Évaluation du Système informatisé de gestion des questions (SIGQ) employé auprès des délinquants violents
Lorsque les délinquants entrent dans le système correctionnel fédéral, le Service de psychologie de l'Unité d'évaluation de Millhaven procède à des évaluations psychologiques de ceux qui purgent des peines pour voies de fait et autres infractions de violence. Ces évaluations servent à déterminer les facteurs de risque criminogènes et à recommander les interventions qui conviennent en matière de programmes et de traitements.
La collecte de renseignements, effectuée principalement au moyen d'instruments d'auto-évaluation, constitue un élément important du processus d'évaluation. Ces instruments peuvent englober une vaste gamme de domaines psychologiques comme la colère, la psychopathologie, l'attribution, l'agression et le mode de réaction du délinquant.
Cet article passe en revue les résultats préliminaires des évaluations
psychologiques menées au moyen du SIGQ. Le Système sert à poser aux
délinquants des questions de tests psychologiques et à coter les résultats.
Les moyens employés pour gérer un délinquant dépendent de l'évaluation de ce dernier. Autrement dit, plus on peut faire confiance à la validité des méthodes d'évaluation, plus on a de chance de prendre des décisions judicieuses en matière d'incarcération, de traitement et de mise en liberté. Mais ces méthodes doivent présenter un bon rapport coût-efficacité. L'informatisation des tests psychologiques peut aider à atteindre ces deux buts.
Utilisation précoce du SIGQDans le cadre d'une vaste étude de validation et de fiabilité, on a noté les réponses à la Novaco Anger Scale2 (NAS) (l'échelle de la colère de Novaco) en employant le SIGQ et la méthode papier-crayon, pour ensuite les comparer. La NAS, une mesure de la colère basée sur l'auto-évaluation, a été élaborée dans les années 1990 pour remédier à certaines des lacunes théoriques et liées à l'échelle d'autres inventaires de la colère. Une composante de cette mesure comprend 25 questions (la partie B), qui servent à évaluer des situations pouvant entraîner une réaction de colère, s'est révélée utile pour prévoir la violence à long terme3, par exemple, on critique les délinquants devant d'autres personnes ou on leur demande un montant excessif pour une réparation.
Un échantillon de 102 hommes admis consécutivement dans le système correctionnel fédéral ont rempli une version papier-crayon de cette mesure de la colère dans les deux semaines suivant leur arrivée à l'Unité d'évaluation de Millhaven. Un mois plus tard, les délinquants ont été réévalués, la moitié au moyen de la version papier-crayon et l'autre moitié, au moyen du SIGQ. Comme on peut le voir au tableau 1, les moyennes, les écarts-types et la constance test-retest après un mois étaient semblables pour les deux formes d'administration de l'échelle. Les coefficients alpha4 étaient un peu plus élevés pour l'administration au moyen du SIGQ. Ces constatations et d'autres résultats de comparaison entre la méthode d'administration informatisée et la méthode papier-crayon5 ont poussé à faire une évaluation plus approfondie auprès de délinquants violents.
Tableau 1
Administration de la NAS (partir B) au moyen du SIGQ (n=51) ou de la m/thode papier-crayon (n=51) |
||||
Administration |
Moyenne |
Écart type |
Test retest aprés un mois |
Coefficient |
| SIGQ | 48,3 |
15,1 |
0,86 |
0,95 |
| Papier-crayon | 50,3 |
15,0 |
0,84 |
0,88 |
L'étude d'évaluation a servi à comparer le temps requis pour répondre à la même batterie de tests au moyen des deux méthodes. On a également comparé la validité des résultats obtenus par ordinateur des échelles de la recherche de stimulus et de l'insensibilité du test d'évaluation dimensionnelle des problèmes de la personnalité (Dimensional Assessment of Personality Problems DAPP6) à celle des versions papier-crayon.
