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Évaluation du risque chez les jeunes délinquants

par Sandy Jung et Edward P. Rawana1

Lakehead University et Lakehead Regional Family Centre

et Byron Lod

Services de probation : ministère des Services sociaux et communautaires

À partir du moment où un jeune délinquant a des démêlés avec le système de justice pénale, l'agent de probation joue un rôle important dans les décisions relatives à la gestion du cas de ce jeune. Habituellement, certaines de ces décisions sont fondées sur une forme d'évaluation du risque et des besoins du délinquant, ce qui aide l'agent à prendre les décisions sur les besoins du sujet en traitement et à évaluer le risque de récidive.

Il existe plusieurs outils d'évaluation du risque et des besoins; toutefois, beaucoup d'entre eux ont été conçus au départ pour des délinquants adultes et ne sont pas adaptés aux facteurs de risque et de besoins propres aux jeunes délinquants. Des recherches antérieures2 ont révélé qu'il est important d'établir la validité des outils d'évaluation du risque parce que l'agent de probation ou l'agent de correction qui applique l'un de ces outils est tenu responsable de l'utilisation qu'il fait des ressources mises à sa disposition pour intervenir auprès des jeunes délinquants. Dans la plupart des recherches sur l'évaluation des jeunes délinquants, l'échantillon ne contient pas suffisamment de membres de groupes minoritaires, comme les adolescents autochtones. De même, on dispose de peu d'information sur les facteurs de risque et de besoins des jeunes filles.

Tous les bureaux de probation du nord-ouest de l'Ontario (de White River jusqu'aux limites du Manitoba), un établissement psychiatrique pour enfants et une université locale ont uni leurs efforts dans un projet qui a permis d'examiner de façon approfondie un outil d'évaluation du risque et des besoins des jeunes contrevenants. Cet outil, créé et mis en application en Ontario, est le formulaire d'évaluation du risque et des besoins du Ministère. Il sert particulièrement à repérer les jeunes délinquants qui présentent des risques de récidive et à aider l'agent de probation à établir les besoins en traitement.

Dans cet article, nous examinons la validité de cet outil d'évaluation, relativement nouveau, auprès de jeunes contrevenants du nord-ouest de l'Ontario, région où l'on dénombre un fort pourcentage de jeunes Autochtones.

Formulaire d'évaluation du risque et des besoins

Le formulaire d'évaluation du risque et des besoins, aussi appelé Inventaire du niveau de service pour les jeunes (INSJ), a été élaboré après l'Inventaire du niveau de surveillance (INS) qui est utilisé actuellement pour les délinquants adultes. Ces deux instruments ont été conçus à partir des quatre principes de classement du risque énoncés par Andrew, Bonta et Hoge : principe du risque, principe des besoins, principe de la réceptivité et secret professionnel3.

Tableau

Niveau du risque et des besoins des jeunes récidivistes et des non-récidivistes
Niveau de risque
 
Faible
Moyen
Élevé
Trés Élevé
fréquence
%
fréquence
%
fréquence
%
fréquence
%
Récidivistes
17/76
22%
52/76
68
5/76
7%
2/76
3%
Non-récidivistes
99/174
57%
71/174
41%
4/174
2%
0/174
0%

Le formulaire d'évaluation du risque et des besoins est destiné aux jeunes délinquants de la catégorie I, soit les jeunes de 12 à 15 ans. Il permet d'évaluer 42 éléments groupés en 8 facteurs de risque et de besoins : infractions antérieures et infractions à l'origine de la peine actuelle et jugements; situation familiale et relations avec les parents; éducation et emploi; relations avec les pairs; toxicomanie; loisirs et activités récréatives; personnalité et comportement; attitude et orientation. Les cotes obtenues peuvent varier entre 0 et 42. Un résultat se situant entre 0 et 8 équivaut à un risque faible, entre 9 et 26 à un risque modéré, entre 27 et 34 à un risque élevé et entre 35 et 42 à un risque très élevé.

Le ministère des Services sociaux et communautaires de l'Ontario a commencé à utiliser le formulaire dans tous les bureaux de probation et exigé que tous les jeunes délinquants soient évalués en fonction de ces huit facteurs, puis réévalués tous les six mois, après la décision du tribunal.

Certaines données préliminaires non publiées semblent indiquer que cet outil est suffisamment fiable et valable4; toutefois, ces résultats proviennent de la région même où le formulaire a été élaboré et les normes établies.

Nord-ouest de l'Ontario

Bien que les bureaux de probation du nord-ouest de l'Ontario desservent un vaste territoire, on a effectué peu de recherches sur le risque et les besoins des jeunes contrevenants de cette région. L'évaluation de cet instrument dans la région revêtait donc une grande importance en raison de la diversité de la population.

Le nord-ouest de l'Ontario compte deux grands bureaux de probation desservant de nombreuses réserves indiennes éloignées. Par conséquent, les jeunes contrevenants autochtones sont très nombreux. Près de la moitié des jeunes délinquants de cette région sont autochtones et l'on compte beaucoup de jeunes filles parmi ce groupe.5

Méthode

L'échantillon de l'étude, qui a porté sur une période de neuf mois, se composait de jeunes délinquants qui faisaient partie de la clientèle de deux bureaux de probation régionaux. Deux cent cinquante jeunes contrevenants ont été évalués par des agents de probation. On a utilisé plusieurs sources d'information pour appliquer le formulaire d'évaluation du risque et des besoins, dont des entrevues avec les jeunes et leurs parents et un examen de l'information pertinente versée aux dossiers. La moyenne d'âge des jeunes au moment de l'évaluation était de 14,3 ans (ET = 11,1). Il y avait 166 adolescents (66,4 %) et 84 adolescentes (33,6 %). Cent vingt-six jeunes (50,4 %) étaient autochtones.

Graphique

Tous ces jeunes ont fait l'objet d'un suivi six mois après la date de l'évaluation, sauf ceux qui étaient en détention, qui ont fait l'objet d'un suivi6 six mois après leur libération. Au moment du suivi, on déterminait si le jeune avait récidivé. Aux fins de l'étude, on a défini la récidive comme toute condamnation pour une infraction commise dans les six mois suivant la mise en liberté. Les renseignements sur les condamnations ont été tirés des rapports de police et des bases de données sur la probation.

Résultats

L'évaluation effectuée au moyen du formulaire d'évaluation du risque et des besoins a donné un résultat total moyen de 11,2. Parmi les jeunes contrevenants, 116 ont été classés comme présentant un risque faible, 123 un risque modéré, 9 un risque élevé et 2 un risque très élevé. Après le suivi de six mois, on a constaté que 30,4 % des jeunes avaient récidivé.

En examinant la répartition des récidivistes et des non-récidivistes dans chacun des quatre niveaux de risque (voir tableau), le résultat des jeunes contrevenants sur le formulaire d'évaluation du risque et des besoins est en rapport étroit avec la récidive. En effet, une forte proportion des récidivistes avaient été classés comme présentant un risque de récidive moyen (52/76) et une forte proportion des non-récidivistes avaient été classés comme présentant un risque faible de récidive (99/174, voir tableau).

L'examen des résultats totaux des jeunes récidivistes et non-récidivistes a permis d'asseoir davantage l'utilité de cet outil. En effet, malgré la diversité culturelle de l'échantillon de l'étude, les récidivistes (M = 15,74; ET = 8,01) ont obtenu un résultat de risque global considérablement plus élevé (p < 0,001) que les non-récidivistes (M = 9,22 ; ET = 7,46).

Afin de vérifier davantage la validité de l'outil, on a examiné chacun des facteurs de risque et de besoins pour établir une distinction entre les récidivistes et les non-récidivistes. Ces analyses ont révélé que les huit facteurs de risque et de besoins sont des éléments importants dans la prévision de la récidive, les jeunes récidivistes ayant obtenu des résultats considérablement plus élevés, pour chaque facteur, que les non-récidivistes (voir graphique). Cette conclusion ajoute du poids à l'utilité du formulaire dans le nord-ouest de l'Ontario, surtout lorsqu'on sait que cet outil a été élaboré dans le sud de l'Ontario et que la région du nord-ouest compte un nombre disproportionné de jeunes délinquants autochtones. Il est intéressant de remarquer que le facteur le plus déterminant pour établir une distinction entre les deux groupes de jeunes contrevenants est l'attitude du jeune. Cependant, un fait étonnant a été mis au jour : le facteur &laqno;infractions antérieures/ infractions à l'origine de la peine actuelle/jugements» n'a eu qu'une importance modérée, alors que nombreuses études accordent une valeur prédictive certaine au comportement passé des délinquants.

Analyse

Selon les résultats de notre étude, le formulaire d'évaluation du risque et des besoins est un outil valable pour l'évaluation du risque de récidive chez les jeunes délinquants. Les huit facteurs semblent permettre de distinguer les récidivistes des non-récidivistes. Par conséquent, on peut conclure qu'il est possible de prévoir la récidive à partir du résultat obtenu par le jeune.

Des recherches antérieures7 ont prouvé qu'il est important de valider les outils d'évaluation ailleurs que dans la région où ils ont été élaborés et où les normes ont été établies. Cette dimension est particulièrement importante ici, puisque l'endroit où l'outil a été créé n'est pas représentatif de la diversité des groupes de jeunes contrevenants qu'on retrouve dans d'autres régions. Les efforts de collaboration déployés par les bureaux de probation et les ressources locales ont permis d'examiner ces questions. En outre, notre échantillon comprenait aussi un plus grand nombre de jeunes filles que d'autres études sur les jeunes contrevenants. L'étude a donc démontré que le formulaire d'évaluation du risque et des besoins n'est pas seulement efficace pour la prévision du risque de récidive, mais qu'il est aussi un outil fiable quel que soit l'endroit où il est utilisé et indépendamment de l'origine ethnique et du sexe des jeunes en cause.


1. 283 rue Lisgar, Thunder Bay (Ontario) P7B 6G6.

2. WORMITH, J.S. et GLADSTONE, C.S. &laqno;The Clinical and Statistical Prediction of Recidivism», Criminal Justice and Behavior, no 11, 1984, p. 3-34.

3. ANDREWS, D.A., BONTA, J. et HOGE, R.D. &laqno;Classification for Effective Rehabilitation Rediscovering Psychology», Criminal Justice and Behavior, no 17, 1990, p. 19-52.

4. HOGE, R.D., communication personnelle.

5. Les données statistiques sur la population des jeunes contrevenants ont été obtenues par les Services de probation grâce au système d'information stratégique sur les jeunes contrevenants (YOSIS).

6. Les facteurs de risque et de besoins dans le graphique : INFR - infractions antérieures/ infractions à l'origine de la peine actuelle/jugements; FAM - situation familiale/rapports avec les parents; EDUC - éducation/emploi; PAIRS - relations avec les pairs; TOX - toxicomanie; LOISIR - loisirs/activités récréatives; PERS - personnalité/comportement; ATT - attitudes/orientation.

7. ASHFORD, J.B. et LeCROY, C.W. &laqno;Predicting Recidivism: An Evaluation of the Wisconsin Juvenile Probation and Aftercare Risk Instrument», Criminal Justice and Behavior, no 15, 1988, p. 141-151.