Depuis une dizaine d'années, l'idée que des programmes de maîtrise de la
colère profiteraient aux détenus court dans les milieux correctionnels de
l'Amérique du Nord. Bien des gens sont de l'avis que de nombreux délinquants ont du mal
à maîtriser leurs émotions et se laissent aller à la colère, à
l'agression et à l'hostilité. Bien entendu, on part automatiquement du principe que le
problème est attribuable au comportement antisocial et criminel des délinquants et
à la violence dans les établissements correctionnels.
Le contenu des programmes de maîtrise de la colère a été décrit de
façon assez détaillée par Novaco(2) et Ellis(3). Les
pro-grammes fondés sur le modèle cognitiviste créés spécialement pour
les délinquants ont été passés en revue par Fink(4), Kirchner et
Kennedy(5) et Samuel(6). Par contre, hormis la célèbre monographie
de 1978 de Novaco, les études consacrées à l'évaluation de
l'efficacité de ces programmes sont pratiquement inexistantes.
Les quelques comptes rendus d'études qui ont été publiés sont souvent
équivoques. Typiquement, ces études rendent compte de l'efficacité à court
terme de l'intervention d'après des variables d'auto-évaluation, mais n'indiquent pas un
quelconque classement des comportements en établissement. Notamment, il est impossible de trouver
dans les documents concernant les programmes de maîtrise de la colère une évaluation
de l'efficacité à long terme de ces interventions. Or, l'évaluation à long
terme est particulièrement critique dans le cas des populations de délinquants puisque
l'on suppose que les programmes de maîtrise de la colère modèlent en partie le
comportement criminel futur. Cette hypothèse influe sur les décisions concernant le risque
futur et les programmes de mise en liberté sous condition des détenus. Les commissions de
libération conditionnelle et les agents de gestion de cas se sont jusqu'à présent
montrés réticents à accorder ou à recommander la mise en liberté sous
condition de détenus qui n 'avaient pas bénéficié de l'aide
nécessaire pour réussir à maîtriser leur colère.
L'étude dont il est question ici portait sur l'incidence à long et à court termes
d'un programme de maîtrise de la colère basé sur le modèle cognitiviste suivi
par un groupe de délinquants adultes de sexe masculin.
Description du programme
Le programme était découpé en 12 séances hebdomadaires de deux heures au
cours desquelles divers outils didactiques et expérimentiels étaient employés
pour aborder trois questions fondamentales:
-
la compréhension du mécanisme de la colère ainsi que des raisons et des
circonstances qui exigent de maîtriser son irascibilité. La sensibilisation à
l'impulsion, la reconnaissance de la colère, le raisonnement moral de base et les notions
d'intérêt personnel faisaient partie des méthodes employées à
cet égard.
-
La réduction de la colère par la cognition, faisant appel à des raisonnements
intérieurs, à des exercices de résolution de problèmes, à la
perspective et à l'humour et aux principes fondamentaux de la psychothérapie
rationnelle émotive.
-
La modification et le perfectionnement des habiletés d'adaptation par le recours à
des méthodes de relaxation, à des cours d'affirmation de soi et au jeu de
rôles pour essayer différentes réactions comportementales.
Le jeu de rôles était un des pivots du programme, à la fois parce qu'il permet
aux participants d'essayer de nouveaux comportements et de mettre en pratique les habiletés
nouvellement acquises. Puisque le programme se déroulait en groupe, les participants pouvaient
observer dans un contexte relativement « sûr » comment leurs actions
influençaient le comportement d'autrui. Quand les participants ne pouvaient faire autrement
que se mettre en colère, on leur expliquait comment s'affirmer sans devenir agressifs ou opter
pour l'effacement. Les participants apprenaient également comment réévaluer
rationnellement les circonstances externes pour limiter la fréquence et l'intensité de
leur colère.
Si l'orientation et les buts fondamentaux de chaque séance étaient scrupuleusement
respectés, le contenu du jeu de rôles demeurait souple. Les habiletés
d'adaptation étant en grande mesure dictées par la situation, l'apprentissage est
peut-être plus efficace s'il se fait dans le contexte des problèmes particuliers du
détenu. Généralement, ces habiletés d'adaptation incluent comment
réagir à une accusation, comment se plaindre de façon à obtenir des
résultats et comment éviter les bagarres.
Le programme de maîtrise de la colère était dirigé conjointement par un
psychologue clinicien ayant une formation poussée en matière de psychothérapie
rationnelle émotive et par un professeur de théâtre d'une université
locale aidé par un étudiant en théâtre. Le professeur et l'étudiant
s'y connaissaient très bien en analyse du comportement, et particulièrement du contact
visuel, de l'expression corporelle et de la voix. Les acteurs usent d'habiletés
particulières pour observer les éléments de l'environnement qui
déterminent les pensées, les émotions et le comportement. Le professeur de
théâtre et l'étudiant étaient donc bien placés pour aider les
participants à apprendre comment agir de façon différente et plus
conventionnelle.
Méthode d'étude
L'étude d'un groupe de délinquants a été entreprise dans le but
d'évaluer l'incidence à court et à long termes d'un programme de maîtrise
de la colère basé sur le modèle cognitiviste. Ce groupe a été
comparé à un second groupe de délinquants qui avaient fait l'objet d'une
évaluation et dont la participation au programme avait été recommandée,
mais qui n'avaient pas entrepris le programme ou l'avaient abandonné pour diverses raisons.
Évaluation préliminaire
Au cours d'une période de 24 mois, 79 délinquants de sexe masculin
incarcérés au pénitencier de Kingston ont été choisis et ont fait
l'objet d'une évaluation en vue de leur participation éventuelle au programme de groupe
de maîtrise de la colère. Tous subirent une gamme complète de tests et de
contrôles, y compris le test rapide Ammons, l'inventaire de dépression Beck,
l'échelle d'hostilité sur maîtrisée tirée de l'inventaire
multiphasique de la personnalité du Minnesota, l'échelle d'anxiété IPAT,
le questionnaire sur le comportement interpersonnel, le test des croyances irrationnelles Jones et
des questionnaires sur les manifestations physiques de la colère et les circonstances qui
provoquent une explosion de colère.
En tout, 52 délinquants ont participé à au moins six séances de groupe
(c'est-à-dire à la moitié du programme) et sont considérés comme
ayant suivi le programme. De même, d'après les critères employés, 27
délinquants sont considérés comme n ayant pas suivi le programme, y compris huit
délinquants qui ont abandonné après une ou deux séances. Dix-neuf
délinquants ont choisi de ne pas suivre le programme pour des raisons diverses, invoquant par
exemple d'autres obligations, l'imminence d'un transfert à un autre établissement ou un
manque d'intérêt. Les délinquants de ce groupe témoin et les
délinquants qui ont suivi le programme ont obtenu des résultats comparables aux examens
psychométriques préliminaires.
Mesures de suivi immédiates
Dans les quatre semaines suivant la fin du programme, tous les participants ont dû remplir de
nouveau les deux questionnaires sur la colère, c'est-à-dire le questionnaire sur le
comportement interpersonnel et le test des croyances irrationnelles Jones.
On a tenté de faire repasser les tests aux non-participants (c'est-à-dire les
délinquants dont la participation au programme avait été recommandée,
mais qui n'ont pas suivi le programme), sans grand succès. Les données réunies
sur le groupe témoin n'étaient donc pas suffisantes pour se prêter à un
compte rendu.
Les participants aux deux derniers programmes de groupe ont également subi trois tests
standardisés de jeu de rôles avant et après le programme. Les méthodes
employées sont comparables à celles décrites par Novaco(7); les
participants devaient évaluer le degré de colère qu'ils ressentaient
immédiatement après chaque jeu de rôles.
Mesures de suivi à long terme
Pendant neuf mois, quatre ans après la fin du dernier programme, on tenta de retrouver les 79
délinquants dont la participation au programme avait été recommandée.
