Un meilleur processus d'évaluation du risque : stratégie de la Région de l'Ontario pour
la gestion des délinquants dans la collectivité
En vertu de sa Stratégie correctionnelle de 1991, le Service correctionnel du Canada doit veiller
à ce que les délinquants bénéficient des programmes les plus efficaces au
moment le plus crucial de leur peine afin qu'ils puissent purger avec succès la plus grande
partie possible dans la collectivité. La Stratégie requiert également que des
programmes et des techniques de surveillance efficaces soient en place dans la collectivité pour
aider et soutenir les délinquants.
En janvier 1992, les représentants des trois districts de libération conditionnelle de
l'Ontario ont constitué un comité régional chargé d'établir le plan
d'action des services correctionnels communautaires de la Région de l'Ontario en réponse
à la Stratégie correctionnelle. Le groupe était constitué de
spécialistes en informatique, d'animateurs communautaires, de psychologues, de directeurs
régionaux et de représentants de la Direction de la recherche et des statistiques et de la
Division de gestion des cas de l'Administration centrale. Le résultat de cette concertation a
été la Stratégie de gestion des délinquants dans la collectivité.
Dans cet article, nous donnons un aperçu chronologique de la création et de la mise en
oeuvre de cette stratégie de même qu'une brève description de la façon dont
elle fonctionne. Un point de départ... La Stratégie correctionnelle repose sur
l'idée que le Service correctionnel du Canada doit systématiquement examiner les besoins
des délinquants pour ensuite proposer des programmes pertinents et efficaces visant à
répondre à ces besoins en fonction des priorités. La collecte de données
portant sur les besoins des délinquants en liberté conditionnelle est donc une
nécessité.
Les documents présents dans les dossiers en 1992 (comme l'analyse des besoins en fonction des
forces et des faiblesses et l'Échelle d'évaluation du risque et des besoins dans la
collectivité) ne saisissaient pas le genre d'information dont le Service avait besoin pour
prendre des décisions d'intervention pertinentes. Par exemple, la mention
«Élevé» dans la section «Emploi» de l'Échelle
d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité n'indique pas si le
problème est lié à un manque d'instruction ou d'aptitudes professionnelles,
à des antécédents professionnels médiocres ou à un manque
d'habiletés en communications interpersonnelles au travail.
Heureusement, le processus d'évaluation initiale des délinquants, un autre projet de
stratégie correctionnelle, comportait un système de collecte de données et
d'évaluation suffisamment complet. L'un de ses principaux éléments concerne le
processus de détermination et d'analyse des besoins du délinquant qui porte sur sept
catégories, à savoir : emploi, relations conjugale-familiale,
fréquentations-interactions sociales, toxicomanie, fonctionnement au sein de la
collectivité, vie personnelle et affective et attitude. À la différence de
l'Échelle d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité, chaque
catégorie où il y a carence comporte divers indicateurs qui permettent de préciser
la nature particulière, la pertinence et l'ampleur du besoin et fournissent par conséquent
une meilleure assise d'intervention.
Le comité régional a adopté ce modèle, mais avec une série
restreinte d'indicateurs qui mettent l'accent sur les aspects des besoins auxquels les interventions en
matière de gestion des cas dans la collectivité seraient les mieux adaptées. Une
liste des options a été établie pour les cas où le niveau de besoin commande
une intervention. L'étape suivante Par la suite, un «instrument» a été
mis au point en fonction de ces critères et brièvement expérimenté en
région en prévision de sa mise en oeuvre généralisée en avril 1992.
Le but recherché était que les agents de liberté conditionnelle réunissent
et mettent à jour les données sur les besoins deux fois par an et que les données
recueillies soient entrées dans un programme informatisé à des fins d'analyse
statistique.
Toutefois, les commentaires de certains agents de liberté conditionnelle ont fait entrevoir des
applications plus passionnantes. Avec des modifications, on prévoyait que le processus de
détermination et d'analyse des besoins du délinquant pourrait devenir un instrument
complet de gestion des cas permettant d'évaluer le risque et les besoins et d'établir un
plan correctionnel découlant directement de cette évaluation et offrant par ailleurs la
possibilité de donner un aperçu descriptif des progrès réalisés. Tout
le processus pourrait être saisi grâce à un seul progiciel que les agents de
liberté conditionnelle pourraient utiliser directement en court-circuitant l'étape
superflue de l'entrée des données.
Cette démarche intégrée faciliterait la collecte des données sur les
besoins pour la planification de programmes et permettrait leur entrée directe par l'agent de
liberté conditionnelle, l'automatisation permettant en outre l'organisation et la
présentation des données sous forme de rapports. L'établissement de nouvelles
évaluations et l'élaboration de nouveaux plans correctionnels seraient également
moins fastidieux étant donné que le logiciel conserverait comme valeurs implicites les
renseignements des évaluations ou des plans antérieurs. Par conséquent, il
suffirait d'effectuer les changements lorsqu'ils s'imposeraient. Mise en oeuvre L'Administration
centrale a rapidement approuvé cette nouvelle méthode à titre de projet pilote. Le
spécialiste en informatique du district de libération conditionnelle de l'Ouest de
l'Ontario a présenté une version informatisée mise à l'essai dans quelques
bureaux en octobre 1992. Après plusieurs améliorations ultérieures, la
Stratégie de gestion des délinquants dans la collectivité (SGDC) a
été mise en oeuvre en avril 1993.
Pendant trois mois, des séances de formation d'une journée portant sur
l'évaluation du risque et les buts de la Stratégie correctionnelle ont été
organisées dans chaque bureau de libération conditionnelle communautaire et chaque centre
correctionnel communautaire. Les agents de liberté conditionnelle ont également
reçu des instructions personnelles reposant sur les dossiers des cas qu'ils avaient en main. Les
bureaux de libération conditionnelle ont commencé à utiliser le logiciel
immédiatement après la séance de formation.
Pendant et après la formation, on a dit aux surveillants de liberté conditionnelle que le
programme serait modifié en fonction des commentaires des utilisateurs et il y a eu effectivement
un flot ininterrompu de modifications apportées au processus et à la conception du rapport
- qui résultent presque toutes de suggestions et de critiques émanant des agents de
liberté conditionnelle. Cette sensibilité aux besoins des utilisateurs a
considérablement amélioré le produit en très peu de temps.
Ce processus fournit une méthode simple et convaincante qui permet d'examiner
systématiquement les besoins et les antécédents criminels pertinents du
délinquant et de produire ensuite une évaluation générale du risque qu'il
représente et ce, avec un minimum de contacts avec le délinquant. Quelle sera la prochaine
étape? Une évaluation du projet est actuellement en cours. On a établi un
questionnaire permettant de mesurer l'acceptation des utilisateurs; en outre, on a constitué un
groupe de discussion composé d'agents de liberté conditionnelle de toute la Région
de l'Ontario afin d'examiner le programme. Les données de chaque évaluation ont
également été téléchargées à partir de tous les
terminaux des agents de liberté conditionnelle aux fins d'analyses statistiques
ultérieures.
Entre-temps, les données ont été mises en forme par le tableur et sont
présentées sous forme de tableaux, graphiques et organigrammes divers (voir un exemple au
Graphique 1). Éventuellement, les directeurs régionaux seront en mesure de produire avec
facilité le même genre de rapports pour leur bureau en téléchargeant
leurs données à partir d'un programme de service spécialement conçu
à cette fin.
Graphique 1

Au cours de l'évaluation du programme, on examinera également une étude de la
Direction de la recherche et des statistiques portant sur la validité du processus de
détermination et d'analyse des besoins du délinquant; l'étude en question a
validé des constatations antérieures disant qu'il est profitable d'évaluer et de
réévaluer systématiquement les besoins du délinquant et le risque qu'il
représente (voir l'article précédent)
(2). D'après l'étude,
les sept catégories de besoins présentent toutes une corrélation significative avec
l'issue de la libération conditionnelle. Vers un succès certain Pour des raisons
d'efficacité et de capacité de prédiction, l'Échelle d'évaluation du
risque et des besoins dans la collectivité nécessitait une révision. Heureusement,
le travail préparatoire a déjà été effectué au cours du
processus de détermination et d'analyse des besoins du délinquant.
Le jugement des agents de gestion des cas demeure un élément crucial de la
Stratégie de gestion des délinquants dans la collectivité, mais grâce
à l'intégration de la nature particulière des besoins en cause, les lignes
directrices d'évaluation du risque sont désormais fondées sur une assise plus
solide qu'auparavant.
Qui plus est, on a établi un lien direct entre l'évaluation du risque et l'intervention
qu'elle commande. Une fois le besoin d'intervention déterminé, l'agent de liberté
conditionnelle est censé choisir, sur une liste normalisée, les interventions
adaptées aux besoins mis en évidence. Il utilise alors ces interventions
recommandées pour établir son plan correctionnel - l'issue finale du processus.
La Stratégie de gestion des délinquants dans la collectivité a également
jeté les bases d'un vocabulaire commun relatif à l'évaluation, utilisé au
début de la peine du délinquant jusqu'au dernier jour de sa mise en liberté sous
condition. Lorsque la situation des délinquants changera, ce qui est le but ultime de
l'entreprise correctionnelle, ce sera à la suite d'évaluations qui tiennent compte des
mêmes difficultés et qui misent de façon logique sur les résultats
acquis.
L'information qui en résulte peut être utilisée de nombreuses façons, mais
le but original de la Stratégie correctionnelle demeure primordial, à savoir la production
d'information générale et précise concernant les besoins du délinquant,
ainsi que les interventions recommandées pour répondre à ces besoins. Les
données du bureau sectoriel et du bureau de district et même les données
récapitulatives du bureau régional peuvent alors constituer une assise solide pour
l'affectation de ressources rares.
En dépit de son apparent intérêt, il est encore trop tôt pour
considérer le projet comme un succès sans réserve. Certains surveillants de
liberté conditionnelle se battent encore avec leur ordinateur et l'évaluation initiale
prend beaucoup de temps, même pour ceux qui sont à l'aise avec l'entrée de
données. Toutefois, il est important de signaler qu'a ce jour, la réussite a
été le fruit de l'alliance imprévue de praticiens des services communautaires ayant
divers intérêts et expériences et de personnes clés des Administrations
centrale et régionales, tous animés par le désir intransigeant de mettre en place
un produit répondant aux besoins de tous les intéressés.
(1)Craig Townson, directeur régional, bureau de district de l'Ouest de
l'Ontario, 457, rue Richmond, pièce 401, London (Ontario) N6A 3E3.
(2)MOTIUK, L.L. et BROWN, S.L. La validité du processus de détermination et
d'analyse des besoins des délinquants dans la collectivité, Rapport n° 34, Ottawa,
Service correctionnel du Canada, 1993.