Combler le fossé entre les juridictions : la Fédération canadienne des
municipalités et les services correctionnels
Les Canadiens apprécient de pouvoir marcher sans danger dans les rues de leurs villes, et y
voient une caractéristique de notre société. Dans une récente enquête
nationale menée auprès de 687 femmes, les répondantes ont classé les faibles
taux de criminalité et la sécurité parmi les priorités qui interviennent
dans le choix de leur lieu de résidence
(2).
Toutefois, bien que la sécurité soit primordiale dans notre définition de la
qualité de vie, on craint que la sécurité publique ne s'efrite. Maintenant plus que
jamais, le public semble vouloir qu'on prenne immédiatement des mesures draconiennes contre la
criminalité.
Les élus municipaux sont particulièrement sensibles à ces préoccupations
étant donné que les effets s'en font ressentir directement dans leurs
collectivités. Auparavant, ces responsables se seraient simplement joints au choeur des
protestataires et n'auraient pas dépassé le stade de la critique - traditionnellement, les
questions de justice pénale ne relevaient pas de leur compétence.
Mais les temps changent. Les élus de tous les paliers gouvernementaux mobilisent leurs
électeurs et lancent des programmes pour réduire la criminalité.
Dans le cadre de sa stratégie visant à atteindre les personnes désireuses de
participer aux services correctionnels et à collaborer avec elles, le Service correctionnel du
Canada a conclu un partenariat avec la Fédération canadienne des municipalités et
la Commission nationale des libérations conditionnelles. La Fédération canadienne
des municipalités est un organisme national qui regroupe près de 600 municipalités
membres, représentant 70 % de la population canadienne.
L'objectif de cette alliance est simplement d'améliorer la communication et la
compréhension (de toutes les parties) et, par conséquent, de privilégier de bonnes
relations de travail entre les pouvoirs publics municipaux et fédéraux dans le domaine
correctionnel. Les services correctionnels communautaires Du point de vue des dirigeants des
municipalités, les services correctionnels communautaires peuvent être
considérés comme habilitant la collectivité en lui donnant un rôle important
à jouer dans la réinsertion sociale des délinquants.
Les élus municipaux comprennent bien que la plupart des détenus finiront par retourner
dans leur collectivité d'origine à leur libération, celle-là même,
souvent, où ils ont commis leur infraction. Cette réalité est en soi un motif
suffisant pour inciter la collectivité à participer au processus de
réintégration.
Les particuliers (plutôt que les pouvoirs publics) ont déjà introduit plusieurs
programmes essentiels parmi les programmes correctionnels. Il s'agit notamment de la libération
conditionnelle et de la probation, des centres résidentiels communautaires et des maisons de
transition, des programmes de services communautaires et des programmes de placement à
l'extérieur.
Le simple fait est que les programmes correctionnels nécessitent le soutien de la
collectivité pour réussir. Or, le Service correctionnel du Canada, comme toute grande
organisation, risque de s'aliéner le public s'il n'est pas au diapason du climat social et
politique en évolution. La controverse qui entoure le système de justice pénale n'a
jamais été aussi vive et la population exerce d'intenses pressions pour qu'on modifie le
système.
C'est pourquoi un comité mixte constitué de représentants du Service correctionnel
du Canada, de la Commission nationale des libérations conditionnelles et de la
Fédération canadienne des municipalités a été créé. Le
comité, qui comprend trois membres de la haute direction du Service, le vice-président de
la Commission nationale des libérations conditionnelles et six dirigeants municipaux de
collectivités de diverses tailles, se réunit fréquemment à divers endroits
du Canada pour se pencher sur les problèmes correctionnels qui préoccupent la
société.
Si l'on en croit le coprésident du comité, Brian Mason, conseiller municipal de la ville
d'Edmonton, «les élus municipaux sont préoccupés par ce qui préoccupe
tous les citoyens, c'est-à-dire la protection du public. En travaillant en collaboration avec les
responsables du Service correctionnel et de la Commission nationale des libérations
conditionnelles, nous sommes mieux en mesure de communiquer efficacement les préoccupations et
les besoins de la collectivité». Avantages Cette liaison entre les élus municipaux
et les porte-parole de la Commission nationale des libérations conditionnelles et du Service
correctionnel du Canada présente d'importants avantages qui, dans de nombreux cas,
débouchent sur de nouvelles initiatives. Les dirigeants des municipalités comprennent
mieux le système de justice pénale grâce à leur participation au
comité et communiquent leur savoir aux citoyens qui les ont élus.
Le comité constitue également une voie de communication bidirectionnelle entre les
porte-parole des services correctionnels fédéraux et de la Commission nationale des
libérations conditionnelles et les chefs des pouvoirs publics locaux. Cette communication est
importante pour tous les participants puisqu'il est indispensable d'obtenir la participation
constructive du public si l'on veut mener à bien les programmes visant à favoriser la
réinsertion sociale des délinquants.
