Les agents correctionnels exposés à un traumatisme dans l'exercice de leurs fonctions
pourraient souffrir d'effets secondaires éventuellement déplaisants et débilitants.
Une intervention réfléchie et pratiquée au moment opportun peut atténuer
l'impact de l'incident sur l'agent en réduisant le stress subi. L'intervention est aussi utile
pour l'organisme puisqu'elle peut réduire le temps de récupération de l'agent;
celui-ci retrouve donc plus rapidement le rendement qu'il avait avant l'incident, ce qui peut
écourter les congés d'invalidité à long terme.
Certains problèmes psychologiques persistants ont été dépistés chez
diverses personnes qui ont subi des traumatismes ou ont couru un danger mortel. Il est connu que le
bouleversement que causent de tels incidents peut persister longtemps et entraver gravement le
fonctionnement d'une personne.
Le contexte historique
Traditionnellement, la notion de maladie due à un traumatisme a été
associée à la guerre. Déjà en 1871, lors de la guerre de
Sécession, Da Costa décrivait une maladie appelée « coeur irritable
» qui était caractérisée par la manifestation de symptômes
d'anxiété en réaction à un facteur de stress(1). Durant la
Première Guerre mondiale, on croyait que les vétérans qui montraient ces
symptômes souffraient de « commotion ». Durant la Seconde Guerre mondiale, sous
l'influence de la théorie psychodynamique, on posa comme principe que les problèmes
dont souffraient les vétérans étaient attribuables à un conflit
irrésolu profondément enfoui dans le subconscient. Ces conflits, qui se sont d'abord
manifestés chez les soldats, étaient désignés par les appellations
« névrose de guerre traumatique», « névrose de combat » ou
« réaction de stress concomitant »(2)
Les documents sur ces troubles chez les vétérans se multiplièrent. D'autres
chercheurs ne tardèrent pas à décrire des syndromes similaires observés
chez les personnes exposées à des facteurs de stress comme des accidents industriels,
des catastrophes naturelles et même des accidents se produisant à la maison. La
première description exhaustive d'un traumatisme ne résultant pas d'un conflit
militaire a été rédigée par Alexander Adier(3) qui a
étudié les victimes de l'incendié de Coconut Grove qui avaient été
coincées dans l'édifice verrouillé en proie aux flammes. Cette initiative a
abouti à l'inclusion en 1952 de la « réaction de stress concomitant » dans
la première édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders
(DSM-I), ouvrage communément consulté aux fins de diagnostic des troubles mentaux.
Lorsque la deuxième édition du DSM-II parut en 1968, la catégorie du syndrome
post-traumatique en avait été omise, ce qui était d'autant plus étonnant
que le syndrome avait été reconnu à l'échelle internationale et que
diverses études sur le sujet étaient en cours. Ce fut peut-être parce que le
syndrome post-traumatique avait jusqu'alors été étroitement lié à
la guerre. Or le DSM-II fut rédigé pendant la période de calme relatif entre la
Seconde Guerre mondiale et la guerre du Viêt-nam et les auteurs ont peut-être
pensé qu'une telle catégorie n'avait plus de raison-d'être en temps de
paix(1).
Les troubles que manifestaient les vétérans à leur retour de la guerre du
Viêt-nam ont prouvé aux auteurs du DSM-III qu'il y avait lieu de rétablir la
catégorie du syndrome posttraumatique. Celle-ci fut nommée « névrose
post-traumatique » et définie comme un trouble causé par un facteur de stress
suffisamment aigu pour provoquer un traumatisme psychique chez la plupart des gens.
Vers la fin des années 1970, les documents de recherche sur la victimologie
commençaient à recenser bon nombre de cas de personnes qui affichaient les
symptômes de la névrose post-traumatique, mais qui n'avaient cependant jamais pris part
à un conflit militaire ou été victimes d'un désastre. En revanche, ces
personnes avaient été victimes de sévices physiques ou sexuels, entre autres. De
plus, à cette époque, le fonds d'information sur le stress professionnel croissait car
des études avaient été entreprises auprès de divers groupes
professionnels comme les enseignants, les travailleurs de la santé, les policiers et les
travailleurs correctionnels. Les personnes faisant partie de ces groupes affichaient des troubles
émotifs ou physiologiques divers qui étaient liés au stress.
