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Le programme d’entraide des délinquantes à l’établissement d’edmonton pour femmes

par Karen C. Eamon, Denise L. McLaren, Michelle M. Munchua et L. Michelle Tsutsumi
Établissement d’Edmonton pour femmes, Service correctionnel du Canada1

Le concept d’une Équipe d’entraide des délinquantes (EED) dans une prison pour femmes a été créé en 1990 à la Prison des femmes de Kingston grâce au travail de Jan Heney, Julie Darke et des femmes de la collectivité locale. Six ans après que la première équipe fut formée, deux guides ont vu le jour : l’équipe de soutien par les pairs: Guide de la coordonnatrice et le Guide à l’intention des volontaires de l’équipe de soutien par les pairs. Ces guides ont facilité la création d’un Programme d’entraide des délinquantes à l’établissement d’Edmonton pour femmes (EEF) avec une importante information de base. En décembre 1996, ce Programme d’entraide des délinquantes a été conçu et coordonné par le Département de psychologie, les gestionnaires et les détenues. La préoccupation principale de l’équipe d’entraide des délinquantes est d’offrir un soutien dénué de jugements, des renseignements et de l’aide pour la résolution des problèmes.2

Créer les liens

Le cadre pour résoudre les questions structurelles et systémiques et informer les membres du Comité des progrès de l’équipe est facilité par les réunions mensuelles du Comité directeur. La composition multidisciplinaire de ce Comité permet d’offrir différentes perspectives pour une solution rapide des problèmes. Le Comité directeur est formé de membres du personnel et de la collectivité de différents niveaux, ces derniers étant un lien important pour les ressources communautaires comme les professionnels qui offrent de l’instruction et des conseils durant les 17 séances du programme de formation. Le Comité répond à deux des objectifs de la coordonnatrice de l’équipe d’entraide des délinquantes à savoir, créer des liens avec les membres du personnel au sein de l’établissement et avec les membres de la communauté.

Évaluation du programme

En octobre 1997, Blanchette et Eljdupovic-Guzina3 ont entrepris une étude pilote du Programme d’entraide des délinquantes pour les délinquantes sous responsabilité fédérale de l’établissement d’Edmonton pour femmes. Il y avait environ 55 femmes incarcérées à cette époque-là. Elles ont utilisé un cadre d’évaluation exhaustif qui comprenait une évaluation détaillée de chacun des aspects du programme (c.-à-d., la coordination, la participation des membres au Programme d’entraide des délinquantes et les détenues bénéficiant du soutien) selon différentes perspectives (c.-à-d., population carcérale en général, membres du Programme d’entraide des délinquantes et les membres du personnel). Au moment de cette évaluation, 50 % des 22 répondantes avaient utilisé ces services au moins une fois. Les récipiendaires du programme d’entraide ont trouvé qu’il était extrêmement utile et qu’il répondait à leurs attentes. Les membres du personnel ont trouvé que le Programme d’entraide avaient plus d’effets positifs accentués sur d’autres programmes pour les participantes que pour les non participantes.

En avril 1999, le Département de psychologie de l’établissement d’Edmonton pour femmes a mené une autre étude d’évaluation pour déterminer l’efficacité du Programme d’entraide des délinquantes auprès de 26 délinquantes et 13 membres du personnel. Il y avait environ 65 femmes incarcérées à ce moment-là. Les détenues qui n’étaient pas membres de l’équipe d’entraide ont fait l’objet d’un sondage distinct.

Résultats

En général, les membres de l’équipe d’entraide avaient des taux de satisfaction et de rendement beaucoup plus élevés. Selon l’échelle de Likert qui allait de 1 (pas efficace) à 5 (extrêmement efficace), les membres de l’équipe d’entraide ont indiqué qu’ils estimaient que le programme de formation pour l’entraide des délinquantes les préparait très bien à remplir les tâches d’un membre de l’équipe (M = 4,25) et à promouvoir le leadership (M = 4,50) et leurs compétences en matière de communication (M = 4,25). La qualité des renseignements sur les ressources communautaires était excellente (M = 4,25) et les séances de formation ont permis de renforcer les effets positifs d’autres programmes (M = 4,55). Les membres de l’équipe d’entraide estiment offrir leur soutien environ 3,5 heures par semaine. Il n’y a aucune mention au sujet de membres de l’équipe d’entraide n’ayant pas le droit de répondre à un appel.