Quand c'était possible, on demandait aux sujets d'indiquer combien d'heures de soins
psychologiques ou d'un autre traitement professionnel ils avaient faites depuis qu'ils avaient
terminé le programme ou que celui-ci leur avait été recommandé.
En outre, on a demandé à l'agent de gestion de cas de chaque délinquant
d'indiquer dans quelle mesure, selon lui, le sujet était susceptible de composer avec des
émotions difficiles (p. ex. la colère ou l'anxiété) et de se tirer
d'affaire dans les différents aspects de la vie (p. ex. le travail, la famille et les amis).
La probabilité que le délinquant ne récidive pas a également
été cotée.
Dans le cas des délinquants libérés, des données ont été
extraites des dossiers du Centre d'information de la police canadienne et du Service correctionnel du
Canada afin de savoir dans chaque cas, si le sujet avait récidivé et, le cas
échéant, quelle était la nature de l'infraction et la période
écoulée entre la libération et la nouvelle arrestation.
Résultats
Le tableau 1 fait état des différences dans les scores obtenus aux questionnaires et
aux tests psychométriques administrés avant et après le programme. Seuls les
scores des délinquants qui ont suivi le programme de maîtrise de la colère sont
donnés. Comme on l'a mentionné ci-dessus, les données sur le groupe
témoin de non-participants n'étaient pas suffisantes pour permettre une compilation. La
baisse de pratiquement 50p. 100 du nombre de participants par rapport aux 52 qui avaient suivi le
programme est attribuable au refus des sujets de se soumettre aux contrôles après le
programme ou à leur incapacité à le faire.
Tableau 1
Scores* obtenus par les délinquants avant et aprés
le programme
de maîtrise de la colére |
Variable |
Scores avant
le programme |
Scores aprés
le programme |
| Manifestations physiques (N=25) |
44,84 |
30,00 |
| Inventaire de la colére (N=26) |
148,85 |
121,04 |
| Croyances irrationnelles (N=21) |
283,43 |
263,90 |
Questionnaire sur le comportement
interpersonnel (N=27)
GGR (Agression)
SGR (Affirmation)
Évitement des conflits
Dépendance
Timidité
Subjugation des impressions |
12,67
35,52
10,37
9,93
9,96
13,65
|
8,11
42,67
9,89
7,85
6,78
15,92
|
| Auto appréciation du jeu de rôles (N=9) |
53,22 |
28,78 |
* Les différences de scores ont toutes une forte signification
statistique, à
l'execption des scores ayant trait à l'evitement des conflits. |
À une exception près, les différences avaient toutes beaucoup d'importance et
abondaient dans le sens attendu et souhaité. Autrement dit, les scores à pratiquement tous
les tests ont été nettement meilleurs après le programme, sauf pour
l'évitement des conflits où une baisse des scores obtenus par les participants
après le programme aurait pu être indésirable.
Le tableau 2 rend compte des mesures de suivi à long terme des participants et des
non-participants au programme.
Tableau 2
| Comparison des méthodes de suivi des participants
et des non-participants au programme |
| |
Non-Participants |
Participants |
| Classement rajusté de l'agent de gestion de cas** |
33,58 (N=19) |
40,09 (N=42) |
| Heures de traitement suivies dupuis la fi du programme |
11,12 (N=17) |
22,28 (N=38) |
| Période écoulée entre la libération et une
nouvelle arrestation (mois)** |
5,55 (N=11) |
22,04 (N=12) |
| Signe quelconque de récidive |
No Yes
31,3% 68,8% |
No Yes
44% 56% |
| Inculpation d'un crime violet |
No Yes
31,3% 65,8% |
No Yes
60% 40% |
* Résultats contrôlés au moment du suivi
** Les différences de scores sont statistiquement significatives |
On n'a tenu compte des données de récidive que dans le cas des détenus qui avaient
été libérés. De tous les sujets, 39 n'avaient jamais été
libérés, et la majorité de ceux-ci purgeaient une peine d'incarcération
à perpétuité. Deux des détenus qui n'avaient jamais recouvré leur
liberté sont décédés en prison pendant la période de suivi à
long terme, de même qu'un des détenus libérés dans la collectivité.
Les chiffres concernant les délinquants décédés ont été
systématiquement exclus des données de suivi à long terme.
Les différences entre les deux groupes quant à la récidive sont équivoques,
ce qui en complique l'interprétation. Dans quatre cas sur cinq, les variables tendent dans la
direction souhaitée. Toutefois, il faut soigneusement peser les données sur la «
période écoulée entre la libération et une nouvelle arrestation » et
les « heures de traitement » parce que celles-ci varient considérablement d'un groupe
à l'autre.
À seulement deux exceptions près, les délinquants qui ont participé
à cette étude avaient des antécédents entachés de violence; certains
avaient été inculpés de meurtre et le taux de récidive chez les meurtriers
est historiquement très faible. Toutefois, des 41 délinquants libérés,
seulement un purgeait une peine d'incarcération à perpétuité pour meurtre;
37 délinquants avaient été incarcérés à maintes reprises au
moment où il leur a été conseillé de suivre le programme. Les
délinquants libérés auraient donc pu être considérés comme un
groupe courant un fort risque de récidive violente. Il importait donc d'établir une
distinction entre la récidive violente et la récidive générale, qui comprend
notamment l'infraction aux conditions de la libération et les accusations en instance qui ne
s'étaient pas soldées par un retour en prison. Quoique la participation au programme n'ait
pas semblé avoir d'incidence sur la récidive générale, l'effet des
condamnations pour d'autres crimes violents semble tendre à une signification.
Commentaire
Les changements provoqués par le programme, contrôlés d'après des
variables d'auto-évaluation et d'autres tests psychométriques administrés
dès la fin du programme, se dégagent nettement.
Les différences dans les scores obtenus au questionnaire sur le comportement interpersonnel
sont comparables à ceux constatés par Bellemare et McKay(8). Toutefois, il
ne faut pas faire trop de cas de ces différences vu l'amélioration considérable
des scores dans la catégorie « subjugation des impressions » du tableau 1. Les
participants avaient bien des raisons d'affirmer que leurs sentiments avaient changé et que
leur comportement, du moins hypothétiquement, ne serait plus le même après le
programme. Même avec les meilleures des intentions, des habiletés enrichies et une
mesure d'auto-efficacité, la pression causée par une situation intense peut subjuguer
le sujet et réveiller des réactions dysfonctionnelles enracinées. Il serait
rassurant de disposer d'autres variables pour mesurer le changement comportemental.
Le changement comportemental est difficilement quantifiable pour plusieurs raisons. Pour parer
à cette difficulté, dans le cas présent, les chercheurs ont tenté de se
fonder sur le nombre d'accusations portées contre les détenus pendant
l'incarcération pour mesurer le changement comportemental. Malheureusement, ces accusations
étaient tellement rares qu'elles ne constituaient pas une mesure utilisable. De
même,l'appréciation des habiletés d'adaptation du délinquant faite par le
gestionnaire de cas quelques années après la fin du programme ne donne pas non plus une
idée bien nette du changement comportemental. Il n'en reste pas moins que les
différences de scores obtenus par les participants et par les non-participants sont probantes
et abondent dans la direction escomptée.
Ceux qui travaillent avec les délinquants sexuels ou qui font de la recherche dans ce domaine
(voir FORUM, vol. 3, n° 4, décembre 1991, sur les programmes de traitement des
délinquants sexuels) ont éloquemment fait valoir le bien-fondé d'un suivi ou
d'un programme complémentaire comme moyen d'amener une maîtrise à long terme sur
le comportement. Des programmes de suivi sont tout aussi essentiels pour les délinquants qui
se comportent de façon dysfonctionnelle depuis longtemps. Malheureusement, bon nombre de
délinquants, à l'instar de gestionnaires de cas, ne conviennent pas de la
nécessité d'un suivi, partant du principe que le programme suffit à
régler ou à éliminer le problème. Éloquent exemple de cette
façon de penser que le cas du délinquant qui a refusé en termes on ne peut plus
précis de suivre un programme de maîtrise de la colère affirmant qu'il en avait
déjà suivi un et qu'il avait encore toutes ses notes dans une boite quelque part.
