 % des non-autochtones ont mentionné le manque de formation comme étant leur principal problème comparativement à 8,3 % des délinquants autochtones.

Pressés d'indiquer ce dont ils avaient besoin pour obtenir un emploi, les répondants autochtones ont placé les études au premier rang et les répondants non autochtones en second. L'estime de soi occupait la première place chez les non-autochtones et la seconde chez les autochtones.

Les résultats de cette recherche laissent supposer que les délinquants autochtones accordent beaucoup plus d'importance aux études, que ce soit pendant ou après leur incarcération, que les délinquants non autochtones, bien que ces derniers attachent une certaine importance à l'éducation. À la lumière de cette constatation et compte tenu du fait que les délinquants autochtones qui ont participé à l'étude étaient en général moins instruits que les délinquants non autochtones, peut-être faudrait-il que les systèmes d'éducation tant en établissement que dans la collectivité accentuent leurs efforts pour améliorer la formation de ces autochtones.



(Battle, J. (1990). Reducing the Barriers: An Analysis of Employment Needs of Recently Released Federal Offenders, Edmonton Metropolitan Area. Rapport inédit, préparé pour Emploi et Immigration Canada et le Service correctionnel du Canada.)