La gestion et la révision des cas d'emprisonnement à perpétuité en Angleterre et au pays de Galles
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La gestion des condamnés à perpétuité en Angleterre et au pays de Galles
donne lieu à des défis intéressants. Avec le nombre de condamnés à
perpétuité qui augmente plus rapidement que le nombre de détenus en
général, le traitement et la libération des condamnés à
perpétuité sont des questions qui ne sont jamais bien loin de l'esprit du public. À
la fin de 1957, on comptait 122 condamnés à perpétuité dans les
établissements britanniques - aujourd'hui, il y en a près de 3 000. En 1965, année
de l'abolition de la peine de mort, 78 individus ont été condamnés à
l'emprisonnement à perpétuité. En 1990, ce chiffre était passé
à 229. Le nombre de condamnés à perpétuité a presque doublé au
cours des 12 dernières années, passant de 1 376 en juin 1978 à 2 795 en 1990. On
entend souvent dire qu'il y a plus de condamnés à perpétuité en Angleterre
et au pays de Galles que dans tout le reste de l'Europe réunie. Alors que les détenus qui purgent une peine de durée déterminée, doivent obligatoirement être libérés après une certaine période d'incarcération, tel n'est pas le cas des condamnés à perpétuité. Il n'empêche que la possibilité de libération de ces détenus est prévue par la loi et que la gestion des condamnés à perpétuité vise la réintégration sociale après une période d'incarcération suffisante compte tenu de la gravité de l'infraction commise. Le vrai problème épineux que doit résoudre le service correctionnel britannique est qu'il doit d'une part aider les condamnés à perpétuité à se préparer à la libération et, d'autre part, préparer des rapports d'évaluation qui reflètent dans quelle mesure ceux-ci sont de bons candidats à la libération. Le présent article décrit la stratégie changeante de gestion des détenus emprisonnés à perpétuité en Angleterre et au pays de Galles (des stratégies différentes sont en vigueur en Ecosse et en Irlande du Nord). Cadre législatif
Il existe deux types de peines d'emprisonnement à perpétuité : l'emprisonnement
à perpétuité obligatoire et l'emprisonnement à
perpétuité discrétionnaire. Une condamnation pour meurtre entraîne
une peine d'emprisonnement à perpétuité. L'emprisonnement à
perpétuité est également la peine maximale imposée pour punir certains
autres délits graves, comme l'homicide involontaire, le vol à main armée,
l'incendie criminel, le viol et l'enlèvement. Advenant de telles instances, le juge peut,
à sa discrétion, condamner le délinquant à la réclusion à
perpétuité. Les détenus condamnés à une peine d'emprisonnement
à perpétuité obligatoire représentent 80p. 100 de l'ensemble des
condamnés à perpétuité.
La figure 1 reflète le nombre de condamnés à perpétuité et le
nombre d'admissions en établissement de 1980 à 1990. Le 30juin 1990, le nombre total de
condamnés à perpétuité frôlait les 2 800; de ceux-là, 2 700
étaient de sexe masculin. Chaque année, environ 250 individus sont condamnés
à la réclusion à perpétuité. Après appel, ce nombre se
stabilise à environ 200. Près de 60 condamnés à perpétuité
sont libérés chaque année en vertu d'un permis de libération qui stipule
les conditions de libération s'appliquant à chacun d'entre eux. Figure 1 ![]() Figure 2 ![]() Stratégie de gestion des condamnés à perpétuité Le cadre
Avant que le ministre de l'Intérieur puisse libérer un condamné à
perpétuité, un comité de libération conditionnelle indépendant,
qui pèse les risques associés à la libération du détenu, doit
formuler une recommandation expresse à cet effet. Le ministre de l'Intérieur doit
également consulter le juge qui a présidé au procès (s'il est encore en
vie) et le Premier magistrat en fonction. Ces exigences - l'une visant le risque posé par la
libération et l'autre, la suffisance de la peine purgée - constituent le cadre de
gestion des condamnés à perpétuité.
Immédiatement après le procès, le juge écrit au ministre de
l'Intérieur par l'entremise du Premier magistrat (qui ajoute ses commentaires et opinions)
concernant la période de détention minimale suggérée que doit purger le
délinquant pour refléter la gravité du crime commis. Ce chiffre s'appelle le
« tarif ». Pourtant, en fixant un tarif, le ministre de l'Intérieur ne s'astreint
pas à ne considérer que les facteurs de risque lorsque vient le moment de
décider de la libération, après expiration du tarif. Figure 3 ![]() Examen du risque
Le personnel du service correctionnel qui travaille avec les condamnés à
perpétuité à confronter le comportement délinquant et à le changer
ainsi qu'à préparer les détenus pour la révision du comité de
libération conditionnelle divise le temps dont il dispose en fonction de la durée du
tarif. Puisque la plupart des condamnés à perpétuité sont des hommes
adultes, cet article décrit les modalités de gestion qui se rapportent à ces
condamnés à perpétuité. Les modèles de gestion employés
pour les femmes et les enfants sont légèrement différents. Sauf pour les détenus qui constituent un risque de sécurité élevé, tous les condamnés à perpétuité subissent une évaluation rigoureuse au cours d'une période initiale qu'ils passent dans un centre principal dont le personnel est constitué d'une équipe de spécialistes et d'agents correctionnels possédant la formation requise pour interroger et évaluer les condamnés à perpétuité. 2. Préparation d'un plan d'incarcération à perpétuité
La principale difficulté que pose le travail avec les condamnés à
perpétuité est d'amener le délinquant à faire face au fait que son
comportement est déviant et à le changer. Selon toute vraisemblance, les efforts visant
la gestion du risque ne peuvent être déployés qu'une fois cet écueil
franchi. Aux premiers temps de l'incarcération, les spécialistes du centre principal
préparent les fondations du plan d'incarcération à perpétuité.
Celui-ci est fondé sur une analyse intégrale du comportement du condamné
à perpétuité en établissement (au moyen de techniques d'évaluation
du risque élaborées et testées au centre principal de Wakefield), sur les
détails du délit, sur les antécédents criminels, sur les rapports
précédant la déclaration de sentence préparés par le comité
de libération conditionnelle et sur les rapports d'employés du centre principal. Pendant son incarcération, le condamné à perpétuité est évalué par différents groupes de personnel dans différents établissements. D'après les résultats de ces évaluations et en fonction des progrès réalisés par le détenu pour ce qui est de faire face à son comportement délinquant et de tenter de le changer, le condamné à perpétuité devrait passer dans des milieux où les conditions de sécurité sont progressivement moindres et où il aura plus souvent l'occasion de se montrer responsable et digne de confiance. On distingue cinq grandes catégories d'établissements correctionnels : dissémination (sécurité maximale), catégorie B (haute sécurité), catégorie C (sécurité moyenne), catégorie D (ouvert) et centres de prélibération (semblables à des maisons de transition). 4. Intégration avec les autres détenusÀ une exception près - un petit établissement qui n'accepte que les condamnés à perpétuité dont la majorité ont été inculpés de délits de violence familiale - les condamnés à perpétuité sont dispersés au sein de la population carcérale générale. On admet quelques petites concessions (par exemple les condamnés à perpétuité sont logés dans des cellules simples quand c'est possible), mais autrement, les condamnés à perpétuité ne bénéficient d'aucun privilèges particuliers. En fait, pour certains privilèges, comme les congés en milieu familial, les règlements sont plus stricts pour les condamnés à perpétuité. De même, les modalités pour les absences sous escorte et autres absences temporaires sont différentes dans le cas des condamnés à perpétuité comparativement aux détenus purgeant une peine d'une durée déterminée. Progression au long de la peine Premier placement après le centre principal
Après trois ans passés au centre principal, le plan d'incarcération du
condamné à perpétuité est terminé. Le condamné à
perpétuité en connaît le contenu, puisqu'il a pris part à la formulation
des objectifs à court terme. À ce moment, des rapports complets sur le condamné
à perpétuité sont réunis. Il s'agit des premiers rapports s'inscrivant
dans une série de révisions intérimaires qui ont lieu avant la première
révision officielle du comité de libération conditionnelle (qui se tient trois
ans avant la date d'expiration du tarif). Ces révisions intérimaires, tenues au moins
tous les trois ans, retracent la progression du délinquant. Elles sont
complétées par des révisions annuelles, alors que les progrès
réalisés vers l'atteinte des objectifs à court terme sont mesurés et que
de nouveaux objectifs sont fixés.
Les condamnés à perpétuité sont généralement
considérés pour un transfèrement après réception des
révisions intérimaires (au moins tous les trois ans). Le détenu doit avoir
réalisé des progrès quant à la confrontation et à la modification
de son comportement délinquant avant que l'on envisage de le transférer à un
établissement de catégorie C. Certains de ces établissements sont
destinés aux condamnés à perpétuité qui éprouvent des
difficultés d'adaptation dans les établissements ordinaires (généralement
coupables d'une infraction sexuelle) tandis que d'autres offrent un régime de vie très
ouvert (malgré que ce soit dans des conditions fermées). Bon nombre de condamnés
à perpétuité passeront par deux ou trois établissements de
catégorie C durant leur incarcération.
Le transfert à un établissement de catégorie D ou à un milieu ouvert
(sans clôtures et où de nombreux détenus travaillent quotidiennement à
l'extérieur de l'établissement dans le cadre de projets communautaires et où ils
suivent parfois des cours de formation) ne peut se faire que sur recommandation favorable du
comité de libération conditionnelle et avec l'approbation personnelle du ministre des
Prisons. Pour le condamné à perpétuité, le transfert à un milieu
ouvert signifie sans aucun doute que la libération est une bonne possibilité.
Dans la plupart des cas, il faut au moins deux révisions officielles par le comité de
libération conditionnelle avant que l'on envisage d'accorder la libération
conditionnelle à un condamné à perpétuité. Lorsque le
comité de libération conditionnelle recommande le transfert en milieu ouvert d'un
condamné à perpétuité et que cette recommandation est acceptée par
le ministre de l'Intérieur, la date de libération provisoire est fixée. En
général, on prévoit une courte période d'incarcération en milieu
ouvert suivie d'une période de six à neuf mois dans un centre de
prélibération. Ces centres, qui dépendent des établissements, mais qui se
trouvent à l'extérieur des murs de l'établissement, constituent une étape
clé du passage de l'incarcération à la libération avec permis de
libération.
Puisque la première révision officielle par le comité de libération
conditionnel n'a lieu, au plus tôt, que trois ans avant la date d'expiration du tarif, il peut
parfois arriver qu'un condamné demeure dans des établissements de catégories B
et C pendant plusieurs années même si un tel niveau de sécurité est
inutile. Actuellement, on envisage d'ajouter à la révision officielle par le
comité de libération conditionnelle une révision informelle par le comité
précisément pour étudier la possibilité de placer le condamné
à perpétuité dans un milieu ouvert. L'éventualité d'un tel
transfert dans des délais raisonnables pourrait également aider les condamnés
à perpétuité à ne pas perdre le rythme alors qu'ils tentent de cerner les
facteurs de risque qui les touchent.
Le système de gestion et de révision des cas des condamnés à
perpétuité est-il efficace? L'aspect disciplinaire de l'emprisonnement à
perpétuité mis à part, l'objectif au sein du service correctionnel est d'aider
les condamnés à perpétuité à réintégrer la
société en toute sécurité. On évalue le succès à cet
égard en fonction du taux de nouvelles condamnations chez les détenteurs d'un permis de
libération (condamnés à perpétuité libérés). Les
nouvelles condamnations se classent en deux grandes catégories : infractions graves (crimes
violents) et infractions usuelles (tous les délits condamnables, y compris les infractions
graves). |