La création de choix par la consultation et le partenariat avec la collectivité: la
sélection d'un site pour l'établissement pour femmes d'Edmonton
Il n'est plus possible, ni souhaitable, de construire un nouvel établissement correctionnel sans
la participation des membres de la collectivité locale. Aujourd'hui, la population exige de
participer à toutes les décisions gouvernementales qui ont une répercussion sur sa
vie.
Par ailleurs, le Service correctionnel du Canada a le mandat de mieux se faire connaître à
la population et de s'assurer le soutien public. Pour remplir ce mandat, nous devons veiller à ce
que notre présence soit bien perçue par la collectivité et à apporter une
contribution sociale, culturelle et économique à notre voisinage.
La création de choix : Rapport du Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine
fédérale
(2) préconise également cette attitude correcte
à l'égard de la collectivité en énonçant que l'un des objectifs du
Service est de devenir une personne morale consciente de ses responsabilités sociales qui
contribue positivement à l'environnement, au voisinage et au secteur du service social.
Dans cet article, nous faisons la chronique de la création de l'établissement d'Edmonton
destiné aux femmes purgeant une peine fédérale, processus au cours duquel
l'ouverture et la consultation publique ont dépassé de beaucoup le simple exercice de
relations publiques - pour être les éléments clés de la prise de
décision. Mauvaise communication En décembre 1992, Edmonton fut choisie comme site du
nouvel établissement pour les femmes purgeant une peine fédérale. Le 2 avril 1993,
des fonctionnaires du Service correctionnel du Canada rencontrèrent un grand nombre de
représentants de la collectivité d'Edmonton pour leur expliquer le processus de
sélection du site, pour me présenter en tant que directrice de l'établissement, et
pour demander de l'aide en vue d'instaurer des séances de consultation et d'information
publiques.
On fit savoir aux représentants de la collectivité qu'un terrain appartenant au
gouvernement fédéral (la base militaire de Criesbach) était considéré
comme l'emplacement préféré puisqu'il était le seul des sept terrains de la
région appartenant au gouvernement fédéral à répondre à tous
les critères de sélection du site. Toutefois, on assura aux personnes présentes que
ce n'était là qu'une préférence et que le critère important, à
savoir l'acceptation de ce choix par la collectivité, restait encore à évaluer. A
ce moment à, les représentants de la collectivité présents semblaient tout
à fait enchantés du site.
Malheureusement, les médias locaux déclarèrent dans leurs reportages que Griesbach
était le site choisi, ce qui amena la population à penser qu'on l'avait frustrée de
toute possibilité de participation alors qu'elle avait reçu l'engagement du contraire.
Cette erreur d'information suscita une levée de boucliers qui prit rapidement de l'ampleur. Un
vaste groupe militant, connu sous le nom de la North Edmonton Taxpayers Association, s'organisa
rapidement et distribua des centaines de tracts contenant des renseignements erronés. Dix mille
signatures furent également recueillies pour une pétition afin d'«interdire la
prison».
Face à l'opposition croissante, le Service, après avoir consulté les dirigeants
des collectivités locales, considéra que les séances d'information publiques
prévues avaient encore plus d'importance qu'auparavant. Six réunions publiques furent
tenues dans un effort pour contenir les craintes et répondre aux préoccupations des
résidents qui avaient trait à la sécurité et à une baisse
éventuelle de la valeur des propriétés voisines.
Ce qui était plus étonnant, cependant, c'était la conviction de la majorité
de la population que la décision avait déjà été prise et qu'il n'y
avait pas eu de véritable consultation publique. Pour répondre aux préoccupations
concernant le processus décisionnel, le Solliciteur général du Canada
annonça que le délai de sélection du site serait prolongé de façon
à inclure un examen de tous les terrains appartenant aux pouvoirs publics fédéraux,
provinciaux ou municipaux ainsi que les propriétés privées de la région.
Un comité de sélection du site, constitué de citoyens de chacun des six districts
électoraux municipaux, fut également créé, et ce comité
représentatif de la base travailla avec diligence à évaluer 60 terrains en regard
des critères de sélection établis. Il remit enfin une courte liste de six sites
pour une plus ample considération. Les membres du comité participèrent alors
à 18 réunions publiques, réaffirmant à leurs concitoyens, de concert avec le
Service correctionnel du Canada, qu'on avait évalué en toute équité et
impartialité le degré d'acceptation du public.
Le 25 octobre 1994, le comité de sélection du site recommanda à l'unanimité
un terrain (un site différent à l'extrémité ouest de la ville) au
Commissaire des Services correctionnels. Comme par hasard, c 'était la date de l'élection
fédérale, ce qui acheva de dépolitiser le processus -le comité ne savait pas
quels seraient les résultats de l'élection et, par conséquent, ne pouvait
être accusé d'avoir favorisé un terrain par rapport à un autre pour des
raisons politiques.
Peu après, cette recommandation fut acceptée et annoncée publiquement. Depuis
lors, il n'y a pas pratiquement pas eu d'opposition exprimée à l'égard du projet.
Les éléments du succès On ne peut imputer à un seul élément
l'issue satisfaisante du processus de sélection du site de l'établissement d'Edmonton. Un
facteur a toutefois eu du poids, le désir de trouver un compromis et de modifier le processus
manifesté par le Service correctionnel du Canada face à la colère de la population
qui se sentait tenue à l'écart des décisions.
La nomination anticipée d'une directrice de l'établissement et ma participation soutenue
aux consultations publiques ont joué également en faveur du Service. Les gens pouvaient
ainsi mettre un visage sur un organisme gouvernemental impersonnel. Ils savaient qu'ils pouvaient
s'adresser à quelqu'un en particulier s'ils avaient des questions à poser ou des
préoccupations, avant et après l'ouverture de l'établissement.
