La formation des employés devant travailler avec les délinquants sexuels
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Compte tenu du fait que les délinquants sexuels représentent environ 15 p. 100 de la
population carcérale fédérale au Canada, il y a lieu d'élaborer une
stratégie de formation visant à améliorer les méthodes de gestion des
délinquants sexuels. Les conclusions et les recommandations découlant de l'enquête
Pepino, du groupe de travail sur la santé mentale et de l'analyse des besoins faite par le groupe
des WP(1) soulignent également la nécessité de fournir au personnel une
formation qui lui permette d'entretenir des rapports plus productifs avec les délinquants
sexuels. À la suite d'une décision prise par le comité de direction du Service correctionnel du Canada à cet égard, un comité directeur national sur la gestion et le traitement des délinquants sexuels a été mis sur pied avec le mandat de superviser et de coordonner le programme de formation. Des représentants du Secrétariat du Solliciteur général, de la Commission nationale des libérations conditionnelles et des Services de santé, de la Formation et du perfectionnement professionnel, de la Recherche et des statistiques, de la Gestion des détenus et de la Division des programmes de mise en liberté communautaire et service de soutien du Service correctionnel du Canada en étaient membres. Les efforts du comité ont abouti à l'élaboration d'un programme de formation exhaustif sur la délinquance sexuelle. Le comité a consulté M. Howard Barbaree, expert de réputation nationale et internationale en matière de traitement des délinquants sexuels, au sujet du programme; le comité s'est aussi inspiré du travail de M. William Pithers et de Mme Linda Beal, créateurs d'une trousse de formation sur la délinquance sexuelle destinée aux agents de probation et de libération conditionnelle du service correctionnel de l'État du Vermont. Cette trousse est fondée~sur le modèle de prévention des rechutes. Après s'être dûment renseigné, le comité a décidé de retenir le modèle' de prévention des rechutes comme méthode de gestion des délinquants sexuels relevant du Service correctionnel du Canada. Celui-ci fit dès lors partie intégrante du programme de formation. La prévention des rechutes est un modèle de traitement et de supervision structuré pour les délinquants sexuels durant l'incarcération et après la libération. À l'origine, le modèle fut élaboré pour aider les toxicomanes. Il est fondé sur le principe que les toxicomanes courent un risque constant de rechute, c'est-à-dire qu'ils risquent de reprendre les habitudes et les comportements qui les ont menés à consommer excessivement de l'alcool et à se droguer. La prévention des rechutes inculque aux délinquants des aptitudes d'autogestion, des méthodes de maîtrise des impulsions et des mécanismes d'adaptation pour éviter les situations problématiques ou y réagir de façon dynamique. En 1983, M. Pithers, du Vermont Center for the Prevention and Treatment of Sexual Abuse du service correctionnel de Waterbury (Vermont), et ses collègues, Marques, Gibat et Marlatt, ont adapté le modèle de prévention des rechutes pour les délinquants sexuels. M. Pithers et ses collègues ont ouvert la voie dans ce domaine. Ils ont gracieusement permis au Service correctionnel du Canada de s'inspirer de leur labeur et de l'adapter à la réalité canadienne(2). Programme de formation sur la délinquance sexuelle Le programme de formation sur la délinquance sexuelle du Service correctionnel du Canada vise avant tout à sensibiliser le personnel chargé de l'évaluation, de la gestion et du traitement des délinquants sexuels et à lui fournir des outils supplémentaires qui tiennent compte des besoins spéciaux de ces délinquants tout en assurant la transition de l'établissement à la collectivité. Le programme est divisé en deux volets distincts. Unité I - Évaluation, traitement et gestion des délinquants sexuels Ce volet du programme de formation comporte un survol de la délinquance sexuelle. Il prépare et sensibilise les travailleurs correctionnels qui seront appelés à travailler avec des personnes qui usent de violence sexuelle. Le programme vise:
Les unités sont subdivisées en modules pour faciliter la prestation du programme tout en convenant aux besoins des différents groupes professionnels du milieu correctionnel. Mise en oeuvre Le programme de formation a été mis à l'essai dans la région de l'Ontario en janvier 1991. Somme toute, les résultats ont été très encourageants; de nombreux agents correctionnels, gestionnaires de cas et psychologues se sont dits impressionnés par tout ce qu'ils ont tiré du programme qui leur est utile dans leur travail avec les délinquants sexuels. Le programme de formation comprend un volet de formation des instructeurs, soit un atelier de cinq jours pour les instructeurs qui donnent la programme sur la délinquance sexuelle. En effet, pour que le programme de formation soit réellement efficace, il doit être donné par des instructeurs possédant certaines qualités et certaines aptitudes précises. Les instructeurs recrutés dans les cinq régions du Service correctionnel du Canada ont surtout été choisis en raison de leurs bonnes techniques d'animation, de leur vaste expérience directe avec les délinquants sexuels et de leur familiarité avec la catégorisation et la dynamique de la déviance sexuelle. Jusqu'à présent, les résultats obtenus confirment la nécessité de prolonger ce programme de formation. À long terme, l'objectif est de fournir à tout le personnel correctionnel une connaissance générale des délinquants sexuels avant la fin de l'exercice financier 1993-1994. Tous les gestionnaires de cas et autres groupes professionnels qui interviennent directement auprès des délinquants sexuels bénéficieront d'une formation plus poussée. Les professionnels du domaine n'en sont pas encore venus à un consensus quant aux facteurs qui présagent avec le plus d'exactitude le risque de rechute chez les délinquants sexuels. Les documents sur le sujet sont encore rares, et il reste beaucoup de chemin à faire dans ce domaine. Il n'est donc pas possible, pour l'instant, de se prononcer définitivement sur l'évaluation des risques. En revanche, il est quand même très important d'employer les connaissances dont on dispose de la façon la plus créative et la plus dynamique possible. Les victimes de délits sexuels, surtout les futures victimes, ne peuvent attendre que le Service enrichisse ses connaissances et améliore ses méthodes. Leur meilleur espoir et la meilleure façon pour le Service d'améliorer connaissances et aptitudes est que celui-ci reste ouvert et fasse ce qu'il peut avec les moyens dont il dispose. C'est pourquoi le Service forme son personnel en vue de mettre à exécution le modèle de prévention des rechutes, qui est aujourd'hui considéré comme le plus efficace des programmes de gestion des délinquants sexuels. (1)A. Gordon et F. Porporino. (199]). « Managing the Treatment of Incarcerated Sexual Offenders », Corrections Today, 53, 162-168. (2)Pour plus amples renseignements sur les recherches de M. Pithers et de ses collègues, on conseille la lecture d'un document intitulé « Relapse Prevention: A Method for Enhancing Behavioral Self-Management and External Supervision of the Sexual Aggressor » par WD. Pithers, G.F. Cumming, L.S. Beal, W Young et R. Turner. Cet article a paru dans Sex Offenders: Issues in Treatment, B. Schwartz (éd.) publié en 1989 par le National Institute of Corrections. Voir aussi l'article de M. Pithers dans FORUM, vol. 3, no 4, décembre 1991. |