La résistance au traitement en milieu correctionnel
par Denise L. Preston1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
La résistance au traitement est un phénomène courant, qui a une incidence défavorable sur les résultats du traitement, en ce quelle réduit lobservation de celui-ci, lassiduité et le rendement du client et le nombre de bienfaits réalisés. Étant donné que lintervention correctionnelle vise avant tout la protection du public, les efforts destinés à réduire la résistance au traitement sont essentiels.
Cet article fait état des sources de la résistance. Il propose des stratégies visant à réduire la résistance2 et il décrit les méthodes adoptées par les responsables du Programme pour délinquants à comportement violent chronique3 du Service correctionnel du Canada afin daccroître lengagement au traitement des participants.
Sources de la résistance
La résistance au traitement peut découler de lune ou lautre des sources suivantes : le client, le traitement comme tel ou les méthodes employées, lenvironnement, le clinicien ou les rapports entre le client et le clinicien.
Variables liées au client
Les chercheurs ont pu établir un rapport entre la résistance et de nombreuses variables liées au client, quon peut classer dans les catégories suivantes :
Variables liées à des troubles mentaux - De par leur nature, certains troubles mentaux amènent le client à résister au traitement, la plupart du temps, en accentuant ses sentiments de méfiance. Cest notamment le cas des clients atteints du trouble de la personnalité limite, des clients anti-sociaux, narcissiques, paranoïaques, psychopathes et schizophrènes et de ceux qui souffrent de troubles organiques ou neurologiques, de déficiences intellectuelles ou de toxicomanie.
Variables liées à la personnalité - Sont également résistants à lintervention thérapeutique les clients hostiles qui manifestent un comportement défensif, exigeant ou rebelle, ceux qui sopposent à lautorité, qui ont le sentiment aigu quon leur doit quelque chose et qui ressentent le besoin excessif de tout dominer, et ceux enfin qui ont un locus de contrôle externe, dans la mesure où ils tentent de nier ou de minimiser leur responsabilité ou de rejeter la faute sur un agent externe.
Variables liées au comportement - Nombre des comportements du client contribuent à exacerber la résistance, y compris le manque de motivation au changement, lincapacité de reconnaître la gravité de ses problèmes, les déficiences en matière dhabiletés, les sentiments de colère ou dagressivité, les actes de violence et les gestes suicidaires.
Variables liées aux craintes des clients - Diverses craintes du client lui font résister au traitement, y compris celles qui découlent de son incompréhension de la nature de la thérapie et les craintes qui lui servent de moyens de protection. Parfois, le client redoute que le thérapeute divulgue ses confidences. Dautres fois, le client craint quil ne soit pas capable de changer.
Variables liées aux motifs intéressés du client - Le client peut sopposer au traitement pour diverses raisons intéressées. Par exemple, il peut tirer certains avantages secondaires du comportement dysfonctionnel visé par le traitement, si bien quil ne veuille pas sen défaire, ou il peut avoir des raisons inavouées de vouloir persister dans sa conduite actuelle.
Variables liées au traitement
Différentes variables liées au traitement peuvent avoir une incidence sur le degré de résistance. On pense surtout au choix dune thérapie ou de méthodes de traitement qui sont mal adaptées au client concerné, ce qui nincite guère celui-ci à modifier son comportement. Par exemple, si le client a de faibles compétences, sil est illettré ou peu communicatif, cest à peu près sûr quil résistera à une thérapie verbale ou à un traitement comprenant des notions abstraites ou des devoirs écrits. La taille du groupe peut influer aussi sur la résistance du client et les résultats du traitement.
Les traitements de durée moins longue tendent à susciter moins de résistance et, bien que les écarts soient minimes entre les résultats des différents types de thérapies, il semble que les thérapies comportementales engendrent légèrement moins de résistance que les autres.
Variables liées à lenvironnement
Dans certains cas, les différences culturelles entre le client et le clinicien avivent la résistance, tout comme lincapacité du clinicien de comprendre certains comportements régis par la culture du client. En outre, si le client provient dun milieu défavorisé, il aura tendance à sopposer au traitement, principalement parce quil ne voit pas la nécessité de changer et ne sen croit pas capable. Dailleurs, labsence dun bon réseau de soutien social peut faire en sorte dentretenir sa résistance. Lenvironnement où le traitement est offert peut constituer un autre facteur de résistance, surtout si le milieu est carrément défavorable, ou si le client est interné dans un établissement, où, dans certains cas, le traitement lui est imposé.
Variables liées au clinicien
Malgré le peu de recherche systématique sur lincidence des qualités du clinicien sur la thérapie et la résistance au traitement, on a pu cerner certains attributs du clinicien qui serviraient à accentuer la résistance du client, et quon peut classer dans deux catégories.
Dabord, il y a les attributs du clinicien qui existent indépendamment de la résistance du client. Dans de tels cas, le clinicien arrive à la conclusion erronée que le client manifeste de la résistance, non pas en raison dune quelconque résistance réelle, mais à cause de ses propres déformations de cognition ou doptique. Ensuite, il y a les attributs du clinicien qui découlent de la résistance manifeste du client, où la réaction du clinicien est telle quelle attise la résistance du client. Par exemple, le clinicien peut adopter une approche conflictuelle ou donner peu de conseils ou de commentaires au client.
Variables liées aux rapports entre le client et le clinicien
À certains égards, il est difficile de distinguer les variables liées aux rapports entre le client et le clinicien de celles qui concernent proprement le client ou le clinicien, puisque les deux ensembles de facteurs ont finalement une incidence sur la relation entre le client et le clinicien. Quoi quil en soit, cette relation, quil convient dappeler lalliance thérapeutique, et les variables qui la conditionnent sont examinées séparément ici en raison de linfluence considérable de lalliance thérapeutique sur la résistance du client et les résultats du traitement.
Les spécialistes en recherche clinique ont beaucoup écrit sur lalliance thérapeutique. Ils ont noté que lalliance thérapeutique est sans doute le principal facteur qui détermine le degré dobservation du traitement, qui explique la majeure partie des écarts dans les résultats du traitement et qui est le meilleur prédicteur de lissue du traitement dans les cas de thérapies dynamiques de courte durée centrées sur le client.4
La création de lalliance thérapeutique dépend à la fois des variables liées au client et de celles qui concernent le clinicien. En ce qui concerne le client, létablissement de lalliance thérapeutique dépend de son engagement au traitement, de sa capacité fonctionnelle et de son aptitude à nouer de saines relations interpersonnelles.
Quant au clinicien, la création de lalliance thérapeutique dépend de ses attributs personnels, par exemple, de sa compétence, de son empathie, de sa sincérité et de son acceptation du client. Létablissement de lalliance thérapeutique dépend aussi de la capacité du clinicien de motiver le client et des types et de létendue des liens de communication quil réussit à nouer avec le client. Les défauts du clinicien ont aussi une influence sur lalliance thérapeutique. Si le clinicien est moralisateur ou trop critique à légard du client, sil a lui-même des difficultés en matière de relations interpersonnelles, sil voit de la résistance là où il ny en a pas, ou sil a des problèmes de contre-transfert, tout cela aura une incidence néfaste sur sa relation avec le client.
Stratégies destinées à réduire la résistance
Avant dadopter une stratégie dintervention, le clinicien doit analyser la forme de résistance manifestée par le client. Étant donné le vaste nombre de combinaisons de types de résistance pouvant résulter dune telle analyse, il est impossible de prescrire des méthodes précises pour réagir à chaque manifestation possible de la résistance. Souvent, il sera nécessaire demployer plusieurs méthodes, soit en même temps, soit à la suite lune de lautre. Cependant, dans tous les cas, il faut se rappeler les deux points suivants. Tout dabord, quelle que soit la stratégie adoptée, le but premier consiste à réduire la résistance, à accroître la motivation et à contribuer aux bienfaits du traitement. Ensuite, il est important de travailler dans le sens de la résistance du client, plutôt quà contre-courant de celle-ci.
