Une méta-analyse dune intervention correctionnelle efficace pour les délinquantes
par D.A. Andrews et Craig Dowden1
Faculté de psychologie, Université Carleton
Selon les résultats de méta-analyses effectuées dans le passé, il existe une corrélation entre lobservation des principes du travail social, du risque, des besoins et de la réceptivité générale, et la réduction de la récidive au sein de la population carcérale générale. Toutefois, dans une étude publiée récemment, les chercheurs insistent sur la nécessité de répondre à la question de savoir si cette constatation (c.-à-d. les principes dun traitement correctionnel efficace) vaut pour la population carcérale féminine (p. 517)2. La présente méta-analyse3 visait donc à déterminer si lefficacité du traitement correctionnel des délinquantes repose sur lobservation de ces mêmes principes travail social, risque, besoins, réceptivité générale, intégrité des programmes, pratiques correctionnelles de base. Les résultats démontrent que lapplication de ces principes contribue effectivement à la réduction de la récidive chez les femmes. Cet article conclut en résumant les pratiques correctionnelles efficaces pour les délinquantes et les orientations à donner aux recherches futures.
Introduction
Les principes et les stratégies associés à lapprentissage social sur la criminalité et le traitement correctionnel sont généralement reconnus comme contribuant à la réduction de la récidive, chez les détenus comme chez les probationnaires, dans les études plus ou moins méthodiques effectuées depuis plusieurs décennies4. Ces principes englobent le classement des cas aux fins du travail social auprès des personnes qui ont des démêlés avec la justice5, lintégrité de la mise en uvre et de lexécution des programmes6, et ladéquation entre qualité des relations interpersonnelles et la structuration des interventions du personnel de correction7. Les principes du travail social, du risque, des besoins et de la réceptivité générale font maintenant lunanimité, bien quils aient été sérieusement mis en question par certains partisans dun traitement correctionnel adapté aux besoins particuliers des femmes8. Le principe de lintégrité des programmes sapplique à des questions de gestion telles que la sélection, la formation et la supervision du personnel, ainsi que la spécificité des modèles de lintensité de Enfin, selon le linfluence personnel repose sur clés : la qualité des interpersonnelles quils les délinquants; des possibilités par le renforcement des modèles bien et de des aptitudes. Les correctionnelles de à lintention de de première décrit, de façon des trois au traitement délinquantes9.
Méthodologie
L’échantillon de 26 études uniques de lefficacité du des sujets parmi délinquantes (dans 24 tests, composait délinquantes). Dans les 45 tests, lampleur de la taille deffet est exprimée en coefficient phi reflétant la différence en points de pourcentage entre le groupe expérimental et le groupe témoin relativement au taux de récidive. Par exemple, une taille deffet de 0,30 exprime un écart de 30 points de pourcentage entre le groupe témoin (65 %) et le groupe expérimental (35 %) relativement au taux de récidive.
Résultats
Lexamen du Tableau 1 révèle une corrélation positive entre la réduction moyenne de la récidive et lobservation de chacun des principes liés au travail social. On note une baisse du taux de récidive chez les délinquantes, particulièrement les délinquantes à risque plus élevé, là où les besoins criminogènes sont prioritaires, et là où des stratégies dapprentissage social structuré et des approches cognitivo-comportementales sont employées. En fait, la taille deffet moyen va dune légère aggravation de la récidive, lorsque le traitement ne répond pas aux besoins des délinquantes à risque moindre (soit -0,04) à une nette diminution de la récidive (soit +0,36) lorsque le travail social sharmonise avec le niveau de risque, des besoins et de réceptivité générale. À noter que seulement 27 % (soit 12 sur 45) des tests auprès de délinquantes portaient sur des programmes de travail social sappuyant sur les trois principes de classement des cas.
Tableau 1
Taille d’effet
moyenne par principe relatif au travail social*
|
|||
| Principe (% avec indicateur présent) | Observation du principe
|
||
Non (k)**
|
Oui (k)**
|
Corr, avec taille
d’effet |
|
| Travail social vs Sanctions sans travail social (78 %) |
,01 (10)
|
,18 (35)
|
,31
|
| Risque (80 %) | -,04 (9)
|
,19 (36)
|
,40
|
| Priorité aux besoins criminogènes (47 %) |
,04 (24)
|
,26 (21)
|
,49
|
| Réceptivité générale (33 %)
: (Cognitivo-comportemental/Apprentissage social) |
,08 (30)
|
,27 (15)
|
,38
|
| Observation des quatre principes (27 %) |
,07 (33)
|
,36 (12)
|
,56
|
| * Ces données seront compilées
dans «What works for female offenders:
A meta-analytic review» à paraître dans le numéro d’octobre 1999 de Crime and Delinquency. ** k = nombre de tests de l’efficacité du traitement L’ampleur de la taille d’effet est exprimée en coefficient phi reflétant la différence en points de pourcentage entre le groupe expérimental et le groupe témoin relativement au taux de récidive. |
|||
Les indicateurs des pratiques correctionnelles de base sont présentés au Tableau 2. Ils sont bien moins évidents que les indicateurs de lobservation des principes de classement des cas. Au mieux, les intervenants suivent les étapes du processus dapprentissage structuré dans seulement 16 % des tests. Au pire, les intervenants ont des compétences en communication interpersonnelle dans seulement 2 % des tests. Toutefois, lexamen de la taille deffet moyenne révèle que la majorité des pratiques correctionnelles de base sont associées à une réduction de la récidive. Les indicateurs de pratiques correctionnelles de base forment un ensemble significatif (coefficient alpha = 0,81; score composite moyen = 0,67; écart-type = 1,42) et lon note une corrélation significative entre la mesure composite de la pratique de base et lampleur de la taille deffet (r = 0,58).