Un autre élément de la réussite est imputable à l'organisation à la
base de ce processus.
La participation, dès le départ, de la collectivité au choix du lieu a
été extrêmement efficace, de même que l'engagement actuel qui a
été pris d'établir et d'administrer un Comité consultatif de citoyens
efficace.
Toutefois, pour que le Service correctionnel du Canada puisse s'engager dans une véritable
consultation de la collectivité, il lui a fallu habiliter les membres de la collectivité.
Par conséquent, il était important de s'assurer que le processus était
inspiré par la collectivité et qu'aucun programme du Service correctionnel du Canada ne
serait imposé aux participants bénévoles. Le Service devait accepter les compromis
et s'engager à donner suite aux suggestions de la collectivité, même lorsque ces
suggestions changeaient légèrement l'orientation de l'établissement. Les
représentants de la collectivité devaient être intégrés à
l'équipe, et reconnus à titre individuel et collectif comme compétents à
certains égards.
Mais ce qui a peut-être été déterminant - et ce n'est guère
étonnant - c'est que la communication s'est révélée un facteur clé
dans le soutien de la collectivité. À Edmonton, le Service a fait des efforts
considérables pour améliorer ses relations avec les médias et pour obtenir l'aide
de ces derniers dans la communication d'une information étayée par des faits. Il est
également crucial que le Service communique régulièrement et efficacement avec les
élus des pouvoirs publics fédéraux, provinciaux et municipaux. Ces personnes sont
régulièrement contactées par leurs électeurs et, à ce titre, doivent
être des participants informés.
La mise en place d'un nouveau partenariat non traditionnel a également ouvert la voie à
de meilleures relations avec la collectivité. Dès le début du processus, il est
devenu évident qu'un certain nombre de groupes d'intérêt étaient nettement
favorables à la création d'un établissement. Parmi eux, il y avait nos partenaires
traditionnels (comme les groupes confessionnels et les organismes de police) mais aussi certains
partisans inhabituels comme la Chambre de commerce, des associations d'entreprises et des organisations
féminines. La coordination de ces divers groupes d'intérêt a étendu notre
réseau d'information et nettement élargi notre base de soutien.
Enfin, il suffit de voir l'architecture du nouvel établissement pour constater à quel
point on encourage la participation de la collectivité. À l'avant, il y a deux terrains de
sport conçus pour les besoins communs de la collectivité et de l'établissement. Le
public sera également en mesure d'accéder facilement à tous les secteurs de
programme comme la chapelle, les gymnases, les salles de réunion et de classe - sans avoir
à pénétrer dans le secteur résidentiel des détenues. Les avantages de
la participation de la collectivité Si les retombées de la participation de la
collectivité sont trop nombreuses pour qu'on puisse les citer, il y a certains avantages qui
méritent d'être mentionnés. L'un des plus importants est le fait que la
collectivité a fait connaître son désir de partager les coûts de
l'aménagement de l'établissement et de la prestation de programmes, ce qui permet à
l'établissement d'offrir une gamme plus étendue de possibilités aux détenues
sous responsabilité fédérale qu'on ne l'avait prévu à l'origine.
Dans le même ordre d'idées, mentionnons qu'un réseau bien articulé de
bénévoles élargira considérablement l'éventail des programmes
disponibles et que le désir des entreprises locales de former des entreprises aura des effets
positifs à long terme sur les possibilités d'emploi des détenues.
Cette initiative de la base a également attiré l'attention et suscité
l'intérêt des universitaires, d'où notre participation à un certain nombre de
projets de recherche - dont les résultats seront mis en pratique dans les nouveaux
établissements de femmes purgeant une peine fédérale. Le Service correctionnel du
Canada bénéficiera considérablement de cette recherche, en particulier dans les
domaines où il manque actuellement de compétence (comme les thérapies ou les
programmes s'inspirant des théories féministes pour les victimes d'abus).
Mais peut-être que l'un des avantages les plus importants a été le foisonnement
d'idées qui a débouché sûr des programmes créatifs et novateurs.
L'alliance de différents domaines de compétence a eu une incidence considérable sur
l'aménagement général de l'établissement d'Edmonton. Par exemple, les
programmes mettant l'accent sur la participation bénévole de délinquantes suscitent
un grand enthousiasme et pourraient éventuellement déboucher sur le jumelage des
délinquantes avec des personnes âgées solitaires ou des adolescents
perturbés. Des programmes de repas chauds municipaux pourraient donner l'occasion aux
délinquantes de rendre un peu ce qu'elles reçoivent de la collectivité. Un nouveau
départ On pourrait croire à première vue que la consultation de la
collectivité n'est plus nécessaire, maintenant que le lieu a été choisi et
que le problème du nouveau zonage municipal a été résolu. Toutefois, cette
étape n'est en fait qu'un nouveau départ. Si l'on veut que l'établissement continue
à être une réussite, il faut instaurer une consultation permanente avec la
collectivité.
Nous avons maintenant les bases sur lesquelles construire un établissement communautaire. Nous
savons que l'avenir est incertain, mais l'expérience d'Edmonton a révélé que
la consultation de la collectivité pouvait et devait être plus qu'un simple exercice de
relations publiques.
(1)Établissement pour femmes d'Edmonton, Service correctionnel du
Canada, 9530-101 avenue, 2e étage, Edmonton (Alberta) T5H 0B3.
(2)La création de choix : Rapport du Groupe d'étude sur les femmes purgeant
une peine fédérale, Ottawa, Service correctionnel du Canada, 1990.