À la veille des années 1980, les cliniciens qui travaillaient avec des personnes
souffrant de stress professionnel ont commencé à remarquer que certaines personnes dans
divers groupes professionnels affichaient des symptômes de stress traumatique. Ces personnes
qui, en raison de la nature de leur travail, se trouvent parfois dans des situations traumatisantes
incluent les policiers, les pompiers, les ambulanciers et les techniciens médicaux d'urgence,
le personnel des salles d'urgence des hôpitaux, les secours d'urgence en cas de catastrophe et
les intervenants oeuvrant dans les centres d'aide aux victimes de viol.
De par la nature de leurs fonctions professionnelles, ces travailleurs se trouvent parfois dans des
situations très particulières comme des émeutes ou des prises d'otages; ils se
font parfois tirer dessus ou doivent eux-mêmes faire feu sur quelqu'un dans l'exercice de leurs
fonctions. Ils découvrent des personnes assassinées ou des suicidés. Ils leur
arrivent parfois de voir quelqu'un mourir malgré les efforts qu'ils ont déployés
pour les sauver. Ils sont témoins ou acteurs dans une foule d'autres scénarios
horribles. Ces circonstances qui font partie du travail de certains, mais qui se situent hors du
champ des expériences humaines normales et qui sont considérées comme
extrêmement débilitantes pour la plupart des gens, ont été
qualifiées «d'incidents graves »(5).
De plus en plus, les cliniciens qui travaillent dans le domaine constatent que le personnel qui est
exposé à des incidents graves peut souffrir de certains symptômes physiques,
comporte-mentaux, émotifs et cognitifs de stress qui ressemblent à ceux de la
névrose post-traumatique. Les principaux symptômes de la névrose posttraumatique
sont les souvenirs intrus de la situation traumatisante, les cauchemars, l'hypervigilance, les
réflexes de sursaut exagérés et la perturbation psychologique profonde suivant
l'exposition aux éléments associés au choc initial.
Les différences entre le stress causé par un incident grave et la névrose
post-traumatique se situent au niveau du nombre de symptômes affichés par la personne et
de la persistance de ces derniers. Le stress causé par un incident grave peut être
présenté comme un problème qui empire avec le temps jusqu'à se
transformer, dans le pire des cas, en névrose post-traumatique.
Les réactions des travailleurs exposés à des incidents critiques varient
considérablement(6). Chez certains, le traumatisme ne laisse que quelques traces,
voire aucune; d'autres souffrent de séquelles pendant une courte période alors qu'un
petit nombre de travailleurs demeurent la proie de troubles graves pendant une période
prolongée(7).
Bon nombre des réactions psychologiques éprouvées par les personnes ayant subi
un stress traumatique sont le facteur des circonstances et s'estompent avec le temps. Cependant, chez
certains, les conséquences sont graves et persistent si longtemps que leur fonctionnement
quotidien en souffre. Les coûts humains et économiques qu'entraîne le stress
traumatique sont considérables et incluent notamment la hausse des taux d'absentéisme
ou de démission, le recours accru aux services médicaux, la détérioration
de la santé, les problèmes conjugaux et même le suicide(8).
Le stress dû aux incidents graves chez les agents correctionnels
Certains obstacles considérables entravent les recherches sur le stress dû aux incidents
graves. Par exemple, il est impossible de prévoir quand se déclareront une guerre, une
émeute et la plupart des autres catastrophes. Il n'est généralement pas possible
de recueillir les renseignements de base nécessaires avant que ne se produise la catastrophe.
Donc, pour mieux comprendre le stress traumatique, il faut l'étudier rétrospectivement
en demandant aux personnes en cause de se rappeler des expériences qu'elles ont vécues.
Le lieu de travail peut faire office de laboratoire naturel pour en apprendre davantage sur
l'incidence du stress traumatique sur les groupes professionnels à risque
élevé.
Les agents correctionnels constituent justement l'un de ces groupes. Les établissements
carcéraux sont un contexte professionnel où l'exposition à des incidents
traumatisants n'est pas inhabituelle et où les agents sont témoins d'incidents graves
dans l'exercice de leurs fonctions.
