Le vieillissement de la population et le profil carcéral fédéral en 2010 !
par Roger Boe1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
« La démographie fournit une explication à environ deux tiers de toutes les questions »2
En 1996, un best-seller de David K. Foot Boom Bust and Echo: How to Profit from the Coming Demographic Shift (Entre le boom et lécho : Comment mettre à profit la réalité démographique à laube du prochain millénaire) a contribué à populariser les discussions publiques sur les questions liées au vieillissement de la génération des Canadiens issus de lexplosion démographique, le « baby-boom ».3
Cette génération, selon Foote, qui comprend les personnes nées au cours des deux décennies après la deuxième guerre mondiale (de 1947 à 1966), a transformé la société canadienne. Cette cohorte de naissance était dune taille sans précédent : elle compte 9,8 millions de personnes, soit environ 33% de la population canadienne daprès le recensement de 1996. À mesure que des vagues de cette immense cohorte de naissance ont envahi un établissement public après lautre, une restructuration massive sest mise en marche, commençant dans les services de pédiatrie, puis dans les maternelles, les écoles primaires et secondaires, avant de déborder dans les universités et sur le marché du travail.
Une des questions abordées par Foot, bien que les médias sy soient peu intéressés, est la répercussion du vieillissement de la génération du baby-boom sur les taux de criminalité.4
La démographie et la criminalité
Le baby-boom a eu un impact immense sur le régime canadien de justice pénale au moment où les membres de cette génération au début des années 1960 ont atteint la période de leur vie où ils sont le plus susceptibles de perpétrer des crimes. Traditionnellement, dans la société nord-américaine, la population des jeunes soit de ladolescence à environ 30 ans est le groupe chez qui le risque de criminalité est le plus élevé. Les premiers membres de la génération du baby-boom ont atteint ladolescence en 1960 et ne sont pas arrivés à la trentaine avant 1977. Par ailleurs, les membres les plus jeunes de cette génération ont seulement atteint ladolescence en 1979 et ont eu 30 ans en 1996.
Ainsi, la génération du baby-boom a traversé ses années de risque élevé de criminalité sur une période sétendant de 1960 à 1996. Avec larrivée dun grand nombre de personnes dans le groupe dâge susceptible à la criminalité, les niveaux de criminalité ont commencé à augmenter. Les taux de criminalité ont augmenté tout au long des années 1960, 1970 et 1980.
Aujourdhui, toutefois, tous les membres de la génération du baby-boom ont plus de 30 ans et les taux de criminalité diminuent depuis le début des années 1990. Une des raisons de cette réduction est que les générations subséquentes (la génération du « baby-bust » et la génération de lécho au « baby-boom ») sont beaucoup moins nombreuses, si bien que la population à risque élevé de criminalité est également moins nombreuse.5
Une analyse démographique de lincarcération
Comme on pouvait sy attendre, la croissance rapide de la criminalité a entraîné une augmentation considérable des populations carcérales au Canada des années 1960 aux années 1980. Cette tendance est reflétée dans le Graphique 1, qui illustre laugmentation du taux dincarcération chez les adultes (aux paliers fédéral et provincial) au Canada depuis 1950.
Graphique 1
Population carcérale adulte au Canada, par 100 000 habitants.

Source: Services correctionnels pour adultes au Canada ( CCSJ, publication annuelle)
Le taux dincarcération chez les adultes a commencé à augmenter en 1960 et a poursuivi sa montée à lexception dune période daccalmie entre 1970 et 1980 à la suite de la mise en place dun nouveau régime de libération conditionnelle au cours des trois décennies suivantes. Le taux dincarcération a atteint un sommet à 114 détenus adultes par 100 000 habitants en 1995; à ce point, le taux était supérieur de 52 % au taux de 75 par 100 000 habitants consigné en 1960. Maintenant que le taux de criminalité est en baisse depuis plusieurs années, il semble probable que les taux dincarcération vont emboîter le pas.
Le vieillissement de la génération du baby-boom laisse-t-il présager la poursuite de la diminution des taux de criminalité et dincarcération au cours de la prochaine décennie ? Foot prévoit un avenir mixte. Dune part, il y aura moins de jeunes, si bien quil devrait y avoir de moins en moins de crimes violents au fur et à mesure que les baby-boomers sortent de leurs années les plus violentes et abordent la période où ils sadonnent plutôt à la fraude et à la criminalité dans le monde des affaires. Dautre part, il se peut que laccalmie sur le plan de la croissance de la criminalité chez les jeunes et des crimes violents soit de courte durée, car les enfants de lécho au baby-boom, une cohorte plus nombreuse que celle de la génération du baby-bust, est sur le point damorcer ses années de jeunesse les plus susceptibles à la criminalité.6 De plus, Foot signale que les adolescents sont peut-être en train de devenir plus violents et que les personnes âgées craignent davantage le crime. Ainsi, il nous avertit que les forces policières demeureront occupées et que les donnée démographiques ne justifient aucunement ladoption dune attitude sereine à légard de la criminalité.7
Les taux de criminalité et d’incarcération vont- ils diminuer ou augmenter ?
Le vieillissement de la population du baby-boom demeurera la principale tendance démographique au sein de la société canadienne au cours de la prochaine décennie. Il y aura une légère augmentation de la population de jeunes qui est plus disposée à la criminalité, au fur et à mesure que les enfants de la génération de lécho abordent cette période de leur vie en grand nombre. Toutefois, les membres de la génération de lécho sont moins nombreux denviron 3 millions que les membres de la génération du baby-boom, si bien que leur impact devrait être largement inférieur à celui des années 1960; de plus, cette légère augmentation sera contrebalancée par la diminution de la génération du baby-bust. Nous pouvons constater cette situation dans les prévisions démographiques de Statistique Canada visant les hommes au cours de la prochaine décennie. La pression démographique exercée sur les taux de criminalité et dincarcération sera faible, étant donné que les taux dincarcération pour les groupes de 18 à 29 ans et de 30 à 39 ans sont devenus très similaires au cours des dernières années. Le Graphique 2 reflète la taille prévue des divers groupes dâge au cours de la prochaine décennie.
Graphique 2
Population masculine et projections jusqu’en 2011*

Source: Statistique Canada, Division de la démographie
Selon les prévisions, d’ici 2011 il y aura une augmentation modeste de la population masculine âgée de 18 à 29 ans (denviron 180 000). Toutefois, une diminution similaire chez les hommes de 30 à 39 ans contrebalancera cette augmentation. La taille de la population âgée de 40 à 49 ans sera à peu près la même à la fin quau début de la décennie. La population des plus de 50 ans augmentera de plus dun million, passant denviron 4,2 millions à environ 5,6 millions dici 2011. Enfin, on prévoit que la population des jeunes âgés de 10 à 17 ans augmentera puis diminuera légèrement, au cours de la même décennie, passant de 2,12 millions en 2000 à 2,07 millions en 2011. Ainsi, il ny a pas de vague démographique composée de jeunes davantage disposés à la criminalité qui sapprête à se manifester.
Diminution du risque d’admission chez les jeunes
Nous avons signalé précédemment que la période où le risque de criminalité est le plus élevé est également la période où le risque d’incarcération est le plus élevé. Toutefois, les statistiques sur les admissions fédérales laissent croire que le taux de risque pour les jeunes adultes diminue.
Une discrimination à légard des jeunes est manifeste dans les statistiques sur les admissions dans les établissements fédéraux. Au cours de lexercice 19861987, soit lannée à laquelle remontent les dossiers électroniques fiables, 88 hommes âgés de 18 à 29 ans ont été admis dans les prisons fédérales pour chaque tranche de 100 000 hommes âgés de 18 à 29 ans dans la population. Le taux dadmission correspondant pour les hommes âgés de 30 à 39 ans était de 50 par 100 000; pour les hommes âgés de 40 à 49 ans, le taux était de 28 par 100 000; et pour les hommes de 50 ans et plus, il était de 5 par 100 000 (se reporter au Graphique 3).
