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Un profil du jeune délinquant sexuel

par Marlo Gal1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada

et Robert D. Hoge2
Département de psychologie, Université Carleton

On a estimé que les jeunes délinquants sexuels sont Ocoupables de plus du tiers de toutes les agressions sexuelles3. On a également constaté que la moitié des délinquants adultes condamnés avaient commis leur première infraction sexuelle pendant leur adolescence4 et que l’un des meilleurs prédicteurs de la délinquance sexuelle chez l’adulte est la délinquance sexuelle précoce5. La connaissance des caractéristiques du jeune délinquant sexuel peut donc être utile pour identifier les variables étiologiques liées à la délinquance sexuelle et pour élaborer des programmes d’intervention. Cet article donne un bref aperçu de certaines des caractéristiques les plus couramment citées du jeune délinquant sexuel.

Antécédents de mauvais traitements

Beaucoup de jeunes délinquants sexuels disent que leur première expérience sexuelle a été marquée par la violence. Par exemple, Longo6 en a évalué 17 et il a constaté que, pour 13 d’entre eux, la première expérience sexuelle est survenue avant l’âge de 12 ans et plus de la moitié avaient été agressés sexuellement pendant leur enfance.

La relation entre les mauvais traitements et les violences ou la délinquance sexuelle ultérieure a fait l’objet de nombreuses études, bien que son rôle dans la délinquance sexuelle ultérieure reste discuté. Les pourcentages signalés de jeunes délinquants sexuels qui ont été victimes d’agression physique ou sexuelle vont de moins de 20 %7 à plus de 50 %8. Toutefois, certains chercheurs9 n’ont pu trouver des taux plus élevés de victimisation sexuelle chez les jeunes délinquants sexuels.

Bien que l’on n’ait pas montré que des antécédents de mauvais traitements pouvaient prédire la délinquance sexuelle, leur fréquence chez les jeunes délinquants sexuels semble indiquer qu’il ne faut pas ignorer cette question et des chercheurs10 ont conclu que le lien entre victimisation sexuelle et délinquance ultérieure demande à être précisé.

Aptitudes sociales et relations avec les pairs

On a émis l’hypothèse que le comportement sexuel inopportun découle d’insuffisances en matière d’aptitudes sociales. De nombreux chercheurs11 ont constaté que les jeunes délinquants sexuels manquent d’aptitudes sociales, tendent à être solitaires et sont socialement isolés. Lorsque Schram et al. ont évalué les aptitudes sociales de jeunes délinquants sexuels ils ont constaté que plus de la moitié étaient des adolescents solitaires et qu’ils étaient isolés de leurs pairs. En outre, plus des deux tiers d’entre eux avaient des carences en matière d’aptitudes sociales, tandis que la moitié environ en avaient en éducation, conscience de soi et connaissances en matière sexuelle. C’est ce que l’on a également constaté par rapport à d’autres jeunes délinquants violents. Par exemple, Fagan et Wexler12 ont constaté qu’ils étaient davantage socialement et sexuellement isolés que d’autres jeunes délinquants violents.

Des chercheurs ont également laissé entendre qu’il pouvait y avoir une relation entre des déficiences particulières en matière d’aptitudes sociales et le type de délinquant sexuel (agresseur d’enfants ou violeur). Par exemple, Chewning13 a constaté que l’adolescent agresseur d’enfants avait généralement moins de relations intimes et moins d’amis de sexe féminin que d’autres délinquants et non-délinquants de sexe masculin. De même, Deisher et al.14 ont constaté que l’adolescent agresseur d’enfants avait peu d’aptitudes sociales, était socialement isolé de ses pairs et n’avait guère d’estime de soi.

Plus récemment, Ford et Linney15 ont examiné les aptitudes sociales et les relations interpersonnelles de quatre groupes de jeunes délinquants : violeurs, agresseurs d’enfants, délinquants violents autres que sexuels et délinquants non violents. Ils n’ont constaté aucune différence dans l’aptitude constatée à établir des relations avec les pairs. Toutefois, l’examen du comportement manifeste et souhaité chez autrui dans des situations de relations interpersonnelles a donné certains résultats intéressants. Les agresseurs d’enfants ont manifesté une plus grande préférence pour amorcer le comportement d’inclusion que pour en être le destinataire. Ils manifestent le plus grand désir de contrôler les relations interpersonnelles en donnant des ordres ou en dominant autrui.