Les documents sur le sujet qualifient certaines situations de déclencheurs éventuels
de réactions traumatiques en milieu professionnel. Dans le cas des agents correctionnels, ces
situations sont par exemple des suicides, des meurtres, des émeutes, des prises d'otages et
des voies de fait. Même s'ils ne sont pas routiniers, ces incidents ne sont pourtant pas
inattendus en milieu correctionnel.
Quoique l'incidence du stress en milieu correctionnel ait déjà fait l'objet
d'études, aucune recherche n'a été entreprise sur l'incidence du stress dû
à un incident grave survenu en milieu correctionnel. Cependant, un important projet de
recherche s'est penché sur l'incidence, sur les agents correctionnels, de l'exposition
à des situations traumatisantes en milieu de travail. L'information recueillie sur les taux et
les effets d'une telle exposition est résumée ci-après.
Des entrevues en profondeur ont été faites avec 122 agents correctionnels
employés dans six établissements de la région de l'Ontario. Les participants
travaillaient dans des établissements à sécurité maximale et minimale
où étaient incarcérés des hommes et des femmes. Tous ceux employés
dans des établissements à sécurité minimale avaient déjà
travaillé, par le passé, dans des établissements à sécurité
moyenne ou maximale. Soixante-quinze pour cent des participants travaillaient dans des
établissements pour les hommes. Il y avait 71 p. 100 de participants de sexe masculin dans
l'échantillon, ce qui n'est pas surprenant puisque l'entrée en service de personnel
féminin dans les établissements pour hommes est récente.
La fréquence de l'exposition aux incidents graves
Des renseignements ont été recueillis sur l'exposition des agents correctionnels aux
situations traumatisantes en milieu de travail. Ces situations supposaient des contacts
fréquents avec des personnes gravement blessées ou mortes, l'exposition à des
sons et des événements inhabituels, des rapports étroits avec la ou les victimes
et les menaces proférées à l'intention des agents. Seulement deux des agents
consultés n'avaient jamais été exposés à un incident grave au
travail. Le nombre moyen d'incidents vécus par les agents était de 27,9, ce qui peut
sembler élevé, mais les établissements à haute sécurité
sont depuis longtemps le théâtre d'incidents violents, et la plupart des agents
correctionnels ont passé au moins une partie de leur carrière, sinon toute leur
carrière, dans ces milieux explosifs.
Il y avait une différence marquée selon le sexe dans le nombre moyen d'expositions
à des incidents; en moyenne, les hommes avaient vécu 32 situations de cette nature, et
les femmes, 16. Cet écart est le fait de l'entrée récente des femmes dans les
milieux correctionnels (6 ans par rapport à 17 ans pour les hommes).
La fréquence d'exposition aux incidents critiques a été
divisée en cinq paliers : aucune exposition, exposition à
une situation, à deux situations et à trois situations et
exposition à plus de trois situations. Le tableau rend compte des
différentes situations auxquelles sont exposés les agents,
et dans quelle proportion.
Tableau 1
Pourcentages d'agents exposés
à des situations traumatisantes |
Situations |
Fréquence |
Marge de fréquence |
0 |
1 |
2 |
3 |
>3 |
| Tentatives de suicide |
50% |
16 |
6 |
5% |
17% |
0,50% |
| Suicide |
42% |
21% |
15 |
10% |
12% |
0,10% |
| Meurtres |
55% |
14% |
10% |
4% |
17% |
0,24% |
| Prises d'etages |
66% |
17% |
9% |
5% |
3% |
0,5% |
| Rapts |
91% |
7% |
2% |
0% |
0% |
0,2% |
Possibilitiés d'abattre quelqu'un
avec une aimé à feu* |
60% |
16% |
12% |
6% |
5% |
0,20% |
| Victimes de vaites de fait |
54% |
18% |
9% |
4% |
15% |
0,20% |
| Témoins de voies de fait |
16% |
16% |
10% |
8% |
50% |
0,50% |
| Émeutes |
35% |
25% |
13% |
7% |
20% |
0,12% |
| Attaques au couteau |
64% |
6% |
1% |
3% |
26% |
0,50% |
| Autres** |
59% |
29% |
6% |
6% |
0% |
0,3% |
* Cette catégorie regroupe les situation ou l'agent
pointe une arme à feu en
direction d'une personne ainsi que célés ou un coup
de leu est ané, le facteur
détermine avant que l'agent est convaineu qu`ll deva lire. |
**Cettecatégorie regroupe ceraires circumstances
comme les accident de
travail graves et les menaces de moit transmises par lettres ou par
téléphone. |
La fiabilité des souvenirs des participants
Une des difficultés inhérentes qui faussent les données dont il a
été question ci-avant est qu'elles reposent les souvenirs qu'ont les agent
d'événements et d'expériences passés. Les agents qui ont participé
au sondage faisaient souvent allusion à des incidents connus de l'auteur et ils corroboraient
fréquemment la version des faits donnée par d'autres agents. L'auteur est d'avis que
les chiffres rapportés par les agents sont peut-être une sous-estimation parce que
ceux-ci se montraient souvent réticents à se souvenir d'incidents troublant sur le plan
psychologique. En fait, certains agents ont déclaré qu'il leur était difficile
et douloureux de se rappeler les incidents déplaisants et qu'ils faisaient tout en leur
pouvoir pour supprimer les associations et le souvenir de ces situations traumatisantes.
