La prévision de la réponse au traitement en milieu correctionnel
Des chercheurs ont récemment établi que certains programmes de traitement correctionnel contribuaient réellement à réduire la récidive. On a alors entrepris de définir les caractéristiques respectives des programmes qui «marchent» et de ceux qui «ne marchent pas»(2). Toutefois, on a négligé jus qu'ici de se demander si les traits de personnalité des délinquants interagissent avec les caractéristiques des programmes et influent sur le résultat du traitement.
Résultat du traitement On a utilisé une méthode quasi-aléatoire pour
sélectionner 476 délinquants (24 autres ont été rejetés en raison de
données incomplètes) parmi ceux qui sont passés par l'unité
d'évaluation du centre Rideau entre 1992 et 1994 et qui ont participé au programme de
traitement de la toxicomanie ou au programme d'apprentissage de la maîtrise de la colère du
centre.
Les deux programmes sont axés sur le développement des aptitudes
cognitivocomportementales, bien que le programme d'apprentissage de la maîtrise de la
colère soit plus court et plus intensif et qu'il comporte plus de séances
individuelles.
On a mesuré le résultat du traitement en fonction des notes finales attribuées par
les coordonnateurs de programmes à chaque délinquant pour sa participation globale et pour
les progrès accomplis, notes qui s'échelonnaient de 1 «insatisfaisant»
à 8 «excellent», 4 correspondant à «bon». On a noté une
corrélation positive (bien que modeste) entre le total et tous les sous-totaux obtenus au moyen
de l'échelle d'une part, et les notes attribuées à l'issue des deux programmes de
traitement d'autre part(8). C'est avec le total et le sous-total Motivation que cette
corrélation était la plus forte (voir le tableau 1).
Tableau 1
Corrélations entre les totaux
obtenus au moyen de l'echelle sur les attitudes à l'egard du traitement correctionnel et les notes attribuées à l'issue du traitement |
||
Sous-total de l'échelle |
Résultats du programme (toxicomanie) |
Résulat du programme (maîtrise de la colére) |
| Motivation | 0,26 |
0,26 |
| Opinion sur le traitement | 0,12 |
0,18 |
| Opinion sur le personnel | 0,11 |
0,19 |
| Optimisme | 0,16 |
0,28 |
| Facilité à parler de soi | 0,15 |
0,18 |
| Total | 0,24 |
0,31 |
| Remarque: Toutes les corrélations sont significatives à p<0,05 ou mieux | ||
Les 476 délinquants ont ensuite été répartis en trois groupes en fonction
du total global et des sous-totaux obtenus : les 25 % ayant obtenu les totaux les plus bas (groupe
bas), les 25 % ayant obtenu les totaux les plus élevés (groupe
élevé) et les 50 % ayant obtenu des totaux moyens (groupe moyen). On a
noté des différences significatives entre ces trois groupes aux niveaux de l'âge et
des études; ces variables ont été traitées en tant que covariables, le cas
échéant, dans les analyses statistiques.
On a également noté des différences significatives entre les groupes relativement
aux notes obtenues aux deux programmes par rapport au total global et au sous-total Motivation obtenus
au moyen de l'échelle.
D'autres différences significatives ont été relevées entre les notes
obtenues au programme de traitement de la toxicomanie et les sous-totaux Opinion sur le traitement et
Optimisme.
En outre, les délinquants du groupe élevé avaient obtenu de meilleures
notes au programme d'apprentissage de la maîtrise de la colère que ceux qui se rangeaient
dans les groupes bas et moyen selon le total et les sous-totaux Motivation et Optimisme
obtenus au moyen de l'échelle (voir le graphique 2).
Graphique 2
Comme dans le cas du programme de traitement de la toxicomanie, les résultats du programme étaient dans tous les cas meilleurs pour les délinquants du groupe élevé que pour ceux du groupe bas, exception faite du sous-total Facilité à parler de soi, tandis qu'il n'y avait pas de différences significatives entre le groupe moyen et les deux autres groupes (voir le graphique 3).
Graphique 3
L'échelle des
indicateurs de résistance au traitement MMPI-2 Les résultats obtenus au moyen de
l'échelle des indicateurs de résistance au traitement MMPI-2 (un nouveau
«contenu» de l'échelle révisée du Minnesota Multiphasic Personality
Inventory) sont en corrélation inverse avec tous les sous-totaux obtenus au moyen de
l'échelle sur les attitudes à l'égard du traitement correctionnel. Des totaux
élevés sur l'échelle indiquent les traits de personnalité ou les attitudes
à l'égard du traitement qui dénotent une résistance au
changement(9), ceci nous fournit une certaine évidence quant aux validités
concurrentes de l'échelle sur les attitudes à l'égard du traitement
correctionnel.
Toutefois, la corrélation était nettement plus forte avec les sous-totaux Opinion sur le
traitement, Opinion sur le personnel et Facilité à parler de soi, qu'avec les sous-totaux
Motivation et Optimisme. Cela implique, entre autres, que l'échelle des indicateurs de
résistance au traitement-MMPI-2 ne devrait pas être considérée comme une
mesure de la motivation à l'égard du traitement en soi. Elle reflète plutôt
les attitudes négatives générales à l'égard du traitement et des
professionnels de la santé mentale(10).
Cela rappelle avant tout que les notions de motivation à l'égard du traitement et de
réceptivité au traitement englobent toutes sortes d'attitudes, de croyances, de
perceptions et d'idées fausses au sujet de la nature du traitement et des thérapeutes.
Qu'est-ce que tout cela signifie? Ces constatations donnent à penser que l'échelle des
attitudes à l'égard du traitement correctionnel est un instrument de prévision
valide et fiable pour ce qui est du traitement des délinquants. On a noté certaines
différences entre les deux groupes de délinquants ayant suivi un programme de traitement,
mais cela n'a rien de surprenant étant donné que les deux programmes visés sont
eux-mêmes différents tant sur la forme que sur le fond.
Bref, il semble que l'échelle permette de déterminer en toute objectivité, et non
plus seulement au jugé, si un délinquant est apte à suivre un traitement. Vu
l'insuffisance chronique des ressources disponibles pour le traitement en milieu correctionnel, nous
devons trouver un moyen fiable de repérer les délinquants qui bénéficieront
le plus d'un traitement. Cette échelle nous faciliterait la tâche, sans compter qu'elle
contribuerait à une diminution des cas d'abandon de programme.
Mais avant tout, l'échelle servirait à détecter dès le début les
attitudes et les croyances susceptibles de nuire à l'efficacité du traitement; les
thérapeutes pourraient alors s'employer à faire disparaître ces attitudes et ces
croyances à l'occasion des séances de counseling préparatoires au traitement, ce
qui maximiserait les chances de réussite du traitement.