Les Maori et le système correctionnel de la Nouvelle-Zélande
par David A Yeboah1
Conseil de la recherche en éducation de la Nouvelle-Zélande
Cet article traite de questions relatives aux Maoris (le peuple autochtone de la Nouvelle-Zélande) et au système correctionnel de la Nouvelle-Zélande. Larticle aborde des thèmes tels que les hauts taux de délinquance et de récidive chez les Maoris, leurs caractéristiques socio-économiques et les efforts qui sont déployés pour réduire la délinquance maorie. Lon y discute également de programmes spéciaux de réinsertion sociale à lintention des Maoris (qui font appel à des intervenants maoris pour élaborer et exécuter des programmes pour les délinquants), de laffiliation à des gangs, de prisons maories et de thérapie biculturelle.
Avant-propos
Bien que les gens dorigine maorie ne constituent que 6 % (pleinement Maoris) et 13 % (partiellement Maoris) de la population de la Nouvelle-Zélande, ils sont surreprésentés au sein du système de justice pénale2. Ils représentent près de 50 % de la population carcérale et une proportion importante des délinquants qui purgent des peines au sein de la collectivité. Ils sont aussi davantage impliqués dans les crimes avec violence, dont le meurtre, le vol qualifié grave et les voies de fait graves, surtout dans un contexte de violence familiale.
Conditions socio-économiques
Il ne fait aucun doute que les Maoris vivent dans des conditions socio-économiques plus modestes que les non-Maoris3. Te Puni Kokiri, du Ministère du développement maori, a écrit : « Il ne fait aucun doute que les Maoris obtiennent de moins bons résultats scolaires, connaissent un plus haut taux de chômage, ont des niveaux de revenus plus bas, sont moins souvent propriétaires de leur logement et ont une moins bonne santé que les non-Maoris4».
Les disparités entre Maoris et non-Maoris vont en saccentuant; par exemple, lécart entre les taux de participation au système déducation chez les jeunes enfants est passé de 11,7 % en 1991 à 23,0 % en 1997. En 1999, Te Puni Kokiri a également signalé un écart important entre les taux de fréquentation de lécole secondaire chez les Maoris et chez les non-Maoris. Sur lensemble des diplômés universitaires en Nouvelle-Zélande en 1996, seuls 7,7 % étaient doriginemaorie, ce qui représente une légère augmentation par rapport au taux de 3,4 % observé en 1990.
Les Maoris ont un plus faible taux de participation à la population active, un taux de chômage plus élevé et des revenus plus faibles. En 1992, 15,1 % de la population active maorie étaient des chômeurs de longue date, par opposition à 3,9 % pour la population non maorie. En 1987, le revenu annuel moyen par ménage chez les non-Maoris dépassait celui des Maoris de 5 500 $, et cet écart est passé à 10 000 $ en 19975.
Les recherches indiquent clairement quà linstar de la plupart des autres groupes autochtones, les Maoris ont une espérance de vie plus faible et des taux de morbidité et de mortalité plus élevés que les non-Maoris6. Pour la période de 1990 à 1992, lespérance de vie à la naissance pour les hommes maoris était de 68 ans, comparée à 73 ans pour les hommes non maoris, et de 73,4 ans pour les femmes maories, comparée à 79,2 ans pour les non maories.
Il existe un corpus croissant de constatations scientifiques sur le lien entre les conditions socio-économiques et lactivité criminelle. Bien que le lien précis soit complexe et difficile à mesurer, une synthèse des constatations permet détablir un rapport entre des hauts taux de récidive et des contextes sociaux pauvres7.
Réduire la délinquance chez les Maoris
Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a lancé un important projet qui regroupe tous les organismes du secteur de la justice pour sattaquer au problème de la récidive chez les Maoris. Le débat actuel sur les Maoris et le système correctionnel porte sur lamélioration de leurs conditions socio-économiques, leur réinsertion sociale (en faisant appel à des intervenants maoris), la mise en uvre de programmesculturellement adaptés et laccroissement des effectifs maoris au sein du personnel du système de justice pénale. Le projet de réduction de la délinquance chez les Maoris fait appel à la collaboration de tous les organismes du secteur de la justice pour tenter de sattaquer aux problèmes liés à la délinquance chez les Maoris.
