Programme de mentors à létablissement dEdmonton pour femmes
par Antoinette Fisher1
Établissement dEdmonton
pour femmes, Service correctionnel du Canada
Létablissement dEdmonton pour femmes na commencé à recevoir des femmes purgeant une peine fédérale quen novembre 1995, mais la planification de son Programme de mentors avait été entamée presque un an auparavant.
Quest-ce quun mentor? Le programme est fondé sur la définition opérationnelle suivante : un mentor est une personne qui reconnaît la valeur intrinsèque dune autre personne et qui noue des liens découte, de communication et déchange dinformation, dexpériences et de stratégies denrichissement personnel avec une femme purgeant une peine fédérale. Le but est dapporter aux délinquantes qui se préparent à réintégrer la collectivité des liens damitié, du soutien et parfois mêmes des contacts.
Tous les mentors sont des bénévoles de la collectivité et la plupart sont des femmes. Pour devenir mentor, les bénévoles doivent posséder les qualifications suivantes, décrites dans le Manuel des bénévoles de létablissement :
Avant de devenir mentors, les bénévoles doivent obtenir une autorisation sécuritaire et suivre une formation sur la structure des pièges ainsi quune formation initiale. Au cours de la première année, ils doivent également suivre une formation axée sur les femmes et un programme de sensibilisation aux différences culturelles. Tous ces programmes sont donnés par le personnel de correction de létablissement et durent trois jours en tout.
Les délinquantes doivent répondre à certains critères pour participer au Programme de mentors. Les responsables évaluent lengagement de la délinquante à légard du Programme en examinant combien de fois elle sest présentée aux réunions mensuelles. Ils tiennent compte non seulement de la fréquence de la participation de la délinquante aux réunions mensuelles, mais aussi de sa place sur la liste dattente. Les deux responsables du Programme tentent dassortir la personnalité du mentor à celle de la délinquante. Il ny a pas de lignes directrices sur le jumelage (par ex., les jeunes avec les jeunes). Avec le temps et grâce à la compréhension, une relation se forme. Les délinquantes se sentent toutefois rejetées et ont le sentiment dêtre des ratées lorsque la relation échoue. À ce jour, heureusement, il y a eu très peu déchecs.
Lorsquun mentor est jumelé à une délinquante, on recommande quils se rencontrent seulement dans laire des visites et de la correspondance de létablissement pendant les deux ou trois premiers mois, le temps que les deux soient à laise. Cela leur permet aussi de déterminer quel sera le rôle du mentor dans la vie de la délinquante alors que le personnel de létablissement est tout près.
Certains mentors ne se sentent jamais tout à fait à laise ailleurs que dans laire des visites, alors que dautres passent très rapidement à des rencontres dans lunité de logement de la délinquante ou dans la cour de létablissement. Tous les mentors qui rencontrent les délinquantes ailleurs que dans laire des visites doivent obligatoirement porter un avertisseur portatif, ce qui permet au personnel de savoir si les mentors hors de leur champ de vision ont besoin daide. Les visites dans les unités de logement donnent en général au mentor et à la délinquante un peu plus dintimité, ce que les délinquantes trouvent très important.
Parfois, les liens qui se sont noués entre les mentors et les délinquantes durent pendant des années. Récemment, il est arrivé que la relation se poursuive après que la délinquante eut obtenu la libération conditionnelle. Les mentors ont aidé les délinquantes à meubler leur nouvel appartement, les ont mises en relation avec des organismes de soutien communautaire ou les ont simplement appuyées pendant quelles tentaient de changer leur mode de vie. Dans un cas, cette relation sest soldée par un placement dans une maison privée, le mentor hébergeant la délinquante en semi-liberté.
Le mentor a pour principale fonction doffrir son amitié. Les délinquantes jugent très important quau moins une personne partage leur vie sans y être forcée ou être payée pour le faire. Cette relation est avantageuse aussi bien pour les délinquantes qui ont des visiteurs que pour celles qui nen ont aucun. Le mentor sait dès le départ quil a affaire à une personne incarcérée et il nest pas là pour la juger ou pour lui faire des reproches. Bon nombre de délinquantes ont une attitude très protectrice à légard de leur mentor, quelles considèrent un ami proche.
Létablissement dEdmonton pour femmes accueille des femmes purgeant une peine fédérale provenant de toute la région des Prairies. Bon nombre dentre elles proviennent de lextérieur dEdmonton et elles ne reçoivent pas régulièrement la visite de membres de leur famille ou damis. La solitude peut donc les assaillir. Les délinquantes ont indiqué quelles se sentaient blessées ou coupables lorsque les détenues avec qui elles partagent une unité de logement reçoivent des visites et quelles nen reçoivent pas. La plupart dentre elles sont fort conscientes quelles sont séparées des membres de leur famille en raison de leurs actions et que beaucoup de temps sécoulera avant quelles ne les revoient. Le Programme de mentors devient donc très important pour ces femmes.
Tous les trois mois, les responsables du Programme de mentors organisent une activité sociale pour les délinquantes. Ces activités attirent beaucoup de mentors et de délinquantes. Toutes les délinquantes, quelles soient jumelées ou non à un mentor, y sont invitées. Latmosphère y est beaucoup plus détendue quaux réunions mensuelles, ce qui permet à bien des délinquantes de rencontrer leurs mentors en dehors dun cadre formel. Les mentors peuvent apporter des gâteries et des rafraîchissements à ces rencontres. Certaines délinquantes ayant formé une étroite relation avec leur mentor ont demandé à ce que ce dernier participe davantage au plan correctionnel. Jusquà maintenant, cela ne sest pas produit très souvent en raison des questions de confidentialité pour léquipe de gestion de cas et pour le mentor. Des mentors ont toutefois été invités par les délinquantes à participer aux audiences de libération conditionnelle.
Les délinquantes ont indiqué quelles aimeraient que tous les mentors éventuels souscrivent au programme. Elles veulent des mentors qui croient au programme, et non des personnes qui agissent par devoir civique. Les délinquantes voudraient non seulement que les mentors se présentent aux réunions mensuelles, mais aussi quils sengagent à leur rendre visite au moins une fois par semaine. La plupart des délinquantes aimeraient aussi pouvoir communiquer avec leur mentor chaque fois quelles ont besoin dappui additionnel, en obtenant par exemple leur numéro de téléphone. Les mentors ont le choix de donner ou non leur numéro de téléphone à la délinquante. On leur recommande toutefois de former des liens solides avant de le faire. Bon nombre choisissent de ne jamais le donner, alors que dautres sempressent de le faire. Lorsque le mentor accepte de le donner, le numéro est habituellement inscrit au système téléphonique millennium pour la délinquante. Seules les personnes ayant accès au numéro didentification personnel de la délinquante peuvent obtenir la communication avec le mentor. Lorsque le numéro est ainsi inscrit, chaque appel coûte 1,75 $ par tranche de 30 minutes au mentor. Ce ne sont pas tous les mentors qui ont les moyens de payer ou qui acceptent cette intrusion dans leur vie personnelle. Jusquà présent, aucune délinquante ne semble avoir profité de la situation. La plupart des délinquantes tiennent compte du coût et limitent le nombre dappels.
Les liens noués avec les mentors donnent parfois naissance à une amitié durable, enrichissante à la fois pour la délinquante et pour le mentor. Les mentors ont changé au fil des trois années et demie qui viennent de sécouler, pour diverses raisons (déménagement, perte dintérêt, manque de temps). À lheure actuelle, le programme compte 23 membres actifs. Dautres attendent dobtenir une autorisation sécuritaire et de suivre la formation. étant donné quil y a seulement 23 mentors pour 68 délinquantes, bon nombre de délinquantes nont pas loccasion davoir un mentor pendant leur période dincarcération.
1 11151, 178e rue, Edmonton (Alberta) T5S 2H9.