Stratégies destinées à réduire la résistance directement liée au client
Étant donné le rapport entre la résistance et les taux dabandon, il est essentiel denrayer celle-ci le plus tôt possible. Une stratégie consiste à offrir des séances de préparation avant le début du traitement ou de la thérapie, soit à une personne, soit à un groupe de clients.
Sil nest pas possible doffrir de telles séances, il faut sattaquer à la résistance dès les premières séances. Cela dit, il nest pas recommandé daborder la question de la résistance à la toute première séance.
Idéalement, celle-ci doit plutôt être loccasion pour le clinicien et le client de formuler des impressions initiales favorables lun de lautre, dans une ambiance dépourvue dhostilité.
Si la résistance se poursuit et si, par exemple, le client persiste à contester la compétence du clinicien et lintégrité du programme, le clinicien dispose de plusieurs solutions, quil peut appliquer soit en particulier, avec le client concerné, soit en groupe. Le clinicien peut notamment tenter de réagir aux propos du client. Cette méthode est utile dans certaines circonstances, alors que dans dautres, elle ne sert quà aggraver la situation, parce que le client peut à son tour sopposer aux déclarations du clinicien. Sinon, le clinicien peut réagir à la manière dont le client se prend pour manifester sa résistance, soit en qualifiant les propos du client de résistants, puis en en discutant, soit en formulant des observations du genre, « Jai remarqué que, quand nous parlons de tel sujet, vous avez telle réaction », puis en demandant au client dexpliquer cette réaction.
Enfin, si le client continue de résister, malgré plusieurs tentatives visant à atténuer sa résistance, le clinicien peut devoir lexclure du traitement, surtout si le client empêche les autres den tirer pleinement profit. Par contre, il faut réfléchir longuement avant de retirer le client du traitement, car cette mesure peut avoir des répercussions imprévisibles.
Stratégies destinées à réduire la résistance liée au traitement
Le client devrait participer activement à lélaboration du plan de son traitement, à la définition des objectifs et à la sélection des méthodes à employer pour atteindre ces objectifs. Si le plan, les objectifs et les méthodes sont imposés par le clinicien, le client est porté à résister, ce qui finit par nuire aux résultats du traitement. Les objectifs convenus doivent être réalistes, réalisables et prosociaux. Et le clinicien doit régulièrement faire part au client de ses observations sur les tentatives du client de réaliser les objectifs fixés.
Stratégies destinées à réduire la résistance liée à lenvironnement
Certains facteurs de lenvironnement, tels que les origines culturelles et le statut socio-économique, ne dépendent pas de la volonté du clinicien ou du client. Le clinicien doit demander directement au client de lui décrire linfluence de ses origines sur ses croyances, ses attitudes et son comportement, et il doit tenir compte de ces facteurs quand il planifie le traitement. Quant au statut socio-économique, le clinicien doit sappliquer à renforcer la confiance du client en son potentiel et en sa capacité de changer. Tout comme les origines culturelles, le statut socio-économique doit être pris en compte dans la planification du traitement.
De même, le clinicien peut avoir à contrer des formes de résistance découlant du milieu où le traitement est offert. Dans bien des cas, ni le clinicien, ni le client ne choisissent lendroit où le traitement se déroule, surtout sil est dispensé dans un établissement. Autant que possible, il faut choisir lendroit dans létablissement qui est le plus propice à la création dune ambiance thérapeutique. Il est utile aussi de rappeler au client que, malgré le cadre défavorable, il peut maintenir une attitude positive et changer son comportement pour le mieux.
