Les tendances de la criminalité juvénile en Colombie-Britannique
par Naomi Lee1
Division de la recherche et de la statistique, Ministère de la Justice du
Canada
Cet article présente les conclusions d’une étude sur les dossiers judiciaires d’un échantillon d’adolescents de la Colombie-Britannique nés entre 1972 et 1975. Les données ont été recueillies grâce à l’Enquête auprès des tribunaux de la jeunesse (ETJ) réalisée par le Centre canadien de la statistique juridique et le système informatique de la Colombie-Britannique «Young Offender Registry ». Ces données brossent un tableau unique de la criminalité et des expériences judiciaires des individus soumis aux dispositions de la Loi sur les jeunes contrevenants (LJC) entre 1984, année où le plus âgé a eu 12 ans, et 1993, année où le plus jeune a eu 18 ans.
Cette étude démontre l’utilité des données de l’ETJ basées sur la date de naissance ou la génération dans les recherches reliées à l’élaboration de politiques. Cet article traite surtout des dossiers judiciaires des jeunes qui font état d’infractions contre la personne ou avec une arme. Les profils âge-crime sont aussi présentés pour comparer le choix de stratégies de prévention et de réaction pour réduire différents types de crimes chez les jeunes.
Prévalence des dossiers judiciaires des adolescents et fréquence des infractions
Environ 12 % de la population masculine et 3 % de la population féminine nés entre 1972 et 1975 ont été condamnés pour au moins une infraction en vertu de la Loi sur les jeunes contre venantsen Colombie - Britannique .
Les dossiers judiciaires de 10 904 contre venants adolescents comprennent six fois plus de condamnations que ceux de 2 603 contrevenantes — soit 38 314 contre 6 326, ou 85 % de 44 640 infractions au total. Les garçons ont en moyenne 3,5 condamnations et les filles 2,4. La proportion des dossiers contenant une seule infraction est sensiblement plus forte chez les filles que chez les garçons, soit 57 % contre 44 %.
Tableau 1
Condamnations selon le sexe et
le type d’infractions
|
||||
Contrevenant
|
Infraction
|
Nombre
|
Proportion
|
Proportion
cumulative |
| Garçon | Introduction par effraction | 7,617
|
0,171
|
—
|
| Garçon | Vol de moins de 1 000$ | 7,573
|
0,170
|
0,340
|
| Garçon | Manquement à une condition | 4,261
|
0,095
|
0,436
|
| Garçon | Recel | 3,775
|
0,085
|
0,520
|
| Garçon | Méfait | 2,943
|
0,066
|
0,586
|
| Fille | Vol de moins de 1 000$ | 1,979
|
0,044
|
0,631
|
| Garçon | Voies de fait simples | 1,777
|
0,040
|
0,670
|
| Garçon | Vol de plus de 1 000$ | 1,609
|
0,036
|
0,706
|
| Fille | Manquement à une condition | 1,171
|
0,026
|
0,733
|
| Garçon | Défaut de comparaître | 1,094
|
0,025
|
0,757
|
| Garçon | Possession de narcotiques | 790
|
0,018
|
0,775
|
| Fille | Voies de fait simples | 596
|
0,013
|
0,788
|
| Garçon | Vol d’un véhicule automobile |
510
|
0,011
|
0,800
|
| Garçon | Vol | 495
|
0,011
|
0,811
|
| Garçon | Possession d’une arme | 477
|
0,011
|
0,821
|
| Garçon | Agression avec une arme | 475
|
0,011
|
0,832
|
| Garçon | Agression sexuelle | 403
|
0,009
|
0,841
|
| Garçon | Conduite avec facultés affaiblies | 386
|
0,009
|
0,850
|
| Garçon | Tout autre type d’infraction | 4,129
|
0,092
|
0,942
|
| Fille | Tout autre type d’infraction | 2,580
|
0,058
|
1,000
|
| Total | 44,640
|
1,000
|
||
Types d’infractions dans les dossiers judiciaires des jeunes contrevenants
Le Tableau 1 révèle que 15 types dinfractions comptent pour 85 % de toutes les condamnations. On peut y voir la position quoccupent les trois infractions commises le plus souvent par les filles, soit le vol de moins de 1 000 $, le manquement à une condition et les voies de fait simples, totalisant 59 % de toutes leurs infractions2.
Dans le Graphique 1, les infractions commises par les garçons et par les filles sont réparties séparément par catégories plus vastes. La plus grande des « infractions contre les biens mixtes ou punissables sur déclaration sommaire de culpabilité » représente 46 % des condamnations chez les filles et 40 % chez les garçons.
Tableau 2
Nombre de contrevenants condamnés,
par type d’infraction
|
||||
Type d’infraction
|
Garçons
|
Proportion
|
Filles
|
Proportion
|
| Contre la personne ou avec une arme |
2,790
|
0,256
|
602
|
0,23
|
| Contre les biens, acte criminel | 4,247
|
0,389
|
368
|
0,14
|
| Contre les biens, infraction mixte ou punissable sur déclaration sommaire de culpabilité |
7,120
|
0,653
|
1,776
|
0,682
|
| Administration de la justice | 2,560
|
0,235
|
592
|
0,23
|
| Autre | 2,199
|
0,202
|
405
|
0,16
|
| N | 10,904
|
2,603
|
||
Tableau 3
Proportion de contrevenants ayant
commis une
infraction contre la personne ou avec une arme |
||||
Année de
naissance |
Proportion
|
Garçons
|
Proportion
|
Filles
|
| 1972 | 0,22 sur
|
2,761
|
0,19 sur
|
623
|
| 1973 | 0,25 sur
|
2,777
|
0,22 sur
|
640
|
| 1974 | 0,26 sur
|
2,734
|
0,23 sur
|
670
|
| 1975 | 0,29 sur
|
2,632
|
0,28 sur
|
670
|
| Toutes les années | 0,256 sur
|
10,904
|
0,23 sur
|
2,603
|
Graphique 1