L'étude a englobé 28 délinquants violents admis consécutivement et assignés par alternance à un groupe ou un autre. La batterie de tests psychologiques a été divisée en deux de manière à être présentée en deux séances. Environ 550 questions ont été administrées à chacune des séances. Aux membres du premier groupe, on a administré la première moitié de la batterie de tests au moyen du SIGQ et l'autre moitié au moyen de la méthode traditionnelle papier-crayon. Les membres du second groupe ont répondu à la première moitié de la batterie de tests au moyen de la méthode papier-crayon et à la deuxième moitié, au moyen du SIGQ. Comme on peut le voir dans le graphique, il faut moins de temps pour répondre à la batterie de tests au moyen du SIGQ. Celui-ci a permis en moyenne d'épargner environ une demi-heure par délinquant, ce qui représente une économie de temps de 30%. De plus, les programmes de codage automatique du SIGQ réduisent de façon marquée le temps requis pour coder chaque test et éliminent les possibilités d'erreurs.
Graphique 1
L'évaluation comprenait une entrevue avec chacun des 28 délinquants. Des notations cliniques ont été obtenues pour les dimensions de la recherche de stimulus et de l'insensibilité visées par les échelles correspondantes du DAPP. Les corrélations entre les résultats de l'auto-évaluation et les notations cliniques sont présentées au tableau 2. Il y avait une corrélation plus forte entre les échelles administrées au moyen du SIGQ (n = 14) et les notations cliniques respectives qu'entre celles-ci et les échelles administrées au moyen de la méthode papier-crayon.
Tableau 2
Comparaisons quant à la validité entre la
méthode du SIGQ et la méthode papier crayon |
||
Méthode d'auto-évaluation |
||
Notation clinique |
SIGQ (n=14) |
Paier-crayon (n=14) |
| Recherche de stimulus | 0,53 |
0,11 |
| Insensibilité | 0,59 |
0,06 |
L'utilisation du SIGQ pour évaluer les délinquants violents présente de nombreux
avantages. Pour les questions sur la colère qui sont plus liées à la situation,
les résultats de l'étude semblent indiquer que l'administration informatisée
offre une plus grande fiabilité. Dans le SIGQ, les questions sont présentées
l'une après l'autre, et la personne doit donner une réponse avant de passer à la
question suivante. Cela empêche de revenir à des questions et d'examiner les suivantes,
ce qui
en retour entraîne une présentation plus normalisée. Il s'agit là d'un
avantage important non seulement sur le plan de la fiabilité mais aussi sur le plan pratique
puisqu'il permet de mieux prévoir les comportements visés.
En ce qui concerne l'emploi du temps, les participants répondent plus rapidement aux questions administrées par ordinateur, et aucune propriété des échelles n'est perdue.
Cette étude semble indiquer que l'utilisation du SIGQ augmente la validité des résultats obtenus pour certains aspects du contenu liés à la violence.
L'administration informatisée de tests psychologiques au moyen d'un programme comme le SIGQ
peut accroître la confiance dans nos méthodes d'évaluation et aider à
prendre des décisions plus éclairées dans de bons délais et d'une
manière rentable.
2.` NOVACO, R.W., &laqno;Anger as a Risk Factor for Violence Among the Mentally Disordered», in : Violence and Mental Disorder: Developments in Risk Assessment, J. Monahan et H. Steadman (dir.), Chicago, University of Chicago Press, 1994, p. 21-59.
3. NOVACO, R.W., communication personnelle, juillet 1996.
4. Le coefficient alpha est une mesure de fiabilité qui traduit
la cohésion d'un test, celle-ci pouvant varier entre 0,15 et 0,95
de
très faible à très forte.
5. HOLDEN, R.R., FEKKEN, G.C. et COTTON, D.H.G., &laqno;Clinical
Reliabilities and Validities of the Microcromputerized Basic Personality
Inventory », Journal of Clinical Psychology, 46, 1990,
p. 815-849.
6. LIVESLEY, W.J. et JACKSON, D.N., Manual for the Dimensional Assessment of Personality Problems Basic Questionnaire, Port Huron, Michigan, Sigma, sous presse.