Graphique 3
Tendance des taux d’admission dans les prisons
fédérales chez les hommes*

* Mandats de dépôt seulement, Direction de la recherche, SCC
La différence entre les taux dadmission des groupes plus jeunes et des groupes plus âgés a rétréci au cours des six ou sept dernières années. Il y a quinze ans, les différences entre les taux dadmission des divers groupes dâge étaient beaucoup plus importantes quaujourdhui.
Après 19931994, les taux dadmission pour tous les groupes dâge ont diminué. En 19992000, par exemple, le taux dadmission dans les prisons fédérales chez les hommes de 18 à 29 ans était de 67 par 100 000; chez les hommes de 30 à 39 ans, il était de 55 par 100 000; chez les hommes de 40 à 49 ans, il était de 28 par 100 000; et chez les hommes de 50 ans et plus, il était de 8 par 100 000.
Les admissions dans les prisons fédérales continueront de diminuer jusquen 20102011
Pour évaluer le nombre dadmissions dans les prisons fédérales et lâge des personnes admises en 20102011, il faut adopter des hypothèses concernant les tendances des taux dadmission. Aux fins du présent article, nous avons choisi de mettre en lumière deux scénarios :
Tableau 1
Prévisions touchant les admissions dans les prisons fédérales* chez les hommes jusqu'en 2010 |
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| Populations et prévisions touchant la population masculine adulte par groupe d'âge |
|
Juin 1999 |
Prévu- juin 2010** |
| 18-29 ans |
2 596 700 |
2 542 089 |
2 712 945 |
30-39 ans |
2 250 800 |
2 543 760 |
2 283 867 |
40-49 ans |
1 756 900 |
2 408 394 |
2 602 441 |
50 ans ou plus |
3 066 400 |
3 939 797 |
5 401 055 |
Population masculine adulte - total |
9 670 800 |
11 434 0401 |
3 000 308 |
Admissions et projections chez les hommes |
Exercice 1990-1991 |
Exercice 1999-2000 |
Exercice 2010-2011 |
Scénario a : Les taux d'admission demeurent constants *** |
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18-29 ans |
2 155 |
1 695 |
1 810 |
30-39 ans |
1 311 |
1 394 |
1 252 |
40-49 ans |
531 |
681 |
736 |
50 ans ou plus |
217 |
323 |
443 |
Admissions chez les hommes - total |
4 214 |
4 093 |
4 240 |
Scénario b : Les taux d'admission diminuent au même rythme que de 1990 à 1999**** |
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| Admissions à la suite d'un MD - hommes de 18-29 ans | 2 155 |
1 695 |
1 454 |
Admissions à la suite d'un MD - hommes de 30-39 ans |
1 311 |
1 394 |
1 178 |
Admissions à la suite d'un MD - hommes de 40-49 ans |
531 |
681 |
690 |
Admissions à la suite d'un MD - hommes de 50 ans ou plus |
217 |
323 |
374 |
Admissions à la suite d'un MD - hommes de - Total |
4 214 |
4 093 |
3 697 |
Taux d'admission chez les hommes (par 100 000 habitants et par groupe d'âge) |
Exercice 1990-1991 (taux réel) |
Exercice 1999-2000 (taux réel) |
Exercice 2010-2011 (selon la tendance de 1990 à 1999) |
18-29 ans |
83 |
66 ,7 |
53 ,6 |
30-39 ans |
58 ,2 |
54 ,8 |
51 ,6 |
40-49 ans |
30 ,2 |
28 ,3 |
26 ,5 |
50 ans ou plus |
7 ,1 |
8 ,2 |
6 ,9 |
Hommes - taux d'admission général |
43 ,6 |
35 ,8 |
29 ,4 |
| * Une peine fédérale est de deux ans ou plus. ** Division de la démographie de Statistique Canada : Population et projections jusqu'en 2011. *** Données du SGD et projections de la Direction de la recherche (admissions à la suite de mandats de dépôt seulement). **** C'est-à-dire le taux d'admission diminue au même rythme de 2000 à 2010 que de 1990 à 2000. |
|||
En vertu du scénario qui ne prévoit pas de changement (« a »), il y aura une légère augmentation du nombre dadmissions dans les prisons fédérales chez les hommes à la suite dun mandat de dépôt en 20102011 (4 240 par rapport à 4 093 aujourdhui). Cette légère augmentation sera attribuable à la croissance prévue de la population mâle au Canada denviron 12 % au cours de la prochaine décennie. Si le taux dadmission (ou de criminalité) demeure stable, leffet sera un accroissement du nombre dadmissions prévues durant lexercice 20102011.
En vertu du second scénario (b), le nombre dadmissions dans les prisons fédérales chez les hommes à la suite dun mandat de dépôt serait moins élevé en 20102011 quaujourdhui (3 697 par rapport à 4 093). Une telle réduction, malgré laccroissement prévu de la population masculine au Canada denviron 12 % au cours de la prochaine décennie, serait attribuable à la réduction prévue du taux dadmission (ou de criminalité), réduction qui se poursuivrait au même rythme que durant la décennie précédente. Leffet net est une cohorte dadmissions prévue qui sera moins nombreuse mais plus vieille en 20102011.
La composition changeante de la criminalité
Foot prédit que le vieillissement de la génération du baby-boom mènera à un mélange différent de crimes. Il signale que la démographie est à la source des taux de croissance différents selon le type de crime au cours des trois dernières décennies. « Nous avons vécu une croissance majeure des infractions contre les biens durant les années 1960 et 1970, au moment où un nombre important de membres de la génération du baby-boom traversaient leurs années de vol avec effraction. Au cours des années 1980, il y a eu un passage des infractions contre les biens aux crimes de violence, au moment où les derniers membres de la génération sont sortis de ladolescence et abordaient la vingtaine et le début de la trentaine. »8
De manière générale, le taux de criminalité violente au Canada a diminué depuis 1993. Selon Foot, cette tendance devrait se poursuivre puisque la grande vague des délinquants issus du baby-boom sort de ses années violentes et passe à ses années de fraude. Il se peut que la criminalité du monde des affaires augmente en raison du vieillissement de la population.
En ce qui concerne la criminalité chez les jeunes particulièrement la violence chez les jeunes les statistiques rapportées par les forces policières et les tribunaux vont dans le même sens. Les taux de criminalité chez les jeunes et de criminalité violente diminuent.9 Le taux de jeunes accusés dinfractions criminelles diminue depuis 1992; cela comprend une chute de 7 % en 1999. Cette réduction sest manifestée dans toutes les catégories dinfractions : le taux des jeunes accusés dinfractions contre les biens est tombé de 11 % et le taux des crimes de violence, de 5 %. Au total, 4 100 jeunes sur 100 000 ont été accusés dinfractions au Code criminel, comparativement à environ 5 200 il y a dix ans (une chute de 21 %).10 Une autre prédiction concernant le passage à un autre type de criminalité vers la fraude et des délits connexes ne sest pas matérialisée. De fait, la seule catégorie dinfractions qui soit à la hausse est celle ayant trait aux drogues (ceci indique peut-être que la génération de lécho imite le comportement de jeunesse de ses parents).
Les statistiques sur la criminalité au Canada indiquent que la criminalité a diminué à des niveaux inconnus depuis les années 1970. Selon le Centre canadien de la statistique juridique, le taux de criminalité daprès les rapports de la police a diminué de 5 % en 1999, la huitième baisse annuelle consécutive.11 Non seulement les taux de criminalité étaient-ils à leur plus bas niveau depuis 1979, mais les taux de chacune des principales catégories dinfractions étaient également plus bas.
Les taux dhomicide ont diminué de 4,7 % en 1999 et, de manière générale, le taux dhomicide diminue depuis le milieu des années 1970. Le taux de 1999, soit 1,8 homicides par 100 000 habitants, est à son niveau le plus bas depuis 1967.