Malheureusement, le contenu du programme ne lui était pas resté en tête, pas plus
qu'il n'était entré dans son répertoire de comportements.
Les efforts déployés dans le cadre de cette étude pour réunir des
renseignements sur les interventions complémentaires n'ont pas eu beaucoup de succès.
Quoique les délinquants qui avaient suivi le programme, comparativement à ceux qui ne
l'avaient pas suivi, avaient plus souvent tendance à poursuivre le traitement, une
étude approfondie des « heures de traitement » a révélé que
celles-ci sont également liées à la récidive et au renvoi en prison. Il
existe un lien manifeste entre la durée en mois de la nouvelle peine et le nombre total
d'heures de traitement. La plupart des sujets qui ont été renvoyés en prison ont
suivi un programme complémentaire derrière les barreaux et non dans la
collectivité, où un telle intervention eût sans doute été d'une
plus grande utilité. Parce que les délinquants ont tendance à ne suivre des
programmes d'intervention que lorsqu'ils sont en prison, il est difficile de déterminer dans
quelle mesure un programme complémentaire réduit la récidive. Dans le cas
présent, le problème était d'autant plus compliqué que les données
sur les interventions complémentaires étaient incomplètes et, dans la plupart
des cas, l'information manquante concernait des délinquants qui avaient bien
réintégré la collectivité.
Le problème se complique encore plus lorsqu'on se penche sur la nature du programme
complémentaire offert au sujet ou suivi par celui-ci. Vraisemblablement, certains programmes
complémentaires vont à l'encontre du modèle cognitiviste dont est inspiré
le programme de maîtrise de la colère, qui préconise la prise en charge de
l'individu par lui-même et la reconnaissance des responsabilités. Le cas
échéant, le programme complémentaire pourrait carrément s'avérer
nuisible. Dans le cas de cette étude, les détenus ont estimé de leur mieux le
nombre d'heures passées sous les soins d'un spécialiste. Bon nombre des sujets
n'avaient qu'une idée très vague du traitement qu'ils avaient suivi. Il était
rare que des renseignements sur le traitement suivi soient consignés dans le dossier
psychologique du sujet et, même quand de tels renseignements s'y trouvaient, il manquait
souvent des précisions quant à la nature et à la durée du traitement.
Comme bien d'autres études quasi expérimentales menées par des cliniciens tenus
de jongler avec diverses priorités et obligations, la conception même de la
démarche méthodologique de cette étude a posé certaines
difficultés. Ainsi, les délinquants n'ont pas toujours rempli de bon gré les
questionnaires plutôt longs. A cause d'autres facteurs, certains délinquants ont pu
suivre le programme sans faire l'objet de l'évaluation préliminaire. D'autres ont
refusé de prendre part au programme parce qu'ils ne voulaient pas faire les tests
psychométriques préalables. Inutile de le dire, ceux-là n'étaient pas non
plus prêts à remplir une seconde fois la même série de questionnaires.
L'insuffisance des données a également posé un problème fréquent
car les chiffres ne suffisaient alors pas à une analyse convenable.
La migration des délinquants dans le milieu carcéral est un élément dont
le suivi exige beaucoup de temps et d'effort. Une fois expiré le mandat émis pour le
délinquant, il devient pratiquement impossible d'exercer un suivi si le délinquant ne
récidive pas. La collecte de données longitudinales est donc difficile. Les dossiers
officiels sont plus aisément accessibles, mais il arrive souvent que l'information
recherchée n'y soit pas consignée.
Par exemple, les dates de début de la peine dans le cas de nouvelles accusations sont
indiquées sur les sommaires du Service correctionnel du Canada. Ces dates coïncident
rarement avec les dates de renvoi en détention, mais ce sont pourtant ces dernières qui
servent à calculer la durée de la période écoulée entre la
libération et la nouvelle arrestation.
