Les récidivistes sont souvent...
Dans le but de cerner la notion de «récidiviste», les chercheurs qui
s'intéressent à la récidive ont dégagé de nombreuses
caractéristiques qu'ils associent à la probabilité qu'un délinquant commette
d'autres actes criminels. Ainsi l'état civil, l'âge lors du premier jugement de
condamnation et les antécédents criminels comptent parmi les variables indicatrices d'un
risque de récidive. De plus, il semblerait que la nature des antécédents criminels
influe également sur le taux de récidive et sur l'inclination à commettre certaines
infractions.
La Direction des affaires correctionnelles du Secrétariat du Solliciteur général
et le Service correctionnel du Canada ont compilé conjointement de vastes bases de données
sur plus de 50 000 détenus qui ont été incarcérés dans un
établissement fédéral entre 1971 et 1985(1) ou libérés
d'un tel établissement, ou les deux.
Cet article reprend les grandes lignes d'un rapport sur 3 348 détenus, détenues et
détenus autochtones libérés des établissements correctionnels
fédéraux en 1983-1984 qui ont fait l'objet d'un suivi de trois ans.
La définition d'un récidiviste
Le terme «récidiviste» désigne un délinquant fédéral
libéré qui est condamné d'un autre acte criminel dans les trois ans suivant sa
libération et passible d'une peine privative de liberté.
Le terme «non-récidiviste» désigne un délinquant fédéral
libéré qui
n'est pas condamné d'un autre acte criminel ou passible d'une
peine d'emprisonnement conséquente.
On a estimé qu'une période de suivi de trois ans suffirait à contrôler 90 p.
100 des délinquants qui finissent par récidiver.
Le terme «récidiviste» englobe à la fois les détenus
fédéraux qui sont réincarcérés sous juridiction
fédérale
et les détenus fédéraux passibles d'emprisonnement
dans un établissement correctionnel provincial. Les peines non privatives de liberté
(comme la probation) sont exclues.
L'échantillon
En 1983-1984, 3 556 délinquants ont été libérés des
établissements fédéraux. Les données sur 3 348 d'entre eux se
prêtaient à analyse. Des 3 348 détenus libérés, 2 985 étaient
des hommes d'origine autre qu'autochtone, 282 étaient des Autochtones et 81 étaient des
femmes.
En raison du nombre limité de femmes et d'Autochtones, une analyse très poussée
n'a pu être faite; il n'a pas non plus été possible de comparer ce
sous-échantillon à l'échantillon plus nombreux de «délinquants de sexe
masculin» ou de «délinquants non autochtones de sexe masculin». Les chiffres
sur les délinquantes et les délinquants autochtones sont donc présentés
séparément.
La récidive chez les délinquantes
Les chercheurs disposaient de donnés complètes sur 81 délinquantes
libérées d'un établissement fédéral en 1983-1984.
Environ le tiers (36 p. 100) de l'échantillon a récidivé dans les trois
années qui ont suivi la mise en liberté. Parmi les récidivistes, plus des trois
quarts (79 p. 100) avaient déjà été condamnées de plus d'un acte
criminel, comparativement à un peu plus de la moitié (54 p. 100) des
non-récidivistes. Ce résultat a une signification statistique.
Des 39 délinquantes qui avaient déjà été incarcérées
avant, un peu plus de la moitié (55 p. 100) ont commis une nouvelle infraction et un peu moins de
la moitié (44 p. 100) ne l'ont pas fait. Ce résultat n'est pas significatif.
De plus, les délinquantes qui ont récidivé étaient en moyenne plus jeunes
au moment de leur premier jugement condamnatoire à l'âge adulte (20 ans) que les
non-récidivistes (24 ans).
La plupart des délinquantes libérées étaient soit en liberté
conditionnelle (54 p. 100), soit en liberté surveillée (32 p. 100). Les
récidivistes étaient considérablement plus susceptibles d'être en
liberté surveillée (48 p. 100) qu'en liberté conditionnelle totale (31 p. 100) au
moment ou elles ont récidivé.