Tableau 2
Taille d’effet moyenne par indicateur
des pratiques correctionnelles
de base (PCB) |
|||
Indicateur de PCB
|
Absent (k)*
|
Présent (k)*
|
Corr. avec
taille d’effet |
| Techniques de communication (2 %) interpersonnelle |
0,13 (44)
|
0,64 (1)
|
0,32
|
| Techniques de structuration (16 %) | 0,09 (38)
|
0,45 (7)
|
0,56
|
| Renforcement différentiel (2 %) | 0,13 (44)
|
0,83 (1)
|
0,45
|
| Résolution de problèmes (11 %) | 0,12 (40)
|
0,33 (5)
|
0,29
|
| Comportement approprié (9 %) | 0,12 (41)
|
0,43 (4)
|
0,39
|
| Désapprobation (2%) | 0,13 (44)
|
0,64 (1)
|
0,32
|
| Utilisation de l’autorité (4%) | 0,13 (43)
|
0,40 (2)
|
0,24ns
|
| Défense des intérêts et Médiation (4%) |
0,14 (43)
|
0,30 (2)
|
0,14ns
|
| *k = nombre de tests de l’efficacité de traitement **ns = p > 0,05 L’ampleur de la taille d’effet est exprimée en coefficient phi reflétant la différence en points de pourcentage entre le groupe expérimental et le groupe témoin relativement au taux de récidive. |
|||
Lexamen du Tableau 3 révèle une corrélation significative entre la réduction de la récidive et chacun des dix indicateurs de lintégrité, à lexception de la surveillance du processus de changement en cours de programme. Les dix indicateurs forment un ensemble composite (coefficient de cohérence interne alpha = 0,83), et lon note une corrélation entre le score composite moyen de lintégrité et lampleur de la taille deffet ( r = 0,52; score composite moyen = 3,44; écart-type = 2,82). Comme on pouvait sy attendre, il ny a pas de corrélation entre intégrité des programmes et effet du traitement lorsque celui-ci ne sappuie pas sur les principes du travail social, du risque, des besoins et de la réceptivité générale (la corrélation entre intégrité et ampleur de la taille deffet est de -0,02, k = 33 pour intervention inappropriée, et 0,54, k = 12 pour intervention appropriée). En dautres termes, un haut niveau dintégrité dans lapplication dun traitement par ailleurs inapproprié nest pas bénéfique aux délinquantes.
Tableau 3
Taille d’effet moyenne par indicateur
de l’intégrité des programmes
|
|||
Indicateur d’intégrité
|
Absent (k)*
|
Présent (k)*
|
Corr. avec
taille d’effet |
| Modèle spécifique (56 %) | 0,05 (20)
|
0,22 (25)
|
0,36
|
| Facteurs relationnels (2 %) | 0,13 (44)
|
0,64 (1)
|
0,32
|
| Intervenants formés (44 %) | 0,07 (25)
|
0,23 (20)
|
0,33
|
| Encadrement clinique (29 %) des intervenants |
0,07 (32)
|
0,33 (13)
|
0,51
|
| Documentation/Manuels de formation sur les programmes (16 %) |
0,12 (38)
|
0,28 (7)
|
0,26
|
| Suivi du processus/changement (44 %) | 0,10 (25)
|
0,20 (20)
|
0,22ns
|
| Niveau d’intensité bien dosé (40 %) | 0,09 (27)
|
0,22 (18)
|
0,28
|
| Petit échantillon (58 %) |
0,07 (19)
|
0,19 (26)
|
0,26
|
| Renouvellement des programmes (38 %) | 0,10 (28)
|
0,22 (17)
|
0,26
|
| Collaboration d’un chercheur (18 %) | 0,08 (37)
|
0,45 (8)
|
0,62
|
| *k = nombre de tests de l’efficacité de traitement **ns = p > 0,05 L’ampleur de la taille d’effet est exprimée en coefficient phi reflétant la différence en points de pourcentage entre le groupe expérimental et le groupe témoin relativement au taux de récidive. |
|||
Enfin, on a évalué la consistance des effets du traitement approprié, de lintégrité et des pratiques correctionnelles de base, tant dans des études randomisées et non randomisées que dans des études auprès de groupes de délinquants où prédominaient des minorités ethniques ou des majorités ethniques. On na noté aucune corrélation significative entre lune ou lautre de ces variables et la taille deffet dans le cas des délinquantes adultes. À noter, toutefois, que seulement neuf des tests de lefficacité du traitement sappliquaient à des délinquants adultes. Par ailleurs, nos analyses révèlent que les thérapies appropriées, lintégrité et les pratiques correctionnelles de base sont statistiquement non significatives en ce qui a trait aux programmes en résidence. Notre échantillon détudes ne comportait aucun test de lefficacité du travail social auprès des délinquantes dans un contexte de justice réparatrice.
Conclusion
On savait peu de choses jusqu'ici sur ce qui « marche » pour les delinquantes, et les resultats de cette meta-analyse permettent d'ebaucher une serie de lignes directrices theoriques dont on a demontre la validite empirique aux fins du traitement correctionnel de ce groupe de la population carcerale. Sous reserve des resultats des recherches a venir, nous aboutissons a la conclusion que les principes du classement des cas, de 1'integrite des programmes et des pratiques correctionnelles de base sont tout a fait valables pour la conception et 1'execution des programmes pour delinquantes.
Cela dit, il reste encore plusieurs questions à examiner. Les études relatives aux délinquantes, particulièrement celles qui sont incarcérées, des délinquantes adultes et des délinquantes dans les contextes de justice réparatrice sont rares. Il faut entreprendre en priorité des études des facteurs de réceptivité spécifiques, à commencer par ceux qui sont liés au sexe, ainsi que des études des délinquantes adultes et incarcérées, et des études du travail social dans le contexte de la justice réparatrice.
1. 1125, promenade du Colonel By, Ottawa (Ontario) K1S 5B6.
2. KOONS, B.A., BURROW, J.D., MORASH, M. et BYNUM, T. « Expert and offender perceptions of program elements linked to successful outcomes for incarcerated women », Crime and Delinquency, no 43, 1997, p. 512-532.
3. Certaines des données présentées ici sont tirées dun article de DOWDEN, C. et ANDREWS, D.A., intitulé «What works for female offenders: A meta-analytic review », à paraître dans le numéro doctobre 1999 de Crime and Deliquency (Sage Publications). On trouvera plus de précisions sur la méthodologie employée, sur la définition des variables et sur plusieurs analyses complémentaires dans cet article.
4. ANDREWS, D.A. et BONTA, J. The Psychology of Criminal Conduct, Cincinnati, Anderson, 1994. Voir également LIPSEY, M.W. « What do we learn from 400 research studies on the effectiveness of treatment with juvenile delinquents? » et LOSEL, F. «The efficacy of correctional treatment: A review and synthesis of meta-evaluations », What Works: Reducing Reoffending, sous la direction de J. McGuire, Chichester, J. Wiley & Sons, 1995.
5. ANDREWS, D.A, BONTA, J. et HOGE, R.D. « Classification for effective rehabilitation: Rediscovering psychology », Criminal Justice and Behavior, no 17, 1990, p. 19-52. Voir ANDREWS, D.A, ZINGER, I., HOGE, R.D., BONTA, J., GENDREAU, P. et CULLEN, F.T. «Does correctional treatment work? A clinically relevant and psychologically informed meta-analysis », Criminology, n o 28, 1990, p. 369-404. Voir aussi ANDREWS, D.A, DOWDEN, C. et GENDREAU, P. « Clinically relevant and psychologically informed approaches to reduced reoffending: A meta-analytic study of human service, risk, need, responsivity and other concerns in justice contexts», manuscript soumis pour publication.
6. ANDREWS, D.A. et DOWDEN, C. « Managing correctional treatment for reduced recidivsm: A meta-analytic review of program integrity», manuscript soumis pour publication. Voir aussi HOLLIN, C.R. «The meaning and implications of programme integrity», What Works: Reducing Reoffending, sous la direction de J. Mcguire, Chichester, John Wiley & Sons, 1995.
7. ANDREWS, D.A. et KIESSLING, J.J. « Program structure and effective correctional practices: A summary of CaVIC research », Effective Correctional Treatment, sous la direction de P. Gendreau et R.R. Ross, Toronto, Butterworth, 1980. Voir ANDREWS, D.A. et CARVELL, C. «Core correctional training-Core correctional supervision and counseling: Theory, research, assessment and practice », manuel de formation inédit, Université Carleton, 1998, Ottawa. Voir aussi DOWDEN, C. et ANDREWS, D.A. « The importance of staff characteristics in delivering effective correctional treatment: A meta-analytic review of core correctional practice», manuscript soumis pour publication.
8. McMAHON, M. «Assisting female offenders: Art or science», commentaire du président, 1998, International Community Corrections Association.
9. Pour plus de précisions, voir ANDREWS et DOWDEN «Managing correctional treatment for reduced recidivsm: A meta-analytic review of program integrity ». Voir aussi DOWDEN et ANDREWS « What works for female offenders: A meta-analytic review » et « The importance of staff characteristics in delivering effective correctional treatment: A meta-analytic review of core correctional practice».