Le taux de criminalité violente en 1999 a diminué pour la septième année consécutive; il sagissait dune baisse de 2 % par rapport à lannée précédente. Toutes les principales catégories de crimes de violence ont diminué en 1999, y compris les tentatives de meurtre ( 9 %), les agressions sexuelles ( 7 %), les voies de fait ( 2 %) et les vols qualifiés ( 2 %).
Le taux des infractions contre les biens a chuté de
6 %, poursuivant la diminution générale amorcée en 1991. Toutes les principales catégories dinfractions contre les biens ont diminué en 1999, y compris les vols avec effraction ( 10 %), les vols de véhicules à moteur ( 4 %), les vols ( 6 p%) et la fraude ( 5 %). Il ny a pas dindice que les jeunes deviennent plus violents, malgré les trop nombreux incidents qui retiennent lattention. Le taux de criminalité violente est à la baisse, tout comme les taux de fraude et dautres infractions contre les biens. On ne sait pas si ces tendances se maintiendront, mais les pressions démographiques ne semblent pas contribuer à une aggravation de la situation.
Le vieillissement et la crainte du crime
De tous les changements que nous aurons à affronter, la crainte du crime est probablement le plus dangereux. Pourquoi la crainte du crime reflète-t-elle si peu les statistiques sur la criminalité ? David Foot propose une explication démographique : le taux de criminalité a diminué pour la simple raison quil y a moins de gens au sein des groupes de jeunes à risque plus élevé de criminalité, tandis quune certaine perception de la criminalité devient plus fréquente au sein de la population vieillissante, car les personnes âgées en général craignent davantage dêtre les victimes du crime.12
Les crimes de violence ont connu une hausse inquiétante de 49 % de 1984 à 1994, dans une large mesure parce que les délinquants issus du baby-boom atteignaient lâge où tous les délinquants sont plus aptes à commettre des actes de violence. Ainsi, malgré la petite réduction du taux général de criminalité au milieu des années 1990 (il sagit du moment où Foot a écrit son livre il convient de noter que la réduction de la criminalité sest poursuivie depuis 1996), nos villes ne semblaient par particulièrement plus sécuritaires. La perception du public est la bonne, écrit Foot : nos villes au milieu des années 1990 étaient beaucoup plus dangereuses quau milieu des années 1980.13
Cependant, étaient-elles vraiment tellement plus dangereuses en 1999 quen 1980 ? Il nest pas facile de répondre à cette question. Toutefois, il y a le danger que, en raison de nos craintes, nous ayons une réaction excessive et adoptions de mauvaises politiques. Laccroissement rapide des crimes de violence au cours des années 1980 et au début des années 1990 était presque exclusivement imputable aux voies de fait simples et aux agressions sexuelles de niveau 1 qui ont connu une explosion après la révision des lois sur les voies de fait en 1982.14 Cependant, lincidence de linfraction la plus grave le meurtre a diminué depuis 1976. Par conséquent, nos villes étaient-elles plus sûres en 1990 quen 1976 ? Oui, sans doute, beaucoup plus sûres si par sûreté, on entend labsence du risque dêtre la victime dun meurtre. Non, moins sûres, si la sécurité est labsence de risque dêtre la victime de voies de fait simples ou dune agression sexuelle.
Conclusions
Le vieillissement de la génération du baby-boom devrait contribuer à la baisse de la criminalité et de lincarcération au cours de la prochaine décennie. Toutefois, pour ce qui est de déterminer si cette diminution du risque continue dentraîner une baisse des taux de criminalité et dincarcération, il faudra aussi se pencher sur dautres facteurs. Un des facteurs clés sera la gestion de la crainte du crime. Si nous réagissons à la crainte du crime en adoptant des politiques de justice pénale plus dures, il est peu probable que nous favorisions la réduction du risque à long terme.
La classe politique américaine a souvent eu recours à la crainte du crime en promettant de déclarer la guerre à la criminalité à titre de stratégie lui assurant de remporter ses élections.15 Il est ironique quaux États-Unis, comme au Canada, les taux de criminalité diminuent depuis 1991. Toutefois, dans leur guerre à la criminalité, ils ont réussi à doubler leur population carcérale sans que la société américaine soit sensiblement plus en sécurité que la société canadienne. Notre contribution à lintérêt public ne serait pas négligeable si nous réussissions à mieux gérer la crainte du crime que nos voisins américains.
