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Délinquance chez les hommes, délinquance chez les femmes - corrélation

La recherche contemporaine sur la délinquance remet en question les hypothèses de base des premiers théoriciens et chercheurs concernant la délinquance féminine. C'est pourquoi la théorie et la recherche sur le milieu correctionnel semblent être à un carrefour en ce qui concerne les questions liées au sexe.

L'identification des facteurs de risque chez les filles est une question importante. Les préjugés sociaux évidents qui caractérisent les premières théories sur la délinquance précoce chez les filles laissent croire qu'en évoquant exclusivement les problèmes personnels et familiaux afin d'évaluer le risque que posent les femmes, on pourrait être sur la mauvaise voie. Par ailleurs, la pertinence des facteurs de risque définis pour les hommes n'a pas encore été évaluée pleinement.

L'étude dont il est question ici vise à combler cette lacune grâce à un examen systématique des recherches portant sur les mêmes facteurs de risque pour les garçons et les filles et effectuées séparément. Soulignons ici que la recherche et ses résultats mettaient l'accent sur la criminalité chez les jeunes (délinquance) plutôt que chez les adultes.

Depuis toujours, la délinquance chez les filles est considérée comme relativement rare et moins grave que chez les garçons(2). Selon les premières recherches effectuées à partir de dossiers de police et judiciaires, il y a de trois à sept fois plus de délinquants que de délinquantes(3). En ce qui concerne les types d'infraction, les filles semblent commettre des infractions relativement mineures, par exemple les fugues, l'absentéisme scolaire et l'adoption de comportements sexuels, tandis que les garçons commettent des infractions beaucoup plus variées et beaucoup plus graves(4).

Les premières théories sur la délinquance féminine étaient également fort différentes des théories mises de l'avant pour les garçons. La déviance des filles était notamment expliquée par un déséquilibre personnel : problèmes psychologiques, difficulté de s'adapter au rôle de femme et vie familiale perturbée(5). Par contre, pour les garçons, les théories s'arrêtaient à des facteurs plus extérieurs, comme la pression des pairs, l'infériorité sociale et la faiblesse du niveau d'instruction ou des compétences professionnelles(6).

Ces vingt dernières années, la recherche a remis en question certaines opinions traditionnelles. Ainsi, des études contemporaines reposant sur l'auto-évaluation proposent un rapport plus réaliste de trois délinquants ou moins par délinquante(7). Selon des études récentes, les délinquantes adoptent une vaste gamme de comportements criminels et ne commettent pas seulement des infractions mineures. La similarité des infractions comporte toutefois une exception au niveau de l'agression physique, où la participation des filles demeure inférieure à celle des garçons(5).

Pour expliquer et prévoir la délinquance, la recherche contemporaine a élargi sa portée pour englober les facteurs personnels (par exemple, comportement, personnalité et connaissance), les facteurs interpersonnels (notamment la famille et les pairs) et les facteurs institutionnels (par exemple, l'école et l'église). Bien que les filles soient encore négligées dans les études, on s'intéresse depuis peu à leur rôle dans la délinquance. De plus en plus, les échantillons d'études sur le risque comptent des garçons et des filles. Jusqu'à maintenant, ces études n'ont jamais été regroupées en vue d'une analyse. La présente étude Cette recherche visait principalement à examiner cet aspect des travaux de recherche sur la délinquance. Les chercheurs se sont penchés plus précisément sur les études, publiées ou inédites, effectuées au cours des trente dernières années. Cela nous a permis d'examiner en profondeur le cas des filles par rapport à une vaste gamme de facteurs de risque. Cela nous a également permis d'étudier les facteurs de risque qui ne sont pas souvent considérés dans les échantillons masculins. Deux questions fondamentales ont été posées:

  • Quels sont les grands facteurs de risque pour chaque sexe? Par exemple, le fait de fréquenter des délinquants place-t-il les garçons en situation de risque? Qu'en est-il des filles?
  • Certains facteurs de risque sont-ils plus importants pour un sexe que pour l'autre? Ainsi, les problèmes familiaux sont-ils plus liés à la délinquance féminine qu'à la délinquance masculine et les difficultés scolaires sont-elles davantage associées à la délinquance masculine qu'à la délinquance féminine?
La technique retenue a été celle de la «méta--analyse(9)». L'un des principaux avantages de cette méthode par rapport à la forme traditionnelle d'analyse des travaux de recherche (la forme narrative) est qu'elle résume de longs travaux et qu'elle parvient à des conclusions probantes. Cette approche quantitative combine l'information numérique (données réelles) des études choisies et calcule un résultat moyen pour chaque facteur de risque, séparément pour les garçons et les filles. Cette information indique alors dans quelle mesure la délinquance et un certain facteur de risque sont liés(10).


Tableau 1
Facteur de risque
Infériorité sociale
Structure familiale ou problémes parentaux (foyers brisés, probleémes conjuguax)
Problémes personnels (angoisse, mauvaise estime de sol, apathie)
Caractéristiques personnelles secondaires (empathie, raisonnement moral)
Mauvaises relations parents-enfants (attachement, supervision)
Problémes d'apprentissage (mauvaises notes, décrochage)
Problémes de tempérament ou de conduite (psychpathie, implusivité,
consummation d'alcool ou d'autres drogues)
Attitudes ou pairs antisociaux

Chaque étude comprise dans l'examen répondait aux critères suivants:
  • L'échantillonnage comprenait des garçons et des filles.
  • Les mêmes facteurs de risque étaient étudiés dans les deux groupes.
  • Les données étaient présentées séparément pour chaque sexe.
Ces critères ont assuré que les comparaisons entre les garçons et les filles étaient basées sur les mêmes mesures de la délinquance et du risque, éliminant ainsi les erreurs qui pourraient se produire si des mesures différentes selon le sexe étaient utilisées.

Soixante études répondaient aux critères et ont fourni 464 corrélations entre la délinquance et les facteurs de risque. Les facteurs de risque étudiés avec ces corrélations ont été divisés en huit catégories générales de risque, établies selon des études antérieures et les thèmes qui revenaient dans les travaux sur la délinquance.

Le tableau 1 énumère les huit facteurs de risque et donne un aperçu de leur contenu. Les lecteurs de FORUM reconnaîtront certains facteurs, puisqu'un numéro antérieur sur la délinquance mettait en lumière certains de ces éléments de risque(33).

Pour les filles, les facteurs les plus importants étaient, en ordre décroissant, les attitudes ou les pairs antisociaux, les problèmes de tempérament ou de conduite, les problèmes d'apprentissage, les mauvaises relations parents-enfants et les caractéristiques personnelles secondaires. Les problèmes personnels, la structure familiale ou les problèmes parentaux ainsi que l'infériorité sociale ne semblaient pas fortement liés à la délinquance.

Un modèle similaire est ressorti pour les garçons: les trois premiers facteurs de risque présentés dans le tableau n'étaient pas fortement liés à la délinquance et les cinq derniers étaient importants(12).


Tableau 2

Corrélations moyennes pour huit facteurs de risque
Facteur de risque
Filles
r(n)
Garçons
r(n)
Infériorité sociale
0,07 (19)
0,06 (19)
Structure familiale ou
problémes parentaux
0,07 (17)
0,09 (17)
Problémes personnels
0,10 (14)
0,09 (14)
Caractéristiques personneles
secondaires
0,18 (9)
0,22 (9)
Mauvaises relations
parents-enfants
0,20 (41)
0,22 (41)
Problémes d'apprentissage
0,24 (34)
0,23 (34)
Problémes de tempérament
ou de conduite
0,35 (45)
0,36 (45)
Attitudes ou pairs antisociaux
0,39 (53)
0,40 (53)
r = corrélation moyenne; n = nombre de corrélations
ayant mené à cette moyenne.

Certains facteurs de risque sont-ils plus importants pour l'un ou pour l'autre sexe? Selon une comparaison des deux colonnes de corrélations au tableau 2, il n'existe pas de différence sur le plan des facteurs de risque entre les garçons et les filles. Les tests statistiques appuient ce résultat qui semblait évident. En d'autres termes, les facteurs de risque généraux qui étaient importants pour les délinquants l'étaient également pour les délinquantes. Importance pratique des données En termes pratiques, ces résultats laissent croire que le fait de connaître le statut socio-économique d'un garçon ou d'une fille ou encore la structure de sa famille ne fournirait que peu d'indications sur le risque de délinquance. Toutefois, les renseignements faisant état de difficultés sur le plan des relations familiales, du comportement ou des pairs offriraient de l'information utile sur le risque de délinquance d'un adolescent ou d'une adolescente.

Ces résultats sont conformes aux modèles psycho-sociaux de comportement criminel qui suggèrent qu'une variété de facteurs sont associés à la délinquance(13).

Les variables de contrôle
L'étape suivante de la recherche consistait à évaluer si des volets particuliers de ces 60 études comportaient des préjugés ou des erreurs systématiques. Par exemple, les chiffres fournis au tableau 2 changeraient-ils considérablement si l'on tenait compte de la source de renseignements - c'est-à-dire si la délinquance était évaluée en fonction des rapports provenant des délinquants ou par des représentants du système judiciaire ? si les échantillons étaient composés d'élèves du secondaire, les résultats seraient-ils différents de ceux provenant d'un groupe de délinquants?

Quinze aspects liés aux études ainsi que les échantillons utilisés ont été examinés(14). Certains aspects ont eu une influence sur les niveaux de corrélation présentés au tableau 2, mais le classement global des facteurs n'a pas changé. C'est-à-dire que, même si on a tenu compte des diverses caractéristiques d'études, les données sur la classe socio-économique, la structure familiale ou les problèmes avec les parents et les problèmes personnels ont encore fourni peu d'information sur le risque de délinquance posé par un jeune. Les mauvaises relations parents-enfants et les problèmes d'apprentissage demeuraient importants. Enfin, les problèmes de tempérament ou de conduite ainsi que les attitudes ou les pairs antisociaux demeuraient les facteurs les plus fortement liés à la délinquance, peu importe les caractéristiques de l'étude.

En résumé, cette étude méta-analytique a permis de tirer trois conclusions concernant huit facteurs de risque généraux:

  • Ceux qui étaient importants pour les filles l'étaient également pour les garçons. Aucun facteur de risque ne s'est imposé comme plus important pour un sexe ou l'autre.
  • Les facteurs de risque les plus importants pour les garçons et pour les filles étaient, en ordre décroissant, les attitudes ou les pairs antisociaux, les problèmes de tempérament ou de conduite, les problèmes scolaires, les mauvaises relations parents-enfants et les caractéristiques personnelles secondaires. Par contre, l'infériorité sociale, la structure familiale ou les problèmes parentaux et personnels n'étaient pas fortement liés à la délinquance.
  • En tenant compte de divers échantillons et caractéristiques des études, le modèle général des résultats demeurait le même.
Les autres facteurs de risque Bien que cet examen suggère que les mêmes facteurs de risque sont importants chez les garçons et chez les filles, on pourrait arguer qu'il existe des différences entre les sexes pour des facteurs autres que les huit déjà étudiés.

Afin d'examiner cette possibilité, les chercheurs ont établi pour 10 autres facteurs 96 corrélations exclues des huit facteurs de risque généraux; on les a étudiés afin de voir s'il pouvait y avoir une différence basée sur le sexe. Le tableau 3 énumère ces facteurs ainsi que le nombre de fois que chaque facteur a été mentionné dans les études examinées. Il ne fait aucun doute qu'une recherche plus approfondie a été effectuée dans chaque domaine. Toutefois, il faut se rappeler les trois critères de sélection cités précédemment.

Puisque seulement 96 corrélations étaient associées à ces 10 facteurs, ces résultats ont été considérés comme exploratoires. Seulement quelques points saillants sont rapportés. L'absence de considération pour les convenances et le comportement sexuel semblent avoir une importance particulière. Par absence de considération pour les convenances, on entend le manque d'attaches entre un jeune et des personnes prosociales (telles que les parents et les professeurs) ou des institutions (telles que la famille, l'école et l'église). Parce que les mesures évaluaient les attaches avec plusieurs personnes ou institutions, les facteurs antérieurs, par exemple les problèmes d'apprentissage ou les relations parents-enfants, n'ont pu être intégrés.

Selon les données, l'absence de considération pour les convenances est associée à la délinquance chez les garçons et chez les filles (corrélations moyennes de 0,23 et 0,22 respectivement). Ce résultat n'est pas surprenant puisque l'analyse précédente avait fait ressortir que l'absence d'attachement à certaines institutions (par exemple, les problèmes d'apprentissage) et aux gens (mauvaises relations parents-enfants) étaient d'importants facteurs de risque.

Les données sur le comportement sexuel ne provenaient que de trois études, mais l'importance de ce facteur était constante. Les corrélations les plus basses pour les garçons et les filles étaient de 0,35 et 0,26 respectivement. Il est toutefois difficile de déterminer s'il existe des différences selon le sexe - une étude a permis de constater des différences importantes, une autre a trouvé des différences mineures et la troisième, aucune différence.


Tableau 3

Autres facteurs de risque
Victimisation (1)
Problémes de logement (4)
Occasions d'acles illégitimes (2)
Problémes relatifs au concept de soi (6)
Absence d'occasions de conduite légitime (3)
Origine raciale (7)
Comportement sexuel (3)
Orientation sexuelle (8)
Absence de passe-temps ou de participation (4)
Absence de consideration pour les convenances (10)

L'importance du comportement sexuel en tant que corrélat de délinquance peut être un peu surprenante si l'on tient compte des taux actuels d'activité sexuelle chez les adolescents. Toutefois, les trois études examinées ont été réalisées entre 1966 et 1971. Le comportement sexuel à cette époque pourrait avoir été révélateur de la tolérance d'une personne à l'égard des règles ou des normes. Il est intéressant de se demander si le degré d'association serait le même chez les élèves de niveau secondaire des années 1990.

L'origine raciale et l'orientation sexuelle sont deux catégories moins prometteuses. L'origine raciale ne fait référence qu'aux échantillons de Noirs par rapport aux Blancs, puisqu'aucune autre comparaison selon la race n'a été rapportée. L'information tirée de sept études ne suggère aucun lien entre la race et la délinquance (corrélation moyenne - garçons : -0,02; filles: 0,03).

L'orientation sexuelle (masculinité ou féminité) ne semble pas non plus liée à la délinquance (corrélation moyenne - garçons : 0,05; filles : 0,07). Il pourrait y avoir un lien ténu entre la délinquance et l'orientation sexuelle lorsque l'on se penche sur l'absence de traits féminins (caractéristiques communes, par exemple le partage et l'affection). Une étude narrative des travaux de recherche dans ce domaine a donné des résultats similaires pour conclure qu'il faudrait abandonner la recherche en ce sens(15).

Les six autres fadeurs de risque sont encore à l'étude. Pour ces facteurs (victimisation, occasions d'actes illégitimes, absence d'occasions de conduite légitime, absence de passe-temps ou de participation, problèmes de logement et problèmes relatifs au concept de soi), il existait trop peu d'études ou les diverses caractéristiques des études rendaient très difficile l'interprétation des résultats.

La victimisation, par exemple, n'a été mesurée que dans le cadre d'une étude dans laquelle on a demandé à des élèves âgés de 12 à 16 ans s'ils avaient personnellement été victimes de crimes allant du vol de biens sans surveillance jusqu'aux attaques et aux agressions(16). Les corrélations, basées sur la victimisation globale et non sur la victimisation se rapportant exclusivement à la violence, n'ont permis de constater aucune différence selon le sexe (corrélation - garçons: 0,14; filles : 0,16). Étant donné l'intérêt clinique croissant accordé à l'exploitation sexuelle et à la victimisation, en particulier pour les femmes(1); les recherches sur les sexes devraient dorénavant se pencher de façon empirique sur la question.

Les problèmes de logement (par exemple, densité excessive, quartier dangereux) ont été évalués dans le cadre de quatre études dont les résultats variaient selon l'échantillonnage et l'étude elle-même, ce qui rendait l'interprétation difficile. Les deux études intersectorielles n'ont indiqué aucun lien entre les problèmes de logement et la délinquance chez les garçons, mais un lien ténu pour les filles. L'étude longitudinale faisait état d'une corrélation importante chez les garçons, mais non chez les filles. Enfin, l'échantillon des délinquants par rapport aux non-délinquants a permis de constater que les problèmes de logement constituaient un important facteur de risque tant chez les garçons que chez les filles, bien qu'il soit plus important chez ces dernières.

Lorsqu'il existe de telles variations dans les données, les questions sont plus nombreuses que les réponses. Il est clair que, pour ces six facteurs, il faudra examiner un plus grand nombre de travaux de recherche avant de tirer quelque conclusion que ce soit.

En bref, les conclusions sur les 10 facteurs décrits dans cette section sont limitées par le petit nombre de corrélations et par les résultats quelquefois variables. À l'avenir, la recherche pourrait étudier certains de ces facteurs au niveau de leur utilisation en tant que facteurs de risque et en vue de cerner des différences éventuelles entre les garçons et les filles. Conclusions Les résultats de cette étude sont probants. Les facteurs de risque qui sont importants pour les délinquants le sont également pour les délinquantes. De tous les facteurs étudiés, les plus importants sont les attitudes et les pairs anti-sociaux, les problèmes de tempérament ou de conduite, les problèmes d'apprentissage, les mauvaises relations parents-enfants, et les caractéristiques personnelles secondaires. Par contre, l'infériorité sociale, la structure familiale ou les problèmes parentaux ainsi que les problèmes personnels ne sont pas fortement liés à la délinquance chez les garçons et chez les filles.

Ces résultats vont dans le sens des récents modèles de la conduite criminelle mis au point dans le domaine de la psychologie sociale. Selon ces modèles, une variété de facteurs personnels, interpersonnels et structurels sont liés au comportement délinquant chez les garçons et chez les filles.

Toutefois, les résultats obtenus mettent sérieusement en doute la valeur des premières théories sur la délinquance. Plus encore, les notions de délinquance féminine comme étant le résultat exclusif de problèmes personnels ou familiaux se sont avérées inexactes. Les premières théories sur les hommes, qui mettaient l'accent sur l'infériorité sociale en tant que cause majeure de comportement criminel, peuvent également être remises en question. D'autres chercheurs ont déjà mis en doute cette perspective axée sur l'échelle sociale et l'analyse actuelle de la délinquance chez les hommes transcende cette opinion limitée(15).

Les chercheurs et les praticiens scientifiques doivent encore relever plusieurs défis. D'abord, les résultats obtenus n'éliminent pas la possibilité que d'autres facteurs soient associés à la délinquance chez les hommes et chez les femmes. Dans le cadre d'autres recherches, on pourrait se pencher, par exemple, sur le rôle de certains des facteurs les moins souvent évalués et qui ont été examinés dans la présente recherche. Des caractéristiques personnelles secondaires, le comportement sexuel, l'exploitation sexuelle et la victimisation comptent parmi les facteurs qui devraient être étudiés plus en profondeur.

Ensuite, les résultats devraient permettre de reformuler les idées et les orientations des théories et de la recherche sur la délinquance chez les femmes. Les chercheurs qui s'intéressent à la délinquance chez les femmes devraient s'inspirer des travaux sur la délinquance chez les hommes qui ont dépassé l'hypothèse selon laquelle l'infériorité sociale expliquait en grande partie la déviance masculine. Il est temps de mettre de côté les idées désuètes et d'étudier un plus grand nombre de facteurs à l'origine de la délinquance. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs se sont penchés sur les différences et les similarités selon le sexe dans les corrélats de la délinquance. La prochaine étape consiste à étudier les facteurs de cause pour les garçons et les filles dans le cadre de leurs expériences. Un tel travail indiquerait si la délinquance doit faire ou non l'objet de théories distinctes selon le sexe.

Ainsi, pour certains, les conclusions présentées ici ne font que confirmer une évidence. Pendant des années, seules quelques études sur la délinquance se sont penchées sur les mêmes facteurs de risque pour les hommes et pour les femmes. Toutes ont obtenu les mêmes résultats, indépendamment du sexe. Cette analyse des travaux de recherche a permis d'obtenir un ensemble de résultats quantitatifs et on ne peut ignorer les similarités qui existent pour les deux sexes. Les facteurs étudiés à ce jour suggèrent qu'il ne faut pas nécessairement établir un ensemble unique de corrélats pour les délinquantes.

Des recherches ultérieures permettront de réunir des renseignements sur le rôle du sexe par rapport aux variables indépendantes et aux théories sur la conduite criminelle. Parallèlement, il faut tenir compte du sexe dans la conception de la recherche et la ventilation des données, puisque c'est la seule façon de mieux comprendre les ressemblances et les différences entre les garçons et les filles.


(1)Linda Simourd et D.A. Andrews, Département de psychologie, Université Carleton, édifice Loeb, pièce B-542, Ottawa (Ontario) K1S 5B6.
(2)R. Canter. «Family Correlates of Male and Female Delinquency», Criminology: An Interdisciplinary Journal, n° 20, 1982, p. 149-167; voir également P. Richards, «Quantitative and Qualitative Sex Differences in Middle-class Delinquency», Criminology: An Interdisciplinary Journal, n° 18, 1981, p. 453-470.
(3)R. Canter. «Sex Differences in Self-report Delinquency», Criminology: An Interdisciplinary Journal, n° 20, 1982, p. 373-393.
(4)R. Canter «Sex Differences in Self-report Delinquency».
(5)P. Giordano. «Girls, Guys and Gangs: The Changing Social Context of Female Delinquency», The Journal of Criminal Law and Criminology, n° 69, 1978, p. 126-132.
(6)P. Giordano. «Girls, Guys and Gangs: The Changing Social Context of Female Delinquency».
(7)Dans son article «Sex Differences in Self-report Delinquency», Canter donne des rapports précis de 1,2:1 et 2,5:1.
(8)I. Gomme. «Predictors of Status and Criminal Offences among Male and Female Adolescents in an Ontario Community», Revue canadienne de criminologie, n° 27, 1985, p. 147-159.
(9)Pour obtenir une analyse complète de la méta-analyse, voir R. Rosenthal, «Meta-analysis: A Review», Psychosomatic Medicine, n° 53, 1991, p. 247-271.
(10)On peut se procurer les mesures sur la variabilité auprès de Linda Simourd; toutefois, il n'est pas question de ces mesures dans la présente étude.
(11)Voir T. Nouwens et F. Porporino, FORUM - Recherche sur l'actualité correctionnelle, vol. 3, n° 3, 1991.
(12)Il faudrait considérer avec prudence les résultats concernant les variables de personnalité secondaires, étant donné le petit nombre de corrélations associées à ce facteur et les fluctuations enregistrées dans cette catégorie.
(13)D.A. Andrews et J. Bonta. The Psychology of Criminal Conduct, Cincinnati, Anderson, en impression; voir également M. LeBlanc, M. Cuimet et R.E. Tremblay, «An Integrative Control Theory of Delinquent Behaviour: A validation 1976-1985», Psychiatry, n° 51, 1988, p. 164-176.
(14)Il s'agît de: 1) échantillon; 2) conception; 3) taille de l'échantillon; 4) période de collecte de données; 5) accent mis sur le sexe par l'étude; 6) origine ethnique prédominante; 7) source de l'information sur la délinquance; 8) source de l'information sur le risque; 9) source de données; 10) sexe de l'auteur; 11) psychométrie des mesures de la délinquance; 12) psychométrie de la mesure du risque; 13) classe sociale; 14) type de délinquance; 15) nature de la délinquance.)
(15)N. Naffin. «The Masculine-Femininity Hypothesis: A Consideration of Gender-based Personality Theories of Female Crime», British Journal of Criminology, n° 25, 1985, p. 365-381.)
(16)R. Mawby. «Sex and Crime: The Results of a Self-report Study», British Journal of Criminology, n° 31, 1980, p. 525-543.
(17)J. Darke et H. McLean. «Invisible Women: The Treatment and Research Needs of Female Offenders», The Treatment of Female Offenders, A. Loucks, Symposium tenu lors de la conférence annuelle de la Société canadienne de psychologie, Ottawa, mai 1990, non publié. voir également E. Einbender et W. Friedrich, «Psychological Functioning and Behaviour of Sexually Abused Girls», Journal of Consulting and Clinical Psychology, n° 57, 1989, p. 155-157.
(18)La conclusion présentée ici rejoint celle de l'étude suivante: C. Tittle et R. Meir, «Specifying the SFS/Delinquency Relationship», Criminology: An Interdisciplinary Journal, no 28, 1990, p. 271-296.