Finalement, il faut également voir si les détenus condamnés à
l'emprisonnement à perpétuité doivent être inclus ou exclus d'une
étude comme celle dont il est question ici. L'évaluation de l'utilité à
long terme du programme en fonction de variables traditionnelles comme la récidive ne convient
manifestement pas; par exemple, le délai jusqu'à la libération est
inhabituellement long et le taux de récidive est faible quel que soit le traitement suivi.
Andrews et ses collaborateurs(9) invoquent des arguments contre le traitement des
délinquants à faible risque ou à faible besoin. De nombreux détenus
condamnés à l'emprisonnement à perpétuité entrent dans ces
catégories, ce qui ne les empêche pas de réclamer des programmes d'intervention
psychologique et d'affirmer qu'ils en tirent un enrichissement individuel considérable. Il
demeure que de tels programmes constituent une façon constructive de passer le temps et de
réaffirmer les valeurs non criminelles qui sont celles de bon nombre de détenus
incarcérés à perpétuité.
Récapitulation
Le taux général de récidive parmi les délinquants libérés
pendant la période de suivi était relativement élevé (61 p. 100). Le fait
que le sujet ait ou non suivi le programme de maîtrise de la colère ne semble pas
influer sur le taux de récidive. En revanche, si l'on ne tient compte que des nouvelles
condamnations pour crime avec violence, la participation au programme devenait alors plus
significative (le taux de récidive était de 40 p. 100). Il est certain que la
période écoulée entre la libération et la nouvelle arrestation
était nettement plus longue dans le cas des délinquants qui avaient suivi le
programme.
Une fois de plus, le problème se ramène à la question des changements que l'on
peut attendre des délinquants violents à risque élevé. Peut-être
faut-il considérer que la moindre baisse de l'incidence de la criminalité violente et
la moindre augmentation de la période écoulée entre la sortie de prison et une
nouvelle arrestation sont autant de succès.
D'après cette étude, la participation à un programme de maîtrise de la
colère basé sur le modèle cognitiviste semble être bénéfique
dans le cas des délinquants violents. Le programme est fondé sur des principes
dorénavant généralement admis de l'intervention efficace en milieu
correctionnel, principes qui privilégient la maîtrise de soi et la prise en charge de
ses attitudes et de ses comportements.
Compte tenu les anecdotes rapportées par bon nombre de délinquants qui ont suivi des
programmes basés sur le modèle cognitiviste comme celui dont il est question ici et
compte tenu des résultats même limités de la présente étude, je
conçois avec optimisme la validité de ces programmes.
(1)Toute correspondance doit être adressée à Gareth V
Hughes, Ph.D., Psychologue de district, Bureau de district de l'Est et du Nord, Service correctionnel du
Canada, 920, rue Princess, Bureau 203, Kingston (Ontario) K7L 1H1.
(2)Novaco (R.), Anger Control: The Development and Evaluation of an Experimental
Treatment, Lexington (Massachussetts), D.C. Heath, 1975.
(3)Ellis (A.), How to Live With and Without Anger, Toronto, Fitzhenry &
Whiteside, 1977.
(4)Fink (E.), A Cognitive-Behavioral Group Therapy Program for Problems of Anger and
Aggression in Adult Male Offenders. Dissertation doctorale, Rutgers University, 1980.
(5)Kirchner (E.P.) et Kennedy (R.E.), Leaders' Manual for an Assertive Skills Course in
Correctional Settings, University Park (Pennsylvanie), Institute for Research on Human Resources,
1978.
(6)Samuel (R.), « ABC of Anger Management », Canada's Mental Health,
n° 31, janvier 1983, p. 21.
(7)Novaco, Anger Control.
(8)Bellemare (F.) et McKay (D.), « An Anger Management Program in a Maximum Security
Federal Penitentiary ». Présentation avec affiche non publiée, 1990.
(9)Andrews (D.A.), Zinger (I.), Hoge (R.D.), Bonta (J.), Gendreau (P.) et Cullen (F.T.),
« Does Correctional Treatment Work? A Clinically Relevant and Psychologically Informed
Meta-Analysis », Criminology, n° 28, 1990, p. 369-404.
|