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Le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, une initiative pour délinquantes sous responsabilité fédérale

par Norma Green1
Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, Service correctionnel du Canada

Ouvert en octobre 1995, le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci (collines du tonnerre), situé dans les collines du Cyprès en Saskatchewan, est un établissement de trente places qui accueille des délinquantes autochtones sous responsabilité fédérale.

Contexte

Dans son rapport intitulé La création de choix, le Groupe d’étude sur les femmes purgeant une peine fédérale a recommandé la construction de cinq établissements régionaux pour femmes, dont le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci.

Les conclusions du Groupe d’étude sur les femmes purgeant une peine fédérale renforcent celles d’études antérieures. Le Groupe d’étude affirme qu’en raison de leur nombre restreint les délinquantes sous responsabilité fédérale sont défavorisées sur plusieurs plans par rapport aux hommes purgeant une peine de ressort fédéral :

  • Bien des femmes sont éloignées de leur famille, de leur culture et de leur collectivité.
  • Certaines femmes sont incarcérées à un niveau de sécurité trop élevé et elles n’ont pour ainsi dire aucune possibilité réelle de bénéficier de transferts vers des établissements de niveau de sécurité inférieur ou vers des établissements communautaires.
  • Les délinquantes sous responsabilité fédérale, en particulier celles qui purgent leur peine dans un établissement provincial, souffrent du manque de programmes, de services et d’outils d’évaluation adaptés à leurs besoins.

Une enquête2 a révélé que le taux de mise en liberté des délinquants autochtones (hommes et femmes) est inférieur au taux de mise en liberté des délinquants non autochtones. La proportion de délinquantes autochtones sous responsabilité fédérale qui ont été victimes de violence physique et d’agression sexuelle est également supérieure à celle qu’on constate chez les délinquantes non autochtones sous responsabilité fédérale. De plus, la toxicomanie, surtout l’alcoolisme, joue un rôle prépondérant dans les infractions commises par les délinquantes autochtones et elle est beaucoup plus fréquente chez elles que chez les délinquantes de race blanche3.

Le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones indique que 95 % des délinquants autochtones incarcérés au pénitencier de la Saskatchewan ont été retirés et éloignés de leurs foyers ou mis en adoption. Des rapports révèlent que de nombreux Autochtones ont été victimes de violence psychologique, physique et/ou sexuelle quand ils étaient enfants et adolescents.

Au cours des cinq dernières années, le Service correctionnel du Canada a fait construire cinq établissements régionaux pour délinquantes sous responsabilité fédérale : un en Alberta, un en Ontario, un au Québec, un en Nouvelle-Écosse et un en Saskatchewan, soit le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci. Le Groupe d’étude sur les femmes purgeant une peine fédérale avait recommandé la construction d’un pavillon de ressourcement dans la région des Prairies en raison du nombre élevé de délinquantes autochtones sous responsabilité fédérale qui proviennent de cette région.

Planification du pavillon de ressourcement

La création du pavillon de ressourcement Okimaw Ohci résulte d’un partenariat entre le Service correctionnel du Canada et les Autochtones et de leur volonté commune de répondre aux besoins culturels et spirituels des délinquantes autochtones sous responsabilité fédérale. Le pavillon peut accueillir jusqu’à trente femmes et dix enfants de moins de quatre ans.

Le Cercle de planification du pavillon comptait des représentants des collectivités de Maple Creek et de Nekaneet, de groupes d’Autochtones et de femmes et du Service correctionnel du Canada. Des Aînés de différentes Premières nations ont joué un rôle important dans la planification du pavillon, et des détenues de divers établissements ont été consultées pour voir à ce que les programmes, les services et les ressources soient adéquats et axés sur le risque et les besoins.

Le Cercle de planification a contribué à la conception du plan de l’établissement, à l’élaboration des descriptions de travail, au processus de sélection des employés et à l’établissement du plan de formation et de perfectionnement du personnel. Le Cercle de planification a accordé une attention toute particulière à l’élaboration de la stratégie de guérison holistique, qui est au cœur du mandat du pavillon. Au terme de la phase de planification, le Cercle de planification a passé le flambeau à un Cercle plus restreint, dit kekunwemkonawuk, ou « gardiens de la vision du pavillon ». Ceux-ci se réunissent régulièrement pour exercer une surveillance sur les activités du pavillon de ressourcement et offrir du soutien et des conseils à la kikawinaw, c’est-à-dire à la directrice. Pour assurer la continuité du fonctionnement du pavillon, plusieurs membres de l’ancien Cercle de planification siègent au Cercle des kekunwemkonawuk.

Programmes

L’ensemble des activités et des programmes se fonde sur la conception autochtone de la guérison. Il s’agit d’un processus permanent que les résidentes entreprennent pendant leur séjour au pavillon de ressourcement et qu’elles poursuivront après leur départ. Au pavillon de ressourcement, les résidentes guérissent progressivement des blessures et des effets de la violence physique et sexuelle et elles s’affranchissent de la toxicomanie grâce à un retour aux sources culturelles, linguistiques et spirituelles autochtones. Elles suivent les programmes de base prévus par la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, à savoir les programmes Prévention de la toxicomanie, Vivre sans violence, Acquisition de compétences psychosociales, ainsi que des programmes d’alphabétisation et d’éducation. Cependant, tous ces programmes sont adaptés à leurs besoins particuliers en tant que femmes et Autochtones. Normalement, des Aînés participent à la prestation des programmes. Les résidentes suivent des études autochtones, où l’on tâche avant tout de leur présenter l’histoire des Premières nations sous un jour favorable, de manière à faire valoir le rôle positif joué par les Autochtones dans l’évolution du pays et à faire renaître chez elles la fierté d’être Autochtones. Les études autochtones renforcent leur estime de soi et leur sentiment de bien-être.

Les résidentes prennent part à des activités culturelles, telles que la broderie perlée, la couture et des séances de tambour et de chant. De nombreuses résidentes confectionnent des couvertures à étoiles, des mocassins et des attrape-rêves, ainsi que des robes et des blouses à rubans qu’elles vendent au public. Une fois par mois, les résidentes organisent des danses en rond, auxquelles participent des membres des collectivités de Nekaneet et de Maple Creek.

Programme mère-enfant

Le programme mère-enfant a été mis en œuvre en août 1997. Il permet aux enfants d’habiter avec leur mère. Le jour, pendant que les mères participent à des programmes, les enfants sont à la garderie. Dans la vie des membres des Premières Nations, les enfants jouent un rôle important. Les Autochtones croient que les enfants sont plus près du Créateur. De ce fait, ils occupent une place spéciale dans les familles et les collectivités. Le personnel et les délinquantes tiennent beaucoup à la présence des enfants, qui sont pour tous une source de joie, d’espoir et d’enthousiasme.

Services des Aînés

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des Aînés offrent du soutien, des conseils, de l’inspiration et de l’espoir aux résidentes et au personnel. Jour et nuit, on peut faire appel aux Aînés en cas de crise. Deux fois par semaine, ils donnent des enseignements traditionnels et modernes aux résidentes et au personnel sur le fondement spirituel des jeûnes, des festins et des danses du soleil, ainsi que sur l’importance de la famille, de la collectivité et du respect.

Services de santé mentale

L’établissement a pris des dispositions pour assurer aux délinquantes les services d’un psychologue. Deux semaines sur quatre, le psychologue offre du counseling et effectue des évaluations psychologiques, selon les besoins. Le counseling individuel répond au besoin qu’ont les femmes de parler des actes de violence dont elles ont été victimes.

Le counseling, le ressourcement spirituel et les programmes font partie du processus de guérison holistique des résidentes. Cette approche intégrée a permis de prévenir des situations de crise qui auraient pu donner lieu à des incidents d’automutilation. Aucun incident grave n’est jamais survenu au pavillon.

Cercles de médiation et de résolution de conflits

Les résidentes du pavillon de ressourcement continuent d’affronter des difficultés, à connaître des déceptions et à éprouver de la colère dans leur vie quotidienne. Chaque matin, des Cercles spirituels se tiennent au pavillon de spiritualité. En général, chacune fait part de ses joies, de sa souffrance, de ses déceptions et de ses espoirs. C’est un endroit où on est libre de parler de ses sentiments en toute confidence; ce qui s’y dit ne va pas plus loin. C’est aussi un endroit où on apprend la patience, la maîtrise de soi et le respect des opinions des autres.

Les cercles de médiation et de résolution de conflits font partie de la vie quotidienne au pavillon. Si deux compagnes de chambre ne s’entendent pas, elles se rencontrent dans un cercle de la parole avec l’assistance d’un Aîné. Souvent, il faut plusieurs rencontres de ce type avant de résoudre le conflit. Mais dans chaque cas, on règle le problème. Les résidentes apprennent ainsi à résoudre des conflits et à faire face à des frustrations d’une manière respectueuse et dans un milieu sûr, ce qui les prépare à affronter les déceptions et les conflits inhérents à la vie à l’extérieur.

Par exemple, deux résidentes qui étaient fâchées l’une contre l’autre ont eu une petite altercation. On s’est entretenu avec chacune d’elles pour établir tous les faits, puis on les a réunies pour qu’elles en discutent. Au bout de deux rencontres, elles avaient réglé leur différend et accepté d’assurer le nettoyage du bâtiment de l’administration pendant deux semaines, ce qui les a obligées à travailler ensemble et à partager les tâches. L’expérience leur a permis d’apprendre à se parler, à planifier et à exécuter ce qu’on attendait d’elles. Par la suite, elles sont devenues de bonnes amies qui se soutiennent. Elles disent toutes les deux avoir appris à résoudre un conflit et affirment qu’elles n’auraient pas eu l’expérience de régler un problème si on avait procédé autrement.

Les cercles spirituels et les cercles de la parole constituent des forums où l’on peut régler des problèmes dans une atmosphère de sécurité et de soutien. Au sein d’un cercle, les distinctions hiérarchiques qui caractérisent les rapports entre personnel et délinquantes s’estompent. Chaque participante est sur le même pied et l’on tire des leçons de tous les propos échangés. De façon générale, on apprend en écoutant l’autre. On apprend à parler franchement et ouvertement de sa vie, de sa famille, de ses expériences et de ses sentiments. On a la possibilité de s’exprimer sans se faire couper la parole. Le but est que chaque résidente fasse sienne la pratique des cercles et qu’elle l’applique dans sa vie quotidienne après avoir quitté le pavillon. Au pavillon, on accorde beaucoup d’importance au respect, car il s’agit de traiter son prochain comme on voudrait être traité soi-même.

L’initiative fonctionne-t-elle?

Dans son Rapport, La création de choix, le Groupe d’étude sur les femmes purgeant une peine fédérale a insisté sur l’importance de réaliser la vision d’un changement, en se fondant sur les principes suivants :

  • Les femmes autochtones incarcérées doivent vivre dans un milieu sûr;
  • Elles doivent apprendre à avoir une attitude bienveillante envers elles-mêmes, leur famille et la collectivité dans son ensemble;
  • La planification doit se faire selon les besoins propres des clientes;
  • Les Autochtones voient la vie comme une suite de passages;
  • Les Autochtones considèrent que les enfants jouent un rôle dans la guérison car ils sont plus près du monde spirituel;
  • Arriver à survivre à des expériences personnelles difficiles est source de fierté.

Le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci est ouvert depuis près de quatre ans. Le personnel du pavillon s’efforce de suivre tous les principes énoncés dans La création de choix. Nous offrons aux femmes un milieu sûr et favorable. Nous les traitons avec respect et nous les incitons à devenir maîtresses de leur vie. La présence des enfants au pavillon crée une atmosphère optimiste et enjouée. Le pavillon continue de bénéficier de l’appui de la collectivité. Chaque résidente apprend des expériences personnelles des autres. Les Aînés transmettent leur savoir. Des cinquante femmes mises en liberté jusqu’ici, six seulement ont commis une nouvelle infraction.


1. Case postale 1929, Maple Creek (Saskatchewan) S0N 1N0.

2. SOLLICITEUR GÉNÉRAL DU CANADA Aperçu statistique : Le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, Table D2, p. 56, Ottawa (Ontario), 1999.

3. Voir MOTIUK, L.L. et NAFEKH, M. « Profil des délinquants autochtones dans les services correctionnels fédéraux », à la page 10 de ce numéro.