La violence familiale chez les détenus sous responsabilité fédérale : estimations fondées sur un examen des dossiers
Les détenus sous responsabilité fédérale semblent posséder beaucoup des caractéristiques que l'on associe habituellement aux hommes qui sont violents envers les membres de leur famille.Méthodologie
Cet examen des dossiers a été effectué dans le cadre de l'Initiative de lutte contre la violence familiale du Service correctionnel du Canada; il s'agissait de la première étude nationale visant à déterminer l'étendue de la violence familiale chez les détenus sous responsabilité fédérale.Caractéristiques démographiques et types d'infractions
Les caractéristiques fondamentales de l'échantillon étudié étaient très semblables à celles de l'ensemble des délinquants admis dans les établissements fédéraux au cours de la période. L'âge moyen (au moment de l'admission) de l'échantillon était de 31,8 ans, la plupart des délinquants (71,1 %) n'avaient pas terminé leurs études secondaires, 40,5 % avaient déjà été incarcérés dans un établissement fédéral, 41,3 % purgeaient une peine de moins de trois ans et 3,9 % purgeaient une peine d'emprisonnement à perpétuité.Violence familiale
L'examen des dossiers révèle qu'environ le tiers (33,7 %) des détenus avaient déjà commis des actes de violence envers un ou plusieurs membres de leur famille, qu'il s'agisse de violence sexuelle, physique ou psychologique. Un peu plus d'un dossier sur dix (10,6 %) indiquait que le détenu avait agressé sexuellement un membre de sa famille; dans trois dossiers sur dix (26,9 %), il était question d'agression physique, et dans environ 5 % des dossiers, de violence psychologique.
Violence conjugale
Les résultats de l'examen des dossiers indiquent clairement que ce sont les femmes qui sont le plus souvent victimes des actes de violence familiale commis par les détenus sous responsabilité fédérale. Dans environ 91,6 % des incidents de violence, les victimes étaient des femmes, et dans seulement 24,2 %, des hommes (il y avait parfois plus d'une victime).Violence dirigée contre la partenaire |
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Forme de violence |
Tous les détenus (935) |
Détenus ayant vécu ou vivant une relation conjugale (721) |
Détenus n'ayant eu que des fréquentations (153) |
| Violence sexuelle | 2,6% |
3,1% |
1,2% |
| Violence physique | 22,1% |
26,7% |
7,4% |
| Violence sexuelle ou physique | 22,9% |
27,6% |
7,4% |
| Violence psychologique | 4,2% |
5,3% |
0,5% |
| N'importe quelle forme de violence familiale |
24,1% |
29,0% |
7,9% |
Remarque: Les dossier ne contenaient pas
tous suffisamment d'information pour nous permettre de déterminer si un détenu avait déja vécu une relation avec une patenaire féminine |
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La forme de violence signalée le plus souvent envers une partenaire était de loin la
violence physique. Il était question beaucoup moins souvent de violence psychologique - seulement
dans environ 4 % des dossiers. La méthode de l'examen des dossiers n'est donc probablement pas
une source d'information fiable quant à l'étendue de la violence psychologique. En effet,
ce type de violence se produit relativement fréquemment dans la population
générale(5).
Dans la grande majorité (72,7 %) des cas de violence à l'égard d'une partenaire,
des accusations officielles ont été portées. En fait, un cinquième des
détenus (21 %) qui avaient déjà eu une partenaire avaient été
accusés de violence conjugale. En outre, dans près de la moitié des cas de violence
conjugale (46,4 %), on a signalé que la victime avait eu besoin de soins médicaux, et
environ la moitié des détenus ayant commis des actes de violence à l'égard
de leur partenaire (45,5 %) avaient été violents avec plus d'une partenaire.
Violence à l'égard des enfants
La violence envers les enfants était relativement moins fréquente que la violence à l'égard des partenaires féminines. Les données tirées des dossiers indiquaient qu'environ 13,3 % des hommes qui avaient des enfants ou des beaux-enfants avaient été violents à leur égard.Victimisation durant l'enfance
Environ la moitié des dossiers de détenus (50,2 %) donnaient à penser que le détenu avait été victime de violence de la part d'un ou de plusieurs membres de sa famille durant son enfance. Ce chiffre inclut la violence physique, la violence sexuelle, la violence psychologique, la négligence et le fait d'avoir été témoin de violence à l'égard d'autres membres de la famille (voir le tableau 2).Victimisation des détenus durant
leur enfance (935 détenus) |
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| Forme de violence | Détenus victimes |
| Violence sexuelle | 12,0% |
| Violence physique | 34,6% |
| Violence sexuelle ou physique | 39,6% |
| Violence psychologique | 8,7% |
| Négligence | 6,8% |
| Témon de violence à l'égard d'un autre membre de la famille |
23,8% |
Environ un détenu sur dix (12 %) avait été agressé sexuellement par un
membre de sa famille, et plus d'un tiers (34,6 %) avaient été agressés
physiquement. Beaucoup de détenus avaient aussi été témoins d'actes de
violence.
Les dossiers contenaient beaucoup de détails sur la nature de la violence. Dans la plupart des
cas de violence physique ou sexuelle (74,7 %), la victimisation avait commencé avant l'âge
de cinq ans et une certaine forme de violence avait continué jusqu'à l'âge de 12
à 16 ans.
Les pères étaient le plus souvent les agresseurs (75,7 %), bien que les mères
(42,4 %) et d'autres membres de la famille (20,2 %) l'aient parfois été. En outre, dans
5,6 % des cas, l'agresseur était une personne occupant une situation d'autorité dans un
établissement.
Pour les détenus qui ont été témoins de violence, il s'agissait le plus
souvent d'actes de violence commis par leur père à l'endroit d'autres membres de la
famille (84,1 % des cas). La victime était le plus souvent la mère ou une partenaire
féminine adulte (67,5 %). Toutefois, dans 63,5 % des cas, les détenus avaient
été témoins de violence envers un autre enfant de la famille. Dans l'ensemble, les
détenus ont surtout été témoins de violence physique (88,9 %).
Ces données sur la victimisation semblent confirmer l'idée généralement
admise que les détenus ont souvent eu une enfance difficile durant laquelle ils ont
été victimes et témoins de violence.
Conformément aux recherches actuelles sur la victimisation(6), l'étude a
montré l'existence d'une corrélation entre la victimisation pendant l'enfance avec la
violence familiale perpétrée à l'âge adulte. Les détenus qui avaient
été victimes ou témoins de violence familiale au cours de leur enfance
étaient plus violents à l'âge adulte que les autres détenus.
Plus précisément, ces détenus étaient près de deux fois (1,8 fois)
plus susceptibles que les autres de commettre des actes de violence. En outre, cette relation entre la
victimisation et la perpétration d'actes de violence se retrouvait autant dans les cas de
violence à l'égard d'une partenaire féminine que dans les cas de violence à
l'égard des enfants (voir le graphique 2).
Graphique 2
Un problème auquel il faut s'attaquer
Les résultats de l'examen des dossiers étaient remarquablement semblables à ceux d'un examen similaire effectué en Colombie-Britannique(7). Les dossiers nous révèlent qu'au moins le tiers des détenus admis dans un établissement fédéral ont commis des actes de violence à l'égard de membres de leur famille. En outre, il semble évident qu'il s'agit là d'une sous-estimation du taux de violence familiale parmi cette population.