Les programmes d'ateliers industriels et le comportement des détenus en établissement
La plupart des travaux de recherche sur l'incidence des programmes de travail en milieu carcéral
sont axés sur les retombées postlibératoires de la participation des
délinquants à des programmes d'ateliers industriels durant leur incarcération. Les
résultats montrent généralement que ces programmes sont, au mieux, des moyens
marginalement efficaces d'assurer la réadaptation à long terme des
delinquants(2).
On néglige souvent l'incidence qu'a sur les délinquants, durant leur
incarcération, l'emploi dans des ateliers industriels. Toutefois, pour contribuer à
réduire la récidive, l'emploi des détenus doit nécessairement favoriser la
discipline personnelle, l'acquisition de bonnes habitudes de travail et l'établissement d'une
image de soi positive. De tels changements devraient se manifester dans le comportement des
détenus.
Il pourrait par conséquent être utile d'examiner l'incidence sur le comportement des
détenus de la participation à des programmes d'ateliers industriels avant d'évaluer
la relation entre ces programmes et la récidive. Un examen de la nature et de l'efficacité
des changements à court terme dans le comportement peut donner une idée des avantages
postlibératoires à attendre des programmes de travail en milieu correctionnel.
Cet article résume une recherche récente basée sur l'hypothèse que le
travail dans les ateliers industriels pouvait contribuer à l'amélioration du comportement
des détenus en établissement et favoriser leur adaptation.
Si les programmes d'ateliers industriels dans les prisons contribuent à l'amélioration du
comportement des détenus, alors, nous avons, à tout le moins, accompli un premier pas dans
nos tentatives d'atténuer l'influence négative générale du milieu
carcéral.
Qu'offrent les programmes d'ateliers industriels dans les prisons? Les programmes d'ateliers
industriels dans les prisons procurent un certain nombre d'avantages aux détenus. Ils offrent
souvent des taux de rémunération plus élevés que les autres programmes en
établissement et ils permettent également de bénéficier de bonis et de
primes au rendement.
Ces programmes donnent aussi aux détenus l'occasion d'acquérir une expérience
professionnelle précieuse. Un tiers au moins des détenus des prisons américaines
étaient sans travail avant leur incarcération. Toute expérience professionnelle
acquise dans le milieu carcéral donne l'espoir de trouver un emploi après la mise en
liberté.
Ces programmes offrent également des avantages quant au cadre immédiat. Les ateliers
industriels soulagent l'ennui dont souffrent certains détenus et combattent le stress dont
d'autres sont victimes(3). Ils peuvent même offrir un refuge aux détenus qui
craignent pour leur sécurité(4).
Le travail dans les ateliers industriels peut procurer des avantages moins perceptibles
immédiatement. Ces ateliers constituent une entreprise productive. Ils ne permettent pas
seulement d'occuper de façon constructive les délinquants, mais ils fournissent
également une activité valable dans un cadre par ailleurs relativement stagnant.
Ce travail comporte aussi une interaction avec des surveillants qui ne font pas partie du personnel
correctionnel. Les témoignages semblent indiquer que les détenus sont susceptibles de voir
ces personnes d'un autre oeil parce qu'elles n'appartiennent pas à la structure
hiérarchique du pénitencier et qu'elles ne prennent pas de mesures disciplinaires à
leur endroit.
Cette interaction peut par conséquent représenter pour les détenus une source de
soutien et de renforcement positif, en plus de leur donner l'occasion d'évoluer dans un milieu
semblable aux situations de travail du monde normal.
La participation à une activité valable et une interaction positive avec des surveillants
qui ne font pas partie du personnel correctionnel devraient également contribuer à
accroître l'estime de soi d'un délinquant.
Les effets combinés des avantages tangibles et intangibles que procure le travail dans les
ateliers industriels des pénitenciers peuvent aussi réduire l'inconduite en
établissement et favoriser l'adaptation des délinquants au milieu
carcéral(5). Dans l'État de New York, il existe, pour la plupart des programmes
d'ateliers industriels, des listes d'attente de détenus impatients de travailler. Il est donc
raisonnable de supposer que la participation aux programmes d'ateliers industriels incite les
délinquants à bien se conduire, de façon à ne pas mettre leur emploi en
péril. Enfin, pendant qu'ils travaillent, les détenus ne sont pas oisifs et par
conséquent susceptibles de commettre des méfaits.
Données Les données sur lesquelles cette recherche est basée ont été
tirées d'une vaste étude sur l'efficacité des programmes d'ateliers industriels
dans l'État de New York(6). Les détenus choisis au hasard pour l'étude
avaient participé à un tel programme pendant au moins six mois consécutifs en
1981-1982. Les participants ont été recensés à partir des registres de
rémunération des ateliers industriels dans cinq prisons à sécurité
maximale de l'État.
Un groupe témoin composé de détenus n'ayant pas participé au programme des
ateliers industriels a également été constitué à partir de la
population carcérale de ces cinq établissements au cours de la même
période(7).
Les chercheurs ont examiné le comportement des détenus avant et après leur
participation au programme(8). L'échantillon final comprenait 1 077
délinquants, soit 511 travailleurs et 566 détenus faisant partie du groupe
témoin.
Relations cernées dans l'échantillon Les chercheurs ont comparé les détenus
ayant travaillé dans les ateliers industriels et ceux du groupe témoin sur plusieurs plans
avant d'examiner l'incidence de l'emploi dans les ateliers industriels sur l'inconduite des
détenus. Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes quant
à l'origine raciale, la situation de famille, le lieu de résidence, l'emploi, l'usage de
drogues ou d'alcool, le type d'infractions commises, les arrestations antérieures et la
durée de la peine purgée.
Toutefois, les détenus ayant travaillé dans les ateliers industriels avaient un niveau de
scolarité plus bas, purgeaient une peine plus longue et etaient, en moyenne, a peu prés un
an plus âges que les membres du groupe témoin au moment de leur incarcération pour
l'infraction à l'origine de la peine actuelle. En outre, ces détenus avaient commis en
moyenne un peu moins de 2,2 infractions aux règles de l'établissement par année,
contre une moyenne de 3,3 pour les membres du groupe témoin. Cette différence était
statistiquement significative.
Problèmes de sélection Pour déterminer si la participation au programme des
ateliers industriels avait eu un effet positif sur le comportement des détenus, il a fallu
comparer le comportement avant (temps 1) et après (temps 2) la participation à ce
programme.
Toutefois, les participants au programme avaient commis sensiblement moins d'infractions aux
règles de l'établissement que les membres du groupe témoin pendant toute la
durée de leur incarcération et au temps 1 (2,5 contre 3,1 infractions par année
pour le groupe témoin). Ces deux différences révèlent la possibilité
d'une erreur systématique dans le choix de l'échantillon.
Il y a possibilité d'erreur systématique dans le choix d'un échantillon chaque
fois que des sujets sont assignés autrement que de façon tout à fait
aléatoire soit au groupe expérimental soit au groupe témoin.
Dans ce cas, les deux groupes ont été choisis au hasard parmi la population
carcérale générale, mais ils différaient entre eux quant au taux
d'infractions aux règles de l'établissement et à d'autres facteurs (comme
l'âge) avant leur assignation à un groupe. Il se peut que des facteurs liés à
ces différences aient influé sur le recrutement initial des détenus pour le
programme des ateliers industriels.
Il se peut en outre que d'autres variables non mesurées aient influé sur le placement
dans le programme des ateliers industriels et sur le comportement des détenus (comme la
maturité affective et la motivation au travail).
L'erreur systématique dans le choix de l'échantillon nuit aux tentatives de
déterminer l'incidence du programme des ateliers industriels; il est en effet possible que les
détenus participant au programme aient été choisis parce qui'il étaient
généralement mieux adaptés et susceptibles de s'améliorer plus rapidement
que ceux qui n'avaient pas été choisis, indépendamment de leur participation au
programme.
Bref, à cause de cette erreur systématique, il est difficile de distinguer les effets du
programme des effets de sélection antérieurs.
Il se peut également que l'erreur systématique dans le choix de l'échantillon soit
attribuable à des facteurs autres que des différences sur le plan du comportement. Ainsi,
les différences individuelles, comme le degré de motivation, et les différences
liées aux établissements, comme les emplois disponibles pour les détenus, peuvent
influer sur le processus de sélection.
On ne connaît toutefois pas l'effet de ces variables étant donné qu'elles n'ont pas
été mesurées. Il faudrait en tenir compte au moment d'évaluer les
résultats de l'étude.
L'erreur systématique observable dans cette étude est due au fait que les détenus
qui ont participé au programme des ateliers industriels avaient un taux d'infractions aux
règles de l'établissement beaucoup plus faible que les membres du groupe témoin,
tant pour l'ensemble de la peine qu'au temps 1. Afin de compenser cette erreur, on a distingué
dans l'échantillon deux groupes à taux d'infractions élevés.
Comportement des détenus Pour mesurer l'adaptation des détenus, on s'est basé sur
les registres officiels d'infractions aux règles du pénitencier. Les taux annuels
d'infractions ont été calculés pour les durées suivantes: