L'incidence du travail par postes sur le rendement
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D'après les recherches sur le sujet, la vigilance et la capacité de faire son travail chez
l'être humain sont principalement déterminées par trois facteurs le rythme circadien
(c'est-à-dire le cycle biologique du corps sur 24 heures), les troubles du sommeil et la perte du
sommeil. Lorsqu'une personne est postée, son système circadien est
déréglé, ce qui peut avoir une incidence considérable sur son rendement au
travail ainsi que sur sa vie familiale et personnelle. Le présent article résume l'information présentée dans l'ouvrage de Lydia Dotto intitulé Asleep in the Fast Lane: The Impact of Sleep on Work, dont un chapitre est consacré au travail par postes. Les chercheurs qui étudient le sommeil estiment qu'entre le quart et le cinquième des travailleurs dans les pays industrialisés sont postés. Généralement, on les retrouve dans le secteur de la sécurité, dans l'industrie alimentaire ou dans les services de santé. Pourtant, ce n'est que tout récemment que les gens ont commencé à se rendre compte que ces horaires de travail par postes, qui ont été institués sans égard pour la physiologie humaine, ont de nombreux coûts cachés, dont l'insatisfaction des employés, les problèmes de santé, l'absentéisme, les heures supplémentaires excessives, les troubles de moral et les difficultés familiales et conjugales. Le principal défaut du travail par postes est qu'il dérègle le rythme circadien du corps, particulièrement l'alternance veille-sommeil. Deux des caractéristiques les plus néfastes du travail par postes sont la rotation hebdomadaire des quarts et l'avancement du cycle, c'est-à-dire la rotation des quarts du poste de jour, au poste de nuit et au poste de soirée, donc dans le sens contraire au mouvement des heures. La rotation hebdomadaire des postes est très dure pour le corps humain. En effet, il faut plusieurs jours au système circadien d'alternance veille-sommeil pour s'adapter à un changement d'horaire de huit heures. Avec la rotation hebdomadaire, il n'est pas sitôt habitué au changement qu'on lui en impose un autre. Généralement, les travailleurs n'ont que deux ou trois jours de congé entre les changements de postes et ils en profitent pour reprendre un cycle d'alternance veille-sommeil normal, imposant ainsi un dérèglement supplémentaire à leur système circadien. La situation est exacerbée par la durée considérable des quarts. Le système circadien peut aisément s'adapter à un changement d'une heure ou deux par jour, mais un changement brusque de huit heures équivaut, du point de vue du dérèglement du rythme circadien, à se rendre en avion du milieu de l'Amérique du Nord en Europe. De plus, les postes de travail suivent généralement une rotation contre horaire, créant un cycle avancé. Or le système circadien de l'être humain suit naturellement un cycle retardé. Plus de 60p. 100 des travailleurs postés se plaignent de troubles du sommeil, par rapport à seulement 20 p. 100 des gens qui travaillent des heures normales. L'insomnie, la fatigue chronique et l'endormissement au travail sont des problèmes communs, particulièrement chez les gens qui travaillent de nuit. Lorsque des travailleurs reprennent un poste de nuit après avoir travaillé de jour, ils éprouvent généralement de la difficulté à rester éveillés au milieu de la nuit, période appelée le creux circadien. A ce moment-là, leur horloge interne leur envoie le signal qu'il est l'heure de dormir. Le matin, les travailleurs de nuit ont le problème inverse : lorsque vient le moment pour eux d'aller se coucher, leur système circadien entre dans sa phase de veille pour la journée. D'après les recherches faites sur le sujet, la plupart des travailleurs postés ne dorment en moyenne que cinq à six heures durant le jour, à moins qu'ils ne demeurent affectés au même poste plus d'une semaine à la fois. Le changement d'un poste de soir à un poste de jour dérègle également le système circadien. Les gens qui travaillent de soirée sont éveillés à l'heure où la plupart des travailleurs de jour vont se