La récidive chez les délinquants autochtones
En tout, 282 délinquants autochtones de sexe masculin étaient visés par cette
étude; pratiquement tous (92 p. 100) avaient été condamnés d'un acte
criminel antérieurement. Les deux tiers (66 p. 100) des délinquants autochtones ont
récidivé dans les trois ans suivant leur libération; la proportion de
délinquants déjà condamnés d'un acte criminel était forte tant chez
les récidivistes (95 p. 100) que chez les non-récidivistes (87 p. 100).
Plus des trois quarts (84 p. 100) des délinquants autochtones avaient déjà
été incarcérés, quoique la proportion d'incarcérations
antérieures était nettement plus forte chez les récidivistes (90 p. 100) que chez
les non-récidivistes (72 p. 100).
Le rapprochement des régimes de libération conditionnelle a donné des
résultats comparables à ceux obtenus dans le cas des délinquantes. Ainsi, alors que
seulement le tiers des délinquants autochtones (33 p. 100) mis en liberté conditionnelle
ont récidivé, les trois quarts (75 p. 100) de ceux mis en liberté surveillée
en ont fait autant.
Le taux de récidive chez les délinquants célibataires (71 p. 100) et chez ceux
ayant un conjoint de fait (68 p. 100) était considérablement plus élevé que
chez les délinquants autochtones mariés (44 p. 100).
La récidive chez les délinquants
L'échantillon de délinquants à l'étude englobait des détenus
autochtones et non autochtones libérés d'établissements fédéraux en
1983-1984. Des 3 267 détenus de l'échantillon, pratiquement la moitié (49 p. 100)
ont récidivé pendant la période de suivi de trois ans, soit plus de la
moitié (58 p. 100) la première année, pratiquement un dixième (9 p. 100) la
deuxième et le tiers (33 p. 100) la troisième année.
L'âge
Les récidivistes étaient plus jeunes que les non-récidivistes lors de leur
première condamnation pour un acte criminel: plus des trois quarts (85 p. 100) d'entre eux
avaient moins de 21 ans (âge moyen, 18 ans) comparativement à moins des deux tiers (63 p.
100) des non-récidivistes (âge moyen, 22 ans).
D'autres études confirment que les récidivistes sont généralement plus
jeunes que les non-récidivistes. Celle-ci en particulier a révélé qu'en
moyenne les récidivistes avaient trois ans de moins
(26) que les
non-récidivistes
(29) au moment où le jugement de condamnation le plus
récent avait été rendu (c'est-à-dire au moment où leur a
été imposée la peine qu'ils purgeaient lorsqu'ils ont été mis en
liberté).
L'état civil
Les détenus mariés sont moins portés à récidiver que ceux qui sont
célibataires, divorcés ou conjoints de fait. Le taux de récidive chez les
délinquants célibataires et les conjoints de fait est comparable (respectivement 53 p. 100
et 54 p. 100), tandis que la récidive chez les délinquants mariés est nettement
plus faible (29 p. 100).
Les antécédents criminels
Comme d'autres études l'ont montré, il existe un lien étroit entre les
antécédents criminels et la récidive. Les récidivistes avaient un
passé criminel plus chargé que les non-récidivistes, soit environ le double
d'incarcérations passées et de condamnations au criminel.
Le quart (25 p. 100) des non-récidivistes n'avaient jamais été condamnés
d'actes criminels auparavant, comparativement à moins du dixième (8 p. 100) des
récidivistes. De plus, plus du tiers (40 p. 100) des récidivistes avaient plus de 10
condamnations au criminel à leur casier judiciaire, comparativement à un cinquième
(18 p. 100) des non-récidivistes.
Le rapport entre les incarcérations antérieures et la récidive est comparable au
rapport entre les condamnations au criminel antérieures et la récidive. Plus du tiers (38
p. 100) des non-récidivistes n'avaient encore jamais été incarcérés
et seulement le dixième (10 p. 100) d'entre eux avait séjourné en prison à
plus de quatre reprises alors que moins du cinquième (15 p. 100) des récidivistes n'avait
jamais été incarcéré et pratiquement le quart (22 p. 100) en était
à son cinquième séjour en prison ou davantage.
La nature de l'infraction
Huit catégories d'infraction (comme l'introduction par effraction, le vol qualifié, les
infractions liées aux armes, les infractions liées aux drogues) ont été
prises en considération dans le but d'étudier le rapport entre la nature de l'infraction
et la récidive.
Les délinquants qui avaient commis une infraction qui s'inscrivaient dans plusieurs
catégories ont été dénombrés dans chaque catégorie. Par
exemple, un délinquant condamné uniquement pour vol qualifié n'a été
compté que dans la catégorie correspondante, mais un délinquant condamné
pour vol qualifié et pour une infraction liée aux armes aura été
compté dans les deux catégories.
Comme le montre la figure 1, plus de la moitié des délinquants qui purgeaient une peine
pour des infractions contre les biens (introduction par effraction, autres infractions contre les biens
et vol qualifié) ont récidivé (63 p. 100, 57 p. 100 et 53 p. 100 respectivement).
Les délinquants qui purgeaient une peine pour une infraction d'une autre catégorie
récidivaient moins souvent, de même que leur libération conditionnelle ou
liberté surveillée étaient révoquées moins souvent.
Figure 1

Une analyse plus poussée a révélé que les infractions commises par les
détenus après leur mise en liberté étaient dans l'ensemble de nature
différente que les infractions passibles d'emprisonnement qu'ils avaient commises
antérieurement. Par conséquent, la dernière infraction ne permet pas
forcément de prédire les infractions futures. Autrement dit, les récidivistes
n'avaient pas tendance à se «spécialiser» dans une catégorie
d'infraction quelconque.
Même si plus du quart (28 p. 100) des récidivistes qui avaient été
emprisonnés, le plus récemment, pour introduction par effraction récidivaient par
le même crime, comparativement à moins du cinquième (18 p. 100) des
récidivistes dans les autres catégories d'infraction - presque les trois quarts (72 p.
100) des récidivistes commettaient une infraction d'une autre nature.
La libération conditionnelle et la récidive
Comme on l'a constaté dans le cas des délinquantes et des Autochtones qui
récidivent, il existe un lien étroit entre le régime de libération
conditionnelle et la récidive. Les délinquants de sexe masculin étaient mis, en
proportions quasiment égales, en liberté surveillée (50 p. 100) et en
liberté conditionnelle totale (46 p. 100). Comme le montre la figure 2, les deux tiers (67 p.
100) des récidivistes ont commis une nouvelle infraction alors qu'ils étaient en
liberté surveillée, comparativement à seulement 30p. 100 de délinquants qui
ont récidivé pendant qu'ils étaient en liberté conditionnelle totale. Ainsi,
il était deux fois plus probable que les récidivistes aient été mis en
liberté surveillée et non en liberté conditionnelle totale, ce qui finalement ne
fait que refléter la réalité dans la mesure où les délinquants qui
posent un moindre risque de récidive sont plus susceptibles d'être mis, à la
discrétion de la Commission nationale des libérations conditionnelles, en
libération conditionnelle totale alors que les délinquants qui risquent davantage de
récidiver ne sont pas libérés avant d'être admissibles à la
libération sous surveillance obligatoire.
Malgré le taux de récidive plus élevé chez les délinquants en
liberté surveillée, les chercheurs n'ont pas relevé de différence quant
à la nature des infractions commises plus tard par les délinquants en liberté
conditionnelle comparativement à ceux en liberté surveillée.
Figure 2
Résumé
Dans l'ensemble, environ la moitié des délinquants libérés
d'établissements fédéraux en 1983-1984 ont récidivé, à
l'instar des deux tiers des délinquants autochtones et d'environ le tiers des
délinquantes.
Les récidivistes sont généralement plus jeunes au moment de leur première
condamnation comme adulte, ils ont un passé criminel plus chargé et sont, pour la plupart,
célibataires. De plus, les récidivistes sont considérablement plus susceptibles
d'avoir été mis en liberté surveillée. Ces résultats concordent, pour
la plupart, avec ceux de recherches antérieures.
Bonta (J.), Lipinski (S.) et Martin (M.), Characteristics of Federal Inmates Who Recidivate,
Ottawa, Statistique Canada, 1992.
(1) Hann (R. G.) et Harman (W G.), Predicting General Release Risk for Penitentiary
Inmates, User Report, Ottawa, Solliciteur général du Canada, 1992.