En plus d'être exposés à des incidents graves, 61
p. 100 des agents ont indiqué qu'ils avaient été
victimes de blessures au travail (voir figure 1); 43 p. 100 de ces blessures
se sont soldées par une semaine de congé ou plus (voir figure
2).
Graphique 1

Graphique 2

Les symptômes du stress causé par les incidents graves
Les chercheurs ont également questionné les agents au sujet de leurs réactions
aux incidents graves. La partie du Diagnostic Interview Schedule portant sur la névrose
posttraumatique a été utilisée pour évaluer les symptômes de stress
causé par un incident grave chez les agents.
Vingt-huit pour cent des agents ont déclaré qu'ils ne souffraient d'aucun des
symptômes du stress causé par un incident grave. Comme on l'a précisé
ci-avant, seulement 2 p. 100 des agents n'avaient jamais été exposés à
des incidents de ce genre en milieu correctionnel. Autrement dit, 26 p. 100 des agents ayant
vécu de tels incidents ne souffraient pas de symptômes de stress traumatique.
À l'autre extrême, 17 p. 100 des agents participant à l'étude avaient
souffert de ces symptômes à un point tel qu'ils avaient été cliniquement
diagnostiqués comme souffrant de névrose post-traumatique. Ce pourcentage est nettement
plus élevé que le taux de 1 p. 100 dans la population et approche du taux de 20 p. 100
constaté chez les vétérans de la guerre du Viêt-nam blessés au
combat9. Chez 81 p. 100 des agents participant à l'étude, les symptômes
disparaissaient en moins de trois ans. Cependant, pour les autres, les symptômes étaient
encore présents après trois ans et mettaient plus longtemps à disparaître.
La plupart des agents ont continué d'exercer leurs fonctions même pendant qu'ils
souffraient de symptômes, ce qui indique que l'adaptation est possible lorsque le sujet est en
proie à un stress aigu.
Les autres agents, soit 57 p. 100 de l'échantillon, affichaient
des symptômes qui variaient en nombre et en gravité. Comme
le montre la figure 3, les symptômes les plus communs étaient
les troubles de sommeil, les cauchemars et les réflexes de sursaut
exagérés. En moyenne, les agents seraient atteints de cinq
symptômes au cours de leur vie. Les différences selon les
sexes étaient négligeables.
Graphique 3

La majorité des agents qui avaient déjà souffert de symptômes de stress
à cause d'un incident grave (94 p. 100) ont indiqué que l'incidence de ces
événements sur leur vie avait été grave; 4 p. 100 l'ont jugé
modérée et 2 p. 100, minime, voire nulle.
Près de la moitié des agents (47 p. 100) ont signalé que le fait d'avoir
été exposés à des incidents graves avait eu une incidence sur leur famille.
Les agents ont mentionné que leur famille souffrait de leurs sautes d'humeur, de leur
irritabilité et du climat d'anxiété générale qui régnait
après les événements traumatisants. De nombreux agents ont précisé
qu'ils ne discutaient pas des incidents traumatisants avec leur famille pour ne pas l'inquiéter.
De plus, ils désirent protéger leur famille de la violence qu'ils côtoient
directement et indirectement.
La plupart des agents (62 p. 100) ont indiqué que lorsqu'un incident s'était produit, ils
en discutaient avec quelqu'un, alors que 10 p. 100 n'en parlaient pas. Environ le quart (27 p. 100) des
agents ont bénéficié d'un soutien émotif sans avoir à le demander et
5 p. 100 ont reçu une forme de soutien pratique.
La qualité de la santé
Les chercheurs ont demandé aux agents de consentir à ce que leurs médecins leur
communiquent certains renseignements sur leur état de santé général.
Trois pour cent des agents ont refusé.
Environ deux agents sur cinq participant à l'étude (42 p. 100) avaient consulté
un professionnel au sujet de problèmes de santé liés au stress traumatique. Les
médecins ont indiqué que 34 p. 100 des agents souffraient actuellement d'un
problème lié au stress qui exigeaient leurs soins; dans la moitié des cas, les
médecins ont précisé que le problème était dû à
l'exposition à un événement traumatisant.
Les chercheurs ont demandé aux médecins de juger de la gravité, allant de
légers à graves, des troubles dont souffraient les agents. De l'avis des
médecins, sur les 34 p. 100 d'agents qui souffraient de problèmes liés au
stress, 18 p. 100 avaient de graves problèmes, 78 p. 100, des problèmes
modérés, et 9 p. 100, des problèmes minimes. Dans 41 p. 100 des cas, les
médecins considéraient le problème assez grave pour entraver la vie quotidienne
des agents, tandis que 59 p. 100 des agents devaient prendre des médicaments.
Plus les incidents auxquels étaient exposés les agents au cours de leur vie
étaient graves, plus ceux-ci risquaient de souffrir des symptômes de stress causé
par un incident grave.
Tel que mentionné ci-avant, seulement 42 p. 100 des agents avaient consulté un
professionnel au sujet de leurs problèmes de santé. Selon toute vraisemblance, les
agents souffrant de problèmes graves en auraient discuté avec leur médecin. Les
agents considèrent que plusieurs des symptômes de stress causé par un incident
grave font partie des risques du métier et ils pensent que de les reconnaître
constituerait un signe de faiblesse. En outre, ce n'est que depuis environ cinq ans qu'il est
question de l'incidence de l'exposition aux événements traumatisants dans le milieu
correctionnel. Les renseignements sur ce sujet n'ont pas été diffusés à
grande échelle et bon nombre d'agents hésitent encore à reconnaître
l'incidence de ces événements par crainte d'une réaction négative de
leurs collègues ou de leurs supérieurs.
Les incidents graves et les symptômes se manifestant après l'incident
Les chercheurs, pour mesurer les effets à long terme de l'exposition à des incidents
graves, ont évalué le rendement actuel des agents. Cette évaluation a
révélé que plus les incidents auxquels étaient exposés les agents
au cours de leur vie étaient graves, plus ceux-ci risquaient de souffrir des symptômes
de stress causé par un incident grave. De même, plus les symptômes de stress
causé par un incident grave sont nombreux chez une personne, plus celle-ci risque d'être
en proie à des difficultés.
Ces conclusions réfutent la croyance générale, tant chez le personnel que chez
les gestionnaires du milieu correctionnel, à l'effet que les gens s'habituent aux incidents
graves et qu'après un certain temps, ceux-ci ne les touchent plus. De plus, les conclusions
prouvent qu'il y a lieu de prévoir un mécanisme d'intervention postincident.
Les interventions en milieu de travail
En 1988, le gouvernement fédéral a réuni des employés de
différents ministères dans le cadre d'une séance de formation sur
l'exposé sur le stress causé par une catastrophe de M. Jeffrey Mitchell(10)
de l'université du Maryland. Étant d'avis que même si cet exposé avait
été élaboré à l'intention du personnel d'urgence et de
sécurité du public, il pouvait être adapté pour le personnel
correctionnel, le Service correctionnel du Canada a envoyé des représentants des
administrations régionales à la séance de formation. Ceux-ci ont ensuite
élaboré des mesures d'intervention régionales en cas d'incident grave.
La gestion du stress causé par un incident grave vise à protéger et à
épauler le personnel tout en circonscrivant le syndrome de réaction au stress
traumatique qui peut causer une baisse du rendement, une hausse du taux d'absentéisme, des
problèmes de santé mentale ou physique et des difficultés familiales.
La gestion du stress causé par un incident grave est un cycle complet:
-
séance d'information sur place;
-
désamorçage initial;
-
exposé formel sur le stress causé par une catastrophe;
-
exposé de suivi sur le stress causé par une catastrophe(11).
La séance d'information sur place est donnée par une personne formée et
désignée à cette fin qui observe le déroulement de l'opération et
remarque si des réactions de stress graves se produisent sur les lieux. Le cas
échéant, l'intervenant aide les employés qui ont réagi ainsi à
accepter cette réaction; dans la plupart des cas, les employés peuvent reprendre leurs
fonctions sur-le-champ. L'intervenant peut parfois conseiller le responsable du règlement des
crises au sujet des employés qui réagissent si fortement à la situation qu'il
serait peut-être bon de les relever de leurs fonctions ou de les affecter à un
rôle moins stressant compte tenu de la situation.
La deuxième étape du cycle d'intervention est le désamorçage initial qui
se fait dans les quelques heures qui suivent l'incident. Un professionnel de la santé mentale
ou un employé spécialement formé en gestion du stress causé par un
incident grave peut se charger de cette intervention. Cette courte intervention vise à cerner
les symptômes éventuels de stress et à proposer des façons de les
gérer et des techniques de prévention.
Lorsqu'un exposé formel n'est pas nécessaire, le désamorçage initial
peut être suivi, au besoin, d'un contact bref mais discret sur les lieux de travail ou d'un
appel téléphonique.
La troisième étape est l'exposé formel sur le stress causé par une
catastrophe. Cet exposé est une démarche psycho-éducative structurée
menée par un professionnel de la santé mentale compétent. Il doit avoir lieu
dès que possible après l'incident. La personne en charge doit connaître les
techniques du travail de groupe et le stress causé par un incident grave, et être
compétente en la matière. Elle doit aussi comprendre les efforts particuliers
exigés du personnel correctionnel en cas d'incident. Le recours à un intervenant
professionnel est nécessaire puisque les questions soulevées au cours de
l'exposé pourraient dépasser la compétence d'un animateur sans
formation(12).
Les règles régissant cette démarche sont énoncées au début
de l'exposé. Il faut alors souligner que l'exposé se déroule dans la plus
stricte confidence et que les employés sont encouragés à participer. Le but de
l'exposé est d'apporter un soutien aux employés, pas de les critiquer.
Débute alors l'exposition des faits, moment où les participants comparent ce qu'ils
ont vu, entendu, touché, senti et fait durant l'incident. Cette étape permet aux
participants de mieux comprendre ce qui s'est passé et leur procure les fondements
nécessaires pour qu'ils commencent à assimiler ce qu'ils ont
vécu(13).
L'étape de la réflexion et de la réaction vient ensuite; les employés
peuvent alors identifier leur réaction cognitive face aux aspects les plus stressants de
l'incident et s'y arrêter, décrire leurs réactions émotives au moment de
l'incident et exprimer leurs sentiments actuels sur le sujet.
Au cours de la cinquième étape, les participants indiquent s'ils souffrent de
symptômes, physiques ou psychologiques, depuis l'incident. On rassure les participants en leur
disant que ces symptômes ne sont que la réaction normale de l'être humain dans des
circonstances anormales.
La sixième étape est celle de l'apprentissage. Le chef de groupe explique le syndrome
de réaction au stress aux participants, ses symptômes, les stratégies
d'adaptation précises et les techniques de prévention. L'objectif est d'apprivoiser les
sentiments et les expériences du groupe en vue de l'étape suivante, celle de la
réinsertion. À ce stade les employés peuvent discuter avec leurs
collègues, au besoin, les personnes qui semblent nécessiter un appui
supplémentaire reçoivent discrètement l'occasion d'en profiter.
L'exposé de suivi sur le stress causé par une catastrophe est la dernière
étape du cycle d'intervention. Il est répété aussi souvent que
nécessaire, un mois, six mois ou un an après l'incident ou à tout autre moment
où un problème insoluble semble s'opposer au fonctionnement de la personne.