coucher, vers 22 ou 23 heures. Ces travailleurs gagnent leur lit plus tard, vers 2 ou 3 heures du matin, et se lèvent plus tard (vers le milieu de la matinée) que les travailleurs de jour. Lorsqu'ils passent à un poste de jour, ils se voient donc subitement contraints de se coucher à 23 heures et de se lever à 7 heures, ce qui est très dur pour eux. Il a déjà été dit que cela revenait à demander à quelqu'un qui travaille une journée normale de se coucher à 20 heures. De tous les postes, ce sont probablement ceux d'après-midi ou de soirée qui affectent le moins le système circadien, mais ce sont aussi ceux qui déplaisent aux travailleurs parce qu'ils gênent leur vie familiale et sociale. La multiplication des troubles de digestion est une autre grave conséquence physiologique du travail par postes, particulièrement chez les travailleurs de nuit qui mangent lorsque le système circadien a interrompu la production de sucs digestifs pour la nuit. Le décalage entre le rythme circadien et les synchroniseurs externes est plus marqué dans les jours qui suivent un changement de poste parce que les horloges internes de la personne suivent encore l'ancien horaire. Lorsqu'il y a rotation hebdomadaire des postes, surtout si elle se fait dans le sens contre horaire, le système circadien n'arrive pour ainsi dire jamais à rattraper le cycle externe. Conséquence: les gens qui travaillent par postes manquent souvent de sommeil. Une étude a révélé que seulement 15 p. 100 des travailleurs postés, comparativement à 50 p. 100 des gens qui travaillent des heures normales, dorment entre sept et huit heures par nuit. Pis encore, le sommeil des travailleurs postés n'est souvent pas reposant. Parce que de nombreux travailleurs postés souffrent d'une insuffisance chronique de sommeil, leur endormissement au travail est beaucoup plus prononcé que s'il dépendait uniquement de facteurs circadiens. Une étude des cas où les travailleurs s'endormaient au travail été menée auprès de 907 travailleurs de huit usines; dans sept des usines, le travail se faisait par postes; dans la huitième, le travail se déroulait pendant la journée normale de travail. Les chercheurs ont constaté qu'en moyenne, plus de la moitié des travailleurs postés déclaraient s'être endormis pendant le quart de nuit et environ un cinquième, pendant le quart de jour ou de soirée. En revanche, seulement 8 p. 100 des travailleurs réguliers de jour disaient s'être endormis au travail. Il semblerait donc que la difficulté pour le système circadien de s'adapter à la rotation des horaires soit à l'origine d'une tendance à l'endormissement présente chez tous les travailleurs postés, et plus particulièrement chez ceux qui travaillent de nuit. Certaines recherches ont montré que pendant le creux circadien, entre 3 et 6 heures du matin, les travailleurs qui font le relevé des compteurs de gaz commettent plus d'erreurs et mettent plus longtemps à réagir aux alertes et à répondre au téléphone. Certains chercheurs qui étudient le sommeil ont fortement recommandé que l'on n'exige pas des travailleurs postés qu'ils travaillent plus de trois nuits d'affilée. Le vent de l'automatisation qui souffle au sein de bien des organismes exacerbe le problème de l'endormisse-ment au travail. Au lieu de vaquer à des activités et de bouger, bon nombre de travailleurs postés sont immobiles, observant des ordinateurs, des cadrans ou des écrans de télévision. La capacité de s'adapter aux problèmes liés au travail par postes varie selon les personnes. Ainsi, les jeunes s'adaptent généralement mieux à des horaires inhabituels ou changeants que les personnes d'âge moyen ou celles qui sont plus âgées. De plus, certains ont avancé que les oiseaux de nuit, qui se couchent à des heures irrégulières, sont peut-être plus aptes à travailler par postes que les « matineux » qui semblent astreints à un cycle d'alternance veille-sommeil beaucoup plus régulier. Voici quelques suggestions à l'intention de ceux qui tentent de s'adapter au travail par postes.
L.Dotto. (1990). Asleep in the Fast Lane:The Impact of Sleep on Work. Toronto: Stoddart Publishing. |