La catégorie des infractions « contre la personne ou avec une arme » représente 13 % des condamnations chez les filles et 11 % chez les garçons. Chez les filles, cette catégorie se compose essentiellement de voies de fait (74 %). Chez les garçons cette infraction compte pour 43 % dans cette catégorie. Un autre 45 % comporte des infractions en proportions à peu près égales, le vol, la possession dune arme, lagression avec une arme et lagression sexuelle.
Dossiers avec des infractions contre la personne ou avec des armes
Bien que les infractions contre la personne ou avec une arme soient à lorigine dune proportion relativement réduite de condamnations, environ le quart des contrevenants 26 % des garçons et 23 % des filles avaient au moins une infraction de cette nature dans leur dossier judiciaire (voir le Tableau 3). Ces proportions (mais aucune autre de celles du Tableau 2) varient sensiblement et augmentent à chaque année de naissance des contrevenants, comme lindique le Tableau 3. Étant donné que le taux daugmentation est plus rapide chez les filles, le rapport entre les garçons et les filles pour cette catégorie décroît sensiblement de 5,2 contre 1 chez les contrevenants nés en 1972, à 4,2 contre 1 chez ceux qui sont nés en 1975 (voir le Graphique 2) 3.
Le nombre dinfractions contre la personne ou avec une arme sélève en moyenne à 1,5 par garçon et à 1,3 par fille. Il ny a pas de différence significative dans ces valeurs selon lannée de naissance. Cest pourquoi même si la proportion de contrevenants dans cette catégorie augmente, lintensité du comportement criminel naugmente pas. Les données de lETJ ne permettent pas de savoir si la gravité des infractions augmente avec lannée de naissance4. Les recherches qui combineraient des renseignements provenant dautres sources et portant sur les infractions commises par différentes générations de contrevenants visés par lETJ permettraient toutefois dobtenir une information objective sur les tendances quant à la gravité des infractions commises par les jeunes du Canada.
Profils âge-crime des infractions selon les dossiers des tribunaux de la jeunesse
Lun des avantages propres aux données contenues dans les dossiers judiciaires des jeunes contrevenants est quelles permettent de conna lâge de lindividu au moment où il a commis sa première infraction ainsi que le nombre dinfractions commises et de contrevenants actifs pour chaque tranche dâge. Le Graphique 3 montre les profils âge-crime pour les voies de fait simples, la seule infraction de la catégorie des infractions contre la personne ou avec une arme qui soit commune aux garçons et aux filles et qui est perpétrée fréquemment.
Ces profils montrent que les filles ont tendance à abandonner cette activité, alors que les garçons sy adonnent de plus en plus. Chez les filles, cette activité atteint un sommet à lâge de 15 ans, avec 2,1 infractions, 1,9 contrevenante et 1,6 contrevenante primaire par 1 000 filles nées entre 1972 et 1975.
Chez les garçons, la fréquence des infractions et le nombre de contrevenants et de contrevenants primaires sont en forte hausse de 14 à 16 ans et se stabilisent par la suite. À lâge de 17 ans, on compte 7,1 infractions, 6,1 contrevenants et 5,4 contrevenants primaires par 1 000 garçons.
Graphique 2