Stratégies destinées à réduire la résistance liée au clinicien
Il incombe au clinicien de voir dans quelle mesure il contribue à la résistance du client et de modifier son comportement en conséquence.5 En outre, pour évaluer la résistance de façon précise et appliquer les stratégies décrites ici de façon compétente, il nous semble indispensable pour le clinicien de posséder les qualités suivantes. Il doit être perspicace, sensible, empathique, sympathique, fiable, souple et tolérant. Il doit montrer quil accepte le client, malgré son comportement. Il doit être bon communicateur et avoir le sens de lhumour. Le clinicien doit soutenir et encourager le client et faire valoir en tout temps la capacité et la volonté de celui-ci de modifier son comportement. Cela rejoint les techniques de lentretien motivationnel proposées par Miller et Rollnick.6
Si le clinicien choisit de divulguer des renseignements personnels, il doit le faire avec circonspection, car lopportunité de cette mesure dépend du type de thérapie, de lobjectif de la divulgation, du client concerné et de lampleur des détails divulgués. Par ailleurs, le clinicien doit éviter de confronter le client, puisque la confrontation ne fait quaccroître la résistance et le risque dabandon. De plus, la confrontation agressive est un exemple typique du cas où le clinicien prend en charge la modification du comportement à la place du client.7 Enfin, le clinicien doit évaluer sa conduite de façon critique pour voir sil manifeste des réactions de contre-transfert à légard du client. Par exemple, sil ressent de la colère à lendroit du client, il doit tâcher de voir si la colère est provoquée par le comportement de celui-ci ou par les frustrations quil a accumulées en raison de clients récalcitrants. Une fois quil a cerné ses réactions de contre-transfert, le clinicien doit les maîtriser.
Stratégies destinées à réduire la résistance liée à la relation entre le client et le clinicien
Sil est important de choisir le traitement qui convient à chaque client, il est tout aussi important dorienter le client vers le bon clinicien, selon ses besoins. Pour ce faire, il faut tenir compte des origines culturelles, de la sensibilité, du sexe, de la personnalité et du style de communication interpersonnelle. Le clinicien doit tâcher de rester empathique et de toujours manifester une attitude positive à légard du client résistant. Dès le début de leur interaction, le clinicien doit définir et maintenir son rôle de professionnel et les limites de sa relation avec le client, soit une démarche différente de celle quon privilégie dans la psychothérapie centrée sur le client, où le clinicien tente de cultiver un engagement personnel profond envers son client.
Délinquants bénéficiant de services de psychiatrie légale et le milieu carcéral
Nombre des questions et des idées que nous avons soulevées jusquici sappliquent sans nul doute aux délinquants. Certaines dentre elles concernent ce groupe de clients de façon plus particulière, et il en est dautres encore qui doivent être prises en compte.
Nous avons déjà vu que la résistance est un phénomène courant et prévisible pour toutes les formes de psychothérapie. Cependant, quand il sagit du traitement de délinquants bénéficiant de services de psychiatrie légale, la résistance est inévitable. Ce type de délinquant manifestera simultanément la plupart sinon tous les facteurs de résistance que nous avons relevés, et ce, de façon plus aiguë. La majorité de ces délinquants sont atteints dun ou de plusieurs troubles mentaux, qui nuisent à leur capacité de sengager au traitement. Ils sont hostiles, sur la défensive et agressifs. Ils souffrent de déficiences en matière dhabiletés, dun manque de motivation, de nombreuses craintes et insécurités et ils manifestent de nombreux comportements intéressés. Et, plus que les autres clients, ces délinquants ont tendance à manquer de motivation, à résister, à abandonner le traitement, à ne pas beaucoup modifier leur comportement au cours du traitement et à récidiver éventuellement par la suite.8
Par ailleurs, en plus dappliquer les stratégies recommandées pour dautres clients, le clinicien qui traite un délinquant doit tenir compte des préoccupations dordre juridique de celui-ci. Par exemple, le client peut sembler résister au traitement, alors quil tente déviter de se voir imposer dautres sanctions pénales.
Andrews et Bonta9 soutiennent que le traitement correctionnel doit être offert aux délinquants qui présentent le plus de risque, quil doit viser les besoins criminogènes, quil doit se fonder sur lapproche cognitivo-comportementale ou dapprentissage social, plutôt que sur la psychothérapie non directive, la thérapie par la compréhension de soi, ou la thérapie par lévocation, et quil faut appliquer les principes du risque, des besoins et de la réceptivité. Ils précisent aussi que plusieurs variables liées au clinicien et au traitement doivent être prises en compte dans le processus de traitement, y compris les principes de la relation et de la dépendance. Selon le principe de la relation, létablissement dune alliance thérapeutique positive entre le clinicien et le délinquant peut favoriser lapprentissage. Selon le principe de la dépendance, la relation entre le clinicien et le délinquant doit dépendre de certaines limites convenues à lintimité physique et affective et de certaines mesures anticriminelles, telles que le renforcement du comportement prosocial et la désapprobation du comportement antisocial. Il en ressort que létablissement dune alliance thérapeutique ou dune relation interpersonnelle favorable entre le clinicien et le client revêt une importance primordiale, tant chez les délinquants en général que chez les délinquants bénéficiant de services de psychiatrie légale. Cependant, ce nest peut-être pas le cas pour les psychopathes.10
Programme pour délinquants à comportement violent chronique
Le Programme pour délinquants à comportement violent chronique est un projet pilote mis sur pied et financé par la Direction de la recherche du Service correctionnel du Canada. Il sagit dun programme de traitement pluriannuel non résidentiel actuellement dispensé dans deux établissements à sécurité moyenne au Canada. Le programme vise les délinquants ayant un comportement violent chronique, soit ceux qui ont été condamnés pour au moins trois infractions non sexuelles avec violence. Le programme se fonde sur un modèle théorique social de la résolution des problèmes et il est appliqué suivant les principes de lapproche cognitivo-comportementale. Il exige une participation à mi-temps pendant seize semaines.11
Comme on pourrait sy attendre avec la population concernée, la plupart des participants résistent au traitement. Pour cette raison, le premier module du programme vise à les motiver, à faciliter leur interaction et à renforcer leur engagement et leur confiance dans le traitement. Le module commence par deux semaines de thérapie individuelle, à titre damorce au traitement. Au cours de cette période initiale, le clinicien et le client ont la possibilité de faire connaissance dans un cadre favorable, le clinicien peut répondre aux préoccupations du client et commencer à cerner ses objectifs relatifs au traitement. En tout temps, le clinicien maintient une attitude respectueuse, empathique et encourageante.
Le module de motivation comprend également une semaine de séances en groupe, au cours desquelles la question de la violence est rarement abordée. Les cliniciens et les clients sattachent plutôt à définir les règles du groupe, à discuter des obstacles au traitement, tels que les problèmes de toxicomanie, limpulsivité et les croyances qui donnent lieu à des actes dagression. Ils parlent de moyens de réduire lincidence de ces facteurs sur les résultats du traitement et ils effectuent lanalyse des « coûts » et des avantages de terminer le programme. Durant toutes ces activités, lincidence à court et à long terme de différents comportements sur les clients et sur les autres est prise en compte.
Les deuxième et troisième modules portent respectivement sur la définition des problèmes et lacquisition dhabiletés. Contrairement au module de motivation, ceux-ci ne prévoient pas de stratégies précises destinées à réduire la résistance. Toutefois, dautres mesures sont prises en ce sens, y compris lenseignement par les pairs, qui visent à mettre les clients résistants en rapport avec des modèles positifs. En outre, les cliniciens favorisent lapplication des compétences de résolution des problèmes et de règlement des différends dans chaque groupe, de sorte que les clients prennent conscience de leur pouvoir personnel et de leur influence sur lévolution du groupe.
Enfin, les cliniciens choisis pour le programme sont évalués au préalable en fonction de leurs qualités personnelles. De préférence, on choisit des candidats compétents, confiants et sensibles qui privilégient une approche ferme et judicieuse du travail auprès des délinquants. Il est très important de faire preuve dassurance quand on a affaire à ce groupe de clients, car ils ont tendance à exploiter les employés qui semblent manquer de confiance. Les cliniciens choisis doivent être sûrs de leur identité professionnelle, savoir faire respecter leurs limites et posséder une motivation intrinsèque. De plus, les cliniciens doivent travailler ensemble et sépauler pour montrer les bons comportements aux clients, réduire le risque de manipulation et saider à faire face aux épreuves inévitables.
