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Les domaines de besoins du délinquant : « Comportement dans la collectivité »

Cet article expose les résultats d'une méta-analyse quantitative portant sur le rapport de prévision entre les variables du comportement dans la collectivité et la récidive chez l'adulte. Vingt études ont été prises en considération et elles ont produit 79 tailles d'effet. La taille d'effet moyenne pondérée obtenue était de 0,10. Les loisirs ont donné la taille d'effet la plus forte, suivis par les finances, le logement et le soutien (utilisation ou connaissance des services sociaux). La conduite personnelle (définie en fonction de la présentation personnelle et de l'hygiène) et la santé ne sont pas liées à la récidive. La littérature spécialisée sur la récidive ne fait pas état d'études portant sur les problèmes de communication et les antécédents en matière d'interventions communautaires. Les résultats de cette méta-analyse permettent de proposer des moyens d'améliorer l'utilité de la composante du comportement dans la collectivité du Système d'identification et d'analyse des besoins des détenus (SIABD).

Depuis quelques dizaines d'années, on accorde beaucoup d'importance à l'identification des facteurs de risque liés à la récidive criminelle. Pourtant, peu d'études sur la prévision ont été consacrées aux variables à caractère communautaire, comme le logement, les finances personnelles et les loisirs. Récemment, le Groupe d'étude sur la réinsertion sociale du Service correctionnel du Canada a recommandé &laqno; que l'on examine la conception et l'application du Système d'identification et d'analyse des besoins des délinquants (SIABD) pour s'assurer qu'il sert véritablement à déterminer et à classer par ordre de priorité les besoins des délinquants qui sont directement liés au comportement criminel2 ». C'est pour cette raison que ce rapport donne un aperçu de la littérature spécialisée sur la prévision qui se rapporte au domaine du comportement dans la collectivité du SIABD ainsi qu'à la récidive criminelle chez l'adulte. Dans ce numéro, Brown donne une description détaillée du SIABD et de ses diverses composantes.

Méthodologie

Une méta-analyse a examiné le rapport de prévision entre les variables du comportement dans la collectivité et la récidive chez l'adulte. La méta-analyse est une technique statistique qui rassemble les conclusions de plusieurs études indépendantes. Les résultats de chaque étude sont convertis sous forme d'une mesure commune appelée taille d'effet (p. ex., un coefficient de corrélationr de Pearson), afin d'en permettre la comparaison. Bien qu'il soit possible d'utiliser aussi bien des tailles d'effet pondérées et non pondérées, on considère généralement que la taille d'effet pondérée est plus précise, car elle définit la taille de la corrélation en fonction de la taille de l'échantillon.

Nous avons réalisé une recherche approfondie dans la littérature spécialisée sur la récidive chez les adultes, publiée entre janvier 1974 et février 1998 en nous servant de deux bases de données informatisées, soitPsycLIT et leNational Criminal Justice Reference Service. Les termes de recherche par mots clés comprenaient les composantes principales, les sous-composantes et les indicateurs définis dans le domaine du comportement dans la collectivité du SIABD. Ces termes ont fait l'objet d'une interrogation séparément, puis en combinaison avec la récidive, la mise en liberté sous condition et la révocation de la liberté sous condition.

Seules les études répondant aux critères suivants ont été retenues :

  • elles devaient examiner le rapport entre les variables du comportement dans la collectivité et la récidive chez l'adulte;
  • elles devaient (contenir assez d'information statistique pour permettre de calculer des tailles d'effet;
  • elles devaient mesurer la variable de l'intérêt avant que le délinquant récidive.

Ces critères ont fait en sorte que la méta-analyse s'est limitée à 20 études. Notre définition de la récidive comprenait les arrestations, les accusations, les réincarcérations, les nouvelles condamnations et les violations techniques. Lorsque les études faisaient état de plusieurs actes de récidive, seul le plus grave a été retenu. De même, si plusieurs périodes de suivi étaient signalées, seule la plus longue a été prise en considération.

Parmi les études retenues, certaines contenaient des variables du comportement dans la collectivité non comprises dans le SIABD. C'est pourquoi les analyses ont porté sur deux autres catégories, soit les compagnons de vie (comparaison entre les délinquants vivant seuls et les délinquants vivant avec d'autres personnes) et le comportement dans la collectivité durant l'enfance (stabilité du logement durant l'enfance et stabilité financière des parents).

Résultats

Les vingt études retenues ont produit 79 tailles d'effet. Les échantillons canadiens représentent plus de 80 % de ces tailles d'effet. D'autre part, plus de 50 % des tailles d'effet proviennent de rapports inédits (rapports gouvernementaux, thèses et mémoires universitaires, etc.) et d'échantillons composés d'hommes. Par ailleurs, plus de 70 % des rapports comportent une période de suivi de plus de six mois.

Environ la moitié des tailles d'effet ont été obtenues au moyen d'échelles de cotation dichotomiques ou à niveaux multiples. De plus, l'Inventaire du niveau de supervision3 et sa nouvelle version, l'Inventaire du niveau de service ­ Révisé4, sont à l'origine de 25 % des tailles d'effet; l'Échelle d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité5 compte pour 7,5 %; la composante &laqno; collectivité » du SIABD6 compte pour 7,5 % également et les 10 % qui restent n'ont pas été rapportés ou ont été obtenus au moyen d'autres méthodes d'évaluation du risque et des besoins.

Plusieurs variables modératrices potentielles qui sont décrites dans la littérature spécialisée ont aussi fait l'objet d'une série d'analyses. Ce genre d'analyse sert à déterminer si les tailles d'effet observées varient en fonction de certains facteurs comme le sexe ou la source de l'étude (c'est-à-dire publiée ou inédite). Quoi qu'il en soit, seule la source des études s'est révélée être une variable modératrice de la taille d'effet statistiquement significative. Plus précisément, les articles publiés (Mr = 0,17) ont donné une taille d'effet plus importante que les articles inédits (Mr = 0,11). Cette constatation n'a rien d'étonnant, car les articles publiés écartent le plus souvent les résultats non significatifs. C'est pourquoi les résultats ne reflètent pas une préférence pour un type de publication puisque plus de la moitié des tailles d'effet proviennent de rapports inédits.

Conclusions

Les résultats de cette méta-analyse démontrent qu'un bon nombre des éléments mesurés dans le domaine du fonctionnement dans la collectivité du SIABD font ressortir efficacement les besoins liés à la récidive criminelle. L'appui empirique va de modéré à fort en ce qui concerne les composantes principales du logement, des finances personnelles, du soutien et des loisirs. Il est toutefois faible en ce qui concerne les composantes de la conduite personnelle et de la santé. Les composantes principales de la communication et de l'intervention (telles que les définit le SIABD) ne sont pas traitées dans la littérature spécialisée sur la récidive. Nous n'avons donc pu déterminer leur lien avec le comportement criminel.

Les résultats de cette méta-analyse font ressortir quelques améliorations qui pourraient être apportées au domaine du comportement dans la collectivité. Tout d'abord, il y aurait sans doute lieu de supprimer toute composante principale qui ne sert pas à définir les besoins liés au comportement criminel. La santé et la conduite personnelle pourraient donc retirées. En revanche, ces variables pourraient être conceptualisées en fonction des besoins non criminogènes, c'est-à-dire des facteurs qui nécessitent une intervention, mais qui ne sont pas liés à la récidive criminelle. Comme notre population carcérale continue de vieillir, il pourrait devenir important de faire une plus grande place à ce type de variable au chapitre de l'intervention. En outre, le mandat juridique du Service lui impose l'obligation d'exercer un &laqno; contrôle humain » dans le cadre de la gestion et de l'administration des peines. Nous pourrions peut-être mesurer ces besoins à l'aide d'un instrument complètement différent ou encore les évaluer tous ensemble dans un nouveau domaine qui s'appellerait « Besoins non criminogènes ».

À l'heure actuelle, le domaine du comportement dans la collectivité comprend 8 composantes principales, 17 sous-composantes et 21 indicateurs. Il pourrait être utile de simplifier les sous-composantes et les indicateurs des autres composantes principales. Tout d'abord, il serait peut-être sage de fusionner les sous-composantes similaires du point de vue conceptuel, comme les finances personnelles et le soutien. Ensuite, la fusion des indicateurs associés aux loisirs, aux finances personnelles et au logement pourrait contribuer à atténuer toute redondance inutile. Enfin, comme la majorité des indicateurs ne sont pas mentionnés dans la littérature spécialisée, on pourrait utiliser à profit les indicateurs qui restent pour faciliter la notation de l'instrument. Ces modifications pourraient améliorer la clarté et l'utilité pratique de l'instrument sans compromettre sa valeur de prévision.

Malgré le manque d'appui empirique à quelques composantes et indicateurs, la majorité des variables relatives au comportement dans la collectivité actuellement présentes dans le SIABD obtiennent un appui empirique plus fort que les autres variables (c.-à-d., les compagnons de vie et le comportement dans la collectivité durant l'enfance). De toute évidence, le SIABD fait ressortir efficacement les facteurs au comportement dans la collectivité liés au comportement criminel; une validation plus poussée et des consultations sur le terrain permettraient d'améliorer encore l'utilité pratique de cet instrument dynamique.


1. 340, avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.

2. Service correctionnel du Canada,Groupe de travail sur la réinsertion sociale,Rapport final, 1997, disponible auprès de la Direction de la réinsertion sociale des délinquants, Service correctionnel du Canada, 340, avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.

3. ANDREWS, D. A.The Level of Supervision Inventory, Toronto (Ontario), Ministère des Services correctionnels, 1982.

4. ANDREWS, D. A. et BONTA, J.The Level of Service Inventory -- Revised, Toronto (Ontario), Multi-Health Systems, Inc., 1995.

5. MOTIUK, L. L. et PORPORINO, F. J.Évaluation des besoins et du risque chez les détenus : Étude de mises en liberté sous condition, Rapport R-01, 1989, Ottawa (Ontario), Service correctionnel du Canada.

6. MOTIUK, L. L. et BROWN, S. L.La validité du processus de détermination et d'analyse des besoins des délinquants dans la collectivité, Rapport R-34, 1993, Ottawa (Ontario), Service correctionnel du Canada.