Un récent recensement des délinquants sexuels incarcérés dans les
établissements fédéraux a confirmé ce que la plupart du personnel des
établissements savait déjà: le nombre de délinquants sexuels dans les
établissements fédéraux augmente. En 1990, les délinquants sexuels
comptaient pour 13,1 p. 100 des nouveaux arrivés aux établissements
fédéraux, alors que dix ans plus tôt, ils n'en représentaient que 8,5 p.
100(1). Plus de 3 000 délinquants sexuels relèvent actuellement du Service
correctionnel du Canada.
Conformément à sa mission, le Service correctionnel du Canada a tenté de f aire
face à cette augmentation du nombre de délinquants sexuels en fournissant les moyens
d'assurer à ceux-ci un traitement spécialisé. En plus des programmes de traitement
offerts dans les centres psychiatriques régionaux, plusieurs établissements (dont
Warkworth, Mission et Dorchester) se sont dotés de programmes officiels. Malgré cela,
seulement un quart des délinquants sexuels qui relèvent du Service correctionnel du Canada
suivent actuellement un traitement ou en ont termine un(2).
*Chef, Psychologie et recherche, Centre psychiatrique régional (Prairies); professeur
auxiliaire, département de psychologie, University of Saskatchewan.
**Psychologue, Établissement Bowden.
***Administrateur régional intérimaire, Santé et psychologie, Région des
Prairies; professeur adjoint, département de psychiatrie, University of Manitoba.
La multiplication des moyens consacrés au traitement est fondée sur un principe de
première importance qui doit être prouvé de façon empirique. Tout d'abord, on
tient pour acquis que le traitement réduira le risque que le délinquant sexuel ne
récidive, lui permettant par le fait même de réintégrer plus rapidement la
collectivité et ce, de façon plus sûre. Malgré certains résultats
encourageants(3), les preuves certaines de l'incidence du traitement sur les
délinquants sexuels demeurent ambiguës(4), surtout dans le cas des programmes
internes pour les délinquants(5). De surcroît, peu d'évaluations
approfondies des programmes de traitement financées par le service correctionnel
fédéral ont été faites(6)
Bien qu'il soit prouvé que le traitement réduise l'incidence de rechute, il faut
décider si les délinquants sexuels ont tous les mêmes besoins en matière de
traitement spécialisé et intensif(7). Les délinquants sexuels
pourraient-ils être traités par le recours à des programmes en vigueur
adaptés à la population carcérale en général? Le traitement doit-il
forcément être offert durant l'incarcération ou est-ce que certains
délinquants pourraient avoir recours, en toute sécurité, à des services
moins coûteux dispensés au sein de la collectivité? La prestation de programmes au
sein de l'établissement suffit-elle à modifier le comportement du délinquant dans
la collectivité ou est-ce que le traitement devrait se prolonger après la
libération? On ne peut envisager d'exploiter pleinement les moyens visant à réduire
le risque que posent les délinquants sexuels pour la collectivité sans avoir
préalablement répondu à ces questions.
Certaines de ces questions sont abordées dans le présent article. Un examen des
données tirées des résultats du traitement, dans le cadre du programme pour les
délinquants sexuels offert au Centre psychiatrique régional (Prairies), fournit les
preuves conditionnelles à l'effet que le traitement peut prévenir la rechute. Les
données indiquent également que le traitement influence différemment les
délinquants sexuels, selon leur nature.
En outre, le présent article propose un modèle qui allie traitement durant
l'incarcération et suivi après la libération. Connu sous le nom de programme
Parkland Wellness, ce modèle fournit aux délinquants sexuels des services
d'évaluation et de traitement opportuns, pertinents et économiques alors qu'ils purgent
leur peine.
Le programme Clearwater
Depuis 1981, des services de traitement officiels des délinquants sexuels sont
dispensés au Centre psychiatrique régional des Prairies. Le programme Clearwater, comme
on l'appelle localement, a fini par prendre la forme d'un programme cognitiviste de six mois
axé sur la prévention de la rechute(8).