Il semble y avoir des indications à l’appui de la notion selon laquelle certaines carences en matière d’aptitudes sociales sont liées à certains types de délinquance. Awad et Saunders ont constaté que les agresseurs étaient généralement moins socialement isolés que les membres d’un groupe témoin d’agresseurs d’enfants et avaient des pairs plus âgés par rapport à d’autres délinquants, tandis que l’on constatait que les agresseurs d’enfants étaient continuellement isolés de leurs pairs du même âge.

Toxicomanie

La relation entre toxicomanie et criminalité violente a fait l’objet de nombreuses études concernant les adultes16. L’étude de cette question a également touché les adolescents. Par exemple, Schram et al. ont constaté que plus du tiers de leurs jeunes délinquants sexuels avaient ou étaient soupçonnés d’avoir un problème de toxicomanie. Toutefois, seuls 14 % de leurs délinquants avaient, pensaient-ils, pris quelque chose au moment de l’infraction. Plus récemment, Hsu et Starzynski17 ont constaté que un peu plus de la moitié des adolescents violeurs examinés ont dit avoir consommé de l’alcool ou de la drogue avant l’agression. Moins du quart des adolescents agresseurs d’enfants ont signalé avoir pris l’un ou l’autre. Leurs résultats semblent indiquer que l’alcool peut jouer un rôle plus important pour ce qui est du viol que chez les agresseurs d’enfants.

Becker et Stein ont interrogé des jeunes délinquants sexuels au sujet de l’effet, selon eux, de l’alcool sur l’excitation sexuelle. Sur les adolescents qui ont avoué avoir consommé de l’alcool, seuls 11 % ont dit que cela avait accru leur excitation tandis que, pour les autres, cela n’avait eu aucun effet. Chose intéressante, les délinquants qui ont dit que l’alcool accroissait leur excitation avaient fait plus de victimes que ceux qui prétendaient que l’alcool n’avait eu aucun effet dans ce domaine.

L’examen de ces ouvrages semble indiquer qu’il y a un lien entre la toxicomanie et la délinquance sexuelle chez l’adolescent, bien que ce lien soit plus faible que celui observé chez les adultes. Il semble également que la toxicomanie joue un rôle plus important dans le cas du viol que dans celui de l’agression contre des enfants.

Antécédents de délinquance sexuelle

Les antécédents sont l’un des meilleurs prédicteurs de la délinquance sexuelle. Il semble donc que l’examen du comportement criminel de l’adolescent soit une variable qu’il est essentiel d’examiner. Fehrenbach et al. ont constaté que 58 % des jeunes délinquants sexuels de leur échantillon ont pris part à au moins une infraction sexuelle avant leur infraction sexuelle selon l’index, tandis que d’autres chercheurs ont constaté que moins de 10 % d’entre eux avaient commis auparavant une infraction sexuelle. Toutefois, il est à noter que, selon Schram et al., près du tiers des délinquants ont dit avoir commis au moins un autre crime sexuel pour lequel ils n’ont pas été condamnés.

Dans l’ensemble, le pourcentage des jeunes délinquants sexuels ayant déjà été condamné pour une infraction sexuelle est assez faible. Toutefois, il existe certaines indications qui montrent un plus fort degré de comportement sexuel délinquant non signalé. La nature et la gravité de ces comportements doivent être examinées plus avant.

Caractéristiques familiales

Les relations familiales contribuent à la perception qu’ont les gens du monde extérieur et des gens qui les entourent. Les relations et les caractéristiques familiales ont fait l’objet de nombreuses études dans les ouvrages sur les jeunes délinquants sexuels18. Les études qui examinent les caractéristiques familiales de ces délinquants sont très discutées; certains chercheurs19 ne constatant aucune différence dans le fonctionnement familial entre jeunes délinquants sexuels et autres délinquants, certains trouvant des différences importantes dans le fonctionnement familial.

Hsu et Starzynski ont examiné les antécédents familiaux de 15 adolescents violeurs et de 17 agresseurs d’enfants et constaté que les familles dans les deux groupes étaient extrêmement perturbées et que les deux groupes ne différaient pas sensiblement selon le degré de fonctionnement familial. Toutefois, Saunders et Watt20 ont dit que les violeurs provenaient de milieux plus perturbés, caractérisés par la séparation depuis longtemps de parents et d’enfants, tandis que les agresseurs d’enfants provenaient plus souvent de milieux familiaux où l’on constatait une forte incidence de violence familiale, peu de liens affectifs et la désorganisation.

Des antécédents de victimisation chez un ou plusieurs des membres de la famille du jeune délinquant sexuel ont été signalés dans un certain nombre d’études. Par exemple, Becker et al.21 ont constaté que les mères d’auteurs d’actes incestueux révélaient plus souvent leur propre victimisation précoce, leur dysfonctionnement sexuel ultérieur et leur expérience de la psychothérapie que les mères d’autres délinquants. De même, Hsu et Starzynski ont constaté qu’environ 10 % des mères ont signalé des antécédents de violence sexuelle. Selon Schram et al., plus de 40 % des délinquants ont dit avoir un frère ou une sœur qui avait été victime d’agression sexuelle. Kahn et Chambers ont constaté qu’un peu plus du tiers des frères ou sœurs de leurs délinquants avaient été victimes d’agression sexuelle commise par quelqu’un d’autre que le délinquant.

La violence intrafamiliale est couramment signalée. Fagan et Wexler ont constaté que la violence parentale et la violence à l’égard des enfants étaient plus courantes dans les familles des jeunes délinquants sexuels que d’autres délinquants violents. En outre, d’autres ont constaté qu’environ la moitié des jeunes délinquants sexuels avaient été soumis à des violences intrafamiliales ou en avaient été témoins.

Une autre constatation courante dans les ouvrages sur les jeunes délinquants sexuels est que la plupart d’entre eux proviennent de familles monoparentales ou qu’ils ont été séparés de leurs parents. Par exemple, selon Becker et al., le tiers des délinquants seulement vivaient avec leur père et leur mère, le tiers avec leur mère, et les autres, avec quelqu’un d’autre que leurs parents (p. ex., foyer d’accueil, centre de détention, foyer collectif ou grand-parents). Graves et al. ont appliqué des techniques méta-analytiques à des articles publiés au cours des vingt dernières années pour connaître les caractéristiques démographiques et parentales des jeunes délinquants sexuels. Ils ont constaté que plus des trois quarts des auteurs d’agressions sexuelles et moins de la moitié des agresseurs d’enfants et des auteurs d’infractions mixtes provenaient de familles monoparentales. En outre, plus de la moitié des pédophiles ont dit qu’ils ont vécu dans des foyers d’accueil.

Des antécédents de toxicomanie parentale ont également été constatés. Hsu et Starzynski ont remarqué que, pour la moitié des délinquants, au moins le père ou la mère était alcoolique. La proportion de mères consommant de l’alcool, chez les pédophiles et les auteurs d’infractions mixtes, était d’environ 40 % tandis que, chez les agresseurs, elle était de moins de 20 %. Par contraste, il y a peu de variabilité dans la proportion globale de pères consommant de l’alcool, qui était supérieur à 50 %. En outre, on a observé que 62 % des pères et 43 % des mères faisaient usage de drogues illicites ou consommaient excessivement des drogues légales.

Ford et Linney ont noté que plus de la moitié des délinquants n’avaient aucun antécédent criminel familial. Toutefois, selon Smith22, des infractions sexuelles plus graves avaient été commises par les jeunes délinquants sexuels dont la famille étendue comptait un autre délinquant sexuel.

En résumé, les familles des jeunes délinquants sexuels peuvent être décrites comme perturbées, avec un taux élevé de violence (tant physique que sexuelle) et un taux élevé de toxicomanie. En outre, la plupart des jeunes délinquants sexuels proviennent de familles monoparentales ou ont été séparés de leurs parents.

Accès à l’information sur la sexualité

Le type de moyen utilisé pour se renseigner sur la sexualité reflète souvent la nature des attitudes des gens à cet égard. On a étudié cette question en ce qui concerne les adolescents. Becker, Cunningham-Rathner et Kaplan23 ont demandé aux jeunes délinquants sexuels quelle était leur principale source d’information sur la sexualité. Le quart d’entre eux ont répondu qu’ils ont eu de l’information au sujet de la sexualité à l’école, les trois cinquièmes par une expérience personnelle, leurs pairs ou des membres de la famille, et le reste, par les médias ou d’autres sources. Ford et Linney ont révélé que plus de 40 % des délinquants sexuels avaient été exposés à des magazines pornographiques très explicites tandis que moins de 30 % des délinquants autres que sexuels l’avaient été. Les délinquants sexuels ont également été exposés à du matériel pornographique à un jeune âge. Les agresseurs d’enfants ont été plus souvent exposés à la pornographie.

Becker et Stein ont constaté que près de 90 % des délinquants avaient utilisé des productions explicites du point de vue sexuel et que les trois quarts de ces délinquants ont dit que ces productions accroissaient leur excitation. La source la plus souvent citée de productions explicites du point de vue sexuel était les magazines, suivis des films vidéo, de la télévision et des livres.

L’examen des ouvrages indique que les jeunes délinquants sexuels ont été exposés à plus de pornographie et exposés à un plus jeune âge que tout autre groupe d’adolescents. Il semble que les agresseurs d’enfants soient exposés à la pornographie plus souvent que les violeurs.

Conclusions et recommandations

Ces efforts pour reconnaître les caractéristiques des adolescents qui se livrent à une activité sexuelle inopportune ou illégale sont importants dans le contexte du modèle risque-besoins des interventions judiciaires qui suppose que celles-ci sont plus efficaces lorsqu’elles portent sur les besoins particuliers de l’individu24. Alors que certaines variables sont statiques par nature (p. ex., antécédents de délinquance) d’autres, comme les carences en matière d’aptitudes sociales, la toxicomanie et le rôle parental dysfonctionnel, peuvent être modifiées et, dans ce cas, pourraient réduire la probabilité de la délinquance. Cela a d’importantes conséquences pour les stratégies primaire, secondaire et tertiaire visant la violence sexuelle chez l’adolescent.

Si la recherche exposée dans cet article représente un début important dans la compréhension de la violence sexuelle commise par des adolescents, il reste un certain nombre de points qui réclament plus d’attention. D’abord, chacune des études n’a porté que sur un éventail limité de variables. De nombreux chercheurs25 ont présenté des analyses théoriques des causes et des variables corrélées avec un comportement criminel sérieux chez les enfants et les adolescents, tandis que d’autres26 ont examiné les recherches récentes sur cette question. Ces efforts montrent clairement que l’activité criminelle des jeunes est le produit d’un ensemble complexe de facteurs interdépendants, et que cela devrait être reconnu dans de futures recherches sur la délinquance sexuelle. Ensuite, la question de la causalité n’a pas été traitée de façon satisfaisante dans la recherche. Il faudrait envisager des moyens de mettre à l’essai des hypothèses causales. Enfin, il faut poursuivre la recherche sur l’efficacité des interventions auprès du jeune délinquant sexuel et de ceux qui risquent d’adopter ce genre de comportement.


1. 340, avenue Laurier ouest, Section 2B, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.

2. 1125, Promenade du Colonel By, Ottawa (Ontario) K1S 5B6.

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4. GROTH, A.N., LONGO, R.E. et McFADDEN, J.B. « Undetected recidivism among rapists and child molesters », Crime and Delinquency, vol. 28, 1982, p. 450-458.

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22. SMITH, W.R. « Delinquency and abuse among juvenile sex offenders », Journal of Interpersonal Violence, vol 3, 1988, p. 400-413.

23. BECKER, J.V., CUNNINGHAM-RATHNER, J. et KAPLAN, M.S. « Adolescent sex offenders: Demographics, criminal and sexual histories and recommendations for reducing future offenses », Journal of Interpersonal Violence, vol. 1, 1987, p. 431-445.

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25. CATALANO, R.F. et HAWKINS, J.D. « The Social Development Model: A theory of antisocial behavior » dans J.D. Hawkins (Ed.), Delinquency and crime: Current theories, Cambridge University Press, Cambridge (Royaume-Uni), 1996, p.149-197). Voir également LOEBER, R. et HAY, D.F. « Developmental approaches to aggression and conduct problems » dans M. Rutter and D.F. Hay (Eds.), Development through life: A handbook for clinicians, Blackwell Scientific, Boston (MA), 1994, p. 488-516; TOLAN, P.H. et LOEBER, R. « Antisocial behavior» dans P.H. Tolan and B.J. Cohler (Eds.), Handbook of clinical research and practice with adolescents, Wiley, New York, 1993, p. 307-331.

26. LIPSEY, M.W. & DERZON, J.H. « Prediction of violent or serious deliquency in adolescence and early adulthood: A synethesis of longitudinal research » dans R. Loeber and D.F. farrington (Eds.), Serious and Violent Juvenile Offenders, Sage Publications, Thousand Oaks (CA), 1998, p. 86-105.