Accroître la participation des délinquants
aux programmes1
John R. Weekes, Joel I. Ginsburg et Phil Chitty
Division des programmes de réinsertion sociale, Service correctionnel du Canada
Une série appréciable de recherches de haute qualité effectuées ces dernières années confirme quil est possible daider des délinquants à modifier positivement leur comportement.2 De plus, cette documentation fournit des orientations quant aux interventions et modèles les plus efficaces pour engendrer des changements. À lheure actuelle, de nombreuses administrations correctionnelles mettent laccent sur des programmes visant à réduire la probabilité que des délinquants sengagent à nouveau dans des activités criminelles après avoir été remis en liberté. Le Service correctionnel du Canada est un exemple dorganisme qui, tel que prévu dans son énoncé de Mission, aide les délinquants à modifier positivement leur comportement.
On peut dire, pour lessentiel, que la documentation sur les traitements correctionnels efficaces met en relief la nécessité de cerner avec précision les facteurs (par exemple, la toxicomanie) qui ont une incidence sur ces traitements et qui sont directement liés à des comportements criminels. De plus, les principales ressources dintervention devraient être consacrées aux délinquants présentant le plus grand risque de récidive et ayant le plus besoin dêtre traités. Finalement, les interventions devraient être nettement axées sur le perfectionnement daptitudes et les approches en matière de traitement devraient être choisies à lavenant afin de tenir compte du profil, des antécédents et des caractéristiques du client. Sur le plan opérationnel, lexploitation appropriée et maximale des ressources destinées aux traitements exige que lon applique scrupuleusement la théorie et les pratiques découlant des fondements dune intervention correctionnelle efficace, communément appelés les principes du « risque », des « besoins » et de la « réceptivité ».
Importants investissements dans la prestation des programmes
Depuis la fin des années 1980, le Service correctionnel du Canada (SCC) a mis laccent sur lélaboration, la mise en uvre et la prestation de programmes dintervention de qualité à lintention de délinquants incarcérés et de délinquants remis en liberté dans la collectivité. Le Service ayant choisi prioritairement daider les délinquants à modifier leur comportement de manière à ce quils respectent davantage les usages sociaux et la loi, les programmes dintervention se sont multipliés et ont permis dans une certaine mesure au Service dacquérir la réputation dêtre lune des administrations correctionnelles recourant le plus à des programmes dans le monde entier. Léventail actuel de programmes dintervention du Service sarticule autour de grands domaines tels que la toxicomanie, la délinquance sexuelle, la violence familiale, les compétences psychosociales, la prévention de la violence, les programmes destinés aux Autochtones, les programmes déducation et dautres programmes de développement personnel.
Une analyse récente de la disponibilité des programmes dans les établissements et au sein de la collectivité a été effectuée par la Division des programmes de réinsertion sociale du Service. Elle illustre bien les investissements consentis par le SCC pour offrir aux délinquants des programmes dintervention efficaces, en plus de faire ressortir laspect prioritaire de cette activité. Si lon sen fie aux statistiques sur la population carcérale en date de septembre 2000, il y avait à ce moment 12 976 délinquants incarcérés et 10 328 délinquants dans la collectivité qui relevaient de la responsabilité du Service. Le Tableau 1 donne le détail du nombre de places prévues dans les programmes dispensés dans les établissements et au sein de la collectivité, pour la période de six mois allant du 1er septembre 2000 au 31 mars 2001. Au total, 25 826 places de ce type sont disponibles en établissement et 7 621 au sein de la collectivité.3 Ce nombre considérable de places reflète lensemble des facteurs criminogènes rendant nécessaire une intervention directe ainsi que le fait que de nombreux délinquants ont de multiples besoins en matière de traitement.
Tableau 1
| Places prévues dans les programmes | En établissement |
Dans la collectivité |
| Programmes pour toxicomanes | 3 591 |
2 556 |
| Programmes pour délinquants sexuels | 948 |
954 |
| Programmes de lutte contre la violence familiale | 645 |
369 |
| Compétences psychosociales | 5 904 |
2 202 |
| Counterpoint ( dans la collectivité seulement)s | N/A |
326 |
| Programmes de prévention de la violence | 283 |
100 |
| Programmes destinés aux Autochtones | 1 050 |
190 |
| Autres programmes de développement personne | 2 853 |
766 |
| Éducation | 10 552 |
158 |
| Total | 25 826 |
7 621 |
Environ 60 % des places en établissement sont réservées à des programmes dintervention tels que les programmes pour toxicomanes ou de lutte contre la violence familiale, et 40 % sont utilisées pour des programmes déducation. La proportion de places réservées à des programmes déducation chute radicalement à 2 % dans la collectivité au profit dautres programmes communautaires (compétences psychosociales, Counterpoint, autres programmes de développement personnel, etc.).
Recours aux programmes de traitement de la toxicomanie
Le choix de l« accroissement de la participation aux programmes » en tant que catalyseur de la réinsertion sociale donne à penser que si lon veut maximiser les avantages tirés des programmes, il faut renvoyer les délinquants à des programmes fondés sur des modèles et des approches qui correspondent à leurs besoins. Un mauvais ciblage des programmes pourra entraîner des renvois insuffisants ou excessifs et réduire lefficacité dun traitement.
Nous avons décidé dexaminer la façon dont le modèle des programmes de traitement de la toxicomanie du Service est utilisé en établissement et dans la collectivité. Nous avons choisi ce type de programmes parce que la consommation dalcool ou de drogue par un délinquant représente un important facteur criminogène. De plus, le modèle de correspondance entre lévaluation et le traitement est clairement défini et fondé sur la recherche. Ajoutons à cela que les programmes ont fait lobjet de nombreuses évaluations de résultats et quils ont été agréés par le biais des processus daccréditation du Service.
Durant le processus dévaluation initiale, la prévalence et la nature des problèmes de toxicomanie dun délinquant sont déterminées à laide du domaine de la toxicomanie de linstrument Identification et analyse des facteurs dynamiques (IAFD) ainsi que du Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV). Sont intégrés à ce questionnaire certains instruments normalisés de dépistage de la consommation dalcool et dautres drogues.4 Les données nationales concernant le Service (Tableau 2) révèlent de façon concluante quenviron 67 % de la population carcérale totale a des problèmes de consommation dalcool et dautres drogues. Le détail de ces données permet toutefois détablir quun bon tiers de cette population na pas de problèmes de toxicomanie, tandis quun autre tiers est aux prises avec de légers problèmes de ce type (ne nécessitant que des traitements à faible intensité) et que le dernier tiers fait un usage plus important de diverses substances. Des recherches ont par ailleurs révélé que les délinquants dont la toxicomanie est plus avancée sont davantage susceptibles davoir été engagés dans des activités criminelles liées à ce problème.5
En septembre 1998, les principaux programmes de traitement de la toxicomanie, soit le Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT) et le programme communautaire Choix, ont reçu lagrément dun panel international de spécialistes de la toxicomanie en tant que programmes dintervention avant-gardistes auprès de clients délinquants. Le PPT est un programme destiné aux établissements et consiste en 26 séances. Il a été conçu à lintention des délinquants ayant des problèmes de toxicomanie dont la gravité va de moyenne à élevée. Quant au programme Choix, qui est dispensé dans la collectivité, il constitue le premier moyen de traitement pour les délinquants ne présentant que de légers problèmes de toxicomanie, de même que le volet communautaire du traitement offert aux délinquants aux prises avec des problèmes plus graves. Des 67 % de délinquants souffrant de problèmes de toxicomanie, la moitié affiche un grave problème de dépendance et devrait participer au PPT avant létape de la mise en liberté, alors que pratiquement tous les délinquants ayant des problèmes de toxicomanie ont intérêt à sinscrire au programme Choix à la suite de leur mise en liberté.
Un examen attentif des données que contient le Tableau 2 révèle quexception faite de certaines variations entre les cinq régions du pays, il ny aurait vraisemblablement quun léger déficit de 131 places, compte tenu des inscriptions aux programmes à léchelle nationale. Ces données suggèrent également que le programme est utilisé adéquatement et que sa clientèle, soit les délinquants ayant des problèmes de toxicomanie plus graves, a été bien ciblée. Quoi quil en soit, lorsque les données provenant de lévaluation du degré de toxicomanie dun délinquant sont directement examinées au regard de lintervention sélectionnée, le tableau change. Lexamen de cotes établies à laide du QIMV correspondant au degré de toxicomanie de 667 délinquants inscrits au PPT. On a découvert que presque 31 % des délinquants de léchantillon qui ont été recommandés à ce programme ne souffraient pas ou presque pas de problèmes de toxicomanie. En règle générale, de telles pratiques ne constituent pas une bonne façon dutiliser le PPT. De fait, même sil est possible quun petit nombre de délinquants nayant que de légers problèmes de toxicomanie puissent profiter quand même de ce programme pour diverses raisons qui leur sont propres, comme on la mentionné plus haut, le PPT nen est pas moins destiné aux délinquants souffrant de graves problèmes de toxicomanie.
Tableau 2
| Recours au PPT | À l’échelle nationalel |
| Population carcérale en date de mars 2000 | 12 929 |
| Délinquants ayant des problèmes de toxicomanie ( 67%) | 8 663 |
| Délinquants ayant de graves problèmes de toxicomanie ( 50% de ceux susmentionnés) | 4 333 |
| Nombre moyen d’années d’incarcération avant la première mise en liberté | 2,1 |
| Nombre approximatif de places requises par année au sein du PPT ( nombre de délinquants ayant de graves problèmes divisé par le nombre d’années avant la première mise en liberté) | 2 051 |
| Inscriptions au PPT du 1er avril au 31 septembre 2000 ( nombre annuel établi au prorata) | 1 920 |
| Excédent/ (Déficit) | (131) |
Conclusion
En examinant la façon dont le modèle des programmes de traitement de la toxicomanie du Service correctionnel du Canada est utilisé, on a pu établir que le Service devrait soccuper des problèmes suivants :
2. ANDREWS, D. A., ZINGER, I., HOGE, R. D., GENDREAU, P. et CULLEN, F. T. « Does correctional treatment work? A clinically-relevant and psychologically-informed meta-analysis », Criminology, vol. 28, 1990, p. 369 à 404. Voir aussi BONTA, J. et CORMIER, R.
« Corrections research in Canada: Impressive progress and promising prospects », Canadian Journal of Criminology, vol. 41, 1999, p. 235 à 247; GENDREAU, P. « Offender rehabilitation: What we know and what needs to be done », Criminal Justice and Behavior, vol. 23, 1996, p. 144
à 161; et LIPSEY, M. W. et WILSON, D. B. « The efficacy of psychological, educational, and behavioral treatment. Confirmation from meta-analysis »,American Psychologist, vol. 48, 1993, p. 1181 à 1209.
3. Données sur la population de délinquants en date de septembre 2000fournies par le système intégré de rapports du Secteur de lévaluation du rendement du SCC. Ces statistiques concernent les places disponibles dans les programmes dintervention primaire ainsi que les places disponibles dans les séances de maintien et de renforcement.
4. SKINNER, H. A. et HORN, J. L. Alcohol Dependence Scale ADS Users Guide, Toronto, Addiction Research Foundation, 1984. Voir aussi SKINNER, H. A., « The Drug Abuse Screening Test », Addictive Behaviors, vol. 7, 1982, p. 363 à 371.
5. WEEKES, J. R., MOSER, A. E. et Langevin, C. M. « Assessing substance-abusing offenders for treatment » dans E. J. Latessa (Ed.),Strategic solutions: The Interational Community Corrections Association examines substance abuse, Lanham, MD: American Correctional Association Press, 1999.