Graphique 3

Le profil âge-crime des filles dans le cas des voies de fait simples est semblable à celui des infractions commises par les filles en général (voir le Graphique 3). Chez les garçons cependant, le profil diffère significativement de celui des infractions commises plus fréquemment, comme lintroduction par effraction et le vol de moins de 1 000 $, pour lesquels le sommet dactivité se situe à 15 et 16 ans respectivement, et les rapports entre le nombre dinfractions et le nombre de contrevenants actifs sont plus élevés (voir les Graphiques 4 et 5).
Les profils présentés aux Graphiques 3 à 5 montrent à quel point le système des tribunaux de la jeunesse pourrait réduire la diversité des infractions. Le système de justice traite les infractions après le fait et ne peut exercer aucune influence sur la prévalence des contrevenants primaires. Le système peut seulement prévenir la récidive. De ce point de vue, le meilleur scénario serait celui où le rapport entre le nombre de contrevenants et le nombre de contrevenants primaires serait égal un à un, cest-à-dire où toutes les infractions seraient des premières infractions. Il resterait à déterminer dans quelle mesure un tel scénario pourrait être attribué spécifiquement au système de justice. Il permettrait néanmoins de savoir que toute réduction éventuelle du nombre dinfractions serait attribuable à des facteurs indépendants du système, qui auraient pour effet de prévenir les infractions. Les profils des voies de fait simples commises par les garçons et les filles, au Graphique 3, sapparentent à un tel scénario.
Les Graphiques 4 et 5 montrent toutefois une différence plus prononcée entre les contrevenants et les contrevenants primaires, et pour les garçons cette différence saccroît constamment avec lâge. Ceci laisse supposer que le système judiciaire pourrait encore être amélioré de manière à freiner la récidive. Le Graphique 6 illustre laugmentation du rapport entre le nombre de contrevenants masculins et le nombre de contrevenants primaires condamnés pour introduction par effraction et vol de moins de 1 000 $, qui passe à 1,4 contre 1 à 17 ans, et pour voies de fait simples, qui passe à 1,13 contre 1. Le pire scénario, quel que soit le type dinfraction, serait une augmentation constante de la fréquence des infractions et du nombre de contrevenants à la suite dune diminution du nombre de contrevenants primaires. Les Graphiques 4 et 5 indiquent toutefois une diminution importante de toutes les mesures après un sommet, ce qui constitue un signe encourageant, mais quon ne peut pas nécessairement attribuer entièrement au système des tribunaux de la jeunesse. Cette diminution pourrait être attribuable, par exemple, à une tendance naturelle des jeunes à abandonner de telles activités.
Graphique 4

Graphique 5

Analyse
Ces profils âge-crime ne tiennent pas compte où a eu lieu la première intervention de la jeunesse ou, en dautres nombre réel dinfractions commises après chacun des premiers jugements. est possible que certains sujets aient des infractions à différents âges avant jugement, on pourrait soutenir que pourraient exagérer lefficacité réelle de la jeunesse en matière de de la récidive. Quoi quil en soit, ces profils permettent de croire quil est possible dadopter des stratégies de prévention plutôt que de réaction pour réduire le nombre dinfractions commises par chaque génération de jeunes.
Graphique 6

Tous les profils illustrés aux Graphiques 3 à 5 démontrent limportance de la prévention. En effet, peu importe lâge, les contrevenants primaires sont en nombre supérieur. De plus, laugmentation importante du nombre dintroductions par effraction et de vols de moins de 1 000 $ entre 12 et 15 ans dÈmontre que la prévention pourrait avoir un effet certain sur les activités criminelles en général.
Cela ne diminue pas le rôle important des tribunaux de la jeunesse en ce qui concerne la réduction de la récidive, particulièrement chez les jeunes contrevenants. Une analyse plus approfondie, axée sur la récidive, devrait démontrer que ce rôle est important. Les profils âge-crime présentés ici ont pour seul but de mettre en évidence limportance relative de la prévention.
1. 284, rue Wellington, Ottawa (Ontario) K1A 0H8.
2. Les jeunes contrevenants nés entre 1972 et 1975 ont été soumis aux dispositions de la Loi sur les jeunes contrevenants avant que la limite de 1 000 $ relative à la valeur des biens volés, définissant le vol comme une infraction punissable sur déclaration sommaire de culpabilité, ne soit portée à 5 000 $ dans le Code criminel.
3. Même si ces comparaisons selon lannée de naissance reposent sur les proportions de jeunes contrevenants jugés et condamnés par les tribunaux, on obtient des résultats similaires avec les populations susceptibles dêtre traduites devant les tribunaux de la jeunesse : la répartition globale des contrevenants varie très peu selon lannée de naissance, mais la proportion de ceux qui ont commis une infraction contre la personne ou avec une arme augmente.
Il faut rappeler que le nombre de jeunes ayant commis des infractions comptant parmi les plus graves, comme lhomicide, est extrêmement faible et que rien ne laisse supposer une tendance dans cette catégorie.