Les récidivistes autochtones
Une étude comparative récemment menée au Canada sur les récidivistes
autochtones et les non-récidivistes autochtones a révélé que les
récidivistes autochtones étaient considérablement plus susceptibles d'avoir
été incarcérés tôt dans leur vie et d'avoir été sous le
coup d'une peine d'emprisonnement pour introduction par effraction au moment de leur mise en
liberté. De plus, les récidivistes étaient considérablement plus jeunes
lorsqu'un premier jugement de condamnation a été rendu contre eux, comparativement aux
délinquants autochtones qui ne récidivent pas.
Les données socio-démographiques et les antécédents criminels de quelque 3
000 détenus sous juridiction fédérale libérés en 1983-1984 ont
été extraits d'une base de données du gouvernement fédéral. Les
chercheurs disposaient d'information sur la récidive (définie comme l'état d'un
délinquant sous le coup d'une première condamnation définitive qui commet un acte
criminel qui lui vaut d'être frappé d'une peine privative de liberté) pour les trois
années suivant la mise en liberté des délinquants.
Les chercheurs avaient de l'information sur 282 délinquants autochtones âgés en
moyenne, au moment de leur incarcération dans un établissement fédéral, de
26,7 ans. Seulement 8p. 100 d'entre eux étaient des délinquants primaires et seulement 16
p. 100 se trouvaient incarcérés pour la première fois dans un pénitencier.
La plupart des délinquants étaient des Autochtones inscrits et non inscrits, 28,4 p. 100
étaient des Métis et 4,6 p. 100 étaient des Inuit.
Avant d'être mis en liberté conditionnelle totale ou en liberté surveillée,
la plupart des délinquants purgeaient une peine d'emprisonnement pour avoir commis des
infractions contre les biens, soit pratiquement le tiers (31,6 p. 100) pour introduction par effraction
et environ le quart (26,2 p. 100) pour d'autres crimes contre les biens. Résultats Les deux tiers
(66 p. 100) des sujets de l'échantillon ont récidivé.
Quoique les chercheurs se soient penchés sur une trentaine de variables pour en étudier
le rapport avec la récidive, au bout du compte, seulement cinq d'entre elles ont semblé
avoir une valeur marquée comme facteurs de prédiction: la nature de l'infraction (plus
précisément l'introduction par effraction), les condamnations antérieures, les
incarcérations antérieures, l'âge lors de la première condamnation et la
durée de la peine.
Une étude plus détaillée a révélé que la durée de la
peine était nettement moins importante, comme facteur de prédiction, que la
première analyse ne l'avait montré. D'une part, cette variable dépend en grande
partie de la nature de l'infraction (dans ce cas, introduction par effraction). D'autre part, même
si la durée moyenne de la peine dans l'ensemble de l'échantillon était de 41,8
mois, la peine imposée à chaque délinquant variait considérablement
(moyennant une déviation standard de 39,7 mois). De plus, il est possible qu'il y ait eu, parmi
les sujets de l'échantillon, des détenus qui avaient été
libérés puis réincarcérés après qu'ils aient violé les
conditions de leur mise en liberté. Le cas échéant, on n'aurait pas consigné
une nouvelle durée de la peine lors de la réincarcération de ces
délinquants, ce qui fausse le calcul de la durée moyenne de la peine de l'ensemble de
l'échantillon.
Les récidivistes avaient en moyenne 17,8 ans lors de leur première condamnation alors que
les non-récidivistes en avaient 19,5. Cette différence a une signification
statistique.
La figure montre le pourcentage de récidivistes autochtones qui étaient
incarcérés pour une infraction d'introduction par effraction et qui avaient des
condamnations et des incarcérations antérieures à leur dossier.
Figure 1

Une analyse plus poussée a permis de ramener à trois variables les facteurs les plus
fiables de prédiction de la récidive. Il s'agit, en ordre de fiabilité de
prédiction, des incarcérations antérieures, d'une infraction d'introduction par
effraction et de l'âge lors de la première condamnation. Par contre, ces variables ne sont
pas assez fiables pour être employées à des fins décisionnelles en
matière de libération conditionnelle.
Ces conclusions concordent dans l'ensemble avec celles d'études antérieures sur la
récidive chez les détenus non autochtones ainsi qu'avec celles sur la récidive et
les différents régimes de libération. Les trois quarts (74,9 p. 100) des
délinquants autochtones mis en liberté surveillée ont récidivé
comparativement à un tiers (32,8 p. 100) de ceux ayant bénéficié de la
libération conditionnelle totale.
Le recoupement des résultats de cette étude et d'autres études consacrées
aux délinquants non autochtones ne reduit pas l'importance des facteurs qui sont
caractéristiques des détenus autochtones; il indique simplement qu'il ne faut pas
négliger les résultats de la recherche sur des groupes de délinquants non
autochtones.
Pratiquement toutes les variables extraites de la base de données utilisée dans le cadre
de cette étude sont historiques, c'est-à-dire statiques. Les études qui s'attachent
aux antécédents criminels donnent lieu à de l'information dont l'utilité
pratique est limitée. Si les trois ou quatre variables qui, d'après cette étude,
sont utiles aux fins de prédiction de la récidive étaient utilisées pour
prendre des décisions en matière de libération conditionnelle, le taux d'erreur
serait trop élevé. Pour en améliorer la précision, il faut composer avec des
facteurs de risque dynamiques, par exemple en obtenant de l'information comme des données sur
l'emploi ou sur la consommation individuelle d'alcool ou de drogue. De plus, comme la plupart des
délinquants font l'objet d'une surveillance quelconque une fois libérés, si les
surveillants avaient connaissance des caractéristiques dynamiques qui permettent de
prévoir le risque, ils pourraient prendre des mesures d'intervention qui suffiraient à
réduire considérablement la probabilité de récidive.
Bonta (J.), Lipinski (S.) et Martin (M.), «The Characteristics of Aboriginal
Recidivists», Canadian Journal of Criminology, juillet-octobre 1992, p. 517-521.