Améliorer la condition socio-économique des Maoris
Il existe des initiatives qui sattaquent aux conditions socio-économiques modestes des Maoris dans des domaines tels que léducation, lemploi, le revenu et la santé. Te Puni Kokiri a reçu davantage de pouvoirs et de financement pour surveiller la performance des organismes gouvernementaux quant à la satisfaction des besoins de la population maorie. Des Commissions ont été constituées pour traiter de questions telles que la langue, les émissions de radio et de télé, léducation et le développement économique maoris. Malgré cela, la population maorie générale continue à tirer de larrière par rapport aux non-Maoris et des efforts additionnels sont requis pour réduire cette disparité.
La réadaptation des délinquants maoris en prison
Bien que de nombreux programmes soient offerts dans les prisons pour réduire la récidive chez les Maoris, on se demande si les programmes qui sadressent aux Maoris devraient être élaborés et exécutés par des intervenants maoris. Même sil ny a aucune politique officielle sur ce sujet complexe et délicat, les délinquants maoris ont accès à des programmes offerts à la fois par des intervenants maoris et non maoris. On y trouve des programmes spécifiquement maoris, tels que « Mahi Tahi », un programme de prévention de la violence, un programme à lintention des délinquants sexuels, un programme daptitudes cognitives (ou « straight thinking », comme on dit en Nouvelle-Zélande) et des initiatives de suppression de tatouages. Le programme « Mahi Tahi », à linstar dautres programmes maoris, est axé sur les aspirations, la culture et la langue des Maoris, et il vise à inculquer de la discipline et un comportement acceptable aux délinquants maoris.
Le Ministère des services correctionnels a récemment instauré une politique demploi pour les détenus qui permet à ces derniers dacquérir des compétences et une expérience demploi en travaillant dans des établissements approuvés hors du milieu carcéral. Pour étayer cette initiative, le Ministère des services correctionnels met également en uvre une importante initiative qui offrira aux délinquants la possibilité de supprimer leurs tatouages visibles, surtout pour les détenus maoris dont les tatouages représentent des affiliations tribales ou des affiliations à des gangs. Ces tatouages ont des incidences néfastes sur leur accès à lemploi. On trouve également parmi les autres initiatives un projet qui fait appel à des acteurs bien en vue qui utilisent le théâtre et la poésie, lartisanat et les arts maoris pour promouvoir la culture maorie et aider à inculquer lestime de soi aux délinquants maoris.
La réinsertion des délinquants maoris au sein de la collectivité
De nombreuses initiatives de réinsertion sont mises en uvre au sein de la collectivité pour aider à réduire la délinquance maorie. Le service de probation communautaire du Ministère des services correctionnels retient les services dorganismes maoris et leur dispense de la formation pour améliorerla prestation des services aux délinquants maoris.8
En 1995, le Ministère a lancé programme pilote de centres de réinsertion, un programme triennal de réinsertion sociale. Deux des quatre centres ont été constitués spécifiquement pour les délinquants maoris, et ont recours à la langue, aux normes, aux Aînés, aux croyances et aux pratiques culturelles maoris pour sattaquer aux comportements des délinquants. Les deux autres centres continuent daméliorer les aspects maoris de leurs programmes, même sil sagit de centres génériques9.
Autres questions
De nombreuses autres questions ont une incidence sur lélaboration de programmes de réinsertion sociale équitables pour les délinquants maoris. Le haut taux daffiliation à des gangs au sein de la population maorie constitue une préoccupation importante pour le système de justice et le système correctionnel. Les gangs contrôlent une bonne part de lactivité criminelle en Nouvelle-Zélande, et la majorité des délinquants maoris appartiennent à des gangs, surtout les puissants gangs Mogrel Mob et Black Power. On sinterroge actuellement sur la façon de stopper le recrutement de Maoris par les gangs à des fins criminelles.