Les évaluations de rendement du programme auprès des femmes de la population carcérale générale étaient légèrement inférieures à celles des membres de l’équipe d’entraide mais elles étaient au-dessus de la moyenne. Parmi les répondantes, 95 % ont indiqué qu’elles étaient au courant pour l’équipe d’entraide et qu’elles savaient comment accéder aux services d’entraide, et 86 % étaient familière avec l’identité de chacun des membres. La majorité des détenues interrogées avaient eu recours au Programme d’entraide au moins une fois. La principale raison invoquée parmi celles qui n’avaient pas encore utilisé les services d’entraide était qu’elles n’en avaient pas ressenti le besoin. Une petite minorité a indiqué que pour le moment elles ne sentaient pas à l’aise de partager leurs problèmes avec les membres de l’équipe d’entraide. Une seule détenue a mentionné que des membres du personnel lui ont refusé l’accès au programme d’entraide. Les nouvelles détenues ont exprimé le désir d’en connaître plus sur les membres de l’équipe d’entraide et sur leur formation.

Le personnel répond, en moyenne, dans les 11 à 30 minutes qui suivent les appels des détenues pour de l’entraide et les membres de l’équipe d’entraide répondent à peu près dans les mêmes délais. Les détenues de l’Unité d’admission ont indiqué qu’elles étaient très satisfaites de la qualité de l’information offerte par les membres de l’équipe d’entraide durant leurs visites hebdomadaires (M = 4,05), de leurs capacités d’écoute (M = 4,58), de leur compétence à résoudre les problèmes (M = 3,94), de leur abord facile (M = 4,56) et de leurs capacités de communication (M = 4,22). Les attentes face aux membres de l’équipe d’entraide ont aussi été rencontrées (M = 4,28) et celles qui avaient utilisé les services d’entraide ont indiqué que les séances les ont beaucoup aidé à régler leurs propres problèmes (M = 4,43).

Les évaluations de rendement faites par les membres du personnel étaient, en général, plus modérées. Le personnel a indiqué que les membres de l’équipe d’entraide étaient efficaces pour gérer les situations de crise (M = 4,00), pour offrir des services aux autres détenues (M = 3,62), et pour servir de modèle (M = 3,73). Ils avaient aussi l’impression que le programme de formation d’entraide était efficient pour préparer les membres de l’équipe d’entraide à accomplir leurs tâches (M = 3,77), à renforcer les effets positifs d’autres programmes aussi bien pour les membres de l’équipe d’entraide (M = 3,62) que pour les autres détenues (M = 3,62). D’autre part, le personnel était plus ou moins satisfait avec le partage des procédures (M = 3,62), des activités et des horaires (M = 358) du programme d’entraide avec le personnel clé de l’établissement.

Un niveau assez élevé de confiance envers les membres de l’équipe d’entraide a été signalé (M = 3,79) et le personnel était généralement à l’aise pour référer une détenue à l’équipe d’entraide. Cependant, 75 % du personnel interrogé ont indiqué que leur niveau de confiance variait selon les membres de l’équipe d’entraide. Plusieurs nouveaux employés et employés temporaires ont montré un intérêt pour en apprendre plus au sujet du programme d’entraide, de la formation et de la gamme de services offerts par les membres de l’équipe d’entraide de l’établissement d’Edmonton pour femmes. Un membre du personnel a mentionné qu’il craignait que certaines détenues utilisaient le programme d’entraide pour des raisons sociales. Toutefois, la majorité de la rétroaction était positive avec un personnel qui appuie les procédures d’évaluation en cours qui sont constamment révisées. Par-dessus tout, le personnel apprécie le concept de l’équipe d’entraide qui est de s’entraider mutuellement.

