Des services correctionnels efficaces pour les délinquantes
par Nancy L. Stableforth, sous-commissaire1
Secteur pour les délinquantes, Service correctionnel du Canada
La dernière décennie a inauguré une « nouvelle philosophie » dans le domaine correctionnel pour les femmes : 1990 est lannée où le Groupe détude sur les femmes purgeant une peine fédérale a fait ses recommandations au Service correctionnel du Canada (SCC). À cette époque-là, la population carcérale féminine sous responsabilité fédérale comptait environ 240 femmes. Plus de la moitié de ces femmes était logée dans des établissements provinciaux en vertu dun Accord déchange de services; les autres femmes étaient incarcérées à la Prison des femmes à Kingston, en Ontario.
La Prison des femmes a été construite en 1934 en tant que premier établissement fédéral pour les femmes. La Prison a été critiquée pratiquement dès son ouverture comme nétant pas appropriée (c.-à-d., manque de choix de programmes) et beaucoup trop sécuritaire. À la fin des années 1980, le Commissaire Ole Ingstrup, bien décidé à répondre à ces questions encore non réglées, a initié la création dun Groupe détude. Ce Groupe détude avait pour mandat délaborer une stratégie densemble pour la gestion des délinquantes sous responsabilité fédérale. Leur rapport intitulé La création de choix2 a servi de fondement à notre régime actuel pour les délinquantes.
Les recommandations du Groupe détude e Groupe détude a recommandé lélaboration Ldune approche holistique pour le traitement correctionnel des femmes en utilisant les cinq principes directeurs suivants :
Ces principes ont été la force motrice pour des recommandations particulières, à savoir :
En 1990, ces recommandations du Groupe détude donnaient une nouvelle définition aux services correctionnels efficaces pour les délinquantes, obtenue par consensus entre les praticiens en milieu correctionnel et les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux. Le Groupe détude a fondé cette définition sur les résultats dun procédé de consultation et des conclusions de recherche. La recherche était surtout qualitative et comportait des sondages auprès des membres du personnel et des délinquantes ainsi quun examen exhaustif de la documentation. Cétait la première fois dans lhistoire du SCC que les voix des femmes avaient un tel poids dans lélaboration dune politique stratégique.
Que sest-il passé depuis 1990?
Louverture, en 1997, du denier établissement pour les femmes montre bien lengagement du Service à faire des recommandations du Groupe détude une réalité. Alors quil y a, et quil continuera dy avoir, des débats sur le bien-fondé des interprétations des recommandations, le Service a mis en place un concept de services correctionnels efficaces fondamentalement différents pour les délinquantes sous responsabilité fédérale.
Le Service possède cinq nouveaux établissements, parmi lesquels un est entièrement consacré au ressourcement autochtone, aussi bien par sa conception que par son fonctionnement. Mais il y a encore un petit nombre de délinquantes avec des besoins particuliers qui sont incarcérées à la Prison des femmes. La majorité des délinquantes habitent dans des maisons sans la présence 24 heures sur 24 de membres du personnel. Elles ont plus de choix dans leurs activités quotidiennes et plus de responsabilités. Dautre part, les établissements régionaux ont démontré leur efficacité du point de vue sécurité, y compris la sécurité du public, pour la majorité des délinquantes. Les femmes ont démontré quelles pouvaient gérer leurs activités quotidiennes et résoudre les conflits dune manière constructive. Leur environnement de vie est plus sain et plus agréable que dans les blocs cellulaires.
Dans les établissements régionaux, les services de bénévoles et de mentors sont importants et actifs. Les délinquantes ont retiré des avantages de certains programmes et services innovateurs durant cette période de transition intensive comme par exemple, le programme de dressage canin à létablissement Nova et le Centre de réinsertion sociale à lÉtablissement dEdmonton pour femmes. Le programme mère-enfant est en place. Plusieurs délinquantes ont pu avoir leurs enfants avec elles dans leurs établissements respectifs. Cependant, il existe encore des pressions liées à lhébergement dans certains établissements. Ce qui est le plus important, cest que le Service possède une stratégie de programmes pour les délinquantes. Ceci a permis aux délinquantes de participer aux programmes conçus spécialement pour rencontrer leurs besoins et leur style dapprentissage et den retirer des avantages.
La régionalisation de la population na pas eu dincidence sur la mise en liberté. Nos données indiquent que nous avons actuellement environ 350 femmes incarcérées et 490 sous surveillance communautaire. Ceci est un bien meilleur équilibre que ce que lon a réussi à faire à ce jour pour les délinquants3. Toutefois, nous avons aussi du faire face à une réalité grandissante : nous avions besoin de faire une réévaluation et délaborer une différente gamme de stratégies pour une petite partie de notre population féminine4.
Au début de 1996, une série dévénements sest produite à lÉtablissement dEdmonton pour femmes. Lexamen et les enquêtes qui découlèrent de ces événements ont mis à jour plusieurs préoccupations. La Prison des femmes continuait aussi à être aux prises avec les questions de suicides, de comportement auto-mutilant et de besoins particuliers. Par ailleurs, les membres du personnel de létablissement Nova étaient confrontés avec la gestion de femmes qui avaient dimportants problèmes de santé mentale. Ils devaient aussi faire face aux questions de comportement qui mettaient à lépreuve les nouvelles ressources de létablissement.