Évaluation de la motivation au Programme pour
délinquants à comportement violent chronique
Les clients qui prennent part au Programme pour délinquants à comportement violent chronique font lobjet dun ensemble complet de tests avant et après leur participation.12 Parmi les tests, on compte des évaluations de la réceptivité et de la motivation fondées sur les déclarations du client. Étant donné le manque de corrélation entre ces déclarations, le comportement du client et les résultats du programme, les cliniciens font également des appréciations hebdomadaires de la motivation du client et de lamélioration du comportement, en fonction de lassiduité aux cours, de la participation, de la conduite et de lattitude du client. Des analyses futures porteront sur la corrélation entre les deux méthodes dévaluation et le rapport de chacune delles avec les résultats du traitement.
Conclusion
Comme il y a de nombreuses sources de résistance au traitement et différentes formes de celle-ci, il est impossible de prescrire des mesures particulières à prendre à lendroit dun client précis dans une situation donnée. Dans chaque cas, le clinicien doit effectuer une analyse approfondie afin de déterminer le meilleur moyen de réduire la résistance. Cela est essentiel, parce que les résultats du traitement dépendent de la réduction de la résistance et parce que les interventions correctionnelles ont pour but premier de contribuer à la sécurité publique.
2. Pour un traitement approfondi de la résistance et des stratégies de réduction de la résistance, voir ANDERSON, C. M. et STEWARTS, S. Mastering resistance: A practical guide to family therapy, New York, Guilford Press, 1983. Voir aussi CULLARI, S. Treatment resistance: A guide for practitioners, Massachusetts, Allyn & Bacon, 1996.
3. SERIN, R. Les délinquants (non sexuels) à comportement violent chronique : proposition de programme, Rapport de recherche R-42, 1995, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada.
4. HORVATH, A. O. et SYMONDS, B. D. «Relation between working alliance and outcome in psychotherapy: A meta-analysis», Journal of Counseling Psychology, vol.38, 1991, p. 139-149.
5. MAHRER, A. R., MURPHY, L., GAGNON, R. et GINGRAS, N. « The counsellor as a cause and cure of client resistance», Revue canadienne de counseling, vol.28, no 2, 1994, p. 125-134.
6. MILLER, W. R. et ROLLNICK, S. Motivational interviewing: Preparing people to change addictive behavior, New York, Guilford Press, 1991.
7. JENKINS, A.Invitations to responsibility: The therapeutic engagement of men who are violent and abusive, Adelaide (Australie), Dulwich Centre Publications, 1990.
8. GERSTLEY, L., MCLELLAN, A. T., ALTERMAN, A. I., WOODY, G. E., LUBORSKY, L. et PROUT, M. «Ability to form an alliance with the therapist: A possible marker of prognosis for patients with antisocial personality disorder», American Journal of Psychiatry, vol.146, 1989, p. 508-512. Voir aussi RICE, M. E., HARRIS, G. T. et CORMIER, C. A. «An evaluation of a maximum-security therapeutic community for psychopaths and other mentally disordered offenders», Law and Human Behavior, vol.16, 1992, p. 399-412.
9. ANDREWS, D. A. et BONTA, J. The psychology of criminal conduct, Cincinnati, Anderson Publishing, 1994.
10. Pour une description détaillée des stratégies à adopter relatives aux psychopathes, voir PRESTON, D. L. et MURPHY, S. «La motivation en thérapie des clients qui résistent au traitement», Forum : Recherche sur lactualité correctionnelle, vol.9, no 2, 1997, p. 39-43.
11. PRESTON, D. L., MURPHY, S., SERIN, R. C. et BETTMAN, M. Programme pour délinquants à comportement violent chronique : Manuel de traitement, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1999.
12. SERIN, R. et KENNEDY, S. La disponibilité et la réceptivité face au traitement et leur contribution à lefficacité des programmes correctionnels, Rapport de recherche R-54, 1997, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada.