Profil des intervenants dans le domaine de la santé mentale judiciaire : résultats d'une première étude
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Psychologue en chef et coordonnateur de la recherche, Service de criminalistique de la Communauté
urbaine de Toronto, Institut psychiatrique Clarke, et département de psychiatrie,
université de Toronto, Mark Lang Adjoint de recherche, Service de criminalistique de la Communauté urbaine de Toronto et Richard Repaci Interne en psychologie, Service de criminalistique de la Communauté urbaine de Toronto Les personnes qui travaillent quotidiennement avec les détenus dans les établissements subissent un stress professionnel très grave qui mène à l'épuisement professionnel(1). Ce stress est dû à l'impulsivité des gens dont s'occupent les intervenants, aux inquiétudes qu'ils ont pour leur sécurité, à la nature des personnes dont ils ont la charge, ainsi qu'à leurs collègues, à la portée souvent restreinte de leurs fonctions professionnelles et au milieu de travail Ces circonstances amènent souvent les intervenants à penser qu'ils sont exploités, ce qui exacerbe leur colère et leur épuisement(2). Même si les intervenants qui travaillent dans les services de santé mentale judiciaire sont souvent appelés à exercer des fonctions variées, cet atout peut devenir une source supplémentaire de stress vu l'ambiguïté résultante des fonctions(3). Plus précisément, les patients se trouvent dans un état ambigu, celui d'être «fou ou mauvais, ou les deux ». Tant qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une évaluation, ils risquent d'être perçus soit comme des malades mentaux chroniques qui peuvent difficilement être tenus responsables de leurs actions, soit comme des déficients mentaux moyens qui sont en partie responsables de leurs actions, soit comme des personnes essentiellement saines d'esprit qui sont atteintes de certains troubles de la personnalité, mais qui sont entièrement responsables des crimes qu'elles ont commis. À cause du statut ambigu des patients, le rôle de l'intervenant dans le domaine de la santé mentale judiciaire change souvent. Alors que les intervenants ont tendance à vouloir « soigner» les patients qu'ils perçoivent comme malades, ils sont plus portés à surveiller ou à juger ceux qu'ils perçoivent comme sains d'esprit. Les intervenants, étant humains, ont des attitudes et des expériences qui influencent non seulement leur travail, mais éventuellement la façon dont ils s y prennent avec les patients. Le rang socio-économique des patients, leur intelligence, leur niveau de scolarité et leur degré de sophistication, leurs antécédents mentaux, leur origine raciale ou leurs convictions religieuses et la nature du crime dont ils sont accusés sont autant de facteurs qui sont susceptibles d'influencer le comportement des intervenants. Cette étude avait pour but de voir comment s'y prend le personnel d'un grand centre urbain de criminalistique pour concilier ses nombreuses obligations professionnelles et privées. Vu qu'il s'agit là du premier volet d'une éventuelle série d'études sur la façon dont le personnel réagit au stress professionnel, il faut prendre les conclusions présentées comme étant provisoires et constituant une orientation en vue d'une analyse subséquente plus détaillée. Méthode d'étude
Les chercheurs ont demandé à des intervenants de cinq domaines (psychiatres et
psychiatres-adjoints, psychologues et étudiants en psychologie, personnel infirmier,
travailleurs sociaux et agents correctionnels) de remplir un questionnaire(4). Dans
celui-ci, on leur demandait d'indiquer les deux réactions d'adaptation qu'ils adoptaient le
plus souvent dans leurs échanges avec les patients dans les quatre situations de base
suivantes avec des malades mentaux qui leur inspirent de la sympathie, mais dont l'état ne
s'améliorera vraisemblablement pas; avec des patients atteints de troubles de la
personnalité qui leur sont désagréables, mais qui ont de fortes chances
d'obtenir une libération anticipée parce que leur passé criminel n'est pas
chargé; avec un patient apparemment sain d'esprit qui a commis un crime
particulièrement odieux (comme le meurtre d'un enfant ou d'un bébé) qui
détonne complètement à la lumière des antécédents de
l'accusé; en cas d'éclat violent avec un patient qui justifie que celui-ci soit
placé de force dans une chambre sûre.
Les réponses des participants en ce qui concerne leurs rôles intuitifs et les
réactions (d'adaptation) adoptées dans chacune des quatre situations décrites
ci-dessus ont fait l'objet d'une analyse distincte. Les données brutes ont d'abord
été ventilées par groupe professionnel, mais les résultats ont dû
être regroupés à cause du très faible nombre d'individus dans chaque
groupe.
D'après les réponses données par les participants, les rôles
adoptés par le personnel se classent en cinq catégories: aide, évaluation,
garde, empathie et extension du système judiciaire. Le tableau 1 illustre la
répartition de ces rôles intuitifs. Tableau 1
Résultats quant aux réactions d'adaptation Les questions posées aux participants sur la façon dont ils réagissent selon les circonstances ont permis de dégager six styles d'adaptation différents : la distanciation, l'intellectualisation, le soutien entre collègues, la résignation (c'est-à-dire le fait d'accepter que le problème est permanent), l'affirmation de son autorité et la sublimation (voir le bien que l'on fait dans son travail ou auprès des patients). La prévalence de ces styles d'adaptation dans les quatre situations types est donnée au tableau 2. Tableau 2 Contrairement à la répartition des rôles intuitifs, la réaction des employés dans les quatre situations données variait considérablement. Lorsqu'ils s'occupaient de malades mentaux ou de patients atteints de troubles de la personnalité, la plupart des intervenants optaient pour la distanciation. Quand le patient était une personne accusée d'un seul crime odieux qui ne lui ressemblait pas, la plupart des intervenants intellectualisaient la situation. Pour reprendre la réponse d'un des psychologues :
La plupart des intervenants optaient pour l'intellectualisation quand ils s'occupaient d'un patient violent. Résultats quant au stress et à la satisfaction professionnelsLes niveaux de stress et de satisfaction éprouvés par les différents groupes de personnel sont illustrés par la figure. Ces niveaux étaient comparables dans pratiquement tous les cas, à deux exceptions près : les psychologues étaient généralement moins tendus et plus satisfaits de leur travail tandis que les psychiatres-adjoints étaient légèrement moins satisfaits. Cette insatisfaction dans le second cas est peut-être due au fait que les adjoints n'ont pas l'impression de jouer un rôle de premier plan dans le processus décisionnel. Graphique 1 Commentaire
C'est la première fois que l'on tente d'analyser certaines questions qui sont importantes
à la gestion éclairée, compétente et efficace d'un centre de
détention judiciaire. Malheureusement, à cause de la taille limitée de
l'échantillon dans l'unité de soins judiciaires étudiée, il n'a pas
été possible d'extrapoler. On peut néanmoins conclure que toute étude
future devrait porter sur plusieurs établissements pour permettre la comparaison de
différentes catégories de personnel dans différents types d'établissement
(p. ex. unité de soins judiciaires, centre de détention et prison). Une étude de
portée plus vaste se prêterait également à une analyse des rapports entre
les différents styles d'adaptation, le stress au travail et la satisfaction professionnelle.
On pourrait ensuite encourager le personnel à adopter de nouveaux styles d'adaptation pour
réduire le stress au travail, améliorer la gestion et profiter au personnel et aux
détenus. (1)Gerstein (L.), Topp (C.G.) et Correll (G.), « The Role of the Environment and Person When Predicting Burnout Among Correctional Personnel », Criminal Justice and Behavior, n° 14, mars 1987, p. 352-369. (2)Farmer (J.A.), « Relationship Between Job Burnout and Perceived Inmate Exploitation of Juvenile Correction Workers », International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, n° 32, janvier 1988, p. 67-73. (3)Gerstein, Topp and Correll, « The Role of the Environment and Person When Predicting Burnout Among Correctional Personnel ». (4)Pour obtenir un exemplaire du questionnaire, s'adresser aux auteurs, aux soins de l'institut psychiatrique Clarke de Toronto (Ontario). (5)Turner (E.), communication personnelle, 1987. |
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