L'exposé peut se donner en groupe ou individuellement.
Conclusion
La connaissance préalable des effets du stress causé par un incident grave fait partie
intégrante de la gestion du stress. L'acquisition de méthodes de réduction du
stress et de techniques de prévention est un moyen de protéger le personnel, au moment
de l'incident et longtemps après ce dernier. En sachant reconnaître les signes et les
symptômes du stress causé par un incident grave, il est possible de cerner rapidement
les problèmes. L'intervention rapide minimise les symptômes à court terme et
réduit grandement le risque de problèmes à long terme(14).
La direction seule ne peut être tenue responsable de la prévention des problèmes
à long terme résultant de l'exposition à des incidents graves. Le personnel doit
assumer la responsabilité de son bien-être et mettre en application les techniques de
prévention du stress comme de saines habitudes alimentaires, du sommeil et de l'exercice en
quantité suffisante, la réduction de la consommation de nicotine et de caféine,
la consommation modérée d'alcool et l'équilibre entre les heures
supplémentaires et les heures passées hors du milieu de travail(15). Il
incombe aux employés de suivre la formation préventive en cas d'incident et les
séances de désamorçage données après les incidents. Les personnes
qui reconnaissent le syndrome de réaction au stress et qui cherchent de l'aide
immédiatement réduisent grandement le risque de problèmes à court et
à long termes.
La formation en prévision d'un incident et les interventions suivant
l'incident peuvent réduire l'incidence à court et à
long termes des événements traumatisants. De telles stratégies
profitent aux employés et à l'organisme. Les employés
s'en portent mieux : leur moral et leur attitude à l'égard
du travail sont meilleurs, le relèvement du rendement au travail
est plus rapide et le nombre de congés de maladie à long
terme est moindre, ce qui profite à l'organisme.
(1)N.C. Andreasen. (1985). « Post-traumatic Stress Disorder »,
dans H.L Kaplan et B.J. Sadock (Ed.), Comprehensive Textbook of Psychiatry/IV; vol. 1, 4e
éd. Baltimore: Williams & Wilkins.
(2)Ibid.
(3)A. Adler. (1945). « Two Different Types of Post-Traumatic Neuroses »,
American Journal of Psychiatry, 102, 237-242.
(4)Andreasen. « Post-traumatic Stress Disorder ».
(5)J. T. MitchelL (Janvier 1983). « When Disaster Strikes: The Critical
Incident Stress Debriefing Process », Journal of Emergency Medical Services, 36-39.
(6)J. T. MitchelL (Automne 1982). « Recovery from Rescue », Response,
7-10.
(7)R.M. Solomon. (1988). « Post-Shooting Trauma », The Police Chief,
40-45.
(8)J. T. Mitchell et G. Bray. (1990). Emergency Services Stress. Englewood
Cliffs (N. J.) : Prentice-Hall.
(9)JE. Helzer, L.N. Robins et L. McEvoy. (1987). « Post-Traumatic Stress
Disorder in the General Population: Findings of the Epidemiologic Catchment Area Survey », The
New England Journal of Medicine, 317, 26, 1630-1634.
(10)MitchelL « When Disaster Strikes: The Critical Incident Stress Debriefing
Process ». Voir aussi Mitchell et Bray, Emergency Services Stress.
(11)MitchelL « When Disaster Strikes: The Critical Incident Stress Debriefing
Process ».
(12)K. Armstrong, W. O'Callahan et C.R. Marmar. (1991). « Debriefing Red Cross
Disaster Personnel: The Multiple Stress or Debriefing Model », Journal of Traumatic Stress,
4, 4, 581-593.
(13)Ibid.
(14)G.S Everly. (1989). A Clinical Guide to the Treatment of the Human Stress
Response. New York: Plenum Press. Voir aussi G.S Everly. Workshop presented at Advanced Training in
Critical Incident Stress and Post Trauma Syndromes. (Sarnia [Ontario] mai 1991). Et voir J. T. MitchelL
(Novembre 1988). « The History, State and Future of Critical Incident Stress Debriefings
», Journal of Emergency Medical Services, 47-51.
(15)P.G. Hanson. (1985). The Joy of Stress. Islington (Ontario) Hanson Stress
Management Organization.
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