Sous sa forme originale, le programme comportait déjà une stratégie
d'évaluation générale fondée sur une vaste gamme de théories
pertinentes en matière de comportement et de psychométrie(9). Ces
évaluations indiquent invariablement que les délinquants ayant suivi le programme
vivent des changements très importants et bénéfiques au cours du traitement.
Depuis 1981, 250 délinquants sexuels ont entrepris le traitement. De ceux-là, 15 p.
100 ne l'ont pas terminé (c'est-à-dire qu'ils ont suivi moins de quatre mois de
traitement). La plupart des délinquants (environ 70 p. 100) ont quitté le programme
après seulement quelques semaines, déclarant qu'ils avaient « changé
d'idée » ou qu'ils n'étaient « pas prêts pour le traitement».
La plupart des autres délinquants sexuels qui n'ont pas terminé le programme l'ont
abandonné sur demande à cause de leur comportement agressif et perturbateur.
Depuis juin 1990, lorsque les données ont été recueillies, 169 hommes ayant
suivi le traitement ont réintégré la collectivité. En moyenne, ils ont
été incarcérés quatre ans, soit entre quatre mois et neuf ans. Il est
à noter que toutes les analyses décrites ci-après n'ont été
répétées qu'avec les hommes libérés depuis au moins un an. Les
résultats de cette nouvelle analyse n'ont eu aucune incidence sur les conclusions
tirées.
Quatre catégories de résultats ont été relevées, d'après
l'information contenue dans les dossiers du système dactyloscopique : aucune
réadmission à un établissement correctionnel, révocation de la
libération sous surveillance obligatoire ou de la libération conditionnelle sans
nouvelle accusation ou condamnation; une ou plusieurs condamnations pour des infractions de nature
non sexuelle et une ou plusieurs condamnations pour des infractions de nature sexuelle avec ou sans
infraction de nature non sexuelle en sus.
Les résultats ont également été pris à deux moments. Dans
certaines analyses, seule comptait la première infraction à l'origine du retour en
prison du délinquant. Dans d'autres, on a tenu compte de toutes les infractions commises par
le délinquant après qu'il ait cessé de suivre le traitement (post-traitement).
Résultats
Les résultats obtenus sont le fruit de comparaisons à plusieurs groupes-témoins
dont les lacunes sont généralement admises. Des données de comparaison plus
justes sont en voie d'être recueillies pour un groupe de 90 hommes ayant passé une
entrevue pour le programme Clearwater, mais n'ayant pas reçu de traitement.
Le groupe de traitement a d'abord été comparé, sur une période de trois
ans et avec suivi trois ans plus tard(10), à un groupe de 1100 délinquants
sexuels libérés des établissements fédéraux. Il faut signaler que
lorsqu'ils ont recueilli ces données, Porporino et Robinson n'ont rapporté que la
première infraction après la libération. Il ne semble pas y avoir de
différence de taux de récidive entre le groupe de traitement (7,1 p. 100) et
l'échantillon national (6,2 p. 100).
Cependant, si l'on ne tient compte que des délinquants ayant des antécédents de
délinquance sexuelle, le taux de recondamnation des délinquants ayant suivi un
traitement est inférieur, à raison de 37 p. 100, à celui des délinquants
sexuels non traités (taux de récidive de 9,2 p. 100 et de 14,6 p. 100 respectivement).
Ce dernier chiffre suit les conclusions tirées par Andrews et ses
collègues(11): le traitement en milieu correctionnel réussit le mieux aux
délinquants qui risquent le plus de récidiver.
Un groupe de 25 hommes libérés qui n'avaient pas suivi le programme Clearwater a
également été étudié. D'après les résultats obtenus,
ces hommes risquent fort de récidiver et davantage d'efforts devraient être
déployés pour qu'ils poursuivent le traitement. Plus précisément, compte
tenu des infractions commises durant la période de suivi, les hommes qui n'avaient pas
terminé le traitement étaient plus susceptibles d'être incarcérés
de nouveau (32 p. 100 comparativement à 53 p. 100). En outre, par rapport aux hommes ayant
abandonné le programme, il était deux fois plus probable que les hommes traités
commettent au moins une autre infraction sexuelle (24 p. 100 comparativement à 13,6 p.
100).
Les résultats de la recherche indiquent que les délinquants
sexuels ne courent pas tous un risque de rechute égal. Comme l'indique
la figure qui suit, les pédophiles sont plus susceptibles d'être
condamnés de nouveau pour des infractions sexuelles, alors que
les détenus coupables d'inceste courent un risque de rechute moindre.
Les violeurs sont les plus susceptibles d'être condamnés
de nouveau pour des infractions non sexuelles. Conformément aux
résultats obtenus par le passé(12), le taux de
récidive des hommes coupables de voies de fait sur les adultes
et les enfants (colonne « violeurs et pédophiles »
dans la figure) est comparable à celui des violeurs plutôt
qu'à celui des pédophiles.
Graphique 1

Les pédophiles ne sont pas tous également susceptibles de commettre une autre infraction
sexuelle. Si l'on passe en revue les infractions commises après le traitement, on constate que
plus de la moitié (57 p. 100) des pédophiles bisexuels, comparativement à moins
d'un cinquième des pédophiles hétérosexuels (17 p. 100) et à aucun
des pédophiles homosexuels (0 p. 100), ont commis d'autres infractions sexuelles. Ces
résultats sont conformes à ceux obtenus par Abel et ses collègues(13)
à l'effet que le taux de rechute est plus élevé chez les pédophiles dont les
victimes varient considérablement en âge et en sexe.
Discussion
Ces données semblent indiquer que le traitement a une incidence sur les délinquants
sexuels qui posent un risque de récidive élevé. Une fois terminée
l'analyse du groupe n'ayant pas suivi de traitement, il sera possible de tirer des conclusions
définitives.
Le programme Clearwater semble une intervention particulièrement efficace dans le cas des
pédophiles homosexuels, mais les résultats obtenus sont moins concluants dans le cas
des hommes qui ont infligé des sévices à des garçons et à des
filles. De toute évidence, l'approche employée pour le second groupe doit être
revue et mise au point.
Aussi, il semble que les délinquants coupables d'inceste bénéficient grandement
du programme Clearwater. Cependant, ce succès apparent doit être pris en contexte : en
général, le taux de récidive est peu élevé chez les
délinquants coupables d'inceste, même s'ils ne suivent pas de
traitement(14).
Les taux de récidive avancés par Porporino et Robinson(15), pour un
échantillon de délinquants sexuels dont la plupart n'ont pas suivi de traitement, sont
plus bas que ceux rapportés dans les documents sur le sujet(16). Ces taux
relativement bas semblent indiquer que ce ne sont pas tous les délinquants sexuels qui «
ont besoin » de traitement. Il faut donc s'efforcer d'améliorer les méthodes de
dépistage des délinquants qui posent un risque plus élevé de
récidive afin de donner à ces derniers l'accès en priorité aux programmes
de traitement. L'imposition d'un traitement à des délinquants qui risquent peu de
récidiver ou qui n'en éprouvent pas le besoin va à l'encontre du but
recherché(17).
D'après les données provenant de l'analyse du programme Clearwater, les
pédophiles, même s'ils ont suivi un traitement, posent un risque plus
élevé pour la collectivité que les autres délinquants sexuels. Ces hommes
devraient donc recevoir un traitement aussi complet que possible durant leur incarcération.
Après la libération, un traitement suivi, avec surveillance étroite, est
également justifié.
Ce sont les délinquants coupables d'inceste qui posent le moindre risque à la
collectivité; il pourrait donc être plus avisé de leur offrir après leur
libération un traitement au sein de la collectivité, ce qui d'ailleurs coûte
moins cher que le traitement en établissement. Pour le moment, les délinquants
coupables d'inceste sont aussi susceptibles que les pédophiles de suivre un traitement pendant
qu'ils purgent leur peine(18).
Les violeurs inclus dans l'échantillon posaient un risque modéré de commettre
de nouvelles infractions sexuelles, mais étaient plus susceptibles de commettre d'autres
infractions non sexuelles. Ce comportement confirme les conclusions à l'effet que les
violeurs, en tant que groupe, ressemblent le plus au détenu moyen(19). Un
traitement qui conviendrait à la plupart des violeurs peut être dispensé dans le
cadre de certains programmes déjà offerts dans tous les établissements
fédéraux, les programmes de maîtrise de la colère par exemple.
L'apprentissage visant à prévenir les rechutes pourrait s'avérer utile pour les
violeurs et les délinquants coupables d'infractions non sexuelles. Il se peut que les violeurs
particulièrement violents et récidivistes aient besoin d'un traitement plus intensif et
plus spécialisé; leurs besoins et le risque qu'ils posent doivent être
évalués avec soin.
Pour clore la question du suivi après la libération, le type de traitement qui cherche
à prévenir les rechutes n'a pas la prétention de « guérir »
les délinquants sexuels. Plutôt, le but est d'aider les délinquants à
maîtriser leur pulsions et leur comportement et à éviter à l'avenir la
déviation sexuelle. Par conséquent, la capacité du délinquant à
généraliser et à mettre en application les aptitudes acquises au cours du
traitement en établissement doit être contrôlée et étayée par
des spécialistes compétents dans la collectivité.
À en juger par le programme Clearwater, la répartition des programmes de traitement au
sein des collectivités est inégale. Certaines villes des Prairies ont le choix des
moyens pour venir en aide aux délinquants sexuels. Par contre, dans d'autres
collectivités, le nombre de prestataires de services prêts à s'occuper de ces
personnes est limité. De surcroît, les thérapeutes pratiquant dans la
collectivité ont parfois recours à des modèles de traitement qui vont à
l'encontre du traitement déjà suivi. Ainsi, plutôt que de recevoir l'aide
nécessaire pour perfectionner et mettre en pratique les aptitudes d'autogestion qu'ils ont
acquises, de nombreux délinquants se voient obligés de recommencer le traitement.
L'idéal serait d'harmoniser les services en établissement et ceux dispensés au
sein de la collectivité afin de fournir des soins suivis et soutenus. On pense qu'il serait
possible de réduire les taux de récidive notés dans le cadre du programme
Clearwater en assurant un suivi plus systématique et soutenu dans la collectivité.
Le programme Parkland Wellness
Le programme Parkland Wellness du Service correctionnel du Canada, en vigueur dans la région
des Prairies, est né de la nécessité de multiplier les services dispensés
aux délinquants sexuels de l'établissement Bowden, établissement à
sécurité moyenne qui abrite quelque 450 détenus.
Ces services étaient manifestement nécessaires. En mars 1991, 208 détenus de
l'établissement Bowden étaient incarcérés parce qu'ils avaient commis une
infraction sexuelle. (Ce chiffre exclut les détenus de l'établissement Bowden qui ont
commis d'autres infractions, mais dont le dossier fait état d'infractions sexuelles.) De ces
208 délinquants sexuels, 167 n'étaient jamais entrés en contact avec un
programme de traitement des délinquants sexuels. Les détenus de l'établissement
Bowden ont effectivement accès aux programmes spécialisés offerts par le Centre
psychiatrique régional, mais le nombre de demandes d'admission aux programmes est si
élevé que seulement quelque 20 détenus suivent un traitement au centre chaque
année.
Le programme Parkland Wellness a pour objet d'enrichir les programmes offerts aux délinquants
sexuels en coordonnant les efforts déployés par l'établissement Bowden, le
Centre psychiatrique régional des Prairies, les agents de libération conditionnelle et
la collectivité.
Les délinquants sexuels seront séparés et évalués à leur
arrivée à l'établissement en vue de cerner leurs besoins en matière de
traitement ainsi que le risque qu'ils posent. Les délinquants sexuels qui posent le plus grand
risque seront envoyés au Centre psychiatrique régional. Les délinquants qui
posent un faible risque seront préparés en vue d'une libération
anticipée; ils suivront un traitement dans la collectivité. Les délinquants qui
posent un risque modéré suivront la plupart du traitement à
l'établissement Bowden et pourront, au besoin, être transférés au Centre
psychiatrique régional. Dans tous les cas, le suivi dans la collectivité sera
assuré de façon que les effets bénéfiques du traitement ne soient pas
perdus.
Les évaluations périodiques de l'état mental et du risque fournissent des
données d'une importance capitale pour orienter le traitement des détenus qui purgent
une peine et pour décider ou non de les remettre en liberté. Tous les centres
concernés se sont engagés à adopter des méthodes de traitement et
d'évaluation harmonisées pour permettre le suivi des soins. Le suivi et la constance
faciliteront également la mise en commun d'information tout en donnant lieu à une base
de données aux fins de recherche clinique et évaluative.
Certains des problèmes et des questions abordés dans le cadre du programme Parkland
Wellness sont exposés ci-après.
-
Utilisation judicieuse des ressources
Il serait trop coûteux, et inutile, de fournir à tous les délinquants
sexuels le type de traitement intensif offert par le Centre psychiatrique régional. La
séparation des délinquants selon le risque qu'ils posent et selon leurs besoins (en
importance) permettra l'utilisation judicieuse des ressources. Dans l'ensemble, on peut s'attendre
que le Centre psychiatrique régional soit l'endroit tout indiqué pour le traitement
des pédophiles et des violeurs les plus violents. La plupart des violeurs seront
traités à l'établissement Bowden, alors que la plupart des détenus
coupables d'inceste auront recours aux services de base offerts dans la collectivité.
-
Rationalisation du traitement
Les services de traitement qui se spécialisent dans un certain type de délinquance
élaborent fréquemment leurs propres méthodes d'évaluation et de
traitement. Il est rare que les méthodes se transmettent entre les milieux de traitement.
L'absence de continuité dans le traitement est particulièrement frustrante pour le
délinquant qui doit se soumettre à une nouvelle batterie de tests psychologiques
chaque fois qu'il entre en contact avec un nouveau milieu de traitement ou qui se voit contraint
d'entreprendre un nouveau traitement fondé sur un modèle de thérapie
différent.
Le programme Parkland Wellness attaque ce problème sur deux fronts. D'une part, le
détenu fait l'objet d'évaluations et de soins soutenus durant son
incarcération et après sa mise en liberté. Idéalement, le traitement
débute dès que le détenu est reconnu comme délinquant sexuel.
Dès lors, le détenu fait l'objet d'une intervention concertée qui dure
jusqu'à échéance de la peine. Puisque 95 p. 100 des détenus
libérés ayant suivi le programme Clearwater qui ont récidivé l'ont
fait avant la fin de leur peine, il a été convenu de prolonger le suivi au moins
jusqu'à la fin de la peine. On convient même que dans certains cas, le suivi vaudrait
d'être plus long(20).
D'autre part, les méthodes d'évaluation et de traitement doivent se
compléter. Tous les organismes qui s'occupent de l'évaluation et du traitement des
délinquants, dans le cadre du programme Parkland Wellness adoptent les mêmes
instruments d'évaluation psychométriques et phallométriques ainsi que
d'autres instruments d'évaluation connexes (p. ex. évaluation des risques). De plus,
tous les centres adopteront un modèle de traitement cognitiviste visant la
prévention de la rechute.
-
Obligations
Pour réussir, le programme Parkland Wellness doit mettre de l'avant au moins trois
rapports d'obligations, à savoir:
1) Les obligations du détenu à l'égard du programme
Les participants sont responsables de leur participation dynamique au programme. Ils ne peuvent
se contenter de faire acte de présence aux réunions. Ils doivent montrer qu'ils ont
retenu l'information qui leur a été fournie et qu'ils ont commencé à
changer leur façon de penser et de se comporter.
2) Les obligations des prestataires de programmes à l'égard des sources de
financement
Il ne suffit pas d'offrir un programme : il faut aussi pouvoir prouver que les efforts
déployés sont rentables et qu'ils portent fruit. Ainsi, puisque le placement en
maison de transition coûte une fraction de ce que coûte le placement en
établissement, le traitement devrait être fourni dans la collectivité autant
que possible. De même, il est beaucoup moins coûteux de dispenser des services de
qualité au sein d'un grand établissement que de transférer les détenus
à un Centre psychiatrique régional pour qu'ils y suivent un traitement. En outre, en
vue de multiplier les réintégrations opportunes dans la collectivité, il faut
collaborer avec les agents de libération conditionnelle. Pour que la Commission nationale
des libérations conditionnelles s'en remette davantage aux recommandations formulées
par les autorités correctionnelles, il faut veiller à ce que les évaluations
et le traitement soient valables et portent leurs fruits.
3) Ce que le détenu peut attendre du programme
Grâce à la méthode de classement employée dans le cadre de la
prestation de services, c'est-à-dire lorsque le degré de risque posé et
l'importance des besoins déterminent l'intensité du traitement, les
délinquants auront accès au traitement qui leur convient le mieux. Les services
complémentaires dispensés dans la collectivité devraient permettre
d'éviter que les délinquants qui terminent le programme imparti durant leur
incarcération aient à recommencer le même traitement après leur
libération. Plutôt, après avoir fait leurs preuves par le biais des programmes
offerts en établissements, les détenus pourront s'attendre que la
collectivité les aide à préserver et à mettre en pratique les
aptitudes qu'ils ont acquises durant leur incarcération.
-
Efficacité
Il faut prouver que les éléments du programme Parkland Wellness atteignent
véritablement les fins auxquelles ils ont été conçus. La
méthode d'évaluation et de classement sera étroitement contrôlée
pour confirmer que des décisions valables sont prises en temps opportun. Chaque
élément du programme (p. ex. la maîtrise de la colère) sera
évalué pour vérifier si les changements d'état d'esprit et de
comportement voulus se produisent bel et bien. Finalement, l'incidence du programme sera
évaluée afin de juger de la baisse éventuelle des taux de
récidive.
-
Recherche
Le succès du programme Parkland Wellness repose en partie sur l'effort consacré
à la recherche fondamentale et appliquée, c'est-à-dire qui porte sur les
résultats du traitement. Tel qu'il a été dit, il faut se pencher sur
l'efficacité du programme Parkland Wellness pour confirmer que les fins visées sont
atteintes. Il ne faut pas pour autant négliger la recherche fondamentale sur les
délinquants sexuels puisque c'est là le moyen de rehausser la qualité des
services de traitement offerts. Une base de données complète, en voie d'être
compilée à l'établissement Bowden, complétera les bases de
données du Centre psychiatrique régional et, à plus longue
échéance, celles des centres de traitement de la collectivité. Quoique la
tenue à jour d'une telle base de données exige des moyens considérables,
celle-ci est la clé de l'avenir de la recherche dynamique.
-
Introduction par étapes
Il devrait être possible, en harmonisant les méthodes d'évaluation et de
traitement, d'améliorer le traitement offert aux délinquants. Même si ce
projet n'est encore, pour l'instant, qu'un projet pilote, cette approche actuellement
limitée sera adoptée de plus en plus généralement dans la
région des Prairies.
