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Le stress et l'épuisement professionnel

D'après un sondage mené en 1991 par l'Institut canadien du stress, bien des employeurs pensent que le stress explique plus du quart des congés de maladie pris par les employés. De l'avis de l'Association canadienne pour la santé mentale, entre 10 et 15 p. 100 des travailleurs canadiens sont en proie à des problèmes personnels graves ou chroniques qui influent sur leur rendement au travail.

Il s'agit là de deux conclusions tirées de la recherche sur le stress qui ont paru dans un récent rapport sur le stress chez les cadres supérieurs. Ce rapport, qu'a préparé la Direction générale de l'élaboration des programmes (Dotation) de la Commission de la fonction publique, se fonde sur les récentes recherches sur le stress ainsi que sur des observations faites par les conseillers de direction supérieurs du Service de diagnostic et d'orientation professionnelle de la Commission de la fonction publique. Plus de 187 cadres de la fonction publique ont consulté ces conseillers.

Le stress peut être défini comme la réaction du corps à une contrainte physiologique ou psychologique. Quoique un certain degré de stress soit nécessaire dans la vie, un excès de stress ou une réaction déplacée au stress peut avoir des conséquences négatives.

Dans quelle mesure chacun supporte le stress dépend de la fréquence, de la gravité et de la nature des pressions subies. Elle dépend également des traits intrinsèques ou individuels de chacun, y compris:
  • ses expériences passées,
  • ses valeurs et attitudes personnelles,
  • le contrôle perçu,
  • sa personnalité,
  • le degré de stress résiduel,
  • son état de santé général.
De plus, certains facteurs externes ou organisationnels peuvent exacerber le stress, par exemple:
  • une surcharge de travail ou un conflit familial,
  • une absence d'autonomie ou de contrôle,
  • l'insécurité d'emploi,
  • un conflit ou une ambiguïté de rôles,
  • des conflits avec d'autres ou à l'extérieur de l'organisme,
  • la culture ou le milieu organisationnel,
  • une insuffisance de moyens,
  • une formation professionnelle inadéquate ou des compétences excessives compte tenu de l'emploi occupé,
  • le comportement du superviseur,
  • des changements dans l'organisation interne de l'organisme.

Les symptômes

Le stress a des conséquences sur le fonctionnement physiologique d'une personne, son comportement et sa santé physique. Parmi les symptômes psychologiques du stress se retrouvent:
  • l'anxiété,
  • l'irritabilité,
  • les sautes d'humeur,
  • la tristesse ou la dépression,
  • le manque d'estime de soi,
  • le retrait émotif,
  • l'hypersensibilité.
Certains symptômes prennent la forme de changements de comportement, et peuvent avoir une incidence sur le rendement au travail, par exemple:
  • l'incapacité de prendre des décisions, la multiplication des conflits avec d'autres, le blocage de la créativité et du jugement,
  • des troubles de mémoire,
  • une perte de rendement,
  • des troubles de concentration.
Certaines des manifestations physiques les plus communes du stress sont:
  • l'insomnie,
  • les maux de tête,
  • les maux de dos,
  • les troubles gastro-intestinaux,
  • l'épuisement,
  • l'hypertension artérielle,
  • des maladies fréquentes.

L'épuisement professionnel

L'épuisement professionnel, réaction aiguë au stress, est un état d'éreintement physique et mental attribuable aux circonstances du métier exercé. D'après de récentes recherches, il semblerait que l'épuisement professionnel soit aussi répandu chez les cadres supérieurs que chez ceux qui ont pour profession de venir en aide aux autres, qui furent d'ailleurs les premières victimes d'épuisement professionnel.

À l'instar du stress, l'épuisement professionnel peut se manifester sur le plan psychologique (épuisement émotif ou réaction excessive), par le comportement (baisse de rendement au travail) ou sur le plan physique (éreintement).

Le stress et les cadres supérieurs

Jusqu'à tout récemment, rares étaient ceux qui pensaient que les cadres supérieurs supportaient plus qu'un degré minimal de stress. Après tout, dans la mesure où ce sont eux qui prennent les décisions, quels facteurs de stress pourraient les toucher à un degré plus que négligeable?

Or, l'évolution récente des principes de gestion est aujourd'hui perçue comme une éventuelle source de stress pour les cadres supérieurs et comme un agent susceptible d'exacerber les facteurs de stress déjà présents. Par exemple, depuis relativement peu de temps, on attend des employeurs qu'ils respectent les besoins humains de leurs employés. Les gestionnaires sont donc tenus de composer avec une philosophie sociale émergente et d'élaborer des politiques sur diverses questions, comme l'équité en matière d'emploi et l'égalité de rémunération. Par ailleurs, l'évolution du style de gestion exige désormais des gestionnaires qu'ils déléguent davantage d'autorité et misent sur la gestion efficace des « personnes » plutôt que des systèmes.

Dans ce portrait de la situation, il ne faut pas oublier que la composition de la main-d'oeuvre change aussi. Avec l'augmentation du nombre de travailleuses, les difficultés et les obligations qui se posent dans toutes les maisonnées où les deux conjoints travaillent ou au sein des familles monoparentales sont autant de nouvelles sources de stress. Les gestionnaires sont obligés de faire preuve de souplesse et compréhension. En fait, on a cité la surcharge de travail et les conflits familiaux comme étant les principaux facteurs de stress chez les cadres de direction.

Certaines sources de stress se rencontrent plus souvent dans la fonction publique que dans le secteur privé. Le climat étant actuellement à l'austérité, il est attendu des gestionnaires qu'ils arrivent à faire davantage avec des ressources moindres; cette attente est clairement énoncée dans Fonction publique 2000 Le renouvellement de la Fonction publique du Canada. Quoique valables, les recommandations qui préconisent l'élimination d'échelons hiérarchiques, l'adoption de nouveaux styles de gestion, la justification de l'emploi des ressources et le recours à l'innovation pourraient en fait s'avérer de nouvelles sources de stress.

La nature politique de la fonction publique est à l'origine d'un stress supplémentaire pour les cadres supérieurs. Le régime électoral, c'est-à-dire l'éventualité d'un changement de gouvernement tous les quatre ans, coupe souvent court au temps et aux efforts nécessaires pour cerner et entreprendre de réaliser des objectifs à long terme dans les ministères.

La tendance à la décentralisation peut aussi constituer une source de stress pour les cadres qui ne sont pas convaincus de la validité de cette méthode. Plus précisément, alors que dans le secteur privé la décentralisation peut sembler une mesure nécessaire pour améliorer le service à la clientèle, au sein du gouvernement, la décentralisation peut parfois tendre à d'autres fins:

Que faire?

Des mesures de réduction du stress ayant cours dans le secteur privé pourraient éventuellement être adaptées pour la fonction publique, y compris les garderies en milieu de travail, la modification de l'aménagement des installations, le partage d'emploi, les séances de conditionnement physique dans le lieu de travail et les programmes de formation et de perfectionnement individuels approfondis.

D'autres suggestions s'adressent directement aux cadres supérieurs, comme leur laisser le temps d'équilibrer leur surcharge de travail avec leurs obligations familiales et leurs loisirs, ce qui suppose que l'on reconnaisse que les voyages d'affaires fréquents empiètent sur la vie personnelle des cadres et que la prise de vacances et de congés annuels fait partie intégrante d'un mode de vie sain. De plus, il faut tenir compte de l'effet de déménagements sur la famille d'un cadre, ce qui pourrait entraîner la mise sur pied d'un régime d'aide à la recherche d'emploi pour les conjoints. Enfin, en offrant des programmes de formation et de perfectionnement qui conviennent aux cadres, il serait peut-être possible de réduire en partie leur niveau de stress professionnel.



Commission de la fonction publique. (1991). « Stress and Executive Burnout ». Rapport non publié.