Parmi les suggestions pour atteindre le plein potentiel du programme d’entraide, mentionnons une augmentation du nombre de services et d’activités parrainés par le programme d’entraide. Le personnel a recommandé que l’on offre aux membres de l’équipe d’entraide plus de séances en autogestion des soins et plus de moyens de communication avec le personnel pour solidifier le programme d’entraide actuel. l’équipe d’entraide a récemment organisé des activités supplémentaires dans le domaine de l’autogestion de la santé tels que des ateliers de thérapie par l’art.

Selon les membres de l’équipe d’entraide, une grande partie de la réussite du programme d’entraide peut être attribuée à la création de liens positifs entre les membres de l’équipe et les membres du personnel et aussi entre les membres de l’équipe et les autres détenues. Les commentaires étaient très positifs et selon une détenue « [les membres de l’équipe d’entraide] sont les meilleures personnes aux alentours…elles sont serviables, gentilles, intelligentes et il est facile de s’entendre avec elles. » Le programme d’entraide des délinquantes à l’établissement d’Edmonton pour femmes savoure un succès continu surtout à cause d’un niveau d’engagement très élevé de la part de toutes celles qui sont impliquées dans le programme. La formation qui est offerte aux membres de l’équipe les prépare à donner des conseils et un soutien dans plusieurs domaines et leur donne aussi l’occasion d’utiliser leurs propres expériences de vie d’une manière positive. En plus d’offrir des connaissances sur des sujets précis, la formation augmente la confiance des membres de l’équipe. La capacité de pouvoir faire confiance est un problème pour la plupart des détenues, créant ainsi une barrière qui entrave le potentiel d’une croissance personnelle. Mais, l’équipe d’entraide a démontré sa capacité de regagner la confiance de ces femmes avec lesquelles elles ont un point commun. Les membres de l’équipe d’entraide ne sont pas des thérapeutes et s’effarouchent à l’idée de donner des conseils; le talent le plus utilisé est l’écoute. C’est l’art de pouvoir écouter attentivement qui permet souvent aux membres de l’équipe d’entraide d’aider une détenue à découvrir des solutions positives aux innombrables problèmes qui se posent durant l’incarcération. Un simple rappel des conséquences possibles, la présence et la compréhension d’une personne qui va écouter, le sentiment de ne pas être toute seule sont souvent des choses qui manquent dans la vie des détenues. Le programme d’entraide permet aux détenues de s’offrir mutuellement tout ceci.

Conclusion

Des normes très élevées sont mises en place pour être membres de l’équipe, leur offrant ainsi la possibilité d’être conscientes de leur propre comportement et de servir de modèles pour l’ensemble de la population carcérale. Ces normes ont permis au programme d’entraide et à l’équipe de gagner la confiance et le respect du personnel et des détenues de l’établissement d’Edmonton pour femmes. La coordonnatrice du programme et l’équipe travaillent avec assiduité pour maintenir une ligne de communication claire entre le personnel, la direction, les membres de la communauté et les détenues. En retour, elles reçoivent un appui et des encouragements continus de tout le monde. Le programme d’entraide continue à être une réussite en raison de son engagement profond et de son enthousiasme qui n’ont pas faiblis depuis son instauration. Il n’y a aucun doute que ce programme est bénéfique aussi bien pour l’établissement que pour la collectivité, mais il vaut avant tout la peine pour les détenues qui utilisent et qui offrent ce service. Le programme donne aux détenues l’occasion de participer activement à leur épanouissement personnel et à leur réadaptation, il les aide à rechercher et à se fier à leur courage et à leur sagesse intérieure. Le courage et la sagesse sont essentiels pour pouvoir changer.


1. 11151-178e Rue, Edmonton (Alberta) T5S 2H9. Pour tout renseignement au sujet du Programme d’entraide des délinquantes, veuillez vous adresser à Karen C. Eamon, Ph.D.

2. Peer Support Team. Prepare for the journey. Edmonton, AB, Établissement d’Edmonton pour femmes, 1997.

3. BLANCHETTE, K. et ELJDUPOVIC-GUZINA, G. Résultats d’une étude pilote du Programme d’entraide des délinquantes, Rapport R-73, 1998, Ottawa (ON), Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada.