La classification des délinquants qui purgent des peines demprisonnement à perpétuité
par Fred P. Luciani1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
Lévaluation initiale et la réévaluation du niveau de sécurité des condamnés à perpétuité posent certains problèmes particuliers au personnel correctionnel. La gravité de linfraction commise est un point commun à tous les délinquants condamnés à lemprisonnement à perpétuité, mais le risque que ces derniers présentent pour la sécurité peut être fort différent à de nombreux égards. Les résultats de recherches indiquent quil faut continuer dappliquer aux condamnés à perpétuité lÉchelle de classement par niveau de sécurité ainsi que lÉchelle de réévaluation du niveau de sécurité, miser sur le discernement professionnel du personnel, étudier la possibilité dutiliser des lignes directrices supplémentaires et conseiller la prudence.
Dans le cadre de la gestion des délinquants, lemploi de mesures objectives pour évaluer le risque sest traduit par des avantages concrets pour les services correctionnels. Ces mesures ont notamment permis daméliorer la cohérence et la précision du placement en fonction du niveau de sécurité, les décisions relatives aux programmes correctionnels et les décisions de mise en liberté, la formulation, au vu de tous, de normes explicites et défendables pour la prise de décisions, ainsi que les services de suivi périodique, de vérification et de mise au point des critères dévaluation.
De nombreux instruments dévaluation actuarielle sappuient sur des facteurs statistiquement pondérés et sur des règles de décision normalisées qui permettent dévaluer le risque relatif que présente un individu à laide du risque global que présente la population étudiée. Aujourdhui, le Service correctionnel du Canada utilise couramment des instruments objectifs pour appuyer lévaluation initiale et la réévaluation du niveau de sécurité des délinquants, et pour évaluer le risque et les besoins des délinquants, leur potentiel de réinsertion sociale, leurs aptitudes à poursuivre des études, leur fonctionnement psychologique, leur réceptivité aux programmes et bien dautres aspects liés à leur situation personnelle.
Les expériences accumulées témoignent pour la plupart de lefficacité des mesures objectives appliquées en milieu clinique2 et correctionnel3 et lorsque ces mesures se conjuguent à un bon jugement, il est permis despérer un modèle équilibré de prise de décisions. En dépit de la confiance grandissante quinspirent ces mesures, les mises à lessai4 et les examens opérationnels5 des échelles de classement par niveau de sécurité ainsi que lanalyse continue des dérogations découlant de lapplication de ces échelles soulèvent des inquiétudes. Les recherches ont révélé que les échelles de classement peuvent donner des résultats contraires à ceux prévus lorsquelles sont appliquées à des situations pour lesquelles elles nont pas été conçues et à des facteurs sans rapport avec le risque. Les mises à lessai ont également permis de constater que les dérogations sont plus susceptibles de se produire lorsque des facteurs de risque, dune grande validité apparente, ne sont pas inclus dans linstrument (qui souvent ne sappuie pas sur des données statistiques suffisantes) ou que la pondération des éléments ne correspond pas aux perceptions des utilisateurs. En dernier lieu, lanalyse de cas ou de sous-groupes particuliers au sein de la population étudiée peut poser des problèmes.
La plupart des populations cliniques ou correctionnelles comprennent des groupes particuliers qui ne présentent pas nécessairement tous les traits distinctifs du profil global. À moins que les instruments dévaluation ne soient spécialement validés et recalibrés, la prudence est de mise et il est recommandé de formuler des directives spéciales pour létude de ces groupes. Lors de la mise au point et de lexamen opérationnel des échelles de classement du Service correctionnel du Canada, bon nombre de ces problèmes sont apparus lorsque est venu le moment dappliquer ces échelles au groupe des « condamnés à perpétuité », et ce sont justement ces problèmes qui sont analysés ci-dessous.
Le classement selon le niveau dincarcération
Pour les services correctionnels fédéraux, le premier placement pénitentiaire des délinquants se fait dabord à laide de lÉchelle de classement par niveau de sécurité6 (ECNS), une échelle en 12 points, fondée sur les indices statiques et historiques qui mesurent ladaptation au milieu carcéral et le risque pour la sécurité publique. LECNS permet dattribuer un niveau de sécurité et est appliquée à tous les délinquants, au moment de leur admission, y compris ceux qui reviennent en milieu carcéral après avoir vu leur liberté sous condition révoquée. Dautres examens visant à réévaluer le niveau de sécurité des délinquants peuvent avoir lieu en tout temps après leur transfert vers lunité opérationnelle de leur placement initial, mais jamais après la date du premier anniversaire de leur transfert, et par la suite à chaque année.
Cette réévaluation sappuie sur les résultats obtenus à laide de lÉchelle de réévaluation du niveau de sécurité7 (ERNS), une échelle en 13 points qui tous, à lexception de celui qui porte sur la participation antérieure à un incident survenu en établissement, mesurent le comportement du délinquant ou les progrès quil a accomplis pendant sa dernière période de détention. (LERNS a récemment été révisée afin dinclure deux autres éléments et ajustements aux résultats, les valeurs minimales et les procédures de dérogation.
Les peines demprisonnement à perpétuité
Une peine demprisonnement pour une période indéterminée ou à perpétuité peut être imposée à la suite de certaines décisions, notamment les suivantes : une condamnation pour meurtre au premier ou au deuxième degré, une désignation de délinquant dangereux, y compris les délinquants déclarés dangereux en vertu de lancienne législation sur les délinquants sexuels dangereux ainsi quaux délinquants reconnus coupables dune infraction grave pour laquelle lemprisonnement à perpétuité constitue la peine maximale. On parle généralement de ce groupe comme étant des « condamnés à perpétuité ».
Une enquête récente auprès de la population carcérale du Service correctionnel du Canada a révélé que 2 732 délinquants, soit environ 20 % de toute la population carcérale, purgent présentement une peine demprisonnement pour une période indéterminée. Le plus ancien des condamnés à perpétuité a été admis en décembre 1955. Les délinquants purgeant une peine demprisonnement pour meurtre au premier ou au deuxième degré constituent la majorité (85 %) des condamnés à perpétuité, suivis des délinquants déclarés dangereux (9 %) et des délinquants ayant commis des infractions pour lesquelles la peine maximale est lemprisonnement à perpétuité (4 %). Les condamnés à perpétuité sont beaucoup plus susceptibles dêtre admis à la suite de lémission dun mandat de dépôt (83 %) et sont le plus souvent incarcérés dans les établissements à sécurité moyenne (59 %). Au moment de lenquête, lévaluation du potentiel de réinsertion sociale était disponible pour 2 649 condamnés à perpétuité dont la plupart avaient obtenu une note faible (45 %) ou moyenne (42 %), alors que les autres sétaient vus attribuer un potentiel élevé de réinsertion sociale. Quelque 30 % des actuels condamnés à perpétuité avaient dépassé la date dadmissibilité à la libération conditionnelle et 13 % autres devaient y être admissibles au cours des deux années ultérieures.
Le classement des délinquants qui purgent des peines demprisonnement à perpétuité
Bien que les condamnés à perpétuité subissent les mêmes évaluations que les délinquants purgeant une peine dune durée déterminée, ils occasionnent souvent des défis particuliers de classement. La gravité de linfraction commise est un point commun à tous les délinquants condamnés à lemprisonnement à perpétuité, mais le risque que ces derniers présentent pour la sécurité peut être fort différent à de nombreux égards. Les condamnés à perpétuité vont du délinquant stéréotypé, qui commet des meurtres à forfait prémédités et qui est endurci par une vie de criminalité et des années demprisonnement, à celui qui a été condamné pour avoir commis un seul crime à la suite dune dispute conjugale et ce crime était un acte impulsif pour lequel le condamné à perpétuité, qui ne semble pas avoir dantécédents criminels, ressent beaucoup de remords.
Les instruments dévaluation du risque statique présument que le meilleur prédicteur du comportement criminel ou du comportement en établissement est ce même comportement dans le passé. Les antécédents de nombreux condamnés à perpétuité nont que peu de rapports avec linfraction qui les a conduits dans un pénitencier fédéral et, souvent, ces délinquants nont jamais été incarcérés ou alors pour de très courtes périodes. Lors de lévaluation de ces délinquants à laide de lECNS, la gravité de linfraction et la durée de la peine jouent fortement en leur défaveur. Cependant, ces éléments sont contrebalancés par les résultats très favorables quils obtiennent aux questions qui évaluent leurs antécédents criminels ou carcéraux, lâge et la stabilité avant lincarcération, ce qui entraîne souvent des contradictions dans la détermination du risque pour la sécurité.
Durant leur incarcération, les condamnés à perpétuité sont généralement les délinquants les mieux adaptés au milieu et les plus coopératifs, qui veillent à préserver et même à consolider leurs ressources communautaires tout en saisissant toutes les occasions de sinscrire à des programmes axés sur le redressement des facteurs criminogènes et lamélioration de leurs compétences dans les domaines des études et de lemploi. LÉchelle de réévaluation du niveau de sécurité (ERNS) évalue principalement les facteurs dynamiques au cours de la première année dincarcération et donne donc à de nombreux condamnés à perpétuité de multiples occasions daméliorer rapidement leur classement de sécurité, peu importe la gravité de linfraction quils ont commise, la durée de leur peine et la date éloignée de leur éventuelle mise en liberté.
Les condamnés à perpétuité forment un groupe unique et ont de nombreux traits communs, distincts de ceux qui ont été utilisés pour bâtir les échelles applicables à lensemble de la population carcérale. Les analyses qui suivent se fondent sur le suivi périodique des échelles de classement et des décisions relatives au placement des condamnés à perpétuité et des autres délinquants. Lexamen des données opérationnelles recueillies sert à illustrer bon nombre des problèmes rencontrés lors de lapplication des échelles de classement par niveau de sécurité aux condamnés à perpétuité.
Le classement initial par niveau de sécurité
Au cours de lexercice 1999-2000, 3 985 délinquants ont été admis dans les établissements fédéraux; le score que tous ces délinquants avaient obtenu sur lECNS ainsi que la décision finale qui avait été prise quant à leur niveau de sécurité avaient été consignés dans le Système de gestion des détenus (SGD). La décision pour le Niveau de sécurité du détenu (NSD) est la décision définitive rendue par lagent de libération conditionnelle au moment de ladmission du délinquant. Léchantillon que nous avons étudié comprenait 133 (3 %) délinquants pour lesquels une peine demprisonnement à perpétuité a été imposée.
Le Tableau 1 compare, pour les condamnés à perpétuité et les autres délinquants admis au cours dexercice, la concordance, les dérogations et la répartition des scores sur lECNS et des décisions du NSD. Les résultats pour les condamnés à perpétuité sont présentés dans le coin supérieur gauche de chaque cellule et ceux pour les autres délinquants dans le coin inférieur droit. La concordance entre les résultats obtenus à laide de lECNS et les décisions du NSD est présentée dans les cellules en gris de la diagonale du tableau, les dérogations vers un niveau de sécurité supérieur dans les cellules situées en dessous de la diagonale et les dérogations vers un niveau de sécurité inférieur au-dessus de la diagonale. La répartition entre les différents niveaux de sécurité, selon les notations sur lECNS, figure à la première rangée, tandis que la répartition selon les décisions du NSD figure à la première colonne.
Tableau 1
Taux de concordance ECNS/ NSD pour les condamnés et les non- condamnés à perpétuité, au moment de l’admission |
||||
Décision du NSD |
||||
Condamné à perpétuité Autre |
Maximale |
Moyenne |
Minimale |
Répartition ECNS |
| MAXIMALE | 17% 4% |
21% 4 % |
0% 0% |
38 % 8% |
| MOYENNE | 4 % 1% |
58% 47 % |
1% 6% |
62% 54% |
| MINIMALE |
0 % 0 % |
0 % 9 % |
0 % 30% |
0% 39% |
| RÉPARTITION ECNS | 20 % 5 % |
79 % 60 % |
1 % 35 % |
( n = 133) ( n = 3 852) |
| Remarque: Parce que les chiffres ont été arrondis, il se peut que les totaux des rangées et des colonnes ne soient pas exactement les mêmes | ||||
À ladmission, les évaluations réalisées à laide de lECNS ont attribué le niveau de sécurité maximale à un plus grand nombre de condamnés à perpétuité (38 %) que les décisions du NSD (20 %), alors quil ny avait pas de réelle différence dans lattribution de la cote du niveau de sécurité minimale selon les scores de lECNS ou des décisions du NSD.
(Remarque : LECNS est délibérément pondérée de manière à éviter quun condamné soit directement classé au niveau de sécurité minimale lors de son placement initial). Les décisions du NSD penchent beaucoup du coté du niveau de sécurité moyenne (79 %), plus que les scores de lECNS (62 %). À ladmission, le taux de concordance ECNS/NSD pour les condamnés à perpétuité était plus faible (74 %) que celui pour les autres délinquants (80 %). Tel que prévu, la cote de sécurité maximale a été attribuée moins souvent aux non-condamnés à perpétuité, selon les résultats sur lECNS (8 %) et selon les décisions du NSD (5 %), quaux condamnés à perpétuité, et un nombre beaucoup plus élevé de non-condamnés à perpétuité (35 %) ont bénéficié de décisions confirmant leur niveau de sécurité minimale. Pour les condamnés à perpétuité, les dérogations étaient majoritairement vers un niveau de sécurité moindre (21 %) et concernaient presque toujours des délinquants cotés à sécurité maximale selon léchelle, qui avaient bénéficié de décisions pour le NSD leur décernant une cote de sécurité moyenne. En revanche, les dérogations visant les non-condamnés à perpétuité se partageaient également entre un niveau de sécurité plus élevé (10 %) et un niveau de sécurité plus faible (10 %).
La réévaluation du niveau de sécurité
Un examen opérationnel de lERNS8 a été réalisé dernièrement. Cet examen portait sur 6 993 demandes de réévaluation traitées à laide de cette échelle entre le 1er janvier et la mi-novembre 1999. Les résultats de lERNS et des décisions du NSD étaient disponibles pour 1 015 condamnés à perpétuité, représentant environ 37 % de lensemble des délinquants condamnés à des peines demprisonnement à perpétuité. Le Tableau 2 compare, pour les condamnés et non-condamnés à perpétuité incarcérés en établissement, la concordance, les dérogations et la répartition des scores sur lERNS et des décisions du NSD. Les résultats de lapplication de lERNS aux condamnés à perpétuité et des décisions concernant la réévaluation de leur niveau de sécurité ont permis de dégager des contrastes intéressants par rapport aux résultats de lapplication de lECNS et des décisions initiales quant au niveau de sécurité.
LERNS attribue un niveau de sécurité maximale à un pourcentage moins élevé de condamnés à perpétuité (5 %) et un niveau de sécurité minimale à une plus grande proportion dentre eux (29 %) que les décisions du NSD (11 % et 18 % respectivement). Une fois de plus, les décisions du NSD favorisent davantage lattribution dun niveau de sécurité moyenne (70 %) que les scores sur lERNS (65 %).
Lors de la réévaluation du niveau de sécurité, le taux de concordance ERNS/NSD (voir la diagonale du Tableau 2) pour les condamnés à perpétuité était plus faible (80 %) que celui pour les autres délinquants (86 %). Ces derniers étaient plus fréquemment classés au niveau de sécurité maximale (12 %) et un plus petit pourcentage dentre eux obtenait le niveau de sécurité minimale (21 %) que ce nétait le cas chez les condamnés à perpétuité. Contrairement aux dérogations constatées lors de létude sur le classement des délinquants à leur admission, les dérogations visant des condamnés à perpétuité au moment de la réévaluation étaient majoritairement vers un niveau de sécurité plus élevé (19 %) et sappliquaient principalement à des délinquants classés à sécurité minimale à légard desquels la décision du NSD favorisait un niveau de sécurité moyenne (12 %) et à des délinquants classés à sécurité moyenne à légard desquels la décision du NSD indiquait un niveau de sécurité maximale (6 %). Moins de 2 % des dérogations visant des condamnés à perpétuité étaient vers un niveau de sécurité moindre. Les dérogations visant des non-condamnés à perpétuité vers un niveau de sécurité plus élevé (11 %) étaient également plus fréquentes que celles vers un niveau de sécurité moins élevé (4 %).
Tableau 2
Taux de concordance ECNS/ NSD pour les condamnés et les non-condamnés à perpétuité, pendant leur séjour en établissement |
||||
Décision du NSD |
||||
Condamné à perpétuité Autre |
Maximale |
Moyenne |
Minimale |
Répartition ECNS |
| MAXIMALE | 5% 11% |
0% 1% |
0% 0% |
5% 12% |
| MOYENNE | 6% 6% |
58% 59% |
1% 3% |
65% 68% |
| MINIMALE | 0% 0% |
12% 5% |
17% 16% |
29 % 21% |
| RÉPARTITION ECNS | 11% 17% |
70% 65% |
18% 19% |
(n=1 015) (n=5 971) |
| Remarque: Parce que les chiffres ont été arrondis, il se peut que les totaux des rangées et des colonnes ne soient pas exactement les mêmes | ||||
La concordance et les dérogations
Contrairement aux scores des condamnés à perpétuité sur lECNS, les scores de ceux-ci sur lERNS étaient plus généreux par rapport aux scores de lECNS et aux décisions du NSD concernant les non-condamnés à perpétuité. Les condamnés à perpétuité étaient plus souvent classés à des niveaux de sécurité inférieurs selon les scores obtenus sur lECNS, mais les décisions du NSD tendaient à les renvoyer à un niveau de sécurité supérieur. La plus forte proportion de condamnés à perpétuité classés à des niveaux de sécurité inférieurs reflète leur capacité de sadapter au milieu et de saisir, pendant leur incarcération, les possibilités qui leur sont offertes dabaisser leur niveau de risque. Le grand nombre de condamnés à perpétuité auxquels les décisions du NSD attribuent un niveau de sécurité moyenne au moment de leur admission conjugué à la capacité de ce groupe dobtenir une cote de sécurité minimale sur lERNS (souvent quelques années seulement après leur arrivée dans un établissement à sécurité moyenne) devient problématique.
La décision de classer un condamné à perpétuité à un niveau de sécurité minimale doit mettre en équilibre une bonne capacité de sadapter à la vie en établissement dune part et la gravité de linfraction ainsi que la durée de la peine dautre part, et tenir compte du fait que des ressources de plus en plus importantes, qui servent normalement à préparer les délinquants à la mise en liberté, sont affectées à des délinquants qui nont aucune possibilité dobtenir une mise en liberté immédiate. Ces problématiques expliquent en partie pourquoi un grand nombre de condamnés à perpétuité classés à un niveau de sécurité minimale ont été reclassés au niveau de sécurité moyenne lors de lexamen de la réévaluation.
Conclusions
Les mesures objectives de classement par niveau de sécurité présentent de nombreux avantages; cependant, elles ne doivent pas simplement remplacer, mais bien orienter le jugement des professionnels et cette affirmation est particulièrement vraie lorsquil est question du niveau de sécurité qui convient aux délinquants qui purgent des peines demprisonnement à perpétuité. Pour les condamnés à perpétuité, les dérogations à laide de lECNS et de lERNS étaient plus fréquentes et les taux de concordance plus faibles dun niveau de sécurité à lautre . En outre, les tendances des dérogations visant les condamnés à perpétuité donnent à penser que lECNS surestime le niveau de risque à ladmission et que lERNS sous-estime le niveau de risque lors de la réévaluation.
La pratique du classement de sécurité souscrit au principe des « conditions de détention les moins restrictives possible » et cela est particulièrement évident lors de ladmission où des efforts sont faits pour restreindre les placements des condamnés à perpétuité en établissement à sécurité maximale. Par conséquent, de nombreux condamnés à perpétuité commencent leur période dincarcération dans des établissements à sécurité moyenne dans lesquels ils sadaptent bien, se méritent une cote inférieure sur lERNS et deviennent des candidats au niveau de sécurité minimale. Cependant, la gravité de linfraction, la durée de la peine et limpossibilité dobtenir une mise en liberté immédiate font en sorte que leur adaptation au milieu se détériore et quils reviennent souvent à un niveau de sécurité moyenne. Pourtant, les condamnés à perpétuité obtiennent des scores élevés ou moyens pour ce qui est de leur potentiel de réinsertion sociale et bon nombre dentre eux sont transférés vers des établissements dun niveau de sécurité plus faible où ils continuent de bien sadapter à leur environnement.
Tout comme dautres rapports parus antérieurement, le présent article sintéresse de très près aux taux de concordance de lECNS et de lERNS et des décisions du NSD; ces taux sont certes révélateurs de la validité concourante de linstrument, mais la recherche dune plus grande concordance naurait pas nécessairement pour effet de susciter une plus grande confiance dans les échelles. La politique pénitentiaire consiste à encourager le personnel à exercer leur discernement professionnel et à énoncer des procédures à cette fin.
Il est peut-être possible de recalibrer lECNS et lERNS pour en accroître la concordance mais, auparavant, il serait plus utile de réunir des renseignements supplémentaires sur la mesure dans laquelle ces échelles permettent de prévoir le degré dadaptation des détenus en établissement, le risque dévasion et les dangers pour le public.
Il est peut-être possible également de concevoir des échelles de classement spéciales à lintention des délinquants qui purgent une peine demprisonnement à perpétuité; cependant, les bénéfices nets que lon pourrait tirer de telles échelles ne sont pas évidents. Les résultats des études indiquent quil faut continuer dappliquer aux condamnés à perpétuité lÉchelle de classement par niveau de sécurité ainsi que lÉchelle de réévaluation du niveau de sécurité, miser sur le discernement du personnel, étudier la possibilité dutiliser des lignes directrices supplémentaires et conseiller la prudence.
2. Gove, W.M. et P.E. Meehl, « Comparative Efficiency of Informal (Subjective, Impressionistic) and Formal (Mechanical, Algorithmic) Prediction Procedures: The clinical-Statistical Controversy » dans Psychology Public Policy and Law, Vol. 2, 1996, p. 293-323. Voir également Quinsey, V.L., G.T. Harris, Rice et C.A. Cormier, « Violent Offender: Appraising and Managing Risk », Washington, DC, American Physiological Association, 1998.
3. Andrews, D.A., J. Bonta et R. Hoge, « Classification for effective rehabilitation: Rediscovering psychology » dans Criminal Justice and Behavior, 17, 1990, p. 19-52. Voir également Austin, J.,«Assessing the new generation of prison classification models » dans Crime and Delinquency, Vol. 29, no 1, 1983, p. 561-577 ainsi que Luciani, F.P., L.L. Motiuk et M. Nafekh, Examen opérationnel de la fiabilité, de la validité et de l’utilité pratique de l’échelle de classement par niveau de sécurité, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada.
4. Luciani, F.P. et L.L. Motiuk, The Security Classification of Offenders: Development of Security Reclassification Protocol, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada. (Sous presse)
5. Luciani, F.P., The Security Classification of Offenders: Operational Review of the Security Reclassification Protocol, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada. (Sous presse)
6. Solliciteur général du Canada, Development of a Security Classification Model forCanadian Federal Offenders: A Report to the Offender Management Division, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1987.
7. Luciani, F.P., The Security Classification of Offenders: National Field Test Results of the Security Reclassification Protocol, Ottawa, Service correctionnel du Canada. (Sous presse)
8. Luciani et Motiuk. (Sous presse)