Les avantages manifestes de cette approche, soit le partage d'information et la prévention
du dédoublement des services et de la recherche, suivent dans leur
intégralité les recommandations récemment formulées dans un rapport
par le Groupe de travail sur la santé mentale du Service correctionnel du Canada.
(1)F. Porporino et L. Motiuk. (1991). « Preliminary Results from the
National Sex Offender Census ». Document présenté à l'occasion du
Troisième Forum annuel sur la recherche du SCC. Whistler (Colombie-Britannique).
(2)Ibid.
(3)Par exemple: W Marshall et H. Barbaree. (1988). « An Outpatient Treatment
Program for Child Molesters », dans R.A. Prentky et V.L. Quinsey (Éd.), Human Sexual
Aggression: Current Perspectives. New York: New York Academy of Sciences, 205-214.
(4)L. Furby, M.R. Weinrott et L. Blackshaw. (1989). « Sex Offender Recidivism:
A Review », Psychological Bulletin, 105, 1, 3-30.
(5)W. Marshall et H. Barbaree. (1990). « Outcome of Comprehensive Cognitive
Behavioral Treatment Programs », dans W.L. Marshall, D.R. Laws et H.E. Barbaree (Éd.),
Handbook of Sexual Assault: Issues, Theories and Treatment of the Offender. New York: Plenum Press,
363-385.
(6)Solliciteur général du Canada. (1990). « Gestion et traitement
des délinquants sexuels. Rapport du Groupe de travail sur le traitement des délinquants
sexuels ». Ottawa : ministère des Approvisionnements et Services.
(7)A. Gordon et F. Porporino. (1991). « Managing the Treatment of Incarcerated
Sexual Offenders », Corrections Today, 53, 5, 162-168.
(8)R. Laws. (1989). Relapse Prevention with Sexual Offenders. New York:
Guilford.
(9)A. Gordon et H. Bergen. (1988). « Description and Evaluation of a
Comprehensive Treatment Program for Sexual Offenders ». Manuscrit non publié, Centre
psychiatrique régional, Saskatoon (Saskatchewan).
(10)F. Porporino et D. Robinson. (1991). Rapport non publié. Direction de la
recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada.
(11)D. Andrews, I. Zinger, R. Hoge, J. Bonta, P. Gendreau et F. Cullen. (1990).
« Does Correctional Treatment Work? A Clinically Relevant and Psychologically Informed
Meta-analysis », Criminology, 28, 369-404.
(12)A. Gordon et J. Looman. (1990). « Characteristics of Men Who Sexually
Assault Both Children and Adults ». Présenté à l'occasion de la IXe
réunion de l'international Society for Research on Aggression. Banff (Alberta).
(13)G. Abel, M. Mittleman, J. Becker, J. Rathner et J. Rouleau, (1988). «
Predicting Child Molesters' Response to Treatment », dans R.A. Prentky et V.L. Quinsey
(Éd.), Human Sexual Aggression: Current Perspectives. New York: New York Academy of
Sciences, 223-234.
(14)Furby, Weinrott et Blackshaw. « Sex Offender Recidivism: A Review
».
(15)Porporino et Robinson. Rapport non publié.
(16)Furby, Weinrott et Blackshaw. « Sex Offender Recidivism: A Review
».
(17)Andrews, Zinger, Hoge, Bonta, Gendreau et Cullen. « Does Correctional Treatment
Work? A Clinically Relevant and Psychologically informed Meta-analysis ».
(18)Porporino et Motiuk. « Preliminary Results from the National Sex Offender
Census ».
(19)Gordon et Porporino. « Managing the Treatment of Incarcerated Sexual Offenders
».
(20)Marshall et Barbaree. « Outcome of Comprehensive Cognitive Behavioral
Treatment Programs ».
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