2. Foot, D.K. et D. Stoffman, Boom, Bust & Echo: How to Profit from the Coming Demographic Shift, Toronto, ON : Macfarlane, Walter & Ross, 1996, p. 2. Dans lintroduction, lauteur défend sa thèse selon laquelle la démographie fournit une explication à environ « deux tiers de toutes les questions ».
3. Durant les années 1980, divers organismes gouvernementaux avaient commencé à examiner les conséquences du « vieillissement » de la population. Cependant, cest le best-seller de Foot qui a frappé limagination du public et sensibilisé les gens aux nombreuses conséquences possibles (sur les régimes de pension, le prix des logements, etc.). En avril 1986, le gouvernement fédéral a mis sur pied une Étude de la démographie et de ses répercussions sur les politiques économiques et sociales, demandant notamment que lon examine les changements possibles à la taille, à la structure et à la distribution de la population canadienne jusquen 2025. Le rapport découlant de cette étude, intitulé Esquisse du Canada de demain : Rapport de létude démographique (Santé et Bien-être Canada, 1989), exposait lincidence possible de ces changements sur la vie sociale et économique du Canada.
4. Foot, op. cit. Les passages où Foot traite des tendances de la criminalité se trouvent au chapitre 7, p. 127.
5. À compter de 1991, le taux de criminalité au Canada sest mis à diminuer. En 1999, le Canada a connu sa huitième année consécutive de réduction du taux de criminalité; ce taux était à son plus bas niveau depuis 1979. Se reporter à Tremblay, S. Statistique de la criminalité au Canada, 1999, Centre canadien de la statistique juridique, Statistique Canada, juillet 2000.
6. Par exemple, en 1996, la génération du « baby-bust » (née entre 1967 et 1979) comptait 5,4 millions de personnes, tandis que la génération de lécho (née entre 1980 et 1995) en comptait 6,9 millions. Toutefois, ces deux générations ne soutiennent pas la comparaison avec celle du baby-boom, qui comptait 9,6 millions de personnes.
7. Foot, op. cit., p.143.
8. Foot, op. cit. , p.141.
9. Ibid., p. 141-142.
10. Se reporter, par exemple, à Sinclair, R.L. et R. Boe, Les jeunes délinquants au Canada : Dernières tendances, Résumé de recherche B-22, Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada, 1998; et Dell, C.A. et R. Boe, Les jeunes délinquantes au Canada : Édition révisée, Rapport de recherche R-80, Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada, 1998.
11. Tremblay, op. Cit.
12. Op. cit., Boom, Bust & Echo, p. 140.
13. Ibid, p. 141.
14. Le taux des agressions sexuelles de niveau 1 (mineures) par 100 000 habitants a augmenté, passant de 41 en 1983 à 116 en 1993. Le taux des agressions sexuelles de niveau 2 et 3 (les agressions armées ou entraînant des lésions corporelles) est demeuré à peu près inchangé à 4-5 par 100 000 tout au long de la période. Se reporter à : Aperçu graphique de la criminalité et de ladministration de la justice pénale au Canada, 1997, Centre canadien de la statistique juridique, Statistique Canada (Cat. 85Foo18XPE), p. 17.
15. Davey examine les répercussions de la guerre contre la criminalité en comparant la criminalité et lincarcération dans deux États voisins où un gouverneur emploie la stratégie et lautre pas. Par exemple, au Dakota du Nord et au Dakota du Sud, les taux de criminalité ont toujours été semblables, mais le taux dincarcération est maintenant deux fois plus élevé au Dakota du Sud depuis quun gouverneur sest fait élire en promettant de sévir durement contre la criminalité. Se reporter à Davey, J.D. The Politics of Prison Expansion: Winning Elections by Waging War on Crime, Westport, CT, Praeger, 1998.