Le désir des Maoris de mettre sur pied et de gérer des prisons maories demeure, lui aussi, une question épineuse. Les Iwi (les tribus maories) veulent créer des prisons gérées par les Maoris pour les détenus maoris. Le Ministère des services correctionnels a réagi en établissant, à titre expérimental, des unités carcérales spécifiquement maories pour les délinquants maoris10. Une évaluation de lunité maorie à la prison de Hawkes Bay démontre quil y a des avantages à disposer dune unité spécifiquement maorie au sein de lenvironnement carcéral général.
La justice Marae
Marae est un lieu de rencontre spirituelle pour les Maoris, où leurs Aînés et les individus se rencontrent lors de funérailles, et pour discuter de questions qui intéressent les Maoris dune manière culturellement et spirituellement appropriée. Une autre question controversée concerne lidée de soumettre les délinquants maoris à la justice Marae plutôt quau système traditionnel de justice pénale. Bien que la justice Marae nait pas été officiellement intégrée au système de justice pénale néo-zélandais, certains Iwi ont été admis à lutiliser dans certaines circonstances.
Un exemple typique était lutilisation de la justice Marae à légard dune personne qui était accusée davoir dérobé 8 000 $ au fonds dune tribu taranakie. Laccusé a été obligé de démissionner du South Taranaki Working Party, de verser un dédommagement intégral, de présenter des excuses et de promettre de ne pas récidiver11. On retrouve chez les Iwi la croyance que leur processus de justice pourrait réduire la récidive chez les délinquants maoris parce quil a recours à des normes, des croyances et des pratiques culturelles maories pour administrer la justice. La légitimité de la justice Marae fait toujours lobjet dun débat, tant à lintérieur quà lextérieur des cercles gouvernementaux.
On note, parmi les autres questions importantes, linsuffisance des effectifs parmi les professionnels maoris au sein du système de justice pénale, ce qui présuppose la nécessité de sensibiliser, au moyen dune formation, le personnel non maori à la diversité culturelle. Le Ministère des services correctionnels a récemment instauré la « thérapie biculturelle », qui fait appel à des normes, à la culture et à des pratiques maories, avec leurs avantages inhérents, combinées aux pratiques occidentales prévalantes, pour sattaquer aux causes de la délinquance et de la récidive chez les Maoris12. Les progrès ont été lents, mais la reconnaissance de la population maorie comme ayant une culture particulière et des besoins particuliers, surtout dans le domaine des services correctionnels, est encourageante.
2. YEBOAH, D.A.National Report on the Evaluation of the Habilitation Centres Pilot Programme, Department of Corrections, Wellington (Nouvelle-Zélande), 1999.
3. YEBOAH, D.A. « Problems of Indigenous Health Research: Issues for Australia », Australian Journal of Social Research, vol. 1, no 1, 1995, p. 3-19.
4. TE PUNI KOKIRI « Progress Towards Closing the Social and Economic Gap Between Maori and Non-Maori ». Wellington (Nouvelle-Zé1ande) 1999, volume 1.
5. TE PUNI KOKIRI, 1998, volume 18.
6. YEBOAH, D.A., 1995.
7. BROADHURST, R., « Evaluating Imprisonment and People: Survival rates or Failure Rates ». Document présenté à la conférence de lAustralian Institute of Criminology, Canberra (Australie) en 1991. Voir aussi, MCLAREN, K. Reducing Re-offendeing: What Works Now,Department of Corrections, Wellington, 1992 et MOTIUK, L. « Lutilisation des facteurs familiaux pour évaluer le risque et les besoins des délinquants ». Forum Recherche sur lactualité correctionnelle, vol. 7,no 2, 1995, p. 19-22.
8. DEPARTMENT OF CORRECTIONS, Corrections News, Wellington, 1997. Voir aussi, Report prepared for the Asian and Pacific Conference of Correctional Administrators, conférence qui sest tenue à Vancouver (Colombie-Britannique), Department of Corrections, Wellington, 1998.
9. YEBOAH, D.A., (1995).
10. DEPARTMENT OF CORRECTIONS, Corrections News, Wellington, 1999.
11. EVENING POST, édition du 28 octobre 1999, Wellington Newspaper Ltd.
12. McFARLANE-NATHAN, G. Cognitive Behaviour Therapy and the Maori Client, document présenté à la Psychological Service Annual Conference, Christchurch (Nouvelle-Zélande), 1994.