En rétrospective, il nest pas surprenant quun seul modèle ne pouvait sappliquer à tous et quil ne pouvait pas être efficace pour toutes les délinquantes. Visiblement, les délinquantes ne forment pas un groupe plus homogène que tout autre groupe fondé sur une définition large; que le critère de définition soit le délinquant, lethnie, le sexe, lâge, etc. Le défi des recommandations du rapport était de trouver des stratégies alternatives appropriées pour ce groupe hétérogène.
Délinquantes dites « à sécurité maximale »
En 1996, on a pris la décision de créer des unités à sécurité maximale séparées pour les femmes qui se trouvaient dans des établissements pour hommes. Cette décision était accompagnée par lengagement à élaborer une stratégie à long terme pour les femmes dites « à sécurité maximale ». Cet engagement a provoqué un soudain accès dactivité dans le domaine de la recherche et des programmes pour appuyer lélaboration dune stratégie densemble. Il y a un consensus parmi les chercheurs et les praticiens sur limportance dutiliser des approches multidimensionnelles. Le Service a mené des recherches empiriques sur les besoins des délinquantes; il a fait des analyses et des évaluations cas par cas; il a effectué des recherches qualitatives; il a interviewé et écouté les femmes et les membres du personnel et, il a consulté les partenaires communautaires et les experts externes.
La recherche pour appuyer lélaboration dune stratégie à long terme pour les femmes dites « à sécurité maximale » est destinée à assurer que cette stratégie soit aussi efficace pour ces femmes que le modèle fondé sur la vie dans la collectivité, créé en 1990, la été pour la majorité des délinquantes. Une partie de la recherche se fait à lextérieur et de façon autonome. Le SCC ne finance pas cette recherche mais il la facilite par une coopération et un soutien accès aux données, aux délinquants et aux membres du personnel.
Évaluation et recherche
En plus de contribuer à notre stratégie de programmes, les résultats des projets dévaluation des programmes, en particulier, ont été inestimables pour tester les méthodologies de recherche qui sont appropriées pour les délinquantes. Plus précisément, les évaluations récentes des programmes5 pour les délinquantes ont été sensibles au petit nombre de participants, à linclusion des points de vue des participants et aux questions structurelles ou environnementales comme lappui des gestionnaires pour le programme.
Il est à noter que le Service vient juste de commencer à examiner les recherches en cours ou requises dans le domaine des services correctionnels existants pour les femmes pour appuyer la stratégie actuelle relative aux délinquantes. Cet examen est nécessaire pour démontrer jusquà quel point cette stratégie est efficace ou pas. Ainsi, il y a des chercheurs bien connus et respectés qui considèrent que les besoins criminogènes des délinquantes représentent un concept qui nécessite dautres recherches; que les paramètres des programmes qui sont efficaces pour les délinquantes nont pas encore obtenu une validation fondamentale; que les chemins qui mènent les femmes au crime nont pas encore suffisamment attirés lattention de la recherche; et, que les méthodologies de recherche appropriées pour les délinquantes soient spécialement élaborées et choisies pour répondre non seulement aux questions de sexe mais aussi à la réalité du petit nombre de femmes. Par conséquent, si nous voulons fermement démontrer ce que sont des « services correctionnels efficaces » pour les délinquantes, nous devons élargir le champ de la recherche. Finalement, il est primordial dutiliser une approche multidisciplinaire pour toutes tentatives de futures recherches.
Conclusion
Non seulement les éléments habituels des recherches doivent faire face aux questions concernant les délinquantes (c.-à-d., méthodologie appropriée; population éparse; cadre contextuel), mais il y a également des facteurs environnementaux qui sont en jeu. Par exemple, les questions touchant les délinquantes sont souvent situées dans un contexte très visible et sont englobées dans le débat général sur le sexe, la race et la classe. Plusieurs chercheurs ont mentionné le besoin dexplorer plus à fond ces questions6. Il est essentiel que les individus dans tous les domaines universitaires, praticiens, les fonctionnaires, les partenaires communautaires et les groupes de soutien continuent à contribuer à des services correctionnels efficaces et humanitaires pour les femmes.
1. 340, avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.
2. Groupe détude sur les femmes purgeant une peine fédérale, La création de choix : Rapport du Groupe détude sur les femmes purgeant une peine fédérale, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1990.
3. Les données indiquent quen date du mois davril 1999, il y avait environ 12 700 délinquants incarcérés et 9 200 en liberté conditionnelle. Ainsi, le rapport entre ceux qui sont incarcérés et ceux qui sont sous surveillance est beaucoup plus élevé pour les hommes [données brutes inédites, Direction de la recherche].
4. Ceci sapplique aux femmes dites « à sécurité maximale » qui forment moins de 10 % de la population carcérale féminine sous responsabilité fédérale.
5. BLANCHETTE, K. et ELJDUPOVIC-GUZINA, G. Résultats dune étude pilote du Programme dentraide des délinquantes, Rapport R-73, 1998, Ottawa, ON, Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada.
6. COLL, C.G., MILLER, J.B., FIELDS, J.P. et MATTHEWS, B. « The Experiences of Women in Prison: Implications for Services and Prevention », Women and Therapy: A Feminist Quarterly, vol. 20, no 4, 1998, p. 11-28.