Les membres de la Fédération canadienne des municipalités réalisent que le
comité mixte n'est pas une panacée qui éliminera les éléments
criminels de la société. Mais ils comprennent également que les partenariats plus
traditionnels de la justice pénale ne sont pas toujours les solutions les plus économiques
ou les plus efficaces. L'action du comité mixte Bien qu'il soit tentant de promouvoir des
solutions rapides et le «durcissement», c'est là une façon simpliste,
superficielle et contre-productive de voir les choses. Le comité mixte préconise
plutôt des solutions faisant participer la collectivité aux services correctionnels.
Dans le cadre de son programme, le comité mixte privilégie le concept d'un système
correctionnel comme partenaire à part entière dans la prévention de la
criminalité - les dirigeants municipaux de la Fédération canadienne des
municipalités veulent être capables de réaffirmer aux gens de leur
collectivité que les services correctionnels font partie intégrante de la
sécurité publique. Par conséquent, ces dirigeants veulent la garantie que les
programmes de traitement se poursuivront après la libération des détenus, que les
détenus libérés feront l'objet d'une surveillance serrée pendant une longue
période de temps, qu'on aura recours à l'emprisonnement dans le cas des délinquants
véritablement dangereux et violents et que le risque que chaque délinquant
représente pour la société sera sérieusement évalué.
À cette fin, le comité mixte a proposé la création d'un registre des
délinquants sexuels afin d'informer et de prévenir les personnes qui travaillent dans des
secteurs éventuellement à haut risque comme les écoles et les organismes
bénévoles d'aide à l'enfance. De plus, le comité mixte considère que
les représentants du système correctionnel et de la libération conditionnelle
devraient mettre davantage l'accent sur les victimes de crimes.
La prestation d'un soutien communautaire adéquat aux délinquants est un autre domaine de
préoccupation. Ce concept est encore nouveau pour les dirigeants des collectivités. Alors
qu'ils doivent jongler avec de rares ressources et sont soumis à des pressions de plus en plus
vives pour assurer les services de base aux contribuables respectueux des lois, le principe du soutien
des délinquants n'est pas à première vue populaire pour qui veut se faire du
capital politique et peut être difficile à défendre. Toutefois, comme l'a
déclaré Brian Mason, «un système qui permettrait la libération pure et
simple des délinquants à la fin de leur peine sans aucun programme communautaire serait
dangereux».
Le comité mixte a également examiné de près les profils des
collectivités pour déterminer l'importance de la criminalité sur leur territoire,
son incidence sur les collectivités et le rôle que peuvent jouer les services
correctionnels dans ce contexte. Les autres activités du comité mixte comprennent la
visite d'établissements correctionnels, des réunions avec les représentants des
services correctionnels et de la Commission nationale des libérations conditionnelles, des
dialogues avec les représentants des groupes de victimes et la participation à des
audiences fictives de libération conditionnelle.
Même si le comité mixte s'efforce avant tout de sensibiliser davantage les gens aux
services correctionnels communautaires, certains participants ont mis en place des projets. La Ville de
Calgary et les représentants des services correctionnels explorent actuellement la
possibilité d'établir un programme de placement à l'extérieur qui
permettrait à des délinquants ayant la cote de sécurité minimale d'accomplir
quelques heures de service communautaire comme le déblayage des routes, l'enlèvement de la
neige ou le nettoyage. Trouver des solutions Les membres du comité mixte sont bien conscients
qu'il n'y a pas de solution facile au problème de la criminalité. Toutefois, ils ne s'en
efforcent pas moins de combler le fossé entre deux paliers de gouvernement sur une question
importante pour tous les Canadiens de toutes les localités.
À l'origine, les représentants de la Fédération canadienne des
municipalités avaient peur de se lancer dans une entreprise avec le gouvernement
fédéral, dans la crainte que ce dernier ne se décharge des coûts et de
l'exercice de ses responsabilités sur les pouvoirs publics municipaux, en particulier à
une époque de restrictions financières. Toutefois, les membres du comité ont
réussi à éviter cet écueil dès le début, et comme l'a fait
remarqué Jim Davidson, membre du comité appartenant au Service correctionnel du Canada
(région de l'Atlantique), «un examen responsable de cet environnement a renforcé la
nécessité du partenariat et notre résolution à travailler ensemble à
trouver des solutions novatrices. il est à espérer que le comité mixte pourra
contribuer (positivement) au dialogue entre les juridictions, qui est une réalité
incontournable des pouvoirs publics d'aujourd'hui».
(1)Communications et Services à la haute direction, Service
correctionnel du Canada, 340, avenue Laurier ouest, 4' étage, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.
(2)KAY, L. «How Women Rank Canada's 25 Biggest Cities», Chatelaine, vol.
